Les editos du père Gregoire Bellut

 

(2 ème partie)

La troisième violence est le refus de la relation à l’autre. Une perte de communion, en ne se reconnaissant pas fils du Père, et, en même temps, en refusant la fraternité, dans ce clivage du péché qui nous rend ennemis bien que pourtant également aimés de Dieu. Point de route commune, mais l’expression d’une opposition systématique à toute rencontre. Caïn rejetant son frère Abel par jalousie, et par envie, dans une même expression de la haine de l’autre face à moi, et de ce sentiment de perte. La relation est sujette à tension, dans une impossible communion. Lorsque le refus d’être ensemble se dévoile alors, un sentiment de culpabilité devient comme un monstre tapi à la porte et prêt à exploser.

La société des écrans et l’incapacité de rencontre 2 entre générations montrent cet écart de la relation et l’explosion des modes de communication dans un monde binaire et arbitraire, source d’angoisse et d’incapacité d’expression libre d’une volonté d’aller plus loin dans le temps : d’un simple clic on passe à l’exclusion 3 . Or, lutter contre cette forme de violence dans la volonté de poursuivre le dialogue, c’est s’ouvrir à la charité pour la mettre en pratique. La foi nous pousse à générer la communion entre nous, à être artisan de paix afin de rendre témoignage des fruits de l’Esprit, et vivre d’amour pour imiter le Christ en toute chose. « Les œuvres d’amour envers le prochain sont la manifestation extérieure la plus parfaite de la grâce intérieure de l’Esprit : « L’élément principal de la loi nouvelle c’est la grâce de l’Esprit Saint, grâce qui s’exprime dans la foi agissant par la charité ». 4 Par là il affirme que, quant à l’agir extérieur, la miséricorde est la plus grande de toutes les vertus » 5 Le témoignage de vie n’est pas quand tout va bien, mais elle est en toute circonstance qu’il faut vivre la miséricorde et avoir cette relation prophétique à la Parole pour proclamer notre attachement au Christ.

1 Gn 3
2 On pourrait aussi écrire et dire que la société des écrans est l’incapacité des rencontres…
3 D’un simple clic on créé une violence sourde mais parfois sismique…. Et les retombées ne sont pas toujours évaluées avec justesse et
discernement.
4 S. Th. I-II, q. 108, a. 1.
5 &37 Evangelium Gaudium François

Lutter contre la violence est d’abord accueillir l’autre dans toutes ses réalités. Et, en tout cas, être dans la non-malfaisance, c’est-à-dire dans la relation au prochain en recherchant ce qui peut faire grandir. La bonne direction est d’affermir notre démarche de fraternité dans les pauvretés qui sont siennes, qui sont nôtres.

La quatrième violence est le refus de la relation spirituelle dans ce qui fait notre existence. Une perte de soi dans une fragmentation des désirs, et le jaillissement de pulsions. En quelque sorte, se priver de la grâce de Dieu, gisant dans la vallée de la peur et de l’angoisse, parce que l’homme veut se débrouiller seul, et être sa propre norme suivant les pulsions du moment pour rester moderne. Une imposture des charismes dans l’instrumentalisation de l’Esprit Saint pour son propre pouvoir, et le fourvoiement d’une obéissance révélant finalement l’emprise de l’abus. Jusqu’à ne pas vouloir que Dieu agisse dans sa vie, et dans la vie des autres, révélant ainsi la faille béante du refus de l’Esprit Saint.

Or, le repos se trouve en Dieu, et la lumière intérieure nous donne la joie d’une réintégration de tout notre être dans l’harmonie avec Dieu. « Revenez à Dieu de tout votre cœur, laissez là ce misérable monde, et votre âme trouvera le repos. Apprenez à mépriser les choses extérieures et à vous donner aux intérieures, et vous verrez le royaume de Dieu venir en vous » 6 L’expérience de la profondeur en l’intime de Dieu nous pousse à la contemplation et à cette expérience vivifiante de cheminer vers le salut. Le repos ne se vit pas dans une guerre à nous-même, refusant l’invasion étrangère, mais en reconnaissant qu’au plus intime de nous-même, Dieu est le premier hôte, celui qui nous a créés et qui nous appelle à l’existence de communion avec Lui, pour toujours. Ne pas vouloir être l’égal de Dieu
demande une notion d’équité avec nos frères pour être à sa juste place, et dans une relation d’amour dans la vérité de nos actes. Sans cesse il nous faut travailler à nous laisser guider par l’Esprit de Dieu.

De ces quatre points de violence, il nous faut surtout souligner le manque de liberté opéré par le péché. Certes, la désobéissance à la Parole, comme manque de confiance en Dieu, instaure une relation faussée, mais elle entraîne la violence. En effet la disqualification de la place de Dieu dans notre vie et dans notre monde enchaîne les relations de la cité dans un rapport de force insoutenable. Plus qu’un enchaînement, il y a une forme de tyrannie dans une position normative d’une morale contextuelle. « La Parole du Christ nous délivre, car elle nous fait mesurer ce qui est absolu, sans discussion et sans concurrence, et ce qui est relatif. Elle nous aide à comprendre que pour vivre vraiment dans le Christ, il faut que nous vivions Du Christ. » 1 Retrouver sa liberté, c’est vivre dans la paix de l’Esprit et accueillir la joie de la rencontre dans une attention à Dieu, à soi et au monde. Un travail de pacification doit toujours être proposé pour vivre une bonne communication dans un dialogue sincère, et la recherche de communion pour avancer en disciple à l’exemple du seul Maitre, Jésus, le Christ, Notre Seigneur.

6 LII, 1,1 Imitation de JC

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

(1ere partie)

Une liberté vécue dans l’orgueil entraîne la lèpre du péché, et comme signe la violence de la séparation. Ainsi nous est donc partagée l’expérience du péché originel. Adam et Eve n’ont pas eu confiance en la Parole de vie, ils ont désobéi à la relation de communion et ont voulu être comme des dieux, indépendants et centrés sur leurs propres regards. Et dans la réalité de leur vulnérabilité, ils s’effraient de leur faiblesse face à leur Créateur ! La violence est bien l’expression d’une réalité non préparée, écrasée par le poids de leurs vulnérabilités, qui dans le péché s’avère être une grave faiblesse.. Alors que la foi est confiance en l’œuvre de Dieu et accueil de son amour, le péché est défiance envers Dieu et clivage de l’œuvre de la création pour s’en aliéner une partie. Cela nous rend sourds face au besoin de ce monde, et de la fraternité. Cet égoïsme qui nous ferme au don, est source d’indifférence au frère, de haine pour ceux que nous rencontrons, dans la peur d’une autre appropriation, et engendre finalement la violence dans l’injustice des rapports, une forme de silence de mort face au cri de la vie.

Or toute liberté demande d’être vécue dans le dialogue, et l’ouverture à des choix féconds, principe même d’un dialogue de communion avec soi dans la volonté, avec l’autre dans la connaissance, et toujours ancré dans la mémoire de ce qui est profitable. Dans toutes nos discussions, et notamment
dans les défis sociétaux d’une recherche de bien commun pour la cité, il nous faut retrouver la source de notre vocation d’image de Dieu et nous rappeler la fraternité comme source d’altérité pour la communion dans un juste partage, à travers l’acceptation d’accueillir la vie comme don de Dieu
pour la vie éternelle avec Lui. Le refus d’une liberté vers un meilleur bien entraîne la violence et contamine nos rapports dans un jugement sur l’autre, et amène inéluctablement à un manque de communication, plaie de presque tous les conflits.

