Les editos du père Gregoire Bellut

La lumière de la résurrection fait notre joie car la grande espérance du salut s’est réalisée en Christ. Alors comment vivons-nous cette joie de la fidélité de l’amour de Dieu pour chacun d’entre nous ? Comment vivons-nous cette réalité pascale de la joie de la rencontre ? En quoi la résurrection du Christ embrase-t’elle notre histoire ?

 

Un envoi en mission

Souvenons-nous, Paques est le passage de l’esclavage du péché à la liberté de l’amour dans la vérité de tout notre être, une lumière de l’humanité, l’unique qui redonne le sens profond de l’homme image de Dieu appelé à rayonner de la gloire divine. La résurrection n’est pas seulement une lumière qui brille dans nos ténèbres tout en gardant les ombres d’une forme de relativisme de la présence de Dieu. Christ est vivant et nous venons vous l’annoncer ! La visite de Dieu dans sa promesse réalisée brille de la vérité du Verbe fait chair et transforme notre vie. Bien plus, elle est révélatrice de Celui qui embrase notre existence d’une conversion de tout notre être à sa Parole de vie guidée par le souffle de l’Esprit Saint. Le Christ nous forme au combat spirituel pour irradier d’amour en nous poussant à choisir Dieu comme l’Unique.

 

Parfois nous fêtons le Christ ressuscité en bon élève dans les premiers rangs de la classe, et puis, la fête passée, la foi trépasse et la classe se vide. La tiédeur s’installe dans une nonchalance de l’attachement… « on verra plus tard »…Pourtant nous sommes appelés à nous imprégner de la lumière de l’Evangile aux couleurs de ce monde avec ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses pour annoncer la Bonne Nouvelle. La joie pascale n’est pas une joie passagère, d’un tourisme spirituel, mais bien l’ancrage de notre vie, comme le début d’une nouvelle existence où Dieu est présence. Car Dieu continue de nous appeler et d’être présent à nos côtés. Au cri de la croix sur l’abandon de Dieu résonne aujourd’hui le cri de Dieu sur l’abandon de l’homme à la relation divine. Pourtant le Christ est bien ressuscité. Il a tenu parole. A nous de marcher à sa suite.

 

Face au mal, s’éclairer à la lumière de paques

Le carême comme exercice du combat spirituel nous a entrainé à accueillir la joie du vainqueur, le Christ, notre Seigneur. Certains combats sont rudes, nous en faisons l’expérience parfois de manière amère. Une écharde dans le corps que l’on voudrait enlever pour n’être qu’à Dieu. Nous recherchons parfois l’illusion toute puissante d’être parfait pour le fantasme de l’union engendrant l’incapacité d’adaptation. Or nos imperfections permettent des progressions en étant miséricordieux et compatissant. Oui, cette même écharde nous appelle à être humble et à ne pas nous surestimer[1].L’humilité de la croix et la victoire de la résurrection nous montrent que c’est par la foi que nous sommes appelés à cette joie de la révélation. « L’homme se découvre incapable par lui-même de vaincre effectivement les assauts du mal ; et ainsi chacun se sent comme chargé de chaînes. Mais le Seigneur en personne est venu pour restaurer l’homme dans sa liberté et sa force, le rénovant intérieurement »[2] L’annonce pascale est de voir la victoire de l’amour qui remet la communion entre Dieu et l’homme en Christ. Le mal est vaincu non par la violence mais par l’humiliation de la croix pour nous rappeler que c’est dans le don sincère de soi-même que nous reflétons le mieux l’amour de Dieu et du frère. Les assauts du mal nous poussent à un repli sur soi-même une forme d’aliénation que l’on nomme liberté et une promotion cynique de la culture de mort. L’appel à la désespérance d’un avenir sombre nous empêche de voir la lumière de paques comme une réalité du monde à venir. Or le Christ est venu nous restaurer, et avec Lui, tous les possibles sont ouverts. « La foi n’est pas une lumière qui dissiperait toutes nos ténèbres, mais la lampe qui guide nos pas dans la nuit »[3] Toute vie humaine est un pèlerinage vers la sainteté de Dieu avec une démarche de transformation pour laisser passer la lumière. Oui il est ressuscité. Pour certains qui n’osent pas y croire tant c’est beau, nous le réaffirmons Il est ressuscité !

 

Le témoignage d’une vie intérieure guidée par la parole

Tout homme à la suite du Christ est appelé à faire cette expérience du don sincère de soi-même et à imiter le Christ en devenant témoin de la Parole de vie. « Jésus peut apporter au monde un nouveau commencement et une nouvelle lumière, la plénitude de l’amour fidèle de Dieu qui se livre aux hommes. »[4]. La plénitude de l’amour par la résurrection et le salut promis à tous ceux qui mettent leurs espérances dans le Seigneur est joie de la rencontre. Dieu est fidèle et dans l’amour nous montre un chemin de communion pour vivre le partage pour l’éternité. Ce n’est pas par des voix tonitruantes ou des imprécations, mais dans le silence de la croix et du tombeau, et le jaillissement des signes qui nous font prendre conscience en toute liberté d’une promesse à réaliser en devenant disciple. Le travail de la vie intérieure est justement de se libérer de l’ancien monde pour accueillir la terre promise. Alors nous nous remettons debout, délivrés de l’esclavage du péché, et libérés par pure grâce. La rencontre de paques irradie notre histoire de la vie divine, et dans le souffle de l’Esprit nous réunifie pour bâtir la civilisation de l’amour. Toutes nos activités quotidiennes doivent trouver un sens en Dieu, et contribuer à nous humaniser davantage.

 

Appelés à une transformation de vie qui rejette toute forme d’utilitarisme, de collectivisme déshumanisant ou d’individualisme déstructurant, les disciples du Christ travaillent à retrouver une écologie intégrale où l’homme est au cœur de la relation dans un juste rapport à Dieu, à ses frères et à toute la nature. Dans un discernement responsable éclairé par une conscience droite, nous avons à retrouver une vie intérieure qui se mette au rythme de Dieu afin de nous laisser guider par la grâce.  Oui, la lumière de la vie exprime une joie profonde d’un Dieu qui se révèle en chacun de nous dans la grâce de l’Esprit Saint et nous engage à sa suite à témoigner avec ardeur d’un amour qui nous libère de l’esclavage du péché pour retrouver notre place d’héritier du Royaume. « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » La foi est ce feu intérieur que l’on veut partager à tous comme une joie de la relation. Le jardin originel s’est ouvert dans la nouveauté de Paques. La Parole nous guide sur ce chemin de vie comme une source inépuisable d’un amour qui se répand pour ceux qui s’y abreuvent.

 

La promesse d’un amour salvateur

A l’ombre de la croix, la joie de la résurrection nous réveille à la promesse de Dieu dans la grande espérance du salut. Le Christ ressuscité révèle une nouveauté dans l’histoire dans la réalisation d’une humanité délivrée d’une mort enfermante. « L’homme nouveau porte les stigmates du Christ sur son corps ; le souvenir de la détresse du péché d’où il est éveillé pour une vie bienheureuse et du prix qu’il a fallu payer pour cela »[i] En effet, l’espérance s’est réalisée à la lumière de la résurrection du Christ. Il a ouvert les portes de la vie en Dieu par le don de l’Esprit Saint, et nous entraine avec Lui dans la communion éternelle en ouvrant les portes du paradis afin de rencontrer le Père. Le Christ Rédempteur n’est donc plus seulement une promesse lointaine d’un Messie à venir, mais un fait de Pâques, un signe pour l’homme d’aujourd’hui. Oui, il est possible d’entrer dans la joie du Père en imitant le fils et docile au souffle de l’Esprit. A nous d’être disponibles à cette lumière intérieure qui nous fait expérimenter la présence de Dieu et nous ouvre à une joie enracinée dans une paix communicative. Là notre conscience s’ouvre aux bienfaits du Seigneur et suscite en nous un désir de communion de plus en plus intense. L’infamie de la croix devient la croix glorieuse. La lumière de Pâques révèle l’amour par l’accomplissement des Ecritures et dans le souffle de l’Esprit et nous conduit vers le Père pour un bonheur sans fin.

 

La lumière divine est l’expression du face-à-face avec Dieu où nous entrons dans l’adoration éternelle en bénissant le Tout Puissant pour l’expression de son amour et en lui rendant grâce pour des actions dans nos vies. La résurrection illumine notre vie d’un amour salvateur. Le Christ nous a rachetés du péché pour nous conduire dans la lumière de sa présence. Il fait de nous des enfants de Dieu prêtre, prophète et roi dans la grâce du baptême et nous envoie comme témoins dans la grâce de la confirmation. La croix devient l’expression de la foi audacieuse qui manifeste la présence de Dieu en toute occasion. Laissons cette lumière de paques irradier toute notre vie et nous orienter vers un monde meilleur où le Christ règne. (…)

[1] 2 Co 12,7

[2] &13 Gaudium et spes – Vatican II

[3] &57 Lumen Fidei – François

[4] &59 Lumen Fidei François

[i] Kw 241 p 113 La puissance de la croix – Edith Stein

L’amour de Dieu éclaire notre liberté.

Dieu nous aime. Il se manifeste dans notre vie pour nous amener à Lui. Il est la source de vie pour toujours. Ainsi nous expérimentons pleinement la responsabilité de la liberté de l’amour. A la suite des témoins du Christ nous sommes appelés à vivre la manifestation du salut à travers la joie de la résurrection. « Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui.»[1] La bénédiction de Dieu se reçoit dans la Parole du Fils et grandit par grâce de l’Esprit, avec ce prolongement de l’œuvre créatrice du Père de qui vient toute autorité. Alors nous retrouvons cette confiance en la providence de Dieu qui nous conduit sur un chemin de vérité dans la juste relation. Voici notre joie, le jardin d’Eden s’est de nouveau ouvert par grâce, et la résurrection du Christ éclaire notre avenir

 

La vie d’enfant de lumière nous incite à rechercher cette relation à Dieu d’un grand désir, pour nous laisser entraîner dans la joie de la communion en contemplant Dieu d’un cœur pur. Les saints «  étaient les plus éclairés par la lumière authentique qui reflète la vérité divine et approche la réalité même de Dieu, parce qu’ils abordaient cette vérité avec vénération et amour: amour avant tout pour le Christ, Verbe vivant de la vérité divine, et en même temps amour envers son expression humaine dans l’Evangile, dans la tradition, dans la théologie »[2] L’amour demande à être connu (connaissance), et reconnu (Volonté) pour en témoigner autour de nous (mémoire). L’alliance avec Dieu pour le peuple élu est une révélation du buisson ardent où Dieu se fait connaitre, comme Celui qui agit dans l’existence, et demande à ce que nous marchions à sa suite pour être libérés du péché et de toute forme d’esclavage. C’est une aventure dont il faut faire mémoire. Ce n’est pas une histoire de vieux combattant, mais d’émerveillement des signes de Dieu dans l’histoire des hommes et d’un entrainement à l’adoration pour sa plus grande gloire.

 

 

Notre vie humaine s’enracine dans l’accompagnement avec Dieu et par la vérité de la relation de confiance qui s’enracine au cœur de la charité. C’est pourquoi, toute histoire spirituelle est avant tout la rencontre  par les sens de notre corps[3] mais aussi par les sens de notre perception humaine – l’âme[4]. La vérité divine illumine donc tout notre être dans son âme et dans son corps pour nous faire expérimenter la grâce de la réalisation de la grande espérance du salut. « Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu nous donner l’intelligence pour que nous connaissions Celui qui est vrai »[5] La vie d’enfant de Dieu est une promesse pour un amour d’éternité en Dieu et nous savons par la résurrection que cela est vrai. A nous d’entrer librement dans cette connaissance qui nourrit notre humanité d’un sens nouveau dans l’inclination à vivre de la grâce.

 

Une joie de la connaissance de Dieu

En effet la résurrection nous transfigure dans la joie de la rencontre du Christ vivant. Il est la vraie connaissance. Et entrer dans l’intelligence de la foi à la source de la résurrection c’est retrouver l’éternelle sagesse qui est de contempler Dieu. La démarche personnelle de chacun à connaitre Dieu et de vouloir le suivre est la première démarche de cohérence de notre humanité. L’errance de l’homme loin de Dieu est toujours diabolique. D’ailleurs plus que de cohérence de la relation, nous devrions parler d’unification de tout notre être dans l’accomplissement de la vie humaine par le Christ Rédempteur. Le tentateur des origines essaye de nous éloigner de Dieu et de nous faire perdre la réalité d’une communion confiante. L’homme se retrouve face à sa nudité et la désespérance de sa situation. Au contraire à l’aube de Pâques, la réalité de la vocation humaine se réalise parfaitement dans le Christ, et devient pour nous la norme d’une vie à sanctifier dans le souffle de l’Esprit Saint. Dans cette intelligence de la dignité humaine, nous comprenons que faire mémoire pour persévérer sur le chemin de vie fait partie de tout notre être. La volonté humaine se fonde sur la liberté fortifiée par la connaissance et dans la mémoire de l’action de Dieu dans notre vie pour croitre en sa présence.

 

L’amour nécessite  un retournement intérieur pour contempler Dieu

Le Verbe s’est fait chair pour endosser notre humanité. Il nous montre le chemin de joie dans la relation au Père. Christ est ressuscité et il dévoile à l’homme ce chemin de transfiguration en Dieu. L’incarnation est l’éternité de Dieu dans le temps de l’homme. La résurrection est le salut de l’homme dans l’éternité de Dieu. Le Rédempteur illumine notre vie de sa présence. Il est Dieu et dans un véritable amour au service de l’homme et il se révèle à chacun d’entre nous, n’en doutons pas. Il nous faut le reconnaitre dans cette expérience d’une conversion personnelle « Mon Seigneur et mon Dieu. ». Une relation de l’homme qui reconnait l’amour donné et manifesté par son Sauveur et prend conscience qu’Il est le maitre de la vie. Alors il s’agit de vouloir être avec Lui pour toujours et de sans cesse faire mémoire de sa manifestation dans notre histoire.

 

De fait, au retournement extérieur d’un vrai désir de Dieu, il est demandé un retournement intérieur pour gouter à la radicalité du chemin de l’amour dans un engagement fiable afin d’entrer dans la joie de Celui qui nous a créés. D’ailleurs le véritable amour n’est pas dans ce qui est utile mais dans ce qui fait sens, et Marie Madeleine nous édifie par cette disposition du cœur à aller jusqu’au bout dans l’humanité. Cet amour de Marie Madeleine qui accomplit son service malgré la douleur de la perte, et la mort du Messie. De bon matin, sans perdre de temps elle va vers le tombeau pour embaumer le corps. Néanmoins, cela demande une dépossession du service pour entrer dans la rencontre. C’est un chemin spirituel pour tout baptisé. « ’S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! ». Un retournement de tout son être d’où jaillit la familiarité du langage de l’amour. Elle reconnait le maitre. Une expérience spirituelle qui conduit à vénérer le Christ, en d’autres termes à le reconnaitre dans notre réalité quotidienne comme une relation vivante. La rencontre où nous voulons le suivre en l’imitant chaque jour dans les choix de vie que nous opérons tout au long du parcours de foi. Dieu est fidèle, et nous avons à le suivre fidèlement avec assurance et dans une volonté ferme d’aller jusqu’au bout dans le don de sa vie. Il y a bien un moment dans notre vie où nous devons le reconnaitre dans notre histoire et de vouloir marcher avec Lui jusqu’au bout.

[1] 1 Jn 4,9

[2] &19 Redemptor Hominis – Jean Paul II

[3] Vue, Audition, toucher, odorat et goût

[4] Connaissance, volonté, mémoire

[5] 1 Jn 5

(….)Il nous faut comprendre que le combat est une réalité à vivre avec humilité. Nous ne devons compter que sur Dieu avec confiance et fidélité. Le jeûne est un moyen d’en prendre conscience dans notre corps et dans notre âme. En effet nous attendons le secours de sa grâce en travaillant de notre côté sur nos propres responsabilités. « Si un roi veut s’emparer d’une ville ennemie, il commence par tenir l’eau et les vivres ; ainsi, mourant de faim, les ennemis se soumettent à lui. Ainsi en va-t-il pour les passions de la chair ; si l’homme vit dans le jeûne et la faim, ses ennemis perdent leur force dans son âme »[1]  Le combat spirituel demande donc du temps et surtout de la persévérance, mais en gardant droite cette volonté d’avoir le Seigneur à nos côtés. Si l’Esprit envoie le Christ au désert c’est pour montrer à toute personne humaine qu’il nous faut sans cesse nous défaire de la superficialité pour entrer en profondeur. L’appel à la vie intérieure en avançant au large[2]  est un appel à la transformation de vie pour ne choisir que Dieu, et Lui seul. «  Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. »[3] Dès lors, le jeûne devient une arme efficace contre les séductions de la superficialité et l’appétit du monde. Il nous engage à lutter contre le détournement de Dieu par un signe de notre part. Toute vie intérieure comprend aisément que la vraie lumière est le Christ. Elle nous amène à fuir la ténèbre pour nous laisser habiter la vérité de l’amour dans une réponse juste à sa grâce prévenante. « Dieu seul suffit ». Le jeûne est donc un acte de foi où nous mettons Dieu à la première place car c’est de Lui que vient le salut[4]. Notre force vient de Dieu et Il nous guide vers le chemin de communion dans la simplicité de nos relations. L’humilité est une forme de liberté exercée dans la simplicité du rapport avec les biens de ce monde afin d’accueillir le salut de Dieu. Par la confiance aux Ecritures, le témoin du Christ apprend à travers le jeûne la liberté de l’amour d’où rayonne la présence du Seigneur. L’humilité transfigure notre vie dans les actes posés comme retour vers Dieu de qui vient tout bien.

 

De l’humilité en toute chose

Nous devons vivre notre humanité dans l’humilité par une recherche de purification qui demande une démarche pénitentielle et passe par l’ascèse. Face aux trois concupiscences[5] le fidèle témoin du Christ sera vigilant sur la grâce de la parole en refusant toute forme de blasphème et toute forme de paroles négatives et ce qui empêche de grandir, avec pour signe la maitrise de soi et promouvoir le jeûne et l’abstinence comme effort personnel pour participer à la grâce première de l’Esprit Saint. « Celui qui maitrise son ventre peut maitriser sa fornication et sa langue »[6] De même la grâce des mains accompagne la personne humaine dans toutes ses réalités, sans les fuir, mais en les guidant vers la lumière de la vie en Dieu, ce qui induit l’interdit du meurtre et le respect de toute vie, mais également dans un signe efficace, le partage des biens et la gratuité du temps  passé ensemble dans une recherche de communion. Enfin la grâce du corps est un appel à la chasteté afin d’avoir toujours une vie de gratuité dans une juste relation à l’autre et manifester ainsi son attachement au Tout Autre. Or l’un des signes est l’espace de gratuité dans la prière et la recherche de communion avec Dieu que nous partageons avec nos frères. C’est un appel au discernement de l’Eglise avec une vertu de prudence pour rechercher ce qui contribue au meilleur bien dans le souffle de l’Esprit. Vivons une vie sanctifiée et corolairement une vie unifiée avec Dieu et avec nos frères en ouvrier de communion et artisan de paix. Rien n’est jamais acquis, et chaque jour nous avons à progresser pour mieux contempler Dieu et le signifier par une fraternité toujours plus ajustée.

 

Hélas, même dans le jeûne, si nous manquons d’humilité alors peut survenir l’orgueil et une attitude de supériorité, comme le pharisien devant le publicain[7]. Il jeûne deux fois par jours mais il méprise son frère. Si l’un des surnoms du diable est le malin, c’est qu’il trouve plaisir à nous fourvoyer de manière parfois très subtile. « Jeûne avec intelligence et exactitude. Veille à ce que l’ennemi ne s’immisce pas dans l’affaire de ton jeûne… Reçois donc avec sécurité la croix du Seigneur marquée dans les vertus, c’est-à-dire une foi droite avec des œuvres saintes »[8]. Or la pénitence est à relier à la croix du Christ comme une participation à l’annonce de la bonne nouvelle du Salut. A travers le jeûne ce n’est pas sur nos propres forces que nous comptons mais sur l’action de Dieu de qui vient toute gloire. Recevoir la croix du Christ c’est accueillir sa volonté dans notre vie et le jeûne nous détourne de ce qui est superficiel pour gagner en intériorité dans la construction d’une conscience droite éclairée par la grâce de l’Esprit Saint toujours premier dans le dynamisme de l’amour. Nous délaissons les distractions de ce monde, et les penchants mauvais pour nous approcher de Dieu[9] et mieux l’aimer à l’écoute de l’Esprit Saint[10]. Cet acte de pénitence nous ramène à Dieu en reconnaissant nos fautes, mais nous détourne de tout ce qui nous éloigne de Dieu. C’est bien le chemin des témoins de la foi. « Les saints et les amis de Jésus-Christ ont servi Dieu dans la faim et dans la soif, dans le froid et dans la nudité, dans le travail et dans la fatigue, dans les veilles et dans les jeûnes, dans les prières et dans les saintes méditations, dans une infinité de persécutions et d’opprobres. »[11] Ce n’est donc pas sur l’apparence des valeurs de ce monde, mais bien sur l’appel à vivre de la grâce et rechercher le Royaume de Dieu que nous serons jugés. La grande espérance du salut est de rechercher les biens du ciel et de refuser tout ce qui vient du Mauvais. L’humilité est la voie étroite d’une âme qui désire Dieu et le sert avec tendresse et componction.

 

Conclusion

Le combat spirituel demande de s’aguerrir chaque jour face aux tentations du démon. Si le diable existe bien, cela ne retranche en rien notre responsabilité baptismale de combattre avec fermeté mais jamais seul car nous sommes avec le Seigneur afin de marcher vers la victoire de Pâques. « Si je retranche les plaisirs, c’est pour supprimer les prétextes de l’emportement. Je sais, en effet qu’il me combat toujours à l’occasion des plaisirs, qu’il trouble mon esprit et en chasse la connaissance »[12] Le temps du carême nous ouvre à une autre gestion du temps où par la prière je saisis l’immédiateté de la familiarité avec Dieu et la grâce que cela produit. C’est un exercice pour une pratique ensuite dans le quotidien d’une vie tournée vers Dieu. C’est pourquoi le spirituel demande toujours un témoignage probant. « Il est bien de manger de la viande et de boire du vin et de ne pas manger la chair de ses frère en parlant contre eux »[13] Ce n’est pas juste une période de l’année, mais toute notre vie que la foi doit se voir. En effet nous sommes appelés à rayonner de la lumière du Christ. L’exemplarité des vies demande aussi une exemplarité de notre communauté à vivre la communion et à ne pas être des mercenaires de la foi, pour faire le juste nécessaire et être indifférents aux autres réalités de l’Eglise. « la vie commune… a besoin de trois pratiques ; celle de l’humilité, celle de l’obéissance et celle d’un zèle ardent et stimulant pour l’œuvre commune »[14]  L’importance de la communion paroissiale et ecclésiale dans une recherche de discernement sous le souffle de l’Esprit Saint nous entraine au désert à un regard purifié dans une bienveillance naturelle sur le frère et une recherche du bien commun en toute justice dans la sincérité du don de soi. « Voilà le jeûne que Dieu approuve : un jeûne qui élève à ses yeux des mains remplies d’aumônes, un jeûne réalisé dans l’amour du prochain et imprégné de bonté »[15]

 

L’appel à la prudence dans le combat spirituel nous aide à comprendre le jeûne comme une arme efficace lorsqu’il est vécu dans une vie de prière et dans la réalité du partage fraternel. Le Christ doit être au cœur de notre vie, et c’est Lui que nous suivons dans la réalité de toutes nos relations et l’obéissance de la foi dans la tradition apostolique et le bon sens des fidèles. Peut-être pouvons-nous conclure avec cet appel du Pape à trouver dans l’ascétisme un chemin toujours actuel de transformation du cœur et de renouvellement de l’âme. « Si le Carême est un temps d’écoute, le jeûne constitue une pratique concrète qui dispose à l’accueil de la Parole de Dieu. L’abstinence de nourriture est, en effet, un exercice ascétique très ancien et irremplaçable dans le chemin de conversion. »[16]

[1] Apophtegmes des pères &20 la maitrise de soi Abba Jean Colobos

[2] Luc 5, 1-11

[3] Ex 20,3

[4] Ps 62

[5] La concupiscence du regard, la concupiscence de la chair et l’orgueil 1Jn 2,16

[6] Apophtegmes des pères &81 la maitrise de soi

[7] Lc 18,1-14

[8] Apophtegmes des pères & 102 la maitrise de soi

[9] Jc 4,8

[10] Ac 13,2-3

[11] LI, 18-1 Imitation de Jésus Christ

[12] Apophtegmes des pères &14 la maitrise de soi

[13] Apophtegmes des pères &59 la maitrise de soi

[14][14] &677 les sentences des pères du désert

[15] Homélie 16 St Grégoire le Grand

[16] Ecouter et jeuner – message du carême 5 fevrier 2026

De comment jeûner nous devons poser la question pourquoi jeûner ? Il y a bien une dimension spirituelle dans la grâce du jeûne. Elle est d’abord de l’ordre du combat spirituel comme nous le rappelle le Christ « Mais cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne. »[1]. Elle est également de l’ordre de la purification personnelle à travers l’apprentissage de la maitrise de soi pour la vie du royaume. Avec la prière et le partage, le jeûne forge notre vie de foi dans la confiance en Dieu et une vraie fraternité.

 

Trois piliers pour une même conversion

L’attitude chrétienne face au jeûne est d’abord une cohérence de démarche à travers la dimension spirituelle du jeûne, du partage et de la prière. Trois piliers d’une même action de conversion. « Le jeûne est l’âme de la prière, la miséricorde est la vie du jeûne. Que personne ne les divise »[2]  Trois espaces de rencontre où nous sommes appelés à laisser la lumière du Christ briller dans notre vie. Dieu est toujours premier dans la grâce, mais nous demande une participation active et non le nomadisme spirituel ou l’indolence sentimentale ou pire encore la paresse pleine d’acédie. A travers le jeûne et la prière nous prenons conscience de ce qui vient de Dieu et de comment réjouir notre cœur de la grâce de sa présence. La charité devenant le signe de notre conversion envers tous.

 

Trop souvent le combat spirituel est vu comme une attaque du démon avec l’impossibilité de s’améliorer dans le dynamisme de vie qui nous habite. Or l’écharde dans notre chair[3] est là pour nous rappeler que l’humilité est la meilleure relation à Dieu et la prise de conscience de notre vulnérabilité face aux attaques de l’ennemi. Ainsi le combat spirituel n’est pas une possession et ne demande pas d’exorcisme, mais une participation de tout notre être dans un cheminement vers l’acceptation de la grâce à travers la purification des sens. « Celui qui prie et qui jeûne comme nous disons, n’a plus besoin de tous les faux biens de la terre, et celui qui n’a plus besoin de ces biens en est d’ordinaire fort détaché, et est toujours prêt à faire l’aumône. Celui qui jeûne a l’esprit fervent, toujours élevé au ciel. Il prie avec application. Il éteint en lui les mauvais désirs. …. Il humilie son âme et réprime son orgueil. »[4] Le travail de conversion demande une cohérence de notre vie de foi dans l’espérance du salut avec une charité inventive. C’est une invitation à la conversion intégrale.

 

Aucune action n’a de sens isolée, ni le jeûne pour soi-même, ni la prière comme une espèce de mantra, qui d’ailleurs peut exclure le frère, ni le partage sans responsabilité de la vérité de l’amour. Si nous pouvons être tentés par le monde ou par le tentateur des origines, le pire ennemi se trouve en nous-même et le combat spirituel peut être éprouvant tant il faut remettre de l’ordre dans la maison. « Le diable, rôde comme un lion rugissant »[5].pour trouver nos failles et s’y engouffrer. Le jeûne nous permet de refuser tout ce qui dévoie le sens, le partage ce qui détourne nos yeux des vraies valeurs, et la prière pour lutter contre l’orgueil et accueillir la Parole de Dieu qui nous réunifie. Dans cette démarche de carême, qui se prolonge lors des périodes de discernement pour faire des choix de vie, c’est tout notre être qui est appelé à une communion avec Dieu signifiée dans la relation ajustée à nos frères.

 

Le combat spirituel

L’annonce de la Bonne nouvelle nous livre deux aspects importants. Jésus guérit les malades et chasse les démons. En écho à la parole du prophète Isaie : « N’est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère:   défaire les chaînes injustes,   délier les liens du joug;   renvoyer libres les opprimés,   et briser tous les jougs?  N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé,   héberger chez toi les pauvres sans abri,   si tu vois un homme nu, le vêtir,   ne pas te dérober devant celui qui est ta propre   chair?  »[6] L’attention à la personne humaine comme œuvre de Dieu a guidé l’action du Christ vers l’annonce de la Bonne Nouvelle du salut. La guérison des malades participe à l’édification du peuple de Dieu qui voit les merveilles de Dieu, et à l’édification de la personne qui devient apte à rendre pleinement gloire à Dieu pour les bienfaits. La libération du mal participe à ce rétablissement de tout l’être pour accueillir la grâce de la présence de Dieu dans l’histoire de chacun.

 

Tout au long des Evangiles les deux aspects d’un rétablissement de l’homme tant extérieur par son corps qu’intérieur par la délivrance des emprises du démon nous ramènent à vivre une communion avec Dieu qui est réunification de tout notre être. La lutte de l’adversaire contre le Royaume de Dieu, pour nous détourner de la Parole de Vie entraine à regarder comment purifier le cœur pour être agréable au Seigneur. Le Christ nous libère du péché, et nous sauve en nous faisant entrer avec Lui au Paradis, mais il nous libère des chaines du tentateur pour faire de nous des hommes et des femmes vraiment libre, et capable d’aimer en vérité dans tous les choix que nous posons. Or nous avons un effort personnel à vivre pour marcher à la suite du Christ. « Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. »[7] nous dit Saint Paul. Partir au combat est donc de mettre sa confiance en Dieu, de pratiquer une vie vertueuse en recherchant le meilleur bien et de résister à tout ce qui nous conduit au mal : si facile à écrire et si difficile à vivre dans la réalité du quotidien ! Le baptême nous fait entrer dans la lumière du Christ et ouvre nos yeux au discernement à vivre pour lutter contre le mal. Mais la vie sacramentelle, notamment à travers les sacrements de réconciliation et l’eucharistie nous aide à continuer d’avancer dans l’accueil de la grâce. Comme le dit si bien le bon sens populaire devant le péché « courage, fuyons »

 

La mission du Christ commence par la traversée du désert poussé par l’Esprit et le combat avec le Tentateur des origines. La première étape dans la vie de disciple du Christ est donc d’aller puiser dans la prière la force du combat, par le jeûne montrer le signe de notre attachement à Dieu, et dans le partage l’appel à se donner entièrement pour la joie du Royaume. D’ailleurs les tentations proposent des possessions alors que la grâce est partage de la joie de Dieu pour chacun. Le jeûne a donc une dimension spirituelle forte, et le premier péché vient aussi de cet aspect de la concupiscence. « Adam trompé par la nourriture, dut demeurer hors du paradis »[8] L’impératif de prendre de la distance face à nos passions pour discerner ce qui nous fait grandir en Dieu et ce qui nous éloigne est primordial dans le discernement. Le combat spirituel est une réalité difficile à affronter, mais qui est également une école de la grâce dans la capacité à dire non au tentateur, et d’être disponible à la grâce. Toute vie spirituelle commence par cet exercice de conversion pour reconnaitre les bienfaits du Seigneur. Allié à la prière et au partage, le jeûne nous fait entrer dans une école de purification. « Celui qui joint la prière au jeûne, se fait comme deux ailes pour aller à Dieu, qui sont plus légères et plus vites que les vents. Il ne prie point avec tiédeur; il ne baille point, il ne s’étend point, il ne sommeille point en priant. Il est plus ardent que le feu; il s’élève au-dessus de toute la terre. »[9] L’attention à Dieu se vit à travers notre participation active à faire la volonté de Dieu en toute chose et à nous détacher de tout ce qui nous en éloigne. (… suite)

[1] Mt 17,21

[2] Homélie de St Pierre Chrysologue OL Mardi II

[3] 2 Co 12,7

[4] St Jean Chrysostome in Saint Matthieu XVII,21

[5] 1 ¨P 5,8

[6] Is 58,6-7

[7] Eph 6

[8] Apophtegmes des pères &23 la maitrise de soi

[9] St Jean Chrysostome in Saint Matthieu XVII,21

 

Le jeûne est une des composantes du carême (Jeûne – Partage – Prière). Les trois piliers qui nous mènent à Pâques pour recevoir pleinement le Christ Sauveur. Pourtant certaines choses sont encore à éclaircir dans la distinction entre jeûne et abstinence d’une part, et dans une démarche de conversion d’autre part. C’est dans le jeûne et la prière que nous pouvons partir en mission[1], puisque nous sommes armés pour le combat spirituel.

 

Quarante ou quarante-six jours ?

On nous dit qu’il y a quarante jours de carême, mais si l’on regarde dans le calendrier, nous avons sept semaines (6*7=42) et quatre jours en plus avec le mercredi des cendres. Effectivement nous avons quarante-six jours calendaires mais nous ne faisons pas carême le dimanche. D’ailleurs nous ne sommes pas astreints au jeûne durant les solennités (19 mars Saint Joseph et 25 mars Annonciation). Le temps de Dieu n’est pas le temps de l’homme. Ainsi, durant les carêmes, d’une année sur l’autre nous avons entre 38 jours et 39 de pénitences, le 25 mars pouvant être reporté sur le temps pascal suivant la date de la semaine sainte.

 

A partir de quelle heure pouvons-nous manger ?

Ici la question est mal posée, puisque le jeûne est une privation du repas, et génère de l’argent non dépensé pour faire le partage. Sur une journée, nous pouvons jeûner sur un, deux ou trois repas. Les horaires étant ceux que nous utilisions habituellement (si nous n’avons pas d’heure fixe se caler sur l’angélus 7h, 12h 30 et 19h). Il n’y a donc pas de question de rupture de jeûne comme on peut l’entendre dans d’autres religions. Notre jeûne est une marche vers paques. Même la mi-carême[2] qui est l’occasion d’un temps festif reste suspecte dans la mise en œuvre. Toute marche vers Pâques demande une vigilance de tous les instants. Et le dimanche reste l’occasion de célébrer dignement le Christ ressuscité. Se priver de repas n’est donc pas se rattraper sur un autre. Le jeûne comme purification du corps et du cœur laisse partir l’homme ancien pour l’homme nouveau et ne revient pas en arrière.

 

Comment jeûner ?

Si le jeûne d’eau n’existe pas dans le judéo-christianisme (sauf pour les juifs une exception très particulière qui est la journée d’Esther), il nous faut comprendre le jeûne comme la privation de nourriture (ce qui n’est pas l’absence). De fait, durant la journée de jeûne il est autorisé de prendre une collation pour tenir dans le temps, surtout si on fait un jeûne sur six jours dans la semaine !!!. Les questions du jeûne indiquent aussi une grande liberté d’appréciation de chacun à vivre dans une conscience droite ce temps de conversion. A chacun de voir les efforts qui peuvent être faits et nous n’avons pas à juger de ce que fait l’autre. Certains prendront en partie des jours de jeûne (lundi, mercredi, vendredi), d’autres voudront le faire tous les jours, d’autres encore ne le feront que le vendredi. Certains peuvent même envisager de le faire que le mercredi des cendres et le vendredi saint, les deux jours obligatoires, et le samedi saint, jour conseillé[3]. Comme certains ayant eu des réelles difficultés au Carême peuvent « se rattraper »[4] en vivant plus intensément la semaine sainte, le carême du carême.

 

Parfois la paroisse propose une soirée bol de riz en lien avec une activité de solidarité pour vivre la démarche de manière communautaire. L’importance d’une démarche d’Eglise nous invite à retrouver ces temps de fraternité spirituelle où nous prions pour les plus démunis et partageons avec eux ce qui nous semble juste. Tout cela demande beaucoup d’humilité et de douceur pour être en vérité dans l’amour et demander à l’Esprit Saint de vivre le don gratuit par pure grâce. Vivre du jeûne nous fait entrer dans la joie de Dieu et découvrir le véritable amour dans la vérité des relations en artisan de paix et en ouvrier de communion.[5] Comme nous le rappelle le Saint Pape, « il peut être pratiqué sous des formes anciennes ou nouvelles, comme signe de conversion, de repentir et de mortification personnelle et, en même temps, d’union avec le Christ crucifié et de solidarité avec ceux qui ont faim et ceux qui souffrent. »[6] L’important est de trouver la source en Dieu de toutes nos démarches en ce sens. Ce n’est pas tant le jeûne qui est recherché que ce désir de Dieu et de s’approcher de Lui de manière significative par la participation de tout notre être.

 

Abstinence

Le mot a été un peu dénaturé. L’abstinence étant la volonté de ne pas manger de viande le vendredi de carême[7]  en mémoire de la Passion du Christ. De l’Antiquité  jusqu’aux Temps Modernes[8], la viande était un plat de riche accessible une fois en semaine, et souvent le dimanche alors que le poisson était plus commun. L’obligation du roi Henri IV[9] pour que le peuple mange au moins une fois par semaine « la poule au pot » est un indicateur historique des graves carences alimentaires qui pouvaient se vivre à l’époque. Aujourd’hui manger du poisson reste très symbolique, d’autant plus qu’il peut couter plus cher que la viande, surtout avec les normes sanitaires augmentant les couts de production. Si l’on veut revenir à l’esprit même de l’abstinence, il s’agit de se priver de quelque chose durant tout le temps du carême. La nourriture, dans le refus de manger entre les repas, par exemple ou s’abstenir des friandises, de fromage, de dessert, bref, d’un élément alimentaire qui s’il est important pour nous se révèle secondaire pour notre corps. Mais l’abstinence peut se vivre aussi dans les réalités matérielles, le refus d’achat compulsif, une purification sur notre rapport aux écrans et peut être le refus de regarder la télévision. La modération dans les activités qui nous éloignent de Dieu ou des frères. Chacun est appelé dans une conscience droite à faire un geste de pénitence et de conversion.

 

Ainsi, il nous faut retenir que le jeûne est d’abord une démarche spirituelle avant d’y voir l’absence de nourriture. Ne soyons pas légalistes, mais dans la prière et au souffle de l’Esprit Saint laissons nous conduire sur un chemin de sainteté dans une coupure du temps et de l’espace où Dieu vient habiter. Le sens du jeûne est d’ouvrir au partage dans la solidarité fraternelle et à une maitrise de son corps pour nous armer face à la tentation. Le temps de la prière obtenu à travers l’absence de préparation de repas, ou de prise de repas doit nous laisser méditer les Ecritures et approfondir notre vie intérieure .Une réflexion personnelle et interrelationnelle peut nous aider à progresser dans la foi, mieux vivre la charité et saisir la grande espérance du salut dans la radicalité d’une vie tournée vers Dieu. L’ascèse n’est pas une fin en soi, mais un retour vers Dieu et le désir d’une rencontre qui nous illumine par sa présence d’amour et sa prévenance dans notre histoire. Alors nous pourrons dire : Me voici Seigneur, je viens faire ta volonté. (Ps 39,8-9)

[1] Ac13,3

[2] Faire une pause dans la marche vers paques demande de la retenue. La pause n’est pas la distraction de l’objectif premier : celui d’une conversion pour vivre dans la vérité de l’amour.

[3] « Cependant, le jeûne pascal, le vendredi de la passion et de la mort du Seigneur, sera sacré ; il devra être partout observé et, selon l’opportunité, être même étendu au Samedi saint pour que l’on parvienne avec un cœur élevé et libéré aux joies de la résurrection du Seigneur. » Sacrosanctum concilium &110 – Vatican II

[4] Je ne suis pas sûr qu’on puisse avoir une relation comptable avec Dieu. Mais le désir de purification peut se vivre même au dernier moment, comme le bon larron.

[5] Za 8,19

[6] &26 Reconciliation et penitentiae JP II

[7] voire de l’année – sauf temps pascal

[8] XXème siècle

[9] XVIIème siècle

Le temps du carême ? C’est une marche vers Pâques pour se purifier de tout ce qui nous encombre, toute espèce de mensonge, toute forme d’idolâtrie, toute blessure d’amour afin de nous unifier en Dieu et répondre de la grâce qu’il nous partage à travers le salut pour tous et dans la responsabilité de chacun à la recevoir pleinement et entièrement. Hélas ! le péché peut nous mener à une forme d’indifférence du « on a toujours fait comme ça… ce n’est pas si grave » à une forme de résignation « je suis comme ça je n’y peux rien ». C’est ainsi que nous sommes maintenus en esclavage. Dans le bruit de ce monde et les sollicitations permanentes, il nous faut faire silence, éteindre de manière durable tous les écrans pour nous laisser habiter par la présence de Dieu et nourrir notre vie intérieure à l’écoute de la Parole de vie.

 

Un temps de transformation intérieure qui passe par un témoignage de vie

Trop souvent nous nous contentons d’écouter la Parole de Dieu sans vraiment la traduire dans nos actes de vie. « Tout cheminement de conversion commence lorsque nous nous laissons rejoindre par la Parole et que nous l’accueillons avec docilité d’esprit. Il existe donc un lien entre le don de la Parole de Dieu, l’espace d’hospitalité que nous lui offrons et la transformation qu’elle opère. »[1] Il nous faut insister sur la réalité d’une Parole qui transforme et qui porte du fruit, comme le révèle le prophète Isaïe «  ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. »[2] L’écoute de la Parole de Dieu porte du fruit lorsque nous laissons notre cœur être labouré et que nous développons ce désir de Dieu dans le souffle de la grâce. Dieu se donne, à nous de l’accueillir. En effet, la vie de l’Esprit Saint demande de laisser agir la Parole comme une lumière dans tous les choix que nous opérons pour rendre gloire à Dieu et témoigner ainsi de sa présence dans notre histoire. « L’Évangile n’est pas seulement à réfléchir ou à remémorer dans ses différents aspects, mais à vivre, tant dans les œuvres d’amour que dans l’expérience intérieure »[3] La proposition de lecture continue de l’Evangile de Saint Marc durant ce carême est un appel à approfondir sa vie au regard du Christ. Le carême est un chemin de transformation opéré par l’attention à la présence de Dieu en nous et à la volonté d’entrer dans l’intelligence des Ecritures. D’ailleurs cela rejoint l’appel au jeûne et au partage. « Personne ne jeûne vraiment s’il ne sait pas se nourrir de la Parole de Dieu ».[4]  Ouvrir sa Bible et la méditer chaque jour est un appel à entendre le Seigneur nous parler. Et rien ne sert de se dire chrétien si nous ne nous conduisons pas selon la Parole de vie et que nous ne témoignons pas de la joie de la rencontre. Comment être témoin de l’invisible si nous n’essayons pas de tendre à une vie de grâce ? Certes nous sommes vulnérables, et parfois nous chutons. Cela est vrai. Mais. Car il y a un mais, Dieu est fidèle à son amour et nous attend toujours pour une réconciliation avec Lui et dont l’un des signes sera la qualité fraternelle que nous pourrons développer. Le changement personnel est la première pierre à l’édifice du bien commun. « Les Pères de l’Église insistent sur la nécessité de la conversion et de la transformation des consciences des croyants, plus que sur les exigences de changement des structures sociales et politiques de leur époque »[5] Important d’en prendre conscience avant d’avoir un regard sur le frère ou sur la société dans laquelle nous vivons posons-nous la question des transformations que nous avons personnellement à vivre. C’est vrai en famille lorsqu’on reproche aux autres des faits sans se remettre en question. Mais c’est vrai aussi dans toutes les situations où finalement nous murmurons contre nos frères et parfois contre Dieu sans entrer dans l’humilité de sa promesse et la confiance en sa grâce sanctifiante. La vie intérieure est d’abord une prise de conscience de la grâce du baptême et de cet appel au salut pour choisir le Christ en toute chose et marcher avec droiture.

 

Oui, nous avons à répondre de notre foi. Or la conversion de ce temps de carême qui nous mène vers Pâques est le lieu d’un changement de vie dans le rythme certes, mais un appel à reprendre conscience de l’essentiel, c’est-à-dire de ce qui fait sens. « La transformation intérieure de la personne humaine, dans sa conformation progressive au Christ, est le présupposé essentiel d’un réel renouveau de ses relations avec les autres personnes »[6] Si je vis du Christ alors cela se témoigne auprès de ceux qui s’approchent de moi. Point de relativisme sur nos fautes ou d’indifférence sur les situations qui nous entourent, mais cette volonté d’avancer avec la grâce du Seigneur dans le partage du bonheur de Dieu pour tous. L’appel à la communion comme témoignage de foi est d’abord une demande du Christ « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. »[7] La foi s’annonce dans un témoignage de vie où il est bon pour des frères de vivre ensemble dans l’unité, la prière et l’échange avec le prochain et maintenir un dialogue de charité. Face à nos lourdeurs nous sommes appelés à vivre des passages ou Dieu nous renvoie à nous-même pour s’engager dans la vraie charité.

Or le paraclet se vit au désert comme une grâce agissante à travers l’épreuve pour dévoiler en nous l’appel à ce désir de Dieu au plus profond de soi-même. « Seul l’Esprit Saint peut ouvrir devant nous cette plénitude de “l’homme intérieur” qui se trouve dans le Cœur du Christ. Lui seul peut introduire progressivement la force de cette plénitude dans nos cœurs humains »[8]. La traversée de la pénitence à travers la prière, le jeûne et le partage est un accompagnement pour vivre la beauté de la rencontre pascale afin d’accéder à la promesse du salut. Toute conversion est un appel à la liberté pour retrouver son premier amour et prendre soin de l’exigence de la promesse du salut qui demande une certaine radicalité. Rappelons-nous, chaque jour, dans ce temps de pénitence à mettre Dieu en premier et refuser tout lien d’esclavage.

 

       Pourquoi la pénitence demande le jeûne ?

Le jeûne est une forme de dépouillement corporel de tout ce qui n’est pas essentiel au corps. Une pénitence qui passe par une abstinence de nourriture afin d’entrer dans un chemin de conversion ou nous allons vers l’essentiel, dans cette vigilance à vivre la volonté de Dieu notamment dans la communion fraternelle, d’où l’importance du jeûne qui doit se traduire par un partage auprès des plus fragiles. Peut-être nous faut-il insister sur l’humilité et la douceur pour vivre ce temps du dépouillement ? Ce n’est ni une contrainte, ni une violence à imposer, mais une disposition du cœur afin de laisser grandir ce désir de Dieu. « Cependant, pour que le jeûne conserve sa vérité évangélique et échappe à la tentation d’enorgueillir le cœur, il doit toujours être vécu dans la foi et l’humilité. »[9] Une conscience personnelle des efforts à faire sans comparaison avec d’autres, mais dans une démarche intérieure de vérité du cœur avec le Christ et de dépouillement afin de signifier cet engagement intérieur à se rendre disponible à la grâce. L’appel des béatitudes entre dans la disponibilité à acquérir pour témoigner de Dieu. En effet, « Heureux les pauvres en esprit » implique une sobriété dans nos modes de vie, et un appel à la simplicité pour nous rendre plus accessibles à nos frères. A travers le jeûne et le temps de pénitence, nous nous rendons dépendants des autres, et nous exprimons aux autres, notamment au plus pauvres un réel souci de communion pour trouver ensemble un chemin de justice et de paix. Mais le jeûne de nourriture peut être aussi à une forme de privation dans la critique des frères. Il y a un vrai problème dans les manques de communion insiste le pape : « Je voudrais donc vous inviter à une forme d’abstention très concrète et souvent peu appréciée, celle des paroles qui heurtent et blessent le prochain. Commençons par désarmer le langage en renonçant aux mots tranchants, aux jugements hâtifs. .. Alors, nombre de paroles de haine laisseront place à des paroles d’espoir et de paix. »[10] Le jeûne est une introduction à la communion fraternelle et à souhaiter se retrouver ensemble pour prier et partager. « Demandons la force d’un jeûne qui passe aussi par la langue, afin que diminuent les paroles qui blessent et que grandisse l’espace pour la voix de l’autre. ». La conversion n’est donc pas une affaire de nourriture ou d’argent, mais d’abord de disposition du cœur pour se laisser habiter par l’Esprit et se conduire en disciple du Christ.

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Que ce temps de pénitence soit aussi un temps de louange pour les bienfaits du Seigneur. Qu’à travers la prière nous sachions reconnaitre la grandeur de notre Dieu. Qu’à la lecture de la Parole nous puissions méditer sur le projet d’amour qu’Il a pour chacun d’entre nous, et sa fidélité quelle que soit nos vies. Qu’à travers le jeûne et la pénitence nous sachions toujours le reconnaitre comme notre Seigneur et marchions avec Lui dans ce désir d’être tout en Lui. Et que tout cela soit traduit dans un effort de communion fraternelle pour construire ensemble la civilisation de l’amour dans la vie de l’Esprit Saint.

[1] Ecouter et jeûner, le carême comme temps de conversion Message du carême de Léon XVI du 5 février 2026

[2] Is 55,11

[3] &156 Dilexit nos François

[4] Benoît XVI, Catéchèse (9 mars 2011).

[5] & 328 CDSE

[6] &42 CDSE

[7] Jn 17,21a

[8] &75 Dilexit nos – François Id ., Angelus, 8 juin 1986, n. 4 : L’Osservatore Romano, 9-10 juin 1986, p. 5.

[9] Ecouter et jeûner, le carême comme temps de conversion Message du carême de Léon XVI du 5 février 2026

[10] ibid

Que pouvons-nous dire de l’absurdité du mal dans une démarche de foi ? La question du « pourquoi le mal existe » est une énigme, mais dans la foi nous avons à traverser ce désert à l’ombre de la croix, avec confiance en la présence de Dieu à nos côtés, et fidélité à sa Parole de vie. Or accueillir la vie comme un don de Dieu demande une vraie disponibilité en toute circonstance comme nous le rappelle Job « Nous n’accepterions que le bonheur venant de Dieu et non pas le malheur ? »[1] Ainsi la traversée du désert est bien de passer d’oasis en oasis pour gagner la cité céleste au rivage de la grande espérance du salut. La croix du Christ est donc une réponse au sens de la vie et de la souffrance et de la difficulté à répondre au don de l’amour dans l’épreuve pour chacun d’entre nous. Mais comment devons-nous le comprendre ?

 

L’héritage du    péché originel

A l’origine Dieu a créé le monde en harmonie avec l’homme et avec tous les éléments. La vie est la surabondance de la bonté de Dieu dans l’expression de son amour toujours innovant à travers la profusion des relations. Une cohérence de l’ensemble dans une réalité de complémentarité avec chaque chose à sa place. Dieu est infiniment bon, parce qu’Il est amour et Il partage par la Personne Don. Alors l’amour nous conduit sur un chemin de vérité dans tout notre être, dans tous nos actes, dans toute notre histoire. Une familiarité de la rencontre dans l’unification des cœurs et la confiance en son Seigneur. Le monde des origines reflète cette beauté de Dieu qui nous conduit vers le meilleur bien dans une relation bienveillante.

 

Hélas, le péché a déstructuré l’ensemble de la création introduisant la mort et la souffrance[2] comme nous l’explique si bien le docteur angélique[3]. Le refus de la relation à Dieu est un refus de toute la création dans son harmonie et a comme conséquence une déstabilisation de la promesse du bonheur éternel. La souffrance est donc un héritage du péché de l’homme, de manière personnelle comme nous l’avons déjà vu, ou dans la solidarité de la condition humaine, comme le révèle le livre de Job dans l’incompréhension du juste qui souffre, que prolonge le Christ sur la croix (Lui qui est sans péché c’est humilié jusqu’à la mort et la mort sur la croix). Avec le péché, la souffrance s’introduit dans l’histoire de l’humanité, parce qu’il y a un morcellement. Alors apparait la notion d’une justice originelle, comme une réparation salutaire de la faute qui touche les méchants et les gentils. Elle n’est pas le fruit de nos actes mais de l’héritage reçu de nos pères comme le jus d’une action qui a déstabilisé l’ensemble et qui demande la grâce pour retrouver une forme d’équilibre serein avec Dieu et avec nos frères dans cette responsabilité de la maison commune.

La souffrance se trouve donc opérante dans l’action de Dieu qui en donne un sens nouveau à travers la croix et la résurrection. Il y a bien une souffrance qui fait partie de la solidarité humaine sans faute personnelle, mais dans cette fragmentation opérée à l’origine et dont nous subissons les conséquences. Néanmoins, la mort est une miséricorde du Seigneur pour nous délivrer du poids du péché et nous introduire pleinement dans le monde de la grâce infinie. En refusant la première harmonie avec Dieu dans la confiance, Adam et Eve ont touché à l’intégrité du monde et à son équilibre. Le rappel du danger d’une forme de toute puissance pour l’homme doit se vivre à travers sa propre vulnérabilité et sa finitude. Cette question de justice nous renvoie à nos propres responsabilités d’une part, mais à la compréhension de l’histoire écrite avec Dieu.

 

Dans la vie spirituelle il nous faut donc être vigilants à reconnaitre un héritage dont on ne veut peut-être pas, mais qui est le propre de notre condition humaine actuelle et dans la réalité de notre propre existence. « Dieu n’a pas l’idée du mal, il n’a voulu ni le drame du péché ni son cortège de souffrances »[4] mais il continue d’être fidèle à son alliance dans cette bénédiction de l’homme créé à son image, et de lui proposer le véritable amour dans la grande espérance du salut. L’épreuve que traverse la personne humaine n’est pas étrangère au dessein de Dieu, mais au contraire le sert dans cette mystérieuse communion pour contribuer au salut personnel et communautaire dans le témoignage de vie. Devant l’aveugle né, la réponse de Jésus nous interpelle  « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. »[5] Ainsi devons-nous comprendre une forme de souffrance comme répondant au dessein de Dieu et pour qu’Il se manifeste dans notre monde. Cette traversée du désert est aussi l’espace de la rencontre ou Dieu continue de se révéler à l’homme et à chacun d’entre nous dans notre histoire propre pour grandir avec confiance en sa présence dans toutes les situations. « Tout passe, Dieu seul suffit » nous rappelle Thérèse d’Avila.

 

Nous comprenons mieux cet héritage dans la promesse du salut comme nous le rappelle avec justesse le Saint Pape. « La glorification du corps, comme fruit eschatologique …, révélera la valeur définitive de ce qui devait, dès l’origine Cette éternelle signification du corps humain à laquelle l’existence de tout homme, chargé de l’héritage de la concupiscence, a nécessairement causé une série de limitations, de luttes et de souffrances, se révélera alors de nouveau, et avec à la fois une telle simplicité et telle splendeur que chacun de ceux qui participeront à l’ « autre monde » retrouvera dans son propre corps glorifié la source de la liberté du don. »[6] Le don de la vie reçu par Dieu et l’imprégnation de son image dans notre être nous rappellent aux fins dernières la promesse qui se réalise lorsque nous entrons en communion avec Dieu. Jésus Christ nous sauve dans notre chair, dans notre corps et dans tout notre être pour nous amener au salut et répondre à la promesse d’alliance de Dieu. Or l’amour se vit dans le don sincère de soi-même et cette liberté interrelationnelle qui demande le partage du don dans un témoignage de foi. La mort et la souffrance sont donc des étapes de notre vie terrestre pour entrer pleinement dans la possession de la promesse et du don de l’amour jusqu’au bout. Car l’héritage nous oblige à un positionnement dans les choix de vie que nous faisons face à Dieu notre « seul bonheur »[7]

 

La douleur physique et la souffrance morale.

Sur la terminologie du mal dans notre vie, peut-être faut-il faire des distinctions ? D’abord comprendre la douleur comme une sensation physique précise, mais qui dès qu’elle est traitée médicalement ou passe devient insignifiante. La souffrance physique étant d’un autre ordre, puisqu’au-delà de la douleur il y en a toute l’appréhension existentielle et le « ressentiment » qui y est lié ajoutant un poids. D’autres souffrances peuvent apparaitre, comme chez Job, la souffrance psychique de se sentir morcelé, ou la souffrance relationnelle, dans l’abandon de son entourage .Évidemment il y a la souffrance spirituelle du sentiment d’être abandonné de Dieu comme le dit si bien le psalmiste repris par le Christ en croix «  Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »[8] et cette solitude exprimée dans la foi « Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis. » comme un intervalle d’absence ou le doute s’immisce. Alors la mémoire devient sélective et le moment pesant « Mon Dieu, j’appelle tout le jour, et tu ne réponds pas ;  même la nuit, je n’ai pas de repos ». La souffrance d’origine spirituelle atteint tout homme[9] dans la perte de la transcendance et la recherche du sens.  Mais il existe, nous le savons des souffrances psychiques autres, notamment dans cette fragilité extrême créant des angoisses difficiles à surmonter ou des dépréciations de soi laissant voir des abysses insondables. Certaines souffrances se vivant à travers le rapport aux autres, ou dans les difficultés d’intégration dans la société et elles peuvent compliquer le rapport au monde et à soi-même. Reconnaitre sa propre souffrance et savoir appeler à l’aide est la première démarche pour sortir du cercle infernal et demande un vrai besoin de compassion. « Heureux ceux qui pleurent ils seront consolés » Nommer sa souffrance et savoir en parler est déjà une étape de fraternité dans une recherche de lien. Mais elle demande des frères et sœurs disponibles à l’écoute et au partage, à l’entraide et à la reconnaissance du fardeau.  Or cette reconnaissance de sa propre vulnérabilité et l’appel à la conversion que nous avons parfois à vivre en passant de victime à acteur de sa vie demande de contempler Dieu et de se laisser guider par le souffle de l’Esprit pour répondre disponible à la Parole de Vie. (… à suivre)

[1] Job 2,10b

[2] Gn 3

[3] Saint Thomas d’Aquin ST Ia q 94-102 sur la justice et ST La-LLa, Q81-83 sur le péché originel

[4] P 187 Dieu veut il la souffrance des hommes – Robert Augé

[5] Jn 9,3b

[6] TDC 69-2

[7] Ps 15 (16)

[8] Ps 21(22), 2 et suivant pour les autres citations

[9] Croyant ou pas

Si la souffrance n’est pas due au péché, ni au destin, alors pourquoi le mal ? Dieu est amour, et toute bonté. Il nous accompagne avec bienveillance. Comment un Dieu bon peut-il créer quelque chose de mauvais ? N’y a-t-il pas un paradoxe ? La question de l’absurdité du mal se lit dans la Bible notamment à travers le parcours de Job. Le problème du mal par le principe même de son existence, de sa banalité et son expansion excessive interrogent. Un discernement prudentiel demandera d’être à l’écoute de l’Esprit Saint pour réfléchir sur nos histoires et comprendre l’alliance avec Dieu comme un chemin de sanctification en toute circonstance .Mais la réalité peut nous paraitre bien rude. C’est là où le livre de Job nous rejoint tous. Pourquoi le mal, il n’y répond pas et la foi en est secouée. Mais il aide à répondre fidèlement à l’amour de Dieu en toute circonstance. Quarante chapitres nous expliquent l’ancrage dans la vie intérieure et l’inébranlable confiance en son amour. Ce n’est ni une question de karma[1] ni une question de punition de Dieu, mais à l’ombre de la croix méditer sur notre condition humaine et à la liberté dans la responsabilité de l’amour.

 

        Job, un homme fidèle au Seigneur –

Job est heureux et fidèle à Dieu, puis voilà que toutes les misères de la terre lui tombent dessus, à cause de Satan qui vient réclamer à Dieu le choix de la liberté. « Est-ce gratuitement que Job craint le Seigneur ? N’est-ce pas Toi qui l’as protégé, lui, sa maison et tout ce qui est à lui alentour ? »[2] En d’autres termes, Job est-il libre de t’aimer demande Satan à Dieu. Et s’il n’avait pas les biens il oublierait de t’être fidèle insinue le tentateur. Or Dieu autorise à exercer une liberté dans le dépouillement pour établir la fidélité de l’amour en toute circonstance. « La souffrance révèle l’homme à lui-même »[3].Du coup, la question de l’absurdité du mal et du sens à donner dans la foi plonge le croyant à s’accrocher au Seigneur avec force. La foi devient alors lumière de la grande espérance du salut, en comprenant que les instants ne sont que des passages vers un bien meilleur.

 

Dans le livre de Job, l’accusateur vient le jour de la cour céleste et s’incruste en itinérant à « l’audience du Seigneur »[4]. Il rejoint les fils de Dieu pour présenter un rôle différent lors de l’audience, et Dieu interroge « D’où viens-tu »[5] écho à la première question « Où es-tu ? »[6]. Le malin répond non par un je[7], mais d’une façon impersonnelle. Il vient « de rôder sur la terre et d’y vaguer »[8] Que dire sur l’errance du mal qui voyage sans jamais s’arrêter dans une recherche de sa proie. C’est malsain car il n’y a pas d’enracinement mais que du vagabondage, comme un refus de la responsabilité des choix que nous posons. Une infidélité chronique. L’absurdité du mal est ce vagabondage d’une relation où nous devons rester ancrés en Dieu sans se soucier des pièges de l’ennemi. Entre la stabilité de la cour céleste qui se tient devant Dieu et l’instabilité du tentateur qui vagabonde nous est donnée l’image d’un mal qui circule et tente de foudroyer ceux grandissent « a l’abri du Très Haut »[9] sans pourtant atteindre au cœur de la foi et de la confiance. Les saints, qui ont vécu des nuits spirituelles, nous montrent la souffrance d’un manque de transcendance lorsque Dieu est silence. Mais le vagabondage du mal va dans la fragmentation des relations à travers les guerres, et les violences sur des innocents, les destructions face à des phénomènes naturels, comme une absence de Dieu dans l’histoire des hommes. On retrouve du sens dans le fait de travailler son intériorité pour laisser le Seigneur nous mener sur le chemin de l’amour comme par la générosité du lien fraternel pour la vie en se laissant embraser par la bonté de l’accueil de l’autre notamment dans la vérité de tout son être.

 

La lumière de la foi à travers l’alliance

Le lien entre l’amour et la rigueur de la loi a été dénoncé plusieurs fois par le Christ, comme l’appel à regarder ce qui est à l’intérieur de la coupe[10] et non à l’apparence extérieure. Faire la vérité de son être demande donc de suivre Dieu avec fidélité sans être dans une rigueur qui en empêche tout assouplissement. Un réductionnisme de notre liberté ou la loi est premier, l’amour subsidiaire. Le shabbat d’abord et la guérison plus tard. