Les editos du père Gregoire Bellut

Comme nous le rappelle le pape François par les prières du pharisien et du publicain 1 , l’enjeu est justement de cultiver l’humilité du cœur et de fuir toute forme de hiérarchie de vie spirituelle. « Le pharisien se glorifie, sûr de lui, convaincu qu’il est parfait : debout, il commence à ne parler au Seigneur que de lui-même, à se louer, à énumérer toutes les bonnes œuvres religieuses qu’il accomplit, et il méprise les autres : « Je ne suis pas comme celui-là… » Parce que c’est de l’orgueil spirituel — …nous risquons tous de tomber dans cela —. Il te porte à te croire bon et à juger les autres. C’est de l’orgueil spirituel : «Je suis bon, je suis meilleur que les autres: celui-ci a une chose, celui-là une autre…». Et ainsi, sans t’en apercevoir, tu adores ton moi et tu effaces ton Dieu. C’est tourner autour de soi. C’est une prière sans humilité. » 2 On peut lire en ces lignes le processus exact enclenché par le diviseur : celui de se démarquer de Dieu et du service de l’amour pour son propre compte, en oubliant, hélas, que nous ne sommes que des créatures, dans la fragilité qui est la nôtre, anges ou hommes. Le pharisien se juge un grand spirituel parce qu’il remplit ses devoirs extérieurs, quant au publicain, il connait sa situation, et il implore le pardon attirant la compassion du Très Haut dans cette humilité du cœur. L’enjeu fraternel est d’oublier notre communion d’amour car nous avons un même Père, et l’impératif de vivre en paix pour exercer la louange dans toutes ses dimensions. Hélas certains veulent se faire mousser, et rabaisser l’autre, dans cette odieuse suffisance en détournant la grâce à une utilité de service. « Il y a des gens qui jettent le trouble parmi vous et qui veulent changer l’Evangile du Christ » 3 L’instrumentalisation de l’Evangile à des fins personnelles afin de nous détourner de la radicalité de la parole d’amour est pure folie, et Saint Paul nous le rappelle, que de tels gens soient anathèmes ! Mais nous dans cette vocation d’enfant de lumière, nous sommes déjà par anticipation citoyen du ciel lorsque nous vivons la grâce sous le souffle de l’Esprit. L’humilité devient alors le signe de notre amour sincère pour Dieu et pour le prochain dans l’attention sans cesse renouvelée de chanter les louanges du Seigneur. L’Evangile du Christ est Bonne Nouvelle pour chacun, un chemin de croissance dans la vérité de nos actes et une vie pour l’éternité auprès de Dieu lorsque nous répondons à son appel.

Alors nous illuminons notre quotidien de sa présence, en discernant les signes, et en l’appelant auprès de nous. En effet, dans la complémentarité avec le Créateur nous formons sens. Sans Lui, tout est néant. Le combat spirituel trouve donc, disons-le une bonne fois, sa pointe la plus aiguë dans l’orgueil spirituel, et commence par l’avalanche des concupiscences que nous laissons et qui envahissent le quotidien. « Certaines choses nous inclinent à aimer le monde, d’autres à le mépriser. Le désir de la chair, le désir des yeux et l’orgueil de la vie inspirent l’amour du monde; mais les peines et les misères qui les suivent justement produisent la haine et le dégoût du monde. » 4 Le principe même de l’orgueil dans la volonté de lumière et d’éclat dans le monde pousse à la désespérance et le dégout de soi et des autres. Les concupiscences, et l’incapacité de maitrise de soi entraine à une grave chute d’estime, et d’être, que ce soit connu ou pas d’ailleurs. C’est la désespérance des actes qui nous poussent à nous dégouter de nous-mêmes, et à essayer de trouver des refuges aliénant, que ce soit par le suicide de Juda en ayant trahi Jésus, l’indifférence au monde et la froideur de la relation dans une forme de cynisme à vomir, ou le refuge dans la superficialité du moment sans responsabilité sur le lendemain dans une vaine course à l’accaparement du vide pour l’illusion de l’utile. Certains vies peuvent être sidérantes du vide intérieur et de la pauvreté de l’âme qui sont les leurs, jusqu’à crier, souvent, leur souffrance-même dans l’addiction. L’argent n’empêche pas le désespoir, la gloire sans relation authentique entraîne la solitude ; quant aux relations de séductions et de dominations, elles se révèlent, l’âge venant, la platitude d’une course sans raison. Or c’est le Christ et lui seul qui nous conduit sur la vraie vie, celle d’un don de Dieu qui se reçoit, qui s’approprie et se partage. Une vie pleine de sens en Dieu dans un courant de grâce ou l’émerveillement dans la simplicité des relations poussent à la vérité de la rencontre.

1 Lc 18,9-14
2 Angélus du 23 octobre 2022 – Pape François
3 Ga1,7

L’orgueil spirituel, sachons-le, touchait déjà les premiers chrétiens. « Les uns proclament le Christ en esprit de jalousie et de rivalité ; d’autres le font avec une intention bienveillante. Ceux-ci annoncent le Christ par amour, sachant que je suis ici pour défendre l’Évangile ; ceux-là le font en intrigants, sans intention pure, pensant aviver ainsi l’épreuve de mes chaînes. » 5 Le dévoiement de sa foi pour arriver à ses fins est un problème majeur, parce que le témoignage empêche aux autres d’approcher, et de gouter au banquet du Royaume. Tout ce qui ne nous unit pas est un contre-témoignage, et la division est lieu d’exclusion. Chacun n’est pas libre de penser ce qu’il veut, lorsque cela engage la fraternité et notre témoignage de foi. Recherchons donc, en artisans de paix, ce qui peut nous rassembler et fortifier notre unité. Il y a une forme d’intelligence relationnelle à retrouver dans notre vie baptismale, et vie ecclésiale, pour accueillir l’urgence de la promesse du salut par le service de l’amour que nous déploierons. Point de fuite, ou de changement de crémerie, mais une ferme volonté d’être fidèle à la foi de l’Eglise et dans l’humble attitude du serviteur disponible en toute occasion à rendre témoignage dans la liberté de l’amour. L’expérience du Christ dans le souffle de l’Esprit est notre passage de la mer rouge, et le fil conducteur de notre foi pour avancer avec confiance, et répondre à l’appel du Christ pour lui faire place dans notre aujourd’hui.

L’humilité est la voie par excellence de l’accueil de la grâce et de la fécondité de la
présence de Dieu en nous. « Gardez-vous surtout de la vaine complaisance et de l’orgueil. C’est ainsi que plusieurs s’égarent et tombent dans un aveuglement presque incurable. Que la chute de ces superbes qui présumaient follement d’eux-mêmes vous soit une leçon continuelle de vigilance et d’humilité. » 6 L’orgueil, lorsqu’il corrompt notre relation à Dieu, nous entraine rapidement dans un enfermement sectaire. Ce n’est pas seulement la nuque raide, mais tout le corps qui est contaminé par le péché, et les bonnes œuvres sont alors gaspillées par la pourriture du péché. Oui nous devons être attentifs dans notre vie à ne pas instrumentaliser la Parole de Dieu, ni l’expédier vers un contexte précis qui ne nous concerne pas. Par exemple, parler de Parole de Dieu, comme parole de compassion pour entrer dans la révélation du Dieu Un et Trine, ne doit pas empêcher d’annoncer une parole de rupture et de compassion dans les changements de vie à opérer. L’égarement étant de mélanger compassion et rupture pour s’accommoder de la volonté de Dieu, qui devient de facto volonté de l’homme à Dieu, péché d’idolâtrie par excellence. Toutes les Écritures nous font entrer dans un chant d’amour de Dieu pour Son peuple et une hymne d’alliance, à renouveler sans cesse par l’obéissance de la foi, jusqu’à l’incarnation du Christ, la nouvelle Alliance éternelle pour le Salut de l’homme. La création de l’homme dans la liberté de l’amour n’est pas un marché de dupe, mais une réalité à redécouvrir dans l’exercice de nos responsabilités, chacun selon les talents reçus.

4 L,III, 20;4 Imitation de Jésus Christ
5 Ph 1,15-17
6 L,III, 6;5 Imitation de Jésus Christ

Dans l’Église, vivre la communauté dans une instrumentalisation du pouvoir c’est vivre dans une logique d’orgueil spirituel : mes paroissiens, mon curé, ma paroisse, mon banc, ma chaise, mon service… Lorsque l’esprit de possession a mis l’emprise sur le service, alors nous sommes dans la domination de la relation, au nom même de Dieu, l’instrumentalisant selon nos propres désirs, ce qui est le pis que nous puissions faire, et faire en Son nom.. À un moment donné cela devient gros comme une maison, mais soyons en surs, cela commence toujours par des petits riens en croissance pour l’appétit d’ogre et qui sans la vigilance des frères et un discernement prudentiel, peuvent manger la relation dans une autorité in-ajustée. Même dans l’évangélisation au service des frères nous pouvons nous fourvoyer. « Le ministère était devenu une idole. Travailler pour Dieu avait pris le pas sur aimer Dieu… je continuais de lire la Bible quotidiennement. Cependant je faisais cela par obligation et par habitude, et non avec un cœur ouvert découlant de ma relation avec Jésus » 7 Nous pouvons retrouver cette vocation devenue idole dans nos communautés notamment par la disponibilité de notre précieux temps. Agir dans notre présence en service commandé interroge (je fais le strict minimum et dans mon intérêt au service de mes propres actions). Je suis là, certes, mais dans l’absence de l’amour gratuit de Dieu et du prochain et il y a une manière de compter son temps sa présence, oubliant par la même notre vocation fraternelle, dans la gratuité du temps passé ensemble pour louer le Seigneur. Un accaparement des tâches, et de ce qui est utile au lieu de nous laisser conduire par l’intelligence des Ecritures sur une vocation propre à notre appel.

Nous ne sommes pas loin d’une contrainte portée par le regard des autres et de nous- mêmes. Être là juste pour faire acte de présence ou en délégation pour justifier notre identité d’êtres spirituels. C’est une tromperie que de venir en visiteur sans transformation intérieure. Faire le minimum syndical dans une étroitesse de la fraternité conduit à un dessèchement de la vie ecclésiale. Refuser de changer son jour de repos, ses loisirs quotidiens, les réunions vampiriques de famille et d’amis en dehors de la réalité ecclésiale, ou plus simplement de se laisser déranger au nom d’un principe totalitariste de son propre « temps personnel à moi et à personne d’autre » est naufrage de la relation gratuite de l’amour et de la disponibilité de tout notre être à la réalité du temps présent. « Le Seigneur Dieu nous désire jalousement pour lui-même. Il est l’amant de nos âmes. Si jamais nous plaçons quoi que ce soit avant notre relation avec Jésus – y compris notre travail pour Lui – alors nous serons piégés » 8 L’orgueil spirituel est justement ce piège de notre positionnement au nom de Dieu. À l’écoute de l’Esprit Saint, nous pourrons facilement faire les choix de vie, et puiser à la source la fécondité de la vie et ce qui nous fait grandir.