La première violence est un refus d’intériorité, c’est-à-dire de présence à Dieu dans ce qui fait sens. Cela entraîne un refus de rencontre. Ils entendent la voix du Seigneur qui se promène dans le jardin, et la première chose qu’ils font, c’est de se cacher. Ils refusent cette intimité avec Dieu au nom de leur propre vulnérabilité, et d’une connaissance non ajustée. Ils s’en vont laissant un dialogue inachevé, et ce refus d’une Parole d’inter-dit qui permet l’harmonie. C’est le repli sur soi dans ce qui se révèle un vide
intérieur, une fuite vers l’ailleurs parfois appelée le néant. Une vie de prière oubliée pour des choses utiles, et une lecture superficielle de la Parole de Dieu pour ne pas s’impliquer. Un refus de charité pour ne pas se laisser instrumentaliser par les situations, et manquer même de la plus simple expression humaine de solidarité première. Pourtant, reconnaitre l’amour et en vivre pour le partager dans la gratuité du don est un chemin de sanctification. « L’amour gratuit de Dieu pour l’humanité se révèle, avant tout, comme amour jailli du Père, dont tout provient ; comme communication gratuite que le Fils fait de lui, en se redonnant au Père et en se donnant aux hommes ; comme fécondité toujours nouvelle de l’amour divin que l’Esprit Saint répand dans le cœur des hommes 2 . » 3 L’accueil confiant de la Parole dans notre vie est cette rencontre avec le dynamisme de l’amour Trinitaire dans chaque rayonnement de mon existence pour vivre pleinement mes talents suivant ma vocation spécifique d’image de Dieu. À la violence de l’indépendance, il nous faut retrouver cette autonomie d’image de Dieu appelée à lui ressembler dans l’obéissance de la foi, d’une part, et dans cette volonté première de le mettre à la première place, d’autre part.

La deuxième violence est un refus de s’ouvrir au monde. Une opposition à entrer en dialogue avec l’extérieur qui paraît si menaçant tant nous sommes fragiles, et entrainant des comportements inadaptés. D’ailleurs, plusieurs propositions contemporaines d’évolution des rapports humains entrent dans ces dysfonctionnements relationnels. Souvent, il s’agit du refus de conversion et, parallèlement, d’un renfermement sur une posture idéologique: avoir raison sans autres possibilités d’expression. Alors
l’homme en oublie la raison de la relation et se déroule une partie de cache- cache où la vérité ne remplit pas son rôle d’ajustement à Dieu, à soi et au prochain. La brisure intérieure devient l’incapacité de s’ouvrir à l’extérieur : une rupture sans autre explication qu’un refus d’accueillir l’autre dans son
histoire et la pluralité de sa personnalité. Une forme de clivage que tout oppose, sans possibilité de rapprochement, mais également ce bruit du silence incessant, du vide de l’existence et finalement de l’entraînement vers la désespérance car : ‘je me sens seul dans ce monde’. La solitude venant du
péché brise tout dynamisme d’être, elle est différente de la solitude des origines (avant le péché) qui est ce manque de Dieu et recherche de complémentarité dans l’espérance. Pourtant « La transformation intérieure de la personne humaine, dans sa conformation progressive au Christ, est le présupposé essentiel d’un réel renouveau de ses relations avec les autres personnes : … Il faut alors faire appel aux capacités spirituelles et morales de la personne et à l’exigence permanente de sa conversion intérieure, afin d’obtenir des changements sociaux qui soient réellement à son service. » 4 Retrouver cette ouverture au monde est le fruit d’une conversion intérieure qui nous permet de retrouver le renouvellement des relations avec les frères, ainsi que d’un accomplissement de l’alliance promise par Dieu pour le genre humain. Il nous faut toujours travailler à regarder l’œuvre de Dieu avec bienveillance, et dans notre rapport avec nos frères avec bienfaisance, pour ainsi travailler en ouvrier de paix dans la transformation qu’opère la Parole en nous. (…à suivre)

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

 

La liberté de l’homme se vit dans l’amour et se concrétise dans la vérité des actes posés pour construire une relation vivifiante avec Dieu, avec nos frères et avec nous-mêmes. L’écologie intégrale rappelle cette cohérence. Nous avons vu que la liberté demande un choix qui se vit dans une expression interpersonnelle où tout est lié dans un ensemble qui se veut être cohérent. Mais l’une des premières
aliénations se vit dans l’orgueil, un vice qui perturbe la relation de l’homme et entrave sa liberté.

L’orgueil s’oppose à la droite raison et provoque un dérèglement dans les justes choix à effectuer. Il y a une forme d’emprise sur la liberté par la perversion des choix en instrumentalisant la connaissance dans une orientation perverse. « Alors, Dieu vous a vraiment dit » 1 La mise en place du soupçon pour entraver les choix et les orienter. C’est une forme de manipulation. Le soupçon désoriente nos connaissances et peut nous fourvoyer, si nous n’avons pas la foi vissée au corps et la volonté de progresser avec le Seigneur dans la splendeur de la vérité par des choix courageux pour un meilleur bien. Rien n’est pire que de soupçonner, car on n’affirme rien et, pourtant, on suspecte tout. Comment, dans de telles circonstances, opérer un acte libre : n’est-il pas lui-même un conditionnement ? Terrible épreuve, dont la Parole de Dieu et la volonté ferme de suivre les commandements du Seigneur nous soulagent en choisissant de nous rendre disponibles à la grâce et d’être à l’écoute de l’Esprit Saint.

L’emprise exercée par le Tentateur, symbolisé par le serpent, est décrite dans le récit comme une forme d’instrumentalisation : il se fait ami pour pervertir. « L’orgueil peut par excès s’opposer à la fois à la magnanimité 2 et à l’humilité » 3 L’orgueilleux trompe ainsi la liberté en orientant ses choix dans une forme d’idéologie souvent stérile et toujours personnelle. Mais, dans la répétition des choix qui oppressent, on peut parler d’aliénation. Voilà pourquoi l’orgueil doit être compris comme une instrumentalisation de la vérité et, dans tout acte, un travestissement de la vérité. « Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin ? » En apparence une question amicale, pour qu’on se laisse prendre dans la toile du péché. Il n’y a ni bienveillance dans la position orgueilleuse, ni même une recherche de simplicité dans le rapport fraternel, mais une quête incessante à paraitre sans vulnérabilité, une volonté d’induire l’autre en erreur, dans une recherche autocentrée.

1 Gn 3,1
2 Agir de façon désintéressée, avec indulgence et bienveillance
3 ST II/II Question 162 art 1 solutions 3 Thomas d’Aquin p 920

Or la réponse de l’orgueilleux serpent fait miroiter des splendeurs d’éternité alors que nous possédons par héritage la promesse du salut et le bonheur infini d’être en communion avec le Créateur et nous émerveiller de la relation avec Dieu dans la louange et l’action de grâce. C’est un appel à la confiance qui est alors abimé par la convoitise première d’être en dehors de nos réalités. « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » 4 Le double mensonge vient du fait d’effectivement mourir à cause du péché, nous dit l’auteur de la Genèse, mais encore d’ouvrir nos yeux, non sur l’illusion d’être comme des dieux, mais sur la réalité de notre propre vulnérabilité dans la fragilité du créé. Celle-ci est symbolisée ensuite par une feuille de vigne pour masquer notre faiblesse humaine à l’endroit le plus sensible qu’est la sexualité. Y a-t-il eu un choix libre, ou une forme d’aliénation, dans la compromission de la vérité à travers les approximations et les mensonges ? La question se prolonge aujourd’hui sur les
choix de société et sur les événements qui se passent dans le monde, lorsque nous oublions d’avoir un regard bienveillant, avec une vue d’ensemble pour comprendre les tenants et les aboutissants. Il nous faut fuir les situations de mensonge, comme les compromissions sur des enjeux importants, qui peuvent nous couper de Dieu. N’y a-t-il pas des formes d’aliénation dans les informations répétitives qui
formatent les modes de pensées et réorientent des choix civilisationnels profonds ? Dans l’impossibilité de trouver du temps libre, en perte de sens dans les propositions toujours plus nombreuses, avons-nous vraiment encore des libertés, ou sommes-nous dans l’occupationnel aliénant ?

La tentation du serpent fait perdre la relation naturelle de l’homme à Dieu, et entrave la juste relation dans une liberté malade. Il ne s’agit même pas de liberté partielle, mais d’un détournement de l’amour d’éternité, pour une forme d’iniquité d’une vie sans Dieu. On peut ainsi parler de déni de la liberté dans une vision incorrecte de la dignité de l’homme manifestée par la promesse d’Alliance, comme image de Dieu. Inversement, dans la vie de l’Esprit, nous devons regarder l’urgence d’une vie intérieure qui ait du sens, et retrouver les exigences de la loi, pour accueillir la grâce et hériter de la plaine liberté des fils de Dieu, dans nos choix de vie et notre vocation de Fils de Dieu et de frère de Jésus. Sans vie intérieure, nous perdons l’espace de liberté nécessaire à l’orientation de nos choix. Nous en oublions la nécessaire vie fraternelle dans l’éparpillement de nos désirs, ce qui nous barre la vie de charité auquel nous sommes appelés. C’est là, un autre signe de l’égarement d’une liberté non-ajustée.

Certes l’on peut comprendre l’orgueil comme un manque d’humilité et, plus prosaïquement, de simplicité de vie, mais dans les choix que nous devons opérer, l’orgueil aiguille notre intelligence vers le mensonge et un choix déconnecté des réalités. La première manifestation de l’orgueil est d’avoir mis la distance avec la Parole de Dieu. « L’orgueil s’oppose à l’humilité. Or l’humilité concerne la sujétion de l’homme à Dieu… C’est d’abandonner Dieu… L’orgueil se montre à ce que l’homme… ne se soumet pas à Dieu… l’orgueil est toujours contraire à l’amour de Dieu » 5 C’est en cela que l’homme blessé perd la dimension de la liberté pour choisir l’aliénation dans un refus de recherche du bien commun pour satisfaire des intérêts particuliers. En l’occurrence, on prend toujours des cas d’espèce pour justifier les positions sans tenir compte d’une cohérence de l’ensemble d’une part, ni de la contextualisation d’autre part permettant diverses réponses. Or, dans la communauté ecclésiale et la vie de prière fraternelle, nous
devons rappeler le chemin qui nous mène à la Vérité, c’est-à-dire au Christ, et retrouver cette liberté de croire en accueillant la volonté de Dieu, et non pas en l’instrumentalisant.

4 Gn 3, 4b-5

Nous avons vu que l’orgueil entrave la liberté, dans le soupçon et l’instrumentalisation de la Parole à travers une forme de mise à distance de la Parole éternelle. Vouloir mettre Dieu en dehors de notre vie, c’est mettre de la distance dans nos relations fraternelles. Car l’un n’est pas sans conséquence sur
l’autre. Les choix libres posés sont marqués par la vie en Dieu et orientent nos désirs non sur ce qui est utile, mais sur l’essentiel, et tout ce qui a du sens pour la croissance humaine et l’enrichissement de la vie spirituelle. L’autre part de l’orgueil dans sa forme d’aliénation, c’est de nous proposer des choix qui
entrainent des mensonges et nous enferment dans la désespérance à cause d’un marché de dupe. Parfois cela peut passer par une forme de cynisme décalé. Il nous faut toujours témoigner de la vie en Dieu avec un cœur pur, c’est-à-dire contemplatif de Dieu, et la sagesse de nous tourner vers Lui pour dialoguer avec confiance. « L’humilité est la disposition pour recevoir gratuitement le don de la prière : L’homme est un mendiant de Dieu » 6

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

Beau programme de dissertation philosophique, que de parler d’une définition de la liberté. Or la foi nous dit deux choses. L’une est l’affirmation significative que « Dieu est amour » et nous invite à partager cet amour avec les autres dans un choix responsable, c’est-à-dire la construction d’une fraternité pour maintenir la communion entre frères. La liberté est donc la fécondité de l’amour dans les choix de vie. L’autre affirmation des Écritures est proclamée par le Christ « Je suis le chemin, la vérité, la vie ». Ainsi la Parole de Dieu est vie pour l’homme et nous trace un chemin dans notre histoire pour nous faire grandir en communion avec Dieu. La liberté est l’expression de la vérité dans l’amour qui demande une cohérence, un chemin intérieur pour continuer dans l’axe du meilleur bonheur afin de trouver son plein épanouissement et d’œuvrer pour la vie, premier exercice de l’amour dans les choix que nous posons. Le Christ, en nouveau législateur (et pourtant le même), illumine notre vie d’une loi nouvelle où la liberté d’amour atteint sa perfection dans la vérité de nos actes et l’imitation de la vie du Crucifié ressuscité. La liberté demande donc un ordre moral, même si cela parait être un gros mot aujourd’hui. La conscience d’être à l’image de Dieu passe par l’imitation du Christ et sa loi de liberté.

On peut ainsi dire que la liberté est prolongement de l’amour, dans nos choix de vie comme une cohérence de tout notre être. L’aliénation réside dans une incohérence de nos choix nous clivant dans des positionnements idéologiques ou utilitaristes, pour nous réduire à un tas de rien dans le mensonge
de nous-même et le refus de la fécondité ainsi que de la fraternité. C’est pourquoi nous pouvons affirmer que la liberté est en lien avec l’amour, dans la responsabilité de nos choix et de la fraternité. Jusque-là, nous sommes très généralistes et nous ne voyons pas trop l’implication dans notre vie. Mais la vision d’une liberté interpersonnelle implique alors que nos choix orientent notre vie et ont une incidence dans nos rapports fraternels. Ainsi le cri de nos adolescent, « je suis grand, je fais ce que je veux » dénote un rapport erroné à la liberté. Comme la revendication du tatouage, des scarifications et, plus grave, de
l’avortement : « c’est mon corps, c’est mon choix », est une erreur de compréhension dans un dévoiement de la liberté de qualité. Nous rencontrons d’ailleurs cette déviance dans certains discours, comme « je ne peux pas obliger mon enfant à aller au catéchisme, ou à la messe », ou encore « c’est à lui (c’est à elle) de choisir », comme si la liberté ne s’éduquait pas et n’appelait pas à la responsabilité ! « Nous pourrions facilement nous illusionner si nous pensions déjà que « nous sommes une personne complètement unifiée » Il reste toujours à lutter contre la concupiscence du moi… qui demeure caché en quelque coin obscur de notre être » 1 La liberté ne peut être dans un moi tout-puissant et finalement destructeur, mais dans un partage de vie à travers l’expérience humaine, le discernement prudentiel et la volonté d’avancer ensemble sur un chemin de communion pour construire la civilisation de l’amour.

Le deuxième point à redéfinir, c’est que l’expression de mon choix ne peut être en autarcie. C’est l’exemple des partisans de l’euthanasie : « je veux qu’on puisse faire ce choix, et je respecte les autres choix, mais je veux être respecté dans les miens, je suis le seul juge de ce qui est bon pour moi ». Comme si le choix à poser était relatif à la personne, et n’impliquait pas toute personne dans sa fraternité. Il ne peut pas y avoir de relativisme dans la liberté. D’ailleurs la liberté questionne sur la norme, c’est l’attaque des incroyants qui refusent la loi de Dieu et se font une loi déconnectée parfois des réalités humaines, ce qui est une forme de perversion idolâtrique, n’ayons pas peur des mots. Le respect est-il une consécration du choix de la personne, qui peut être une forme d’aliénation régressive ? Le respect n’est-il pas d’abord un désir de croissance de l’autre dans sa responsabilité de transmettre la fraternité ? La liberté se vit dans la dignité de l’amour et le respect de la vérité, comme lieu de croissance de la personne
humaine et d’écologie intégrale.

Une fois les points soulevés, il reste que la liberté est l’expression responsable de l’amour pour une fécondité de vie. Dieu est amour, un et trine, il dit la relation nécessaire à l’amour dans le don qui se reçoit, se vit et se partage. Si Dieu a créé l’homme libre, c’est pour le faire grandir en humanité et lui laisser trouver sa place et la fécondité de sa vie. « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » 2 L’axe de la liberté de l’amour se vit dans la fécondité et le signe et la croissance, la volonté de connaitre toute la terre et d’en accueillir les réalités, pour travailler à l’œuvre de Dieu. Par rapport au vivant, poissons de la mer, oiseaux du ciel et tous les animaux terrestres, il faut occuper une juste place avec une autorité en adéquation avec les besoins de chacun. La liberté est une résonnance de l’amour qui implique la responsabilité de croissance, de connaissance et de complémentarité dans la relation. La multiplication de la création est le signe d’une fécondité qui se vit, qui se vérifie comme une source de bénédiction dans le prolongement de l’œuvre de Dieu. Quant à remplir la terre, il y a bien une liberté à occuper les espaces pour redire le choix de l’amour. L’autorité est liée à la liberté ainsi qu’à la fécondité et la connaissance, pour avancer dans l’œuvre du Salut et être co-créateurs de la création.

1 P 257Libre dans le Christ, Bernhard Haring
2 Gn 1,28

La liberté est aussi l’expression d’un amour qui se partage, qui se dit entre personnes, et l’interdit est là pour nous apprendre à trouver cette juste distance dans un discernement prudentiel. « Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu mourras. » 3 L’interdit (inter – dit) est une relation de l’amour responsable qui se vit dans la vérité de notre être. Cela va à l’encontre d’une liberté-libertaire, qui se définit par « c’est mon choix, respectez- le en ne vous y opposant pas ». L’on voit bien dans ce jargon un peu surprenant qu’au nom du respect, tout peut être dit. Le meilleur moyen de contrer de pareils arguments, c’est de changer la proposition par un interdit fondateur pour nous, le meurtre ou l’inceste, et de voir ainsi qu’il y a un certain sophisme, pour ne pas dire hypocrisie, dans la volonté de s’affirmer comme seule référence d’un choix qui implique toute la relation fraternelle.

Nous sommes chrétiens et la liberté n’est pas une idéologie, mais la rencontre avec le Dieu d’amour et la connaissance du Christ ressuscité nous appelant à entrer dans la vie avec Lui pour toujours. L’orgueil est un frein titanesque à l’expression de notre choix du bonheur. Une déclinaison de l’orgueil, sous une forme utilitariste assez égoïste, serait de ne voir la vie que par rapport à ce qui nous est utile et non ce qui a du sens, oubliant par là-même le bien commun. Le paradoxe est alors de se dire libre et de s’aliéner davantage. Non tout ne peut pas se dire, non tout ne peut pas se vivre, non tout ne peut pas être accepté, car la liberté de chacun est l’expression d’une interdépendance qui recherche la fraternité dans un bien commun à partager au cœur de la cité. « Aucune loi humaine ne peut assurer la dignité personnelle et la liberté de l’homme comme le fait l’Évangile du Christ, confié à l’Église. Cet Évangile annonce et proclame la liberté des enfants de Dieu, rejette tout esclavage qui enfin de compte provient du péché » 4 Il nous faut retrouver le chemin qui nous mène au Père. Demandons au Seigneur de nous accompagner sur ce chemin de croissance dans le souffle de l’Esprit pour témoigner de la vie de Dieu dans tous nos choix et dans une conversion à concrétiser pour ne pas nous laisser séduire par les tentations du Diable. Être témoin, c’est s’engager dans une liberté de qualité qui reconnait la dimension fraternelle de nos choix, reliés à l’amour de Dieu toujours premier dans notre vie.

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

3 Gn 2,16-17
4 &41/2 Gaudium et Spes – Vatican II

Nous avons passé un temps de prière du 22 au 29, appelé Jéricho, pour que se manifeste la puissance de Dieu dans notre vie, dans celle de nos paroisses et groupes de prière, dans notre diocèse. À travers un temps de louange, de méditation des Écritures et d’exhortation à laisser la lumière du Christ illuminer notre vie, nous avons pris le rythme de Dieu dans notre agenda en lui faisant place tous les jours. À la suite du psalmiste nous avons fait nôtre ce cri de joie « Moi je prends appui sur ton amour, que mon cœur ait la joie de ton salut, je chanterai le Seigneur pour le bien qu’il m’a fait. » 1 et le Seigneur nous a comblés de ses bénédictions, remplissant l’église de Valenton de plus d’une centaine de personne entre 20 et 21 heures, les deux tiers étant présents pour la messe de 19 heures en plein mois d’aout. Vraiment le Seigneur est bon.

Et maintenant, comment poursuivre cette source de louange dans le témoignage de vie ? Y a-t-il une conséquence à la rencontre avec Dieu dans notre prière, et laissons-nous notre vie s’illuminer par sa présence ? Nous entendons l’appel profond de notre vie, le sens de ce que nous devons accomplir, la bénédiction à recevoir. « La foi nous enseigne à voir que dans chaque homme il y a une bénédiction pour moi, que la lumière du visage de Dieu m’illumine à travers le visage du frère. » 2 Il nous faut témoigner de cette joie de croire et la partager comme une proposition de la vérité de l’amour dans la réalité fraternelle. Il est de notre responsabilité d’annoncer, et de la responsabilité de nos frères d’accueillir cette parole et de la recevoir comme source de vie. Parfois nous nous sentons responsables du résultat en oubliant que c’est Dieu qui agit par grâce et laisse à chacun l’expression de sa propre liberté, même si parfois nous sommes atterrés par les choix. Or le discernement des choix à opérer se vit dans la prière et la méditation des Écritures pour ouvrir notre intelligence à la volonté de Dieu. « La bénédiction, véritable signe sacré, « puise son sens et son efficacité dans la proclamation de la Parole de Dieu » 3 .Le partage de la Parole est alors le premier témoignage que nous devons donner aujourd’hui. Le Seigneur se révèle dans l’inattendu de l’histoire et nous révèle la joie de sa promesse dans notre vie. C’est une grâce à accueillir avec ferveur
pour marcher en confiance en sa présence. Comme nous le rappelle le conseiller spirituel « Faites, au contraire, tout ce qui est en vous le mieux que vous pourrez, selon vos lumières, et ne vous négligez pas entièrement vous-même à cause de la sécheresse et de l’angoisse que vous sentez en votre âme. » 4 La lumière de la vérité nous amène à la foi authentique dans la confiance de la promesse du Salut. Cette rentrée pastorale orientée vers l’attention à la famille et la place des jeunes et des vieux dans notre
communauté est l’occasion d’une communion intergénérationnelle dans la joie d’une relation aidant à la croissance. Même vieillir est croitre dans la grâce de Dieu, par une sagesse plus profonde et une stabilité de vie dans la raison de l’âge.

1 Ps 12 (13)
2 &54 Lumen Fidei – Pape François
3 &63 Verbum Domini – Benoit XVI - Livre des Bénédictions, Préliminaires généraux, n. 21.

Il nous faut redécouvrir en communauté paroissiale, notamment par les maisons d’évangile, un amour sans détour pour ne s’attacher qu’à Dieu et à lui seul. « En effet, Jésus est la lumière du monde, la lumière de la vie 5 ; il est le pasteur qui guide et nourrit les brebis 6 ; il est le chemin, la vérité et la vie 7 ; il est celui qui conduit au Père, de telle sorte que le voir, lui le Fils, c’est voir le Père 8 . » 9 L’expérience des témoins de la grâce est d’abord une manifestation de Dieu, le saisissement d’une rencontre. Par nos
vulnérabilités et notre vocation d’images de Dieu, nous sommes appelé à dire quelque chose de Dieu, même si parfois nos faiblesses nous éloignent de sa grâce prévenante.

La lumière de Dieu éclaire toute notre vie et nous fait prendre conscience de notre appel premier à vivre notre vie en Dieu. Il nous faut comprendre qu’au final, l’amour n’est pas affaire de sentiment mais bien de fidélité dans une conscience éclairée qui recherche la volonté de Dieu. En quelque sorte on pourrait vouloir aimer dans la lumière de la foi, même si notre cœur a du mal parfois à se laisser saisir par sa présence. C’est important de comprendre qu’un choix de vie entraine des obligations, des sacrifices mais un bonheur immense lorsque Dieu est présent. « Sous cette lumière, l’écoute réciproque, le respect et l’abstention de tout jugement hâtif, la patience, la capacité d’éviter que la foi, qui unit, soit subordonnée aux opinions, aux modes et aux choix idéologiques qui divisent, constituent autant de qualités d’un dialogue qui, à l’intérieur de l’Église, doit être poursuivi avec assiduité, volonté, sincérité. » 10 L’appel à la sainteté nous fait
vivre cette foi pour veiller à notre croissance spirituelle et à celle de nos frères et sœurs par le témoignage de notre vie.

4 LII, 7,1 imitation de J.C.
5 cf. Jn 8, 12
6 cf. Jn 10, 11-16
7 cf. Jn 14, 6
8 cf. Jn 14, 6-10
9 &19 Veritatis Splendor – Jean Paul II

Alors après ce temps de Jéricho, nous voici invités à continuer d’être à l’écoute de l’Esprit Saint, pour nous laisser embarquer dans le souffle de sa présence et connaitre les joies d’accomplir la volonté du Père à travers la méditation des Écritures. Il nous faut aussi aller trouver nos frères pour dire la joie du salut de Dieu, laisser l’Esprit Saint agir dans la grâce des rencontres et nous rendre disponibles dans le don sincère de nous-mêmes. Oui le Seigneur fera toute chose nouvelle.

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

Nous voici présents pour une nouvelle rentrée paroissiale, attentifs à porter les fruits de l’Esprit et à témoigner de cette vie de Dieu en nous. L’été a été le temps du ressourcement, de la prière, et d’un renouvellement de ferveur avec la semaine de Jéricho. Néanmoins, il y a une difficulté actuelle dans une forme d’indifférence qui peut habiter nos rencontres et le relativisme apparent de la foi. Ce n’est pas nouveau, le Père saint Maximilien-Marie Kolbe en parlait déjà avant-guerre. « À notre époque, ce n’est pas sans douleur que nous voyons comme une épidémie, ce qu’on appelle l’indifférentisme, se propager de diverses manières non seulement chez les laïcs mais même dans les communautés religieuses. » 1 De plus l’attraction aliénante des moyens qui sont mis à nos dispositions pour occuper le temps, que ce soit les écrans, ou l’occupationnel du sport ou des activités ludiques, interroge sur la ferveur que nous déployons à méditer les Écritures. Dans le souffle de l’Esprit, il nous faut retrouver le zèle évangélique « La vie n’est qu’un instant, une heure passagère… Tu le sais, ô mon Dieu ! pour t’aimer sur la terre Je n’ai rien qu’aujourd’hui ! » 2 . Notre mission d’évangélisateurs, est un appel baptismal à rendre compte de notre foi dans l’instant présent, ni hier, ni demain, c’est aujourd’hui que nous devons témoigner. Un vibrant appel à partager la Bonne Nouvelle du Salut, en annonçant dans la joie la révélation du Christ Sauveur qui nous annonce que Dieu est amour. « Ils sont effectivement innombrables, les événements de la vie et les situations humaines qui offrent l’occasion d’une annonce discrète mais marquante de ce que le Seigneur [dit] dans cette circonstance » 3 Il nous faut retrouver ce zèle évangélisateur, par un
renouveau de notre ferveur et notre volonté de poser des actes qui témoignent de notre foi, rejoindre chacun dans son histoire pour l’amener au Christ et faire luire, par la grâce de l’Esprit Saint, sa dignité de fils de Dieu. Le Christ nous rend libres et nous invite à aimer en vérité, dans tous les engagements que nous prenons. L’amour est premier dans l’annonce, il nous introduit à une meilleure compréhension
de la grande espérance du Salut. De plus, l’amour enracine notre foi dans cet esprit de liberté de qualité par la recherche du meilleur bien.

1 Office des lectures – Saint Maximilien-Marie Kolbe (8 janvier 1894- 14 août 1941 Auschwitz)
2 P 645 œuvres complètes Ste Thérèse de Lisieux PN5 Mon chant d’Aujourd’hui
3 & 43 Evangelii Nuntiandi – Paul VI

Reconnaissons que nous pouvons vivre dans l’indifférence une forme de clientélisme. Nous appartenons à tel service paroissial, à tel groupe de prière, parfois très impliqués, mais nous sommes étrangers au
reste, dans une forme d’indifférence : « ce n’est pas mon boulot,… on ne peut pas être partout,…ça ne m’intéresse pas… ce n’est pas ma culture ». On aboutit à des clubs fermés, ou à des pastorales ethniques
en nous éloignant ainsi de la dimension catholique de notre foi. Entre l’attitude consumériste, et l’attitude utilitariste, nous perdons le sens de Dieu. Or, l’amour est une démarche d’aventure personnelle et communautaire, et la liberté qui en découle doit accueillir les propositions en étant présents lorsque c’est possible, ou au moins être intéressés et dans notre responsabilité répercuter la proposition lorsque
nous ne pouvons pas nous rendre disponibles. Là encore, soyons attentif à l’appel de l’Esprit car nous pouvons faire des kilomètres pour aller voir un spectacle, mais lorsqu’il s’agit de prier, prendre la voiture ou tout autre moyen de transport, cela se révèle être insurmontable. La disponibilité et l’indisponibilité doivent se vivre dans un discernement prudentiel et la volonté de vivre le dessein du Père dans ma vie à
l’écoute de la Parole de vie, et embrasé par le feu de l’Esprit et non un désir déraciné de la prière.

Nous voici alors attentifs à déployer ce zèle apostolique par une disponibilité de tous les instants à la grâce du Seigneur et au moment opportun, pour rejoindre chacun dans son histoire et relire ensemble le dessein du Seigneur pour notre aujourd’hui. « La joie de l’évangile est celle que rien et personne ne pourra jamais enlever 4 . Les maux de notre monde – et ceux de l’Église – ne devraient pas être des excuses pour réduire notre engagement et notre ferveur. » 5 L’enthousiasmante rencontre avec le Christ est une réalité que nous devons déployer dans la vie de l’Esprit Saint afin de révéler à tous l’amour de Dieu le Père et le désir intérieur de vivre la communion dans le dynamisme trinitaire pour
l’éternité. « Donne-moi ton amour, conserve-moi ta grâce, Rien que pour aujourd’hui » 6 Il nous faut retrouver la joie des premiers chrétiens à se retrouver, non pour l’ambiance ou l’utilité du moment, mais parce que le Seigneur est au milieu de nous rien que pour aujourd’hui

4 cf. Jn 16, 22
5 & 84 Evangelii Gaudium – François

La première annonce percutante de notre foi devrait peut-être viser à retrouver une communion fraternelle qui attire. Rien d’exceptionnel, mais une volonté de vivre en communauté dans une joyeuse mixité culturelle et sociale. Vivre en frères en partageant son temps, sa ferveur, et en proposant des temps de vie où Dieu est présent, rien de moins ! Faire attention à tous et à chacun dans une volonté de vivre la fraternité à travers toutes ses réalités. D’ailleurs « la proximité de Jésus à l’égard des personnes qui souffrent ne s’est pas interrompue : elle se prolonge dans le temps grâce à l’action de l’Esprit Saint dans la mission de l’Église, dans la Parole et dans les sacrements, dans les hommes de
bonne volonté, dans les activités d’assistance que les communautés promeuvent dans la charité fraternelle, en dévoilant ainsi le vrai visage de Dieu et son amour. » 7 La méditation de la Parole de Dieu nous fournit la boussole pour prendre le bon chemin et laisser la grâce de l’Esprit nous habiter. Notre responsabilité baptismale est de nous rendre disponible à la grâce et d’avancer en confiance avec le Christ dans notre barque.

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

La joie d’exprimer notre ferveur malgré « les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps » 1 se trouve dans la rencontre personnelle du Christ et la vie dans l’Esprit pour faire grandir l’amour du Père dans la réalité de chaque jour. Les vacances sont un repos en Dieu, consistant à partir d’un quotidien, surexploité dans la gestion du temps, à une découverte d’un autre horizon, où Dieu est pleinement présent et à la première place. Un autre rythme où le repos donne l’occasion de lire et de méditer la Parole de vie, d’accueillir Dieu dans l’obéissance des Ecritures, l’entendre nous parler, de réfléchir tout au long de ce temps, qui est nôtre et qui est sien, à revoir la hiérarchie des valeurs afin de laisser l’Esprit nous guider sur un chemin de paix. Bref d’être présent au présent, et de nous tenir disponible à la grâce par la présence de l’Esprit Saint et un inattendu de son action dans notre propre histoire. Comme un temps de discernement et de pause, où nous percevons l’Esprit souffler à notre esprit les chemins du Salut, dans la vérité de la rencontre et l’amour de la vie.

Méditer la Parole de Dieu demande à tout baptisé d’être à l’écoute des réalités de la vie humaine, pour ancrer dans la foi nos choix afin de rendre compte de notre espérance. « Mais le drame de notre vie est que parfois nous voyons mal, et que par conséquent nous choisissons mal. En réalité, nous ne pouvons goûter au bonheur de l’Évangile « que si l’Esprit Saint nous envahit avec toute sa puissance et nous libère de la faiblesse de l’égoïsme, du confort, de l’orgueil ». 2  » Ce temps estival de repos et de rythme différencié pour chacun d’entre nous entraîne à accueillir une autre réalité et à réfléchir autrement au
rythme de vie et à ce qui est premier. La générosité qu’offre le temps de repos, nous fait gouter la disponibilité à nous ouvrir à l’immédiat avec candeur, et se laisser guider avec humilité pour répondre de notre vocation chrétienne et de ce qui fait sens pour nous aujourd’hui dans la recherche du meilleur bien.

Nous entendrons l’Esprit nous guider sur d’autres réalités, où l’amour est premier, dans la gratuité de l’engagement qui va jusqu’au bout et jusqu’au don de soi-même. En effet, l’amour reconnaît l’amour et veut toujours connaître plus. Il en est ainsi de notre vie de foi, d’espérance et de charité. Une vie de prière ancrée sur un autre rythme pour rendre Dieu présent différemment, mais aussi nous tenir à sa disposition, dans une intériorité toujours plus profonde lorsque nous nous ouvrons à la réalité de sa présence. Dans le souffle de l’Esprit, nous voici interpellés par la grâce à aller plus loin dans la rencontre vivifiante avec le Seigneur, à venir plus souvent à la messe même en semaine, à reprendre la prière
du chapelet et des lectures de la Parole de vie. Peut-être lire un ouvrage de catéchèse, ou de témoignage de vie chrétienne, et aller à la rencontre des autres dans l’annonce de la Bonne Nouvelle.

1 &1 Gaudium et Spes – Vatican II
2 LA 2023 Sublimatas et miseria Hominis – François citant exhort. ap. Gaudete et Exultate, n. 65.

Les vacances peuvent être un lieu d’expérience mystique par la progression vers la vérité de la relation avec Dieu, Lui qui est vivant pour nous aujourd’hui et pour l’éternité. L’expérience de la rencontre personnelle avec Dieu est commune à tous les témoins de la foi. Un temps de rencontre ou l’intelligence
s’ouvre aux Ecritures, et notre conscience fait alors confiance en Dieu notre Sauveur. Une volonté insatiable de le suivre jusqu’au bout parce qu’Il est amour et que nous voulons vivre totalement de cet amour même si parfois nous ne saisissons pas toutes les exigences ! Dieu existe puisqu’Il s’est manifesté dans notre vie, et nous répondons à son amour par l’engagement de nos choix de vie à la lumière de la Parole.

C’est l’occasion de prendre le temps de témoigner avec audace de notre foi dans le feu de l’Esprit et d’avancer en confiance avec le Seigneur. Être chrétien, c’est parler de Jésus, et de le partager autour de nous comme une chance de salut pour chacun. Seul Jésus nous sauve ! La foi se vit au sérieux, et non dans une forme de tourisme spirituel ou comme un péage de présence à exercer pour posséder les sacrements, pour rouler ensuite dans la vie dite chrétienne sans s’inquiéter des réalités de la charité à vivre autour de nous et dans la folie du relativisme des choses. Les petites routes de la grâce nous font découvrir la beauté de la création et poussent à la louange devant la prodigalité de l’amour et l’action de grâce pour tous les bienfaits reçus.

Alors, point d’indifférence mais cette quête intérieure pour chacun d’entre nous dans l’écoute de la Parole, le dialogue de la prière, et la réalité de la création par le sacrement du frère, afin d’aller plus loin avec Lui dans sa présence car avec Lui nous vivons pleinement toutes les expressions de notre foi
au service de la charité et éclairé par la grande espérance du salut. L’évangélisation est une joie pour chacun d’entre nous, une saveur de l’Esprit Saint que nous partageons dans notre croissance en Dieu, pour guérir toutes les réalités de l’homme abimé par le péché. La Parole de Dieu, non seulement guérit
mais restaure chaque homme et le remet debout. N’en doutons pas, mais plutôt vivons-le pleinement. Dieu ne nous abandonne jamais, même si nous pouvons nous égarer sur les chemins bien sombres de la concupiscence et du détournement de la grâce.

Il nous faut retrouver la ferveur de notre premier amour avec Dieu et partager cette joie de la rencontre qui fait de nous des témoins. « La Parole de Dieu écoutée et célébrée, surtout dans l’Eucharistie, alimente et fortifie intérieurement les chrétiens et les rend capables d’un authentique témoignage évangélique dans la vie quotidienne. » 3 Il nous faut garder la joie d’évangéliser pour amener le plus possible des frères à la grâce du Salut. Jour après jour, nous devons accueillir la présence du Seigneur. Les vacances sont justement le temps de pause de la vie professionnelle et sociale pour trouver un autre espace de rencontre, une hiérarchie du temps différente où Dieu est à découvrir par une autre disponibilité du cœur. Alors nous entendrons l’appel de notre pasteur à vivre cette joie de Dieu dans le témoignage de vie. « Évangéliser c’est rendre présent dans le monde le Royaume de Dieu. » 4

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

Le mot du moment pour dire son relativisme c’est demander le respect de ses propres convictions, pour ne pas se justifier et mettre la foi dans une forme de relativisme ambiant délétère. Les actes deviennent donc une liberté de choix de chacun, une expression de sa personnalité qui ne doit pas rendre de comptes. « Etant donné que les choses justes ou injustes sont telles qu’on a dites, quelqu’un se montre
juste ou injuste dans ses actes chaque fois qu’il les exécute de son plein gré. » 1 Les actes sont donc liés à la personne et demandent de rendre des comptes. Il n’est pas dans l’hypocrisie d’un aller-retour du respect qui refuse le questionnement. « Respecte ce que je pense, et je respecte ce que tu penses… » Le premier problème de cet argument fallacieux est que normalement le respect porte sur la personne humaine, sa pensée et ses actes et non seulement sur une prise de position ! Jean-Paul II à la suite d’Aristote nous dit que la personne s’exprime dans son acte mais ne se réduit pas à celui-ci. Le respect, notamment lors des discussions spirituelles, concerne donc la globalité de la personne humaine, et non
pas l’argument d’une symétrie dans la vérité de la foi, ni que toutes les croyances se valent. « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie » 2 .

Le Christ nous conduit, Lui seul nous donne de marcher dans la vérité de la foi, sur le chemin du bonheur éternel, et nous fait comprendre la vie en Dieu. Certes Il agit avec Toute Puissance, c’est le mystère de la relation à l’homme, qui ne permet pas d’enfermer dans des carcans ou des schémas de pensée unique. La toute-puissance est universelle et ne dépend pas du baptême, mais bien de l’action de Dieu qui agit envers tous selon son dessein d’amour. Un non-chrétien (c’est-à-dire quelqu’un qui ne croit pas que Jésus Christ est Dieu) peut connaître une manifestation de Dieu dans sa vie pour l’aider à s’épanouir dans le meilleur bien. Mais pour tout baptisé, il y a bien une progression entre la pensée et l’acte pour témoigner dans tout son être de son propre attachement à Dieu et à sa Parole de bonheur à travers les commandements. Le Christ nous apprend à vivre dans la liberté de l’amour en choisissant toujours Dieu pour connaître le vrai bonheur de communion avec Lui pour l’éternité.

1 - Ethique à Nicomaque V 13.2.1 - Aristote | 2 - Jn 14,6

L’autre problématique du respect, c’est de le demander pour soi afin d’être tranquille dans ses positions sans se remettre en question et dans la suffisance de sa pensée parfois autocentrée. Il y a une forme d’hypocrisie dans cette demande de respect qui, lorsque la pensée conquiert un certain nombre de personnes, devient une tyrannie de la pensée (une police de la pensée), car ceux qui conçoivent autrement et vivent différemment (et parfois de manière prophétique) sont exclus du champ social. C’est donc un respect à géométrie variable qui vient d’une certaine forme de naïveté étonnante à vouloir vivre sa foi dans le flou spirituel, avec des ascendances ésotériques, et ne voit pas se profiler les tyrannies impitoyables qu’elle nourrit. Recevoir de Dieu demande alors d’être attentif à ne pas perdre le sens de notre relation à Lui. « Au nom de Dieu : respecte, défends, aime et sers la vie, toute vie humaine ! C’est seulement sur cette voie que tu trouveras la justice, le développement, la liberté véritable, la paix et le bonheur! » 3 Faire la vérité dans sa vie demande alors un discernement prudentiel pour ne pas s’engager dans des impasses impitoyables. Le respect se fonde d’abord sur celui de la vie en Dieu et de la vérité de notre relation aux prochains, pour promouvoir la dignité humaine afin de manifester la prodigalité de
l’amour de Dieu.

Il nous faut bannir le mot respect lorsqu’il est similaire à relativisme. Au contraire, nous devons appuyer sur la dignité de l’homme et sa création à l’image de Dieu qui demande d’être attentifs à vivre de notre vie en Dieu de manière fiable. « Toute menace contre la dignité de l’homme et contre sa vie » 4 doit nous fait réagir au nom de notre foi. Une juste relation à Dieu et aux autres nous fait vivre en paix et recevoir la présence de l’Esprit Saint dans la joie de la rencontre. Or, parler de la dignité de l’homme demande de promouvoir l’écologie intégrale, dans la relation de l’homme à Dieu, à lui-même, au prochain et à toute la création. Telle est la définition de l’écologie intégrale. Elle n’a rien à voir avec des programmes politiques parcellaires qui veulent des plantes, sans le principe de réalité des déplacements, et promeuvent la biodiversité tout en prônant l’avortement et l’euthanasie. Je ne parle même pas des anti-OGM qui acceptent le trafic d’ADN pour certaines PMA. La foi chrétienne nous demande une cohérence de vie et nous invite à témoigner clairement du message du Royaume. « Personne ne pourra nous enlever la dignité que nous confère cet amour infini et inébranlable. » 5 En toute occasion il nous faut redire cette joie de croire, témoigner de notre foi en toute circonstance et vivre du feu de l’Esprit Saint dans notre vie afin de propager la civilisation de l’amour et d’annoncer l’œuvre du Salut en Christ. « La proclamation de l’évangile sera une base pour rétablir la dignité de la vie humaine » 6 .

3 - Evangile de la vie – Jean Paul II
4 - 3 Evangile de la vie – Jean Paul II

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

La liberté chrétienne s’acquiert par la mort et la résurrection du Christ. Il nous a libérés du péché et nous donne une nouvelle loi, celle de l’amour qui n’est pas pour abolir les commandements, mais pour les accomplir dans la logique de l’essentiel. Par grâce, nous voici embarqués pour vivre la volonté de Dieu, en accueillant l’intelligence des Écritures et en étant disponibles à la présence de l’Esprit qui nous mène sur tous les chemins de croissance et de communion avec Dieu. Chacun selon son charisme propre est appelé à vivre l’instant de Dieu dans son aujourd’hui. Nous l’apprenons à travers l’enseignement de l’Église. « La troisième partie du Catéchisme présente la fin ultime de l’homme, créé à l’image de Dieu : la béatitude, et les chemins pour y parvenir : par un agir droit et libre, avec l’aide de la loi et de la grâce de Dieu. » 2 Agir droitement demande d’éduquer la conscience à la recherche du meilleur bien, et agir librement nous appelle à être disponibles à l’amour dans la vérité de nos actes. Reconnaître l’amour du Père dans la présence du Christ nous fait comprendre la révélation. « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres. » 3 La liberté de l’amour nous affranchit des prescriptions humaines, pour rechercher dans la relation à Dieu la juste relation au frère.

Or, la vie en Dieu c’est le paradis, et la joie de Dieu nous y accueille dans la libre réponse de notre oui à son amour, toujours premier. « Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d’amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux est appelée  » le ciel ». Le ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif. » 4 L’accession au ciel est donc une réponse à l’amour de Dieu et la joie d’être avec Lui pour toujours dans la contemplation de sa présence. La dimension du paradis n’est pas l’excitation de nos désirs charnels sur terre qui deviennent une récompense au ciel, quand bien même y aurait-il dix mille vierges. « Le jugement emporte « l’homme en qui Dieu se complait » dans cette éternité qui subsiste entre le Père et le Fils par l’amour de l’Esprit-Saint… Sera introduit l’homme vivant, l’homme en son être tout à la fois âme et corps, le résumé de son destin, le contexte de ses actes et de ses œuvres… ce qui dépasse ici toute mesure, c’est qu’un être fini soit destiné à être introduit dans la communauté de Dieu. » 5 Le dynamisme de l’amour se trouve dans la relation, qui nous est proposée à travers la communion de tout notre être dans sa pleine cohérence avec la révélation du Dieu Un et Trine se révélant comme flamme d’amour. C’est pourquoi dès ici-bas nous sommes à la recherche du meilleur bien. « Nous pouvons nous ouvrir nous-mêmes, ainsi que le monde, à l’entrée de Dieu : de la vérité, de l’amour, du bien. C’est ce qu’ont fait les saints, qui, comme « collaborateurs de Dieu », ont contribué au salut du monde 6 . Nous pouvons libérer notre vie et le monde des empoisonnements et des pollutions qui pourraient détruire le présent et l’avenir. » 7 A travers cette liberté de Dieu qui fait de nous des filles et des fils, nous devons rechercher dans tous nos choix la vérité de l’amour pour orienter notre vie dans le choix de vivre la Parole et de nous offrir comme don de Dieu pour nos frères et sœurs.

1: Ga 5,1 | 2: & 16 CEC | 3: Jn 8,32-33 | 4: & 1023 CEC

Dans la cohérence de notre foi, nous affirmons la communion des saints et nous prions les saints et les saintes de Dieu qui portent nos prières devant sa face. La Reine du Ciel, Marie, montée corps et âme par anticipation, telle est la foi affirmée dans le dogme de l’Assomption, nous invite à nous tourner vers le Christ et à faire ce qu’Il nous dira. Elle porte nos prières auprès de son Fils et nous apprend à avoir le
juste comportement en nous demandant d’être réceptifs à la vie de l’Esprit. Elle nous révèle l’amour du Père dans la méditation des Écritures. Elle est pour nous signe de la présence de Dieu dans la nature humaine, un exemple à suivre, à aimer, à témoigner. La prière de la communion des saints à travers Marie et tous les saints n’est pas un dévoiement spirituel mais la logique de l’amour dans la relation du ciel et des différentes voies que nous offre le Seigneur pour accéder à Lui dans la transformation du cœur. Ce n’est pas non plus une concurrence, mais bien une complémentarité du dialogue. S’adresser à la Vierge Marie, et à tous les saints, oriente notre désir d’être tout en Dieu et de le retrouver face à face, Dans une foi confiante en sa providence qui passe par les médiations afin de mieux reconnaître l’amour créateur. L’Esprit Saint nous aide dans ce pèlerinage.

Nous comprenons alors que l’enfer, est le refus de l’amour, un enfermement sur soi-même et concrètement le refus du partage et du don. L’ange de lumière, Lucifer a été dans cet enfer lorsqu’il a refusé l’amour de Dieu et dans sa logique la relation de confiance. D’ailleurs le péché qui ne peut pas être pardonné 8 est justement le refus de la Personne Don qui peut tout restaurer lorsque nous acceptons qu’Il vienne nous rendre la cohérence d’images de Dieu appelées à la ressemblance. « La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire. » 9 C’est un refus de Dieu qui nous rend esclaves du péché et des comportements déviants, comme nous le montre d’ailleurs si bien les addictions. Tout au long de notre vie nous devrons lutter contre tout ce qui nous conduit au mal, les violations de la dignité de l’homme et du respect de la vie. Nous devrons poursuivre un chemin d’accueil de son identité dans l’altérité de son être sans tergiverser et surtout, être à l’écoute de l’Esprit saint pour répondre son appel de sainteté.

5: P 133 Les fins dernières Romano Guardini | 6: cf. 1 Co 3, 9; 1 Th 3, 2 | 7: 35 Spe Salvi – Benoît XVI
8: Mt 12,31-32 « C’est pourquoi, je vous le dis : Tout péché, tout blasphème, sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre
l’Esprit ne sera pas pardonné. » | 9: & 1035 CEC

Ainsi donc, cette liberté dans l’amour de Dieu n’est pas question de nourriture ni de boisson. Le Christ nous a délivrés de toutes les prescriptions alimentaires de la loi de Moise, pour nous rappeler de vivre dans l’amour de Dieu : « ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas interdit. » 10 Non, manger du porc nous ne conduit pas en enfer, car nous sommes libérés par le Christ une fois pour toutes. C’est le Christ qui nous conduit, lui le Fils de Dieu, notre Sauveur et notre Dieu. Il est le chemin de paix, la vérité de l’amour et la joie d’une vie de communion. Mais oublier de prier, d’entrer en relation avec lui, de vivre la communauté dans la célébration eucharistique nous éloigne de Dieu. Nous, chrétiens, réaffirmons
cette joie de croire en Dieu qui nous sauve par le Fils et nous envoie l’Esprit Saint, pour nous faire grandir en sa présence et vivre cette communion de l’amour dans la contemplation de sa face. Affirmons clairement notre foi, restons fidèles au commandement de l’amour et partageons cette Bonne Nouvelle du Salut à toutes les nations jusqu’aux périphéries de nos relations, de ceux qui nous entoure. En effet le Christ est notre joie et nous le partageons dans le dynamisme de l’amour. Réveillons le monde de sa torpeur pour redire la joie de Dieu dans la construction de la civilisation de l’amour.

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

La foi est un don de l’Esprit Saint qui s’exprime dans la connaissance de la révélation, à travers les signes qui nous sont donnés et la présence du Seigneur toujours plus aimant. À travers la résurrection, le Christ ouvre notre foi à la grande espérance du Salut et nous fait prendre conscience par le souffle de l’Esprit du
grand amour dont nous sommes aimés. Dieu agit dans notre histoire et nous saisit, pour que nous nous laissions saisir par sa présence, dans le désir de lui appartenir pour toujours à travers la communion des saints. « À Dieu qui révèle est due « l’obéissance de la foi » 1 , par laquelle l’homme s’en remet tout entier et librement à Dieu… Pour exister, cette foi requiert la grâce prévenante et adjuvante 2 de Dieu, ainsi que les secours intérieurs du Saint-Esprit qui touche le cœur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l’esprit et donne « à tous la douce joie de consentir et de croire à la vérité 3 ». Dieu se donne à nous qui, par la foi, sommes fidèles et lui faisons confiance ; lorsque nous nous éloignons de la parole, nous lâchons Dieu
pour l’errance de l’homme.

L’errance dans la foi peut être une remise en question de la connaissance de Dieu et de la révélation. Néanmoins il nous faut rester ferme, à travers la méditation des Écritures, la prière et le service de la charité, pour renoncer aux séductions et nous en éloigner. « Dans la mesure où elle annonce la vérité de
l’amour total de Dieu et ouvre à la puissance de cet amour, la foi chrétienne arrive au plus profond du cœur de l’expérience de chaque homme, qui vient à la lumière grâce à l’amour et est appelé à aimer pour demeurer dans la lumière. Mus par le désir d’illuminer toute réalité à partir de l’amour de Dieu manifesté en Jésus et cherchant à aimer avec le même amour. » 4 Il y a une transformation de tout notre
être en présence du Christ, car nos prenons conscience de notre condition humaine et de la joie des dons de grâce prodigués en nous pour nous rétablir dans la communion en Dieu. Par la foi, nos péchés sont pardonnés et la venue de l’Esprit nous mène à vivre dans un continuel émerveillement de la présence du Seigneur.

Marie, dans son appel à faire tout ce qu’Il nous dira, nous demande d’écouter en serviteurs fiables, la Parole du Seigneur. Le Fils de l’homme nous révèle Dieu comme Père et Fils. « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi… Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon  Père… Croyez-moi : je suis dans le Père et le Père est en moi. » 5 Lorsque le Christ nous révèle le Père, en disant que le Père et le Fils ne font qu’un, il affirme bien la Trinité, comme Père, Fils, et dans d’autres passages comme Saint-Esprit. À travers l’image du Père, le Fils nous fait comprendre la relation particulière dans la Trinité. Objecter que si le Fils a un père donc il a une mère est une forme d’anthropomorphisme car la relation du Père avec le Fils dans la divinité ne reste qu’une analogie dans la relation du Père et du Fils et du Saint Esprit. La paternité de Dieu est réelle, répétée dans l’ancien testament, comme Père et Mère parfois, ce lien révèle l’amour prévenant, toujours attentif avec un regard bienveillant pour faire grandir et murir en sa présence.

L’autre illusion est de penser que Jésus a fait semblant de mourir sur la croix. La tentation est grande de refuser la souffrance humaine et l’absurdité du mal dans la civilisation de l’amour, mais c’est nier le réel. Dieu s’est fait pleinement homme dans l’incarnation du Fils, Il a vraiment souffert sous Ponce Pilate et a été crucifié comme nous l’affirmons à chaque Credo. Il est vraiment mort dans son humanité, ayant vécu notre vie humaine jusqu’au bout. Je passe les élucubrations postérieures, qui ont prétendu que les disciples au tombeau l’auraient pris vivant et l’auraient caché jusqu’à la fin de sa vie. Ce qui est attesté dans le Nouveau Testament c’est que les chefs juifs ont fait croire que les disciples ont volé le corps
du Christ pour faire croire à sa résurrection. On parle bien de corps mort. Mais les apparitions du Christ à plusieurs centaines de personne ont rendu le stratagème caduc.

Une autre errance de la foi est de croire en la falsification des Écritures. Évidemment tout cela est bien postérieur aux écrits évangéliques du I er et II e siècle. Il est sans intérêt de déclarer a posteriori ce qui a été discerné en Église dans le souffle de l’Esprit aux premiers siècles. D’ailleurs nous avons d’autres écrits contemporains des évangiles, qui n’ont pas été retenus, comme le Pasteur d’Hermas ou la Didachè. Ce sont des bons livres spirituels, mais ils n’ont pas été considérés comme canoniques. Cela peut faire penser par conséquent à un trafic des Écritures hors contexte. Certains évangiles apocryphes comme celui de Thomas, n’ont pas été reconnus, mais la révélation s’est fondée sur le récit des témoins, à la suite des lettres de saint Paul. Il est absurde de s’appuyer sur des textes bien postérieurs pour accuser de falsification. Si les évangélistes sont bien les auteurs il ne peut y avoir de falsification, puisque même si l’on admet des rajouts par les disciples, c’est dans la juste tradition apostolique attestée. L’apport
des textes plus récents est juste une mystification de la foi, et un refus de conversion, voir la culture d’une incrédulité dans la bêtise crasse.

Le mystère de la Trinité, d’un seul et même Dieu en trois personnes paraît à certains incompréhensibles et pourrait faire penser à une forme cachée de polythéisme. Mais c’est mal connaître la définition d’une personne, participant à la même nature divine et agissant en communion dans l’altérité des choix où aucune de trois personnes n’est étrangère. « Chaque personne en Dieu n’étant qu’une relation à l’Autre, dans une désappropriation totale d’elle-même; Dieu réalisant, dans le secret le plus intime de lui-même » 6 Dieu lorsqu’Il créé agit par le Père, mais le Fils et l’Esprit sont participants lorsqu’il parle : Il agit par le Fils, mais le Père et l’Esprit contribuent à ce dialogue. Lorsqu’Il se manifeste dans nos vies, c’est par grâce de l’Esprit envoyé par le Père et le Fils, un seul Dieu en trois personnes. Il n’y a pas trois Dieu, ni une seule personne. Or la Trinité nous introduit dans la révélation de l’amour toujours dynamique pour se manifester dans la richesse de la révélation.

La foi doit être l’occasion pour nous d’approfondir la connaissance de Dieu pour être au plus près de la révélation. Si Dieu nous a donné l’intelligence, c’est pour nous en servir afin de mieux le connaître et d’exercer nos choix dans la vérité de l’amour. Or seul le Christ nous fournit cette vérité qui nous rend vraiment libres, libres d’aimer et de choisir Dieu. La foi est donc un espace de liberté où nous rencontrons le Seigneur ! Soyons pleinement libres en prenant Dieu comme ami et, marchant le long de la route en méditant les Écritures pour avoir notre cœur tout brûlant, accueillir sa présence dans le partage.

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

1 Rm 16, 26 ; cf. Rm 1, 5 ; 2 Co 10, 5- 6 2 Grace adjuvante : La grâce qui s’ajoute à notre vie pour l’améliorer et lui donner la joie du ciel 3 Conc. d’Orange II, can. 7 : Denz. 180 (377). – Conc. Vat. I, l. c. : Denz. 1791 (3010). &5 Dei Verbum – Vatican II 4 &32 Lumen Fidei - François