 7 P 183 Citoyen du ciel

Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen

L’abandon de la promesse de création a été fait par l’Adversaire. Le Diable a refusé, malgré son rang d’ange de lumière, la volonté de Dieu et dans une position d’orgueil spirituel, s’est coupé de Lui, On parlera alors d’orgueil spirituel comme la plus grave forme d’orgueil, puisqu’elle touche même à la transcendance, à notre relation à Dieu et à nous même en tant qu’image de Dieu. L’orgueil de Satan rode autour de nous comme un mal faisant des ravages. Retirez-lui toute spiritualité et l’homme devient une bête immonde. Tels sont les idéologies nauséabondes du siècle dernier (que nous subissons toujours), mettant Dieu au ban de la société et promouvant des sociétés inhumaines et mortifères. « L’assurance des méchants naît, au contraire, de l’orgueil et de la présomption, et finit par l’aveuglement. » 1 La rupture consommée entre le Diable et Dieu, devient pour le Malin une situation d’enfermement et de souffrance, car exempte de tout amour du seul et unique Créateur, Dieu Un et Trine.

En oubliant notre vocation d’être, personne humaine, à la louange de la création, nous nous désorientons vers d’autres désirs qui nous poussent à assouvir nos pulsions sans régulation, dans un défraiement de la liberté et un dévoiement de la grâce. C’est bien là, l’orgueil spirituel ; marchander sa relation à Dieu pour soi ou pour les autres, dans une recherche d’utilité sans saisir la gratuité de l’amour et l’esprit de service pour le bien de tous. Cela va en résonnance avec la rupture diabolique de l’ange de lumière. Et les arguments sont presque les mêmes, « il faut bien que je m’occupe de moi-même » ! Errance humaine ô combien dommageable ! Lorsque cela ne tombe pas dans une recherche du miraculeux, et une forme d’ésotérisme dans toute sa folie. Comme l’auteur fait parler le Christ dans le fameux livre du XIV 2 siècle « ‘Il y en a qui ne marchent pas devant moi avec un cœur sincère; mais guidés par une certaine curiosité présomptueuse, ils veulent découvrir mes secrets et pénétrer les profondeurs de Dieu, tandis qu’ils négligent de s’occuper d’eux-mêmes et de leur salut. Ceux-là tombent souvent, à cause de leur orgueil et de leur curiosité, en de grandes fautes, parce que je m’oppose à eux.» La curiosité présomptueuse, pousse à la recherche vaine d’une quelconque science sans conscience. Vouloir découvrir les secrets de Dieu pour mettre la main dessus, et se révéler initié afin de rompre la fraternité, dans une position de maître. Oublier l’amour est pure folie. C’est ainsi que l’orgueil spirituel est un naufrage par la curiosité malsaine, et une voie sans issue dans la connaissance de Dieu, pire, un chemin qui nous mène vers l’enfer. Alors vient la superstition et le vagabondage de la foi dans une volonté de surnaturel, avec un manque de discernement et de sagesse.

Comprenons le bien ! Une recherche du mal, et la volonté de nuire se développent dans le refus d’amour et de communion. Avec les anges, il y a eu une première rupture de la rencontre, un refus de dialogue dans le service, pour une possession d’un entre-soi (comme nous le dit la tradition). Avec cohérence, nous pouvons suggérer que le Diable est devenu une non-personne 3 . Dans cette logique on pourrait dire que l’orgueil nous déshumanise et nous clive profondément dans une absence de lien fraternel. Cela nous disperse dans le travail et nous isole dans les prises de position, entrainant inexorablement une solitude grandissante jusqu’à une chute abyssale du piédestal. A nous croire comme Dieu nous agissons comme des diables.

1 L, I, 20&7 Imitation de Jésus Christ
2 ou XVème la datation est difficile, et l’auteur inconnu

On peut continuer la réflexion en définissant deux facettes de l’orgueil, l’égoïsme et l’indépendance 4 . La caisse de résonnance dans la vie spirituelle nous autorise à classer beaucoup de chutes à travers les deux grilles de lecture. Soit on devient une forme de gourou, soit on s’isole dans une forme d’indépendance ecclésiale. L’appréciation de l’orgueil vient de cette errance de l’homme face à Dieu « J’escaladerai les cieux ; plus haut que les étoiles de Dieu, j’élèverai mon trône ; j’irai siéger à la montagne de l’assemblée des dieux au plus haut du mont Safone, J’escaladerai les hauteurs les hauteurs des nuages, je serai semblable au Très-Haut ! Mais te voilà jeté aux enfers, au plus profond de l’abime » » 5 l’orgueil nous jette dans le néant de la mort sans pouvoir nous en sortir. Refuser Dieu, c’est ne pas être. Le refus de la gratuité de l’amour et du don, dans le soupçon, est mortifère. Au contraire, l’acte de foi et de confiance en l’amour malgré toutes les circonstances apporte une fécondité dans la relation et l’accueil de toutes les réalités dans les vulnérabilités qui sont nôtres. La personne humble sait qu’elle doit tout attendre de Dieu et continue de faire confiance en toute circonstance.

L’opposition de Satan à Dieu est, pour la destruction de la Création, le refus de contempler Dieu, et de jouir de son amour infini. Le refus de vérité nous ferme au bonheur véritable, à Dieu, à la juste relation. Au contraire, dans l’humilité de la croix nous sommes appelés à recevoir la grâce du Salut, pur don de Dieu pour chacun d’entre nous, sans aucun mérite de notre part, mais juste parce que Dieu est amour, et qu’Il nous aime vraiment. Une rencontre personnelle où il s’offre à l’initiative pour quémander dans la responsabilité de nos réponses afin d’accueillir sa grâce, et de le suivre pour toujours. Par la croix, Dieu nous dévoile la vérité de son amour divin et nous attire à Lui pour toujours, lorsque nous nous laissons transformer. La difficulté de l’amour est de l’accueillir dans sa capacité de conversion de notre part, et d’accueil de la puissance de la grâce d’autre part. « L’orgueil est le commencement de tous les maux. » 6 Et le Tentateur, sous la forme du serpent, coince le premier couple dans l’engrenage infernal de la défiance et de la volonté de toute puissance orgueilleuse. « Ils pensaient devenir comme des dieux, et ils se rendent compte qu’ils sont nus, et qu’ils ont aussi si peur : car lorsque l’orgueil a pénétré le cœur, personne ne peut plus se protéger de la seule créature terrestre capable de concevoir le mal, c’est-à-dire l’homme » 7 La dimension humaine dans sa relation à Dieu est entachée par la défiance, et la volonté d’être indépendant. Vaine pensée orgueilleuse de l’indépendance qui ne reconnait pas son histoire propre à la lumière de la vérité, sombre dans l’idéologie du Malin pour ne pas accueillir les pas de Dieu dans notre histoire, ni sa présence tout au long de notre vie. Car même si nous ne sommes pas fidèles à sa Parole, Lui est fidèle au nom même de sa Parole. « L’orgueil est un venin, c’est un venin puissant : une goutte suffit pour gâcher toute une vie marquée par le bien. Une personne peut avoir accompli une montagne d’actions bénéfiques, avoir récolté des applaudissements et des louanges, mais si elle n’a fait tout cela que pour elle-même, pour s’exalter elle-même, » 8 alors tout est vain. Lorsque l’égo l’emporte sur la croissance spirituelle et par conséquent sur le partage fraternel en vérité, tout devient vain. Oui l’orgueil est un venin, mais, lorsqu’il touche aux réalités spirituelles, il devient mortel.

 

3 Une non-personne (ou l’anti-personne), désintégration , ruine de l’être, c’est pourquoi il se présente sans visage Joseph
Ratzinger 1973. « La figure du Diable reste néanmoins fondamentalement insaisissable et il y a une discussion sur sa nature.
Des théologiens se demandent si le Diable est une personne. Les jésuites Bernard Sesboüé ou Karl Rahner sj affirment ainsi
que l’on ne peut pas dire que c’est une personne ni le contraire. Car ce qui constitue une personne est la capacité de relation,
or le diable est dans le refus définitif de la relation avec Dieu, mais le refus complet de relation est en soi une relation !... Le
cardinal Ratzinger parlait de Satan comme d’une non-personne. Paul VI a situé la question du Diable comme
«l’interprétation chrétienne du mal», alors que Jean Paul II a parlé du mal en évoquant des structures de péché, animées par
un égoïsme forcené qui permet l’existence de structures mauvaises, comme l’exploitation, à l’opposé de la solidarité. Le
pape François a souvent évoqué le Diable.» 14 mars 2023 n 15 Regard (février-mars 2023) de Bruno Fuglistaller SJ
4 P 186 Tactiques du Diable – JB Golfier
5 Is 14,13b-15
6 Catéchèses Vices et vertus Pape François – 2024 – 1 introduction ; gardien du coeur

La référence à la première attaque de l’adversaire contre Dieu dans ce refus de service au nom d’une étrange hiérarchie de domination révèle l’inadéquation d’un mauvais choix aux conséquences désastreuses. Or dès le commencement, nous sommes par vocation appelés à une juste altérité dans la complémentarité au nom même de la liberté de l’amour et de son dynamisme généreux dans la relation. Le Diable a refusé l’altérité de l’homme et sa complémentarité dans la louange à Dieu. Néanmoins le mal n’apparaît jamais dans sa brutalité la plus bestiale, mais s’infiltre malignement dans le soupçon des bonnes relations, et induit à l’erreur. Nous le voyons sur la présence même du mal, et des scènes blasphématoire dans une ambiance qui se voulait bonne lors de l’ouverture des Jeux Olympiques 9 . D’un autre côté, on voudrait expliquer d’un point de vue psychologique toutes les déviances, sans en saisir la teneur spirituelle, et la problématique de foi qu’elles posent. D’ailleurs, comme le dit le pape François, « Aujourd’hui, nous assistons à un phénomène étrange concernant le démon. À un certain niveau culturel, on pense qu’il n’existe tout simplement pas. Il serait un symbole de l’inconscient collectif, de l’aliénation, bref une métaphore » Non ce n’est pas une métaphore, mais une réalité parfois bien tangible d’une manifestation qui veut nous séparer de Dieu, certaines lectures autorisées d’exorcistes sur la vie d’Hitler par exemple, montrent par plusieurs signes des formes de possession assez évidente. Certes cela ne dédouane pas la responsabilité personnelle de l’homme, ni celle de ceux qui se sont engouffrés dans ce délire. Mais il faut avoir le courage aussi de dire qu’il y avait bien quelque chose de démoniaque. L’assassinat de Daphrose et Cyprien Rugamba dans le double génocide 10 du Rwanda en 1994, et la célérité des soldats à profaner le tabernacle et éparpiller les hosties, avant même de tuer les habitants, montrent la dimension spirituelle d’une telle haine, et la manifestation de l’esprit démoniaque. Toutefois, les yeux fixés sur le Christ, avec l’armure de la foi, le bouclier de la justice et l’épée de la victoire, nous voici armés par la Parole pour faire face. « La conscience de l’action du diable dans l’histoire ne doit pas nous décourager. La considération finale doit être également celle de la confiance et de la sécurité : “Je suis avec le Seigneur, va-t’en ”. Le Christ a vaincu le diable et nous a donné l’Esprit Saint pour que nous fassions nôtre sa victoire. » 11 Avoir confiance en Dieu et persévérer dans la prière sont les voies les plus justes d’un combat où Dieu fait son œuvre en abattant les murailles de Jéricho et manifeste sa victoire par les chants de louange et d’actions de grâce, avec parallèlement un même refus de toute forme d’idolâtrie. Ainsi, nous pouvons conclure l’orgueil est idolâtrie.

7 ibid
8 Catéchèses Vices et vertus Pape François – 2024 &16 La vie de Grace selon l’Esprit
9 JO 2024 Ouverture des jeux avec une imitation blasphématoire de la Sainte Cène
10 Hutu et Tutsi – Voir livre noires fureurs, blancs menteurs, Pierre Péan Ed mille et une nuits – livre d’enquête
11 Catéchèses L’Esprit Saint conduit le peuple de Dieu Pape François – 2024 &7 Jésus conduit par l’Esprit dans le désert

Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen

Depuis trois ans nous marchons sur des axes pastoraux discernés en Equipe d’ Animation Pastorale pour cheminer dans la foi. La première année (2022-2023), nous étions sur l’évangélisation et l’appel à la conversion dans la vie communautaire. Pas de vie dans le Christ sans conversion, entendons-nous tout au long des Ecritures. La deuxième année (2023-2024) nous avons ouvert l’année de la famille et une réflexion sur la pastorale des jeunes, des personnes âgées et des personnes en situation de handicap. L’ouverture aux AFC (Association Familiale Catholique) a permis de proposer une catéchèse spécialisée pour les jeunes en situation de handicap, développer l’aumônerie avec une belle participation au week end « jeunes » proposé par le diocèse en novembre dernier. Ces points importants ont apporté une belle
cohésion. Nous commençons l’année pastorale (2024-2025) avec une attention particulière à la vie dans l’Esprit et à notre responsabilité de témoigner du Christ Sauveur.

Nous sommes transformés par la Parole de Dieu et la vie sacramentelle, encore faut-il vraiment en témoigner. Recevoir l’Esprit Saint dans notre vie nous ouvre à une dynamique de l’amour où tout est don. Dans la civilisation de l’amour, nous voici appelés à nous mettre au service des uns et des autres, signe de fécondité et d’authenticité de la grâce de Dieu en nous. « La parole pénètre plus facilement dans le cœur de celui qui écoute lorsqu’elle est encouragée par les actions de celui qui la dit, car tout en invitant de la voix, il aide à l’accomplir par son exemple. » 1 Nous pouvons nous dire chrétiens mais il nous faut vivre dans la réalité de la communauté paroissiale et la communion fraternelle notamment par le service. L’amour de Dieu passe par le souci du frère, et la prière de louange pour présenter au Seigneur nos demandes et rayonner de sa grâce en toute occasion.

Le lien entre la Parole de Dieu et la prière de louange est très fort, puisque les psaumes et des cantiques de louanges jalonnent toutes les saintes Écritures. Saint Grégoire rappelle également l’importance de la louange dans l’unité des chrétiens. « Pesez bien, … ce qu’est le mal de la discorde, puisqu’elle fait rejeter cela même qui délie du péché. Mais les élus, eux, sont toujours unis dans la charité ; et cette charité chante un chant de louange à leur Créateur, et inflige la peine de l’effroi aux esprits du mal, leurs antiques ennemis » 2 On pourrait en déduire à la suite de ce grand saint Docteur que la prière commune de louange et le développement de la charité entre nous provoquent un rejet explicite et efficace de l’antique ennemi. Ainsi, nous pouvons comprendre la prière de louange et l’exercice de la charité comme un exorcisme puissant. La recherche de communion dans la prière est la porte d’entrée vers une sainteté commune de ceux qui par le baptême sont élus. « C’est une armée en marche, et l’on entend bien comme ‘la rumeur d’une armée en campagne’, car leurs rangs résonnent, à la louange du Dieu Tout Puissant, du cliquetis du glaive des vertus et de l’arme des miracles » 3 Le témoignage de notre foi passe par la charité
fraternelle et la capacité à louer Dieu en toute occasion. La vie dans l’Esprit est l’expression d’un appel à la prière de louange et le témoignage dans tous nos actes de la joie de Dieu en nous. Croire est joie.

1 P 181, Règle pastorale tome I St Grégoire le Grand RG II-3
2 P 289 Homélie VIII, 9 St Grégoire le Grand op cité

Certes, nous devons sans cesse écouter la parole de Dieu vivante. Dans notre façon d’être et de nous comporter, elle nous demande d’agir par l’exemple de notre vie et de témoigner ainsi de la grâce reçue. Il s’agit d’un engagement fort de notre volonté afin de témoigner de la richesse de notre foi. Ce n’est pas du tourisme spirituel pour des spectateurs de la foi passant à côté du Christ sans le voir, ou des mercenaires de la foi s’engageant dans ce qui est utile sans y percevoir le sens, ni mettre l’amour de Dieu entre parenthèse, mais un appel à nous engager, dans la vie de l’Église et la réalité du quotidien afin de bâtir la civilisation de l’amour. « Vous ne connaitrez jamais vraiment les Écritures tant que vous ne vous laisserez pas transformer par elles » 4 Dans la grâce de la rencontre nous sommes entrainés à la suite du Christ sur le chemin de vie pour faire la volonté du Père et nous changeons intérieurement pour le laisser œuvrer selon notre vocation propre et son dessein d’amour. L’appel à vivre en Dieu demande l’humilité pour le recevoir et qu’Il puisse nous mettre debout. « Quand nous nous prenons conscience que nous sommes cendre et poussière, quand, réfléchissant à la faiblesse de notre condition, nous ne nous haussons pas raidis et fiers, alors le Dieu Tout-Puissant nous relève par son Esprit et nous met debout sur nos pieds. » 5 Le témoignage de vie n’est pas tant sur nos propres forces que sur la puissance agissante de Dieu dans notre vie, et notre faculté à nous rendre disponibles à sa grâce. L’annonce du Salut est l’expérience d’une rencontre de l’amour et d’un changement de vie qui m’orientent vers le meilleur bien.

L’appel à lutter contre la discorde demande un cœur de compassion pour retrouver dans toute relation au frère la volonté de vivre en communion et d’accueillir le pardon comme un renouvellement d’être soi dans le regard bienveillant porté sur le prochain. « La compassion a les yeux ouverts sur le bien et le mal et trouve dans l’un et l’autre des raisons d’aimer. C’est le seul amour ici-bas qui soit vrai et juste » 6 La vie dans l’Esprit accueille cette raison d’aimer au-delà des normes morales, notamment dans la dimension fraternelle d’images de Dieu appelées à la ressemblance. Le Christ en est l’exemple parfait sur la croix. « Père pardonne leur ». Rien ni personne ne peut arrêter l’amour. L’Esprit nous apprend à le vivre dans le juste rapport à Dieu, à nos frères et à nous-même et en cohérence avec toute la création. Nous devons être disponibles pour être acteurs de la grâce partagée et responsables envers tous du don reçu en tant que serviteurs fiables.

3 P 291 Homélie VIII, 10 St Grégoire le Grand op cité
4 P 274 Citoyen du Ciel Brother Yun
5 P 497 Homélie XII, 5 St Grégoire le Grand – Homelie sur Ezechiel
6 P 220L’enracinement – Simone Weil

Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen

 

L’éducation du désir dans une conscience de la liberté (suite et fin)
Etre libre ne se déclare pas, mais se vit dans tous nos actes quotidiens, comme un prolongement des possibles tout en gardant l’horizon ouvert. Une vérité dans le fait d’être soi pleinement, et non programmé à des tâches, mais dans une audace de créativité ou je puis m’épanouir franchement et totalement comme fils de Dieu appelé au bonheur pour l’éternité.

Il s’agit d’une transformation de l’être par la vie divine, une rencontre avec Jésus qui m’ouvre à d’autres choix parce que le bonheur est promis à ceux qui sont en communion avec Lui. Non un bonheur des biens ou des réalités terrestres, mais ce bonheur d’une fraternité retrouvée en Dieu et à l’écoute des béatitudes dans la simplicité du dialogue et la recherche de paix à travers notamment la vérité de l’amour et l’accueil de la miséricorde. Le sens de l’eucharistie dans cette transformation du croyant appelé à communion avec Dieu, prend par exemple un écho dans le travail, comme le formule si bien la philosophe Simone Weil 2 . « L’homme se mange lui-même ; il mange son travail. L’homme donne son sang, sa chair à l’homme sous forme de travail. L’homme se donne à l’homme en tant que travail » 3 Il y a une corrélation entre le don de l’eucharistie et la participation de l’homme à l’œuvre de création par son travail, et le don sincère de lui-même. Une même synergie ou nous voyons que dans nos choix nous pouvons participer par grâce à l’œuvre de Dieu dans un quotidien si ordinaire. Le don participe à l’expression d’être pleinement soi. L’amour de Dieu pour l’homme s’exprime d’ailleurs à travers la Personne Don, l’Esprit Saint, mais se vit au cœur même de la Trinité comme expression personnelle de l’amour. On pourrait même sans dissocier, exprimer l’amour dans une triple voie opérante de la volonté dynamique à travers la Parole et le Don. L’amour se donne à manger, c’est-à-dire participe à la relation dans un apport nutritif et total d’un choix déjà fait et qui nous demande alors d’être cohérent dans le temps. Le témoignage de vie est à comprendre dans cette liberté de l’amour vécue dans la Philosophe humaniste et baptisée peu avant sa mort, née le 3 fevrier 1909 et morte le 24 aout 1943 de culture juive, mais agnostique, elle opère un rapprochement avec le catholicisme tout en ayant du mal avec l’institution, d’où son baptême tardif. (ne pas confonde avec la femme politique Simone Veil) vérité de nos choix et selon une cohérence.

1 2 Co. 3,17
2 Philosophe humaniste et baptisée peu avant sa mort, née le 3 fevrier 1909 et morte le 24 aout 1943 de culture juive, mais agnostique,
elle opère un rapprochement avec le catholicisme tout en ayant du mal avec l’institution, d’où son baptême tardif. (ne pas confonde avec
la femme politique Simone Veil)
3 Œuvres complètes Tome 1 Simon Weil p 378-379

D’ailleurs, on peut donc parler de participation dans l’accomplissement des choix que nous faisons, à une communauté humaine, et à l’effort de rechercher le bien commun comme fondement de toute relation. L’amour est-il une expression solitaire ou bien imprègne-t-il toujours une dimension communautaire ? Et ne doit-on pas voir la personne à travers la communauté sans tomber dans les deux travers de l’individualisme ou du seul communautarisme ? « La question […] peut se poser de savoir si cette expérience de l’agir « en commun avec d’autres » n’est pas l’expérience fondamentales, et si, en conséquence, la conception de la communauté et de la relation ne doit pas être présupposée par celle qui traite de la conception de la personne » 4 . Les choix personnels que nous posons impliquent-ils toujours la relation à l’autre ? On ne peut traiter de la relation nous dit le philosophe devenu pape, sans se soucier de ce qui fait la personne humaine et son juste rapport à l’autre. La conception de la personne nous resitue l’acte dans une dimension logique de la cohérence à ce qui l’entoure et ce que cela implique.

En poursuivant la réflexion, la question posée est de savoir ce qui est premier entre l’acte personnel et l’acte d’interaction avec l’autre et ce que cela dit de la personne. Or l’expression de nos choix est toujours interrelationnel, par conséquent tout acte est portée par la communauté, et non présupposée portée par elle. C’est important de rappeler dans cette citation l’importance de l’autre comme expression de mes actions 5 . Le désir trouve son espace dans l’expression personnelle d’une relation au créé. L’appel à la sainteté est à retrouver dans cette exemplarité de vie à travers une époque donnée et un contexte particulier pour redire la grâce et la manifestation de la surnature dans un quotidien fait d’incertitude, de conversion et de conscience droite. Le choix devient l’expression de la vie dans l’Esprit et porte du fruit. De plus l’histoire de la personne induit des comportements et des réflexions propres à l’expérience. Si nous venons d’une Eglise des martyrs, comme nous pourrions le définir par exemple en Chine ou dans les chrétiens d’orient, la dimension de la croix est clairement présente et implique une radicalité dans les choix. Néanmoins, dans une société française assez corrosive dans l’expression de la foi, dans un détournement idéologique toujours présent (l’ouverture des JO en est un exemple) et l’impératif de respecter la paix sociale nous demande d’autres expressions de la foi dans le témoignage de vie, et l’appel à la gratuité de l’amour, retrouver ce juste bonheur demande de méditer la Pâques du Seigneur et de réveiller en nous l’ardeur de la foi pour partager vraiment cette liberté de croire en notre Rédempteur. La conception de la personne dit la valeur de la vie et de la dignité de tout être humain. Les régimes dictatoriaux nous l’ont bien fait comprendre par l’absurdité de leurs pensées.

4 P 337 Personne et Acte, Karol Wojtyla (Jean Paul II)
5 L’agir n’est pas une valeur personnelle dénuée de tout apport extérieur, mais d’abord l’expression d’une identité dans une communauté
humaine, et reliée à elle pour construire une singularité qui forme sens.

En communauté de croyants, cet agir se vit dans l’expérience de l’Esprit Saint, mais chasse aussi toute peur, pour se laisser cheminer dans la confiance des verts pâturages, en compagnie de Jésus, fidèle Pasteur. Tout acte de la personne demande d’être vu comme l’expression d’une relation qui touche à
toute l’humanité, même le plus intime dans le lieu le plus secret. L’appel à nous laisser vivifier dans la foi dans cette recherche de la vérité pour vivre l’amour en actes nous rend responsables des conséquences, et d’éventuels dommages occasionnés, même si tout n’était pas perçu ainsi au départ. Le manque d’anticipation, ou de perception des conséquences ne peut être une excuse à la faute, même si elle l’amoindrie. Une erreur par ignorance 6 est toujours moins grave qu’une erreur dans une pleine conscience.

Vivre la foi est un espace de liberté que nous devons cultiver à la lumière de la charité pour éclairer nos choix de la présence de Dieu et rendre un témoignage crédible. « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage, et même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. » 7 Travailler en profondeur notre histoire pour y puiser la lueur de l’action de Dieu dans notre vie, car Lui agit toujours, c’est nous qui sommes sourd à sa présence. Il est à coté de nous à chaque pas de notre vie, Il est au milieu de nous à chaque eucharistie, Il est en nous lorsque se manifeste la vie de l’Esprit Saint. L’appel à retrouver une intériorité dans notre vie, demande de puiser à la source de la vie la liberté de l’amour pour l’exprimer dans la responsabilité de nos choix et en pleine conscience de notre vocation d’image de Dieu. C’est avec autorité que je peux exprimer cette filiation d’enfant de Dieu,
d’enfant de Roi du Ciel, autrement dit de citoyen du ciel, qui témoigne sur terre de cette présence incessante de l’amour fécond et gratuit qui se reçoit et se partage. La liberté est fruit de l’amour et son action. « L’amour ne cherche hors de lui-même ni sa raison d’être ni son fruit : son fruit, c’est l’amour même. J’aime parce que j’aime. J’aime pour aimer. » 8

Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen

 

6 Sauf en cas d’ignorance crasse, c’est-à-dire une volonté de ne pas savoir pour ne pas (en) avoir à rendre compte
7 2 Co. 4,16
8 Sermon de S Bernard sur le cantique des cantiques

Le choix de l’amour comme fondement ontologique (suite)

(…) A contrario, la conversion se vit dans une communion d’amour capable de pardon et de réconciliation, c’est-à-dire de renouer le lien fraternel et d’avoir un regard de bienveillance en toute situation pour permettre à d’autres choix. L’amour nous ouvre les portes de la liberté pour grandir en présence du Seigneur et accueillir la réalité fraternelle comme une richesse et non comme une entrave. Savoir pardonner est le principe même d’une vie accueillie dans le lit du fleuve comme une réalité
dynamique d’événements, par des passages stagnants mais aussi des cascades, par des obstacles, et des ouvertures jusqu’à la mer. L’impossibilité d’un barrage de toute hauteur, pour empêcher l’eau de passer, prend à la gorge et devient en soi un mal. Une muraille de chine laissant la lèpre du péché se développer en dehors jusqu’à faire pourrir en dedans. La prudence quant aux possibilités de changement demande la vérité de la contrition, et la résolution du changement pour accompagner la personne dans une nouvelle dynamique, et des transformations qui portent en eux-mêmes une certaine croissance et la possibilité d’un fécondité de vie, et non d’une eau stagnante tel le marécage. Il aura bien fallut accueillir Saul devenu Paul, et lui donner une place dans la communauté. Le Fils ainé aurait dû avoir ce regard de bienveillance du frère et lui faire une place au lieu de tenir son cœur fermé à la grâce. Beaucoup de nos
choix sont à relire dans la temporalité avec toute la prudence du contexte pour ne pas être source d’enfermement (ni source de dévoiement comme nous l’avons signalé auparavant). Seul l’amour nous rend vraiment libre, c’est-à-dire capable de rechercher le meilleur bonheur dans le contexte d’une réalité quotidienne à découvrir chaque jour. Voici un exercice d’une liberté en devenir dans l’action de grâce de la rencontre fructifiante pour nous régénérer en présence du Seigneur et témoigner ainsi de notre foi.

Néanmoins la loi peut être aussi perçue comme un barrage d’énergie, pour laisser passer la grâce dans les turbines de la purification de tout notre être afin d’apporter l’énergie nécessaire à notre volonté pour exercer notre responsabilité propre de fils de Dieu, enfant d’un même Père. Pas d’eau stagnante mais un courant qui part à coup s’échappe pour laisser la force de la nature s’épanouir. Le souffle de l’Esprit Saint donne l’impulsion nécessaire à l’amour sans abroger la loi, mais former le sens premier dans le projet Créateur. La loi est sens de Dieu, l’amour l’expression dans la vérité de nos actes et la réalité du moment. Dans ce triptyque, la loi, l’amour et la vérité sont toujours présent dans notre histoire lorsque nous les actionnons avec justice et dans un discernement prudentiel ; pas de liberté sans prudence, et humilité,
chaque jour il nous faut mieux connaitre les réalités du moment sans substituer l’un des critères par rapport aux autres, mais y lire une forme de complémentarité dans une articulation de ce qui correspond au don de Dieu et au devoir de témoignage. Le choix de l’amour se vit dans le cadre de la loi et demande d’agir dans la vérité de tout notre être. Une cohérence d’être dans la communion de la relation est à percevoir comme un accroissement de la vie en Dieu par l’irradiation des grâces sanctifiantes. Si la
liberté est la recherche du bien, alors l’amour en est sa beauté et la vérité son expression. Or l’énergie à déployer dans ce choix de l’amour demande dans cette attraction atomique de la loi, l’amour et la vérité, la fission nécessaire pour irradier nos relations de la grâce. L’important n’est pas tant de dire la vérité jusqu’à parfois l’assener, mais de vivre la relation comme une rencontre ou nous sommes capable d’autres choix à travers la créativité de l’amour et de se rappeler que la loi est là pour nous aider à progresser dans l’énergie nécessaire pour le cœur de Dieu. Certes Dieu agit en premier, mais nous avons à contribuer à son œuvre par notre disponibilité à sa grâce, telle est notre liberté à éduquer chaque jour.

  1.  2 Co. 3,17

L’autorité comme liberté du service
L’autorité que nous exerçons dans les choix posés est d’abord une connaissance de Dieu par grâce, une volonté de le suivre jusqu’à la croix et la résurrection dans la vérité de notre être, et une obéissance à la loi comme témoignage de vie ; là est notre liberté, dans le choix de Dieu, et cette volonté de lui ressembler. Persévérer « dans la foi et la pratique du bien » 2 nous dit le saint Docteur, nous fait témoigner de cette vie en Dieu dans la juste place d’élus de Dieu, c’est-à-dire de ceux qui écoutent sa Parole et mettent en pratique. L’autorité par laquelle nous agissons, est reçue de Dieu, comme serviteur de la Parole de vie, et nous appelle dans la douceur à témoigner de notre foi dans l’expression des choix les plus ouverts sur la vie, la recherche du bien, et la beauté de l’engagement pour la vérité. C’est pourquoi l’énergie de la loi demande beaucoup de conversion nécessaire pour se laisser dépouiller et se laisser habiter par la grâce de l’Esprit Saint dans la disponibilité de tout notre être. « Toute âme qui même après avoir reçu la foi demeure dans sa dépravation ou y revient est appelée « maison irritante », parce qu’elle chasse loin d’elle par son inconduite celui qu’elle avait accueilli par la foi, Dieu, qui l’habitait » 3 Exercer notre autorité spirituelle dans notre vie c’est chasser tout ce qui conduit au mal, refuser d’abonder la tentation, et se souvenir que le Christ est venu pour nous sauver, c’est-à-dire nous
rendre libre. L’inconduite est un contre témoignage de notre vie prétendument ancrée en Dieu. La foi nous délivre de toute peur, pour nous ramener sur un chemin de repentance, et de changement pour mieux comprendre les choix que nous avons à poser. Une conversion à vivre chaque jour dans le combat spirituel et le refus d’écouter la voix de séduction qui entraine vers la superficialité et la facilité d’un
choix irresponsable, mais aux conséquences désastreuses. Le Diable nous détourne de la vie de Dieu, de la vie en Dieu. La tentation du cœur est toujours possible, mais la connaissance de Dieu, la méditation des Ecritures et la prière nous enracine à travers le jeûne et les veilles attentives aux signes de sa présence, comme guetteur de l’invisible. Avec les choix, il y a une part de renoncement, et d’engagement pour l’avenir du meilleur bien, mais aussi à la lumière du Christ un discernement à opérer à chaque instant pour mieux nous approcher de lui dans un cœur pur, et le contempler avec émerveillement et action de grâce.

2)   P 341, Homélie sur Ezechiel Livre I, Homélie IX, &8 St Grégoire le Grand
3)   P 343, Homélie sur Ezechiel Livre I, Homélie IX, &10 St Grégoire le Grand

Une fois que je trouve cette liberté jaillissante de grâce, alors tout est possible, mais tout n’est pas profitable. C’est dans un discernement prudentiel qu’il faut avancer avec précaution et la richesse de la prière et du conseil des frères pour faire le choix en Eglise de nous ajuster à la volonté de Dieu. La vérité de l’homme se vit dans la croix et la résurrection du Christ, comme un appel à la conversion, la purification et la transformation pour la joie nouvelle de la vie éternelle. Il y a bien une maturation
de changements à opérer du fond du cœur, ou l’amour vainc la haine en délaissant tout esprit de mensonge et en recherchant en toute chose la vérité pour le meilleur bien et la beauté du créé fait par Dieu. La loi est une invitation à la vie divine dans l’acceptation des transformations parfois crucifiante à faire pour connaitre la résurrection, c’est-à-dire la vie nouvelle en Christ. « L’amour du prochain, la beauté du monde, l’orientation vers un Bien absolu, se proposent – et s’imposent – à la liberté de tout homme, qu’il soit croyant ou incroyant » 4 Ce n’est donc plus une question de douane ou d’intransigeance, mais bien d’humanité et de dignité de l’homme dans un cadre qui fait grandir et produire du fruit. En s’imposant à la liberté de l’homme, la loi nous configure à la volonté divine, dans cet accueil d’une loi naturelle appelé raison de l’être dans le discernement de la réalité. Ce n’est pas tant
une question de foi qu’une question d’être, autrement dit de vocation humaine. D’ailleurs l’appel à la liberté est toujours orienté vers plus d’amour dans l’unification de tout notre être et la responsabilité de nos choix vécu en vérité, mais cet appel est aussi orienté vers plus de vie, c’est-à-dire d’une qualité de vie en Dieu pour l’éternité. Tout choix est à faire dans cette optique de la vie en abondance, et demande une
cohérence significative dans la vie de la cité. La fraternité n’efface pas l’égale dignité de la vie, et de toute vie, et la liberté en est l’expression le plus grande au service de tous, et le respect de chacun. La valeur de la vie humaine dans tous ses aspects ne peut s’orienter vers un choix partisan sans en porter les responsabilités collectives. L’autorité que nous exerçons a des conséquences sur l’ensemble et non seulement sur le particulier. Comme aime le dire le Pape François « Tout est lié ».

Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen

La réflexion en général part d’une situation pratique pour faire réfléchir, et Saint Paul nous rappelle l’importance de vivre une vie de liberté sous la mouvance de l’Esprit Saint. L’Esprit souffle la liberté et l’amour nous fait vraiment libres. Lorsque l’amour n’y est pas, c’est une illusion de liberté dans les choix posés, et cela s’appelle de l’aliénation. Le travail de la liberté est à rechercher dans une qualité relationnelle avec Dieu et notre prochain. Sinon, nous devenons esclaves de nous-mêmes et des autres dans une dépendance au refus du don, une dramatique course de la possession. Autrement dit, sans amour nous sommes esclaves du péché 2 et entrons dans une culture de mort, c’est être en proie à nos convoitises et dans une forme d’emprise émotionnelle empêchant le juste discernement du désir. Une vie sans Dieu conduit à un enfermement et l’idolâtrie nous égare loin de la source de la vraie vie. Travailler la liberté est d’apprendre à retrouver des choix qui ouvrent à une fécondité.

D’ailleurs la question de la liberté est donc la capacité à demeurer libre face au péché, dans le refus d’accéder à la tentation, mais au contraire, avec persévérance, marcher dans les exigences de la Parole de Dieu pour une unification de tout notre être. Une cohérence de vie ou chaque choix ouvre à une plus grande fécondité. La conversion est bien de ne pas vouloir suivre ses passions, mais se laisser guider dans le souffle de l’Esprit pour discerner le meilleur bien et le suivre. Appeler un chat, un chat est une nécessité dans la radicalité des engagements et la fuite rationnelle d’un relativisme mortifère. Trop souvent dans une mauvaise
compréhension de la liberté, nous pouvons arriver dans la vie spirituelle à parler de droit (en oubliant notamment nos devoirs), et affirmons des positions, même dans une forme de charité qui en oublie la vérité. « Revendiquer le droit à l’avortement, à l’infanticide, à l’euthanasie, et le reconnaître légalement, cela revient à attribuer à la liberté humaine un sens pervers et injuste, celui d’un pouvoir absolu sur les autres et contre les autres. » 3 L’enjeu de la conversion est justement de prendre conscience de nos enfermements ou nos difficultés à nous dominer, et à la lumière de la Parole prendre les résolutions nécessaires au changement.

1 2 Co. 3,17
2 2-2 Gaudium et spes – Vatican II
3 20 Evangelium vitae

Or la soif de possession jusqu’à notre propre vie, avant de l’accueillir comme un don entraine une sècheresse intérieur, un refus de la relation interpersonnelle sereine et juste avec Dieu et notre prochain, et se révèle une misère humaine effroyable dans la froide solitude et l’éloignement inexorable de Dieu. La perversion est de s’enfermer dans de telles positions et souvent dans l’incapacité d’en sortir, laissant douter même de l’indépendance du choix ! L’écoute fraternelle à la lumière de la sagesse du Très Haut, nous pousse toujours à entendre raison.

Le sacrement de l’eucharistie ne peut être partagé sans vivre le sacrement de réconciliation, en rappelant l’importance de se confesser au moins une fois dans l’année, avant Paques, (même s’il faut se confesser une fois par mois dans un rythme normal et avant les solennités). Ce n’est pas pour brimer qui que ce soit, ou refuser la communion, mais rappeler la cohérence des sacrements et la nécessité d’une liberté intérieure à faire grandir dans un juste rapport à la loi et à la miséricorde. L’exigence d’une vie chrétienne pour le baptême, et l’engagement des parrains 4 et marraines à avoir reçu les sacrements de l’initiation n’est pas de l’ordre d’une lubie personnelle d’une personne, ou d’une culture particulière, mais dans la catholicité de la foi, un rappel du droit dans une vision pastorale de fécondité du témoignage. L’importance de la fidélité dans le mariage et le lien de l’indissolubilité rappelle dans cette liberté de l’engagement une même prise de conscience dans l’attention à la fidélité de la présence eucharistique et l’exigence d’une vie orientée vers le meilleur bien à travers des actes positifs de recherche de conversion. La vie sacramentelle ne peut être lue en réponse à des droits, ni à un sentimentalisme éculé de braderie de charité, mais doit être liée à l’exigence d’une conversion qui demande un cheminement dans le temps et l’espace afin de percevoir le souffle de l’Esprit et discerner en vérité dans la connaissance des actes et l’appel à la sainteté, c’est-à-dire à la croissance de la vie de grâce avec Dieu. Ainsi, par notre engagement à suivre la vie de l’Esprit nous accomplissons notre vocation d’image de Dieu, et sommes illuminés de sa grâce, alors nous grandissons en sa présence et portons le fruit providentiel pour la moisson, chacun selon sa propre force. Dieu agit dans notre vie c’est une évidence, lorsque nous acceptons de voir les signes dans le dynamisme de l’amour et la logique de notre propre vie. Il se manifeste dans notre histoire, mais encore faut- il avoir le discernement nécessaire à l’intelligence des écritures et ouvrir nos yeux à sa présence pour témoigner avec vigueur de cette joie de la rencontre. Notre liberté est de l’accueillir comme notre Seigneur et notre Dieu et suivre le
chemin de vie dans l’accomplissement de la promesse de vie éternelle sur notre existence.

4 Canon 874 – Code de droit canonique 1983

Oui, notre vie prend sens lorsque Dieu est présent. « Car, si l’homme existe, c’est que Dieu l’a créé par amour et, par amour, ne cesse de lui donner l’être ; et l’homme ne vit pleinement selon la vérité que s’il reconnaît librement cet amour et s’abandonne à son Créateur » 5 La conscience de la présence de Dieu dans notre vie oriente tout notre être vers le chemin du Salut. Connaître l’amour et vouloir l’amour nous ouvre à une liberté de choix fécond pour une juste relation. Or le Concile nous rappelle que l’homme ne peut être pleinement lui-même que s’il s’abandonne à son Créateur, c’est-à-dire, s’il écoute sa voix et
vit l’amour en toute chose. ….

Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen

La vie de foi impose un engagement dans la vérité de l’amour que nous essayons de partager autour de nous. Des actes à poser pour rechercher ensemble la vie de Dieu dans le courant de grâce. En clair l’amour se vit dans les choix que nous posons. L’importance de notre implication tant religieuse que sociale impacte la vie fraternelle. Témoigner demande le courage d’annoncer et de s’opposer à tout ce qui conduit au péché, à la violence et à la haine, voire toute forme d’idolâtrie qui conduit fatalement à la tyrannie.

En effet la participation à la vie de l’Esprit Saint demande de rechercher une vie de communion. Comment pouvons-nous nous éloigner de la vie de Dieu ? Par l’idolâtrie ! Tel est la triste histoire de Babel. « Allons ! Bâtissons-nous une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux » Avoir une demeure dans les cieux à l’égal de Dieu, science sans conscience à perte d’âme. « Rien ne les empêchera désormais de faire tout ce qu’ils décideront. » Une utilisation de la liberté comme un possible sans vision, plutôt qu’une participation à la liberté de l’amour du meilleur bien, voilà de quoi Dieu veut protéger l’homme de lui-même pour le rapprocher du jardin de la cohérence dans l’inter-dit (propre de la relation) c’est-à-dire de l’amener à retrouver la communion dans la familiarité d’une parole de
vérité pour grandir en présence du Seigneur. Il nous faut rappeler l’importance de chasser toute intolérance, et notamment de refuser explicitement la culture de mort et du libéralisme libertaire, mettant le choix de vie en concurrence avec le choix de mort. Une telle pensée est ignominieuse et amène à la tyrannie d’une marchandisation du corps et à une forme de cynisme sociétal dont l’aspect économique dans son aspect mercantile n’est jamais éloigné. Le libéralisme libertaire, « c’est mon corps,
c’est mon choix », n’est ni écoutable, ni entendable, ni respectable, ni relatif. Comme le racisme, le ségrégationnisme ou toutes les positions de violence, une telle idéologie doit être dénoncée comme l’extrémisme d’une étrange éthique barbare et en tout cas régressive, voire d’un individualisme mortifère. La volonté de dialogue n’est pas l’absence de valeurs, ni le relativisme. Il faut toujours se positionner contre des propositions qui blessent l’humanité.

En effet le choix que nous posons personnellement a toujours une incidence sociale et ne peut pas être déconnecté du contexte ni du message que cela induit autour de nous. Une liberté interrelationnelle resitue nos choix dans le domaine de l’échange auquel nous participons personnellement et communautairement. Or dans la foi il nous faut grandir avec une meilleure connaissance de Dieu pour accueillir cette vérité de l’amour et opérer la meilleure liberté dans l’expression la plus juste du rapport à Dieu, au frère et à soi-même. « Associée à la parole, la connaissance est toujours une connaissance personnelle, une connaissance qui reconnaît la voix, s’ouvre à elle en toute liberté et la suit dans l’obéissance » 1 La connaissance n’est pas une fermeture sur des projets personnels, mais bien une construction du bien commun pour bâtir la civilisation de l’amour. Elle est ce désir de servir Dieu et d’être attentif à la création. La liberté s’exprime dans la connaissance de Dieu, et la volonté d’être à l’écoute de sa loi pour le servir jour après jour, et désirer véritablement d’être avec Lui. D’ailleurs la sainteté n’est-elle pas cette recherche personnelle de servir Dieu et de laisser sa grâce toujours première
agir en nous ? La liberté d’être disponibles à la grâce, à la vie de Dieu, à la vie fraternelle dans le souci du frère, un appel à retrouver cette ferveur première d’être tout en Dieu, telle est notre vocation. « Nous sommes libres, de la liberté de Jésus-Christ, mais il nous appelle à examiner ce qu’il y a en nous – désirs, angoisses, craintes, aspirations – et ce qu’il se passe en dehors de nous – “les signes des temps” – pour reconnaître les chemins de la pleine liberté : « Vérifiez tout. Ce qui est bon retenez-le » 2 .  » 3 Le témoignage dans la foi, et notre vie spirituelle dans la prière au service de l’amour est découverte de l’action de Dieu dans notre vie et une compréhension de ce que nous devons vivre dans la réalité du quotidien, une fécondité à acquérir pour grandir en image de Dieu et accueillir cette libération intérieure où tout prend du sens dans le feu de l’Esprit pour annoncer la Bonne nouvelle du Salut. Le Christ est notre vie. L’Esprit Saint nous enseigne que la pleine liberté est l’intelligence des Ecritures, rien ne
sert de gémir en allant vers Emmaüs, mais retournons à Jérusalem dans la joie de la rencontre.

1 &29 Lumen Fidei - François
2 1Th 5, 21
3 &168 Gaudete et exsultate - François

Aujourd’hui dans les lois autorisant l’avortement ou l’euthanasie, avec ce stupide désir de qualifier l’admissibilité de la vie, ou parfois dans un critère subjectif individualiste, d’un corps vu comme tas de cellule, nous voici conviés dans le souffle de l’Esprit Saint à répondre de notre foi. Nous sommes appelés à refuser cette forme d’idolâtrie de faire de la matière une fin en soi dans un clivage profond de fraternité. Le bulletin de vote est parfois un refus d’adouber une liste qui fait de l’avortement le fer de lance de sa campagne. Il nous faut être plus clairs dans l’engagement citoyen en relisant les programmes politique à l’aune des Ecritures, mais plus encore, dans un discernement prudentiel à rejeter tous les excès, et notamment la course en avant probablement démoniaque des lois bioéthiques proposant la
culture de mort comme seule porte d’entrée dans une prétendue modernité si tyrannique.

La vie dans l’Esprit nous demande d’orienter nos choix vers le respect de toute vie. Et cela demande des comportements responsables, comme le choix de nos politiques, en ne nuançant pas les propos, lorsqu’ils sont mis en exergue. Dire non à la culture de mort, c’est respecter le Dieu de la vie, c’est empêcher les langages discordants et l’embrouillamini dispersant au lieu de construire dans une recherche de bien commun. Le péché de Babel, dans la volonté d’être comme des dieux par la science et la technique, est dispersion de l’homme sur toute la Terre, mais aussi, une incompréhension du langage et une confusion des projets communs pour des intérêts personnels, culturels, raciaux, sauvages parce que sans Dieu. La même embrouille sur l’idéologie laissant de côté ceux qui ne pensent pas comme nous, les ostracisant, voir les radicalisant vers l’extrémisme alors que le propre de la tyrannie de la culture de mort est d’imposer ensuite son point de vue, comme le seul acceptable.

La tour de Babel est ce refus de Dieu et de sa grâce dans notre vie, pour une indépendance poussant au désordre et à l’embrouille dans nos vies. La foi est confiance en la Parole de Dieu, et une volonté commune d’amener la civilisation de l’amour. L’appel de l’Esprit Saint, pour redresser ce qui est tordu, comme un appel à marcher sous la conduite du Seigneur nous amène à recevoir l’amour de Dieu pour nous fortifier et nous rassembler dans un même Esprit. L’homme est appelé à marcher sous la conduite du Seigneur et à écouter sa Parole pour découvrir le courant de grâce dans l’actualité d’aujourd’hui. Ne baissons pas les bras, n’obstruons pas nos bouches, ne fermons pas nos yeux, mais, dans un témoignage fiable, redisons la radicalité de la vie comme un don de Dieu à respecter, une dignité de l’homme, qui se reçoit comme image de Dieu et dont il est dépositaire et non propriétaire. On ne met pas la main sur Dieu ni sur son image.

Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen

« Garde mes disciples unis dans ton nom »

« Garde mes disciples unis dans ton nom »

 

Depuis la semaine sainte, d’édito en édito, nous avons réfléchi sur l’implication de notre vie communautaire et personnelle à la suite du Christ. Pour cela, j’ai repris les cinq critères fondamentaux proposés par Jean Paul II dans Christi fideles laici, à savoir :

« _ Le primat donné à la vocation de tout chrétien à la sainteté,

_ L’engagement à professer la foi catholique,

_ Le témoignage d’une communion solide et forte dans sa conviction,

_ L’accord et la coopération avec le but apostolique de l’Église, :

« l’évangélisation et la sanctification des hommes » 

_ L’engagement à être présents dans la société humaine pour le service de la dignité intégrale de l’homme, conformément à la doctrine sociale de l’Église. »[1]

 

Le Saint Pape donne les critères pour le discernement ecclésiale des associations de laïcs. Au cours de nos éditos, nous avons éclairé ce qui est de l’ordre du cheminement personnel et du cheminement communautaire, et pour la seule et même raison que l’un et l’autre sont liés. Le temps qui nous conduit vers la Pentecôte est celui de relire nos propres pratiques en témoin fiable du Christ dans le souffle de l’Esprit Saint et de retrouver la ferveur de l’annonce de la foi par le témoignage de vie. L’amour en acte est signe de vérité. Nous sommes donc appelés à partager le sens de Dieu à ceux que nous rencontrons. Le Christ, par sa lumière, axe notre vie pour les fins dernières, et tout retrouve sa cohérence, et sa finalité lorsque nous comprenons que c’est avec Dieu que nous sommes appelés à la communion pour l’éternité. Le pourquoi la vie devient le pour qui la vie, la personne du Christ nous attire vers le Père dans le souffle de l’Esprit.

 

Néanmoins, dans un discernement prudentiel, il nous faut aussi relire nos pratiques à la lumière des points proposés comme des signes tangibles de notre activité missionnaire. Sommes-nous attentifs à développer la sainteté dans notre apostolat et à professer notre foi sans relativisme ? Parfois l’argumentation première est de comparer aux autres pour justifier une position délétère. Or la radicalité de l’amour demande un engagement sans compromission. L’attente de l’Esprit Saint est l’occasion pour nous d’entendre la Parole comme fécondité d’avenir. « Un homme raisonnable dirige son esprit à l’intérieur et le fait descendre dans son cœur. Alors la grâce de Dieu l’illumine et il se trouve dans un état paisible et supra paisible ; paisible, car sa conscience est en paix ; supra paisible, car au-dedans de lui il contemple la grâce du Saint Esprit »[2] Tout critère se lit à l’aune de la vie de l’Esprit et des fruits. Mais les signes tracent un chemin de discernement selon des critères fiables.

 

Les questions se bousculent encore.  Sommes-nous capables de vivre dans la complémentarité des ministères et en communion avec chacun pour coopérer à cette construction de la civilisation de l’amour ? Parfois l’esprit de compétition missionnaire tourne au culte de la personnalité, parfois à une forme de vanité, pauvre sentiment bien illusoire. Etre au service demande toujours la recherche de communion. Pour l’authentifier, il faut nous questionner sur ce qu’on dit de nous dans le monde. Notre engagement au service de la charité rayonne-t-il au cœur de la cité ? Des questions qui vérifient et permettent de vérifier l’authenticité de notre témoignage. L’engagement dans notre vocation baptismale est d’être disciple mais aussi de rendre compte de la grâce dans le partage de cette joie par la mission. Un appel à conformer notre vie au Christ et une volonté de répondre au critère de l’Évangile, au service de la Parole de vie en serviteur bon et fiable pour la joie du Maitre.

 

Il ne suffit pas d’être de bonne volonté, mais bien de discerner à travers la tradition apostolique, ce qui porte du fruit, et d’encourager les bonnes initiatives dans ce développement fécond des cinq points de vigilance rappelés ici. Dans tout discernement, il nous faut des critères, et lorsqu’ils sont exécutés, alors nous pouvons y voir le souffle de l’Esprit. Lorsque nous parlons le langage de l’amour, la bonne grammaire de la vie est utilisée pour permettre la fécondité de l’Église et le murissement personnel. Cette grammaire passe par des points relus dans l’expérience de l’Église, comme des phares d’attention sur le chemin qu’il nous faut suivre.

 

Exercer notre volonté est de notre responsabilité pour signifier la liberté de l’amour. Le souci et la nécessité de développer les pôles d’attention viennent de ce que rappeler l’annonce du kérygme passe par des signes tangibles, et qu’il nous faut relire ces signes pour éviter tout ambiguïté en Église. L’engagement comme disciple du Christ n’est pas une aventure en solitaire, ni même sans boussole. Au contraire, l’inattendu de l’Esprit Saint nous conduit toujours par des chemins parfois surprenants d’une annonce de conversion et d’attente du Salut au cœur de la tradition et de la première annonce apostolique. Dieu s’inscrit dans notre histoire sur un sillon patiemment labouré. Le discernement n’est donc aucunement une marque de défi, un geste de méfiance mais bien une vérification de ce qu’il nous faut vivre aujourd’hui. La proposition du Pape Jean Paul II entre dans cette dynamique d’une vision large de l’apostolat des laïcs dans les charismes propres à chacun. Il ne s’agit pas de mettre tel ou tel axe comme une priorité, mais de regarder, dans l’ensemble, s’il y a une cohérence d’action. Ce qui est vrai pour notre aventure intérieure et notre histoire spirituelle, l’est aussi pour la communauté, dans une autre dimension certes, mais toujours dans la complémentarité. « DE son amour je veux être embrasée, je veux Le voir, m’unir à Lui toujours voilà mon ciel… voilà ma destinée ; Vivre d’amour »[3]

 

Que ce temps d’ascension qui nous conduit à la Pentecôte soit pour nous l’occasion d’aller à la rencontre du Vivant dans un discernement de la grâce à travers la communion fraternelle, et de continuer le chemin vers la sanctification personnelle et communautaire. « Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. »

Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen

 

[1] &30 Christi fideles Laici – Jean Paul II

[2] Les instructions spirituelles – de la paix de l’ame, Seraphim de Sarov p 186 Sa vie.

[3] P 670 Œuvres complètes – Thérèse de Lisieux PN 17 – vivre d’amour

La joie de Pâques est l’accueil d’une fécondité spirituelle dans la vie de l’Esprit à l’écoute de la Parole, et dans l’accueil de l’amour du Père. Il y a bien un appel à une transformation intérieure profonde et radicale pour faire les bons choix, c’est-à-dire selon une conscience droite. Néanmoins le rayonnement de notre foi baptismale doit se témoigner au cœur même des engagements pour la cité. « Prendre au sérieux la politique à ses divers niveaux – local, régional et mondial, c’est affirmer le devoir de l’homme, de tout homme, de reconnaître la réalité concrète et la valeur de choix qui lui est offerte de chercher à réaliser ensemble : bien de la cité, de la nation, de l’humanité. » 1 L’engagement dans la foi est bien de participer à la vie de la cité, et non de rester dans nos sacristies : ouverts aux cris du monde, il s’agit et il importe de nous rendre disponibles, chacun selon son charisme propre. Disciples du Christ, nous avons à l’annoncer au service de la charité pour aider à promouvoir une écologie intégrale ; or celle-ci « requiert une ouverture à des catégories qui transcendent le langage des mathématiques ou de la biologie, et nous orientent vers l’essence de l’humain. » 2 La construction de la civilisation de l’amour se fonde bien sur la vie de prière et de sanctification personnelle, mais rayonne et doit rayonner  dans le témoignage missionnaire de cette vie de l’Esprit qui nous habite et nous fait proclamer les merveilles de Dieu, dans toutes les langues et à toutes les nations.

La participation à la vie de la cité pour le service de l’homme est une exigence de la fraternité. La foi demande une participation active dans la relation fraternelle, et impose d’être soucieux du bien commun pour développer ensemble un rapport de justice dans une volonté de communion. « Sans une éducation renouvelée de la solidarité, une affirmation excessive de l’égalité peut donner lieu à un individualisme
où chacun revendique ses droits, sans se vouloir responsable du bien commun. » 3 Aujourd’hui, plus que jamais, l’individualisme est un fléau, notamment dans le temps passé sur son portable ou dans l’addiction des écrans, la course effrénée au temps de loisir, et aux sorties, en oubliant la nécessité de l’intériorité et du murissement pour une meilleure fécondité spirituelle  : la volonté ou la tendance de s’affirmer dans la société par des positionnements sans nuance et parfois sans discernement entraine un
clivage et un rejet de l’autre, et ce sont là, précisément, autant de difficultés que le chrétien doit combattre avec pugnacité. La vie de la cité berce la vie de l’Église, et l’Esprit Saint continue d’agir pour nous réchauffer le cœur dans l’intelligence des Écritures.

1 &46 LA Octogesima adveniens – Paul VI
2 &10 Laudato Si’ – François
3 &23 LA Octogesima adveniens – Paul VI

Le baptême nous fait missionnaires : il faut, nous ne cessons de le dire, en prendre véritablement conscience, c’est-à dire, comprendre que ce qui nous a été offert, et que nous avons confirmé librement en recevant l’Esprit Saint. Cela nous engage, absolument, et avec tout nous-mêmes à vivre à la façon du Seigneur qui annonçait le Royaume, à communiquer, partager, témoigner, avec la disponibilité et la simplicité du service. L’élan de notre vocation baptismal dans cette annonce vibrant dans le monde de ce temps se vit activement et dans la ferveur qui nous vient de ce que nous savons être le Royaume, ce qui nous a été révélé par Dieu en Jésus-Christ et il nous faut surtout se mettre en route sur le chemin du témoignage pour annoncer le Christ Sauveur. L’appel à la promesse de la vie éternelle trouve toute sa vigueur au quotidien de la cité, comme redonnant sens à tout.

Cependant, l’annonce a pour corollaire l’exemplarité de vie, aidée par la proximité avec les Écritures, ce qui demande, on y revient, de déployer cette volonté de communion humaine, et tout d’abord, en commençant déjà, au plus tôt, à être artisan de paix. « Une écologie intégrale implique de consacrer un peu de temps à retrouver l’harmonie sereine avec la création, à réfléchir sur notre style de vie et sur nos idéaux, à contempler le Créateur, qui vit parmi nous et dans ce qui nous entoure, dont la présence « ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée » 4 . » Consacrer du temps pour Dieu. Voilà le besoin et le devoir. Aujourd’hui, c’est l’enjeu majeur : être présent au présent ; consacrer du temps pour nos frères, notamment par la disponibilité de tout notre être, dans l’accueil des réalités quotidiennes, c’est là la marque de l’Esprit. La personne demande vraiment un lien relationnel avec d’autres personnes, ni avec une intelligence artificielle, ni par la médiation d’outils virtuels. La rencontre physique, le temps passé ensemble à parler sur le chemin d’Emmaüs du quotidien, se laisser rejoindre dans notre histoire par le Parole de feu, le Verbe de vie, c’est cela la vocation du chrétien, son devoir et sa joie. Toute rencontre vraiment fraternelle ouvre à la contemplation de Dieu, et à cette louange incessante pour Sa bonté et Sa fidélité dans notre histoire.

Nous comprenons bien que par le baptême et notre engagement à être missionnaires, rien de ce qui est dans la vie de la cité ne doit nous être indifférent comme le rappelle la lettre à Diognète ; « Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre » 5 Etre dans le monde, tout en vivant selon les commandements du Seigneur et dans la crainte de blesser son amour, afin de demeurer fidèle à sa Parole. La foi se vit dans nos engagements au cœur de la cité. C’est pourquoi le positionnement de notre foi est positionnement de notre voix. Les bulletins de vote sont une claire identité spirituelle et sociale, parfois en dehors de tout parti, sur des questions de dignité humaine et de défense de la vie. Il n’est pas possible de voter pour une idéologie qui va à l’encontre de la vie, que ce soit au début, comme à la fin, et tout au long de l’existence humaine. Il n’est pas possible de fédérer des nations dans une culture de mort. Il n’est pas possible de mettre sa conscience sous l’oreiller en attendant le jour du jugement
dernier. La découverte fraternelle et la volonté de communion demandent d’aimer en vérité, par nos actes, et par nos positions fermes dans la foi ; nous ne pouvons pas rejeter cela dans la sphère privée, dans une conscience aseptisée d’un moindre mal. La radicalité n’est pas l’intransigeance, mais au cœur de la vie des hommes rappeler l’importance de la lumière du Christ qui nous guide sur le chemin de la vraie vie, une vie de communion et de fraternité ou il fait bon d’être. Dire non, c’est voter peut-être
pour un autre parti dont je ne partage pas toujours les idées, mais qui, sur les questions de bioéthique, est clair ou, en tout cas, n’est pas dans un délire d’une éthique conséquentialiste, dénuée de tout rapport à la norme. S’engager par le bulletin de vote dans une conscience droite et l’intelligence des Ecritures se vérifie dans l’engagement, au cœur de la cité, autrement dit, prendre au sérieux, toute la beauté de l’engagement pour le bien commun. Le bien de l’Église se vit dans l’engagement de ses membres dans la cité, notamment auprès des plus démunis, les pauvres, les malades et tous ceux qui vivent une forme d’exclusion. Notre prière est l’occasion de laisser souffler le signe de Dieu et de nous rendre disponibles à la Parole de Vie. « Toute activité particulière doit se replacer dans cette société élargie et prend, par là
même, la dimension du bien commun » 6 La participation de tous les baptisés dans une solidarité active et qui se témoigne demande un juste rapport au monde, ainsi que la volonté réelle de travailler pour l’établissement de la civilisation de l’amour. La foi n’est pas étrangère à la vie de la cité ; au contraire, elle en est le levain, pour bâtir le nouveau monde de demain, où le Christ règne.

4 &225 Laudato Si’ – op cit. cf. Evangelii gaudium, 71.
5 Office de lecture du 1 er mai – Lettre à Diognète

Agir par amour demande d’être en vérité dans nos choix de vie. Certes, il peut y avoir un certain déséquilibre, des troubles, une difficulté de voir le vrai, d’agir conformément à la vérité, mais, sachons-le et répétons-le, nous sommes appelés à partager cette joie de la résurrection à la lumière de Pâques. Si nous sommes un peuple de vivants, témoignons-en par nos engagements dans tous nos rapports humains, et par la juste appréciation de l’œuvre de Dieu. « Nous parlons d’une attitude du cœur, qui vit tout avec une attention sereine, qui sait être pleinement présent à quelqu’un sans penser à ce qui vient après, qui se livre à tout moment comme un don divin qui doit être pleinement vécu. » 7 La vie en Dieu est communion fraternelle. Il nous faut l’expérimenter dans nos pratiques, dans nos actes, et par la volonté de vivre, ensemble, un monde meilleur. Chaque vie spirituelle est éveillée à cette dimension d’un monde plus juste et plus fraternel, et le chrétien y contribue d’autant plus qu’il approfondit sa foi, vit l’espérance, et se met au service de la charité. « En ce qu’il vous faut faire, ne prenez jamais pour modèle un homme, quelle que soit sa sainteté ; le démon vous mettrait sous les yeux ses faiblesses. Mais imitez le Christ qui est absolument parfait et absolument saint ; vous n’aurez jamais tort » 8

6 &24 LA Octogesima adveniens – Paul VI cf Gaudium et Spes, 74
7 &226 Laudato Si’ – François

Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen

Le temps de Pâques est celui du témoignage de vie, et du développement de la communion. Mais il est aussi le temps de la responsabilité baptismale, d’annoncer le Christ et d’enseigner la Parole, en formant notre conscience à reconnaitre les fruits de l’Esprit et à rechercher la droiture comme lieu de sanctification. L’élan missionnaire de notre baptême nous pousse à partager la joie de croire, et non d’entrer dans une forme de relativisme. Cet élan, c’est le partage du souffle de l’Esprit qui agit dans ma vie et qui se partage dans la joie. « À faire partie du Peuple de Dieu, tous les hommes sont appelés. C’est
pourquoi ce peuple, demeurant uni et unique, est destiné à se dilater aux dimensions de l’univers entier et à toute la suite des siècles pour que s’accomplisse ce que s’est proposé la volonté de Dieu créant à l’origine la nature humaine dans l’unité, et décidant de rassembler enfin dans l’unité ses fils dispersés » 1 . L’appel du concile à retrouver cette unité fondamentale de la fraternité nous pousse alors à proposer le choix de Dieu comme chemin de grâce, ou plus exactement comme appel à la sanctification par don de l’Esprit Saint dans notre libre coopération.

Demeurer dans le Christ nous demande de prendre conscience de notre participation au Peuple de Dieu, et, en tant que citoyens du Royaume, d’endosser nos responsabilités propres. Certes, il s’agit de commencer dans la sphère familiale pour appeler à un témoignage de vie de notre foi, mais, par la suite et également, avec la même ferveur, dans notre communauté de proximité, tout en rayonnant au plus large vers toutes les rencontres qui nous sont proposées ; elles sont peut-être un risque, il est vrai, et spécialement aujourd’hui, mais elles sont aussi une espérance et apporte une fécondité. L’amour, en effet, peut se retrouver devant un « non » , et ça fait mal ; mais Dieu propose toujours dans l’humilité de
Sa présence, – et c’est ainsi que nous ne devons pas perdre la grande espérance du salut – pour attendre que nous soyons enfin disponibles à Le recevoir vraiment. L’esprit de l’Évangile est de nous rendre disponibles à la présence de Dieu en toute occasion comme nous le rappelle le concile : « Les laïcs doivent les employer [les occasions] de telle sorte que, remplissant parfaitement les obligations du monde dans les conditions ordinaires de l’existence, ils ne séparent pas l’union du Christ et leur vie, mais grandissent dans cette union en accomplissant leurs travaux selon la volonté de Dieu. De cette manière les laïcs progresseront en sainteté avec ardeur et joie, s’efforçant de surmonter les difficultés inévitables avec prudence et patience » 2 En effet, garder la vie de Dieu en nous demande de la prudence face aux événements pour fuir les situations de péché, ou ce qui pourrait nous entraîner au péché, ainsi que de patience face aux difficultés de transformation que nous pouvons lire dans l’éducation, et trouver les moyens éducatifs les meilleurs pour aider au changement. Mais faire la volonté de Dieu demande d’opérer une prise de conscience pour mieux nous laisser enseigner par la Parole et entendre, au souffle de l’Esprit, les biens dans lesquels nous devons progresser. Rechercher les biens spirituels est une nécessité dans l’annonce de l’Évangile, mais le partage de la parole de Vie demande aussi d’œuvrer à la recherche de sanctification à l’ombre du Tout-Puissant.

1 &13 Lumen Gentium Vatican II et cf. Jn. 11, 52

Ce projet d’imiter le Christ 3 * et de le garder dans notre cœur nous demande de nous laisser pétrir par la Parole et de la faire nôtre dans la disponibilité de notre vie selon le dessein de Dieu, comme un chemin de vérité dans l’amour pour signifier par nos actes notre présence à Celui qui nous a aimés le premier.
« Pour un chrétien, il n’est pas possible de penser à sa propre mission sur terre sans la concevoir comme un chemin de sainteté, car « voici quelle est la volonté de Dieu : c’est votre sanctification » 4 . Chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile. » 5 Dans une vie tournée vers Dieu, nous puiserons l’élan missionnaire donné par l’Esprit Saint pour répondre au souffle de vie dans la continuité du courant de grâce, en participant à la joie de Dieu dans l’obéissance à Sa divine volonté. La sainteté est un appel pour chacun d’entre nous et n’est pas à confondre avec la perfection, mais doit s’harmoniser avec la recherche de communion avec Dieu et avec nos frères. Nous vivrons pleinement notre vocation baptismale, et demeurerons en Dieu, lorsque nous laisserons l’Évangile éclairer tous les aspects de notre histoire pour orienter nos choix dans un discernement prudentiel afin de suivre le Christ et nous rendre toujours
disponibles à l’action de l’Esprit Saint. Demeurer dans le Christ, c’est non seulement prendre en compte notre baptême mais vivre cet élan missionnaire dans l’obéissance de la foi, et en voulant y répondre devant nos frères par un témoignage plein d’ardeur et de zèle, pour l’annonce du Règne de Dieu.

Cette joie de la lumière du Christ dans notre vie est une rencontre personnelle, avec une implication communautaire qui lui est liée, comme nous l’avons dit souvent, et parce qu’il est impossible de l’oublier. Il n’est pas possible, en effet, de se satisfaire d’une prière personnelle sans vivre la dimension communautaire, comme il n’est pas possible de prier Dieu en direct, c’est à dire en refusant toute médiation humaine Car dans ces cas-là, il y a bien une amputation de la relation dans la vérité de la rencontre, et un défaut d’élan missionnaire qui ne cherche pas à partager sa foi personnelle. Or, le Christ, en nous invitant à demeurer en Lui, nous entraîne à sa suite sur les routes pour annoncer le Royaume de Dieu, et construire par notre baptême, ensemble, la civilisation de l’amour. L’évangélisation est donc une priorité baptismale à mettre en œuvre avec ferveur pour conquérir les cœurs et amener à mieux connaitre le Seigneur : l’annonce du Christ, en effet, nous a fait et nous fait chaque jour progresser dans la foi, de même qu’il nous affermit dans la communion avec Dieu. Élargissons donc l’espace de notre tente pour aller à la rencontre des diverses communautés et, en tout milieu, révéler l’amour de Dieu comme ce qui fait sens dans notre vie. C’est ainsi que nous éprouvons notre foi, ainsi que nous suivons le Christ, ainsi, et seulement, que nous honorons la vocation de notre baptême.]

2 &4 Apostolicam actuositatem – Vatican II
3 Imitation de JC est un livre spirituel très connu du XIVème siècle, dont l’attribution à un auteur est
problématique
4 1 Th 4, 3
5 &19 Gaudete et exsultate – François

Pour conclure, le principe premier de notre foi au Christ se vit à travers la mission : « L’Evangile doit être proclamé d’abord par un témoignage. Voici un chrétien ou un groupe de chrétiens qui, au sein de la communauté humaine dans laquelle ils vivent, manifestent leur capacité de compréhension et d’accueil, leur communion de vie et de destin avec les autres, leur solidarité dans les efforts de tous pour tout ce qui est noble et bon. Voici que, en outre, ils rayonnent, d’une façon toute simple et spontanée, leur foi en des valeurs qui sont au-delà des valeurs courantes, et leur espérance en quelque chose qu’on ne voit pas, dont on n’oserait pas rêver. Par ce témoignage sans paroles, ces chrétiens font monter, dans le cœur de ceux qui les voient vivre, des questions irrésistibles : Pourquoi sont-ils ainsi ? Pourquoi vivent-ils de la sorte ? Qu’est-ce — ou qui est-ce — qui les inspire ? Pourquoi sont-ils au milieu de nous ? » 6 Le questionnement de notre style de vie, mais aussi de nos propres hiérarchies des valeurs subordonnées à l’Évangile, font de nous des témoins crédibles et audibles. Être catholique c’est- à-dire, « universel », au sens plein, dans sa vocation comme dans sa qualité, demande alors de participer véritablement à cet élan missionnaire, mais aussi de le promouvoir par le style de vie qui est le nôtre, et l’investissement dans les projets communautaires. « L’annonce, en effet, n’acquiert toute sa dimension que lorsqu’elle est entendue, accueillie, assimilée et lorsqu’elle fait surgir dans celui qui l’a ainsi reçue une adhésion du cœur » 7 .

6 &21 Evangelii Nuntiandi – Paul VI
7 &23 Evangelii Nuntiandi – Paul VI

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen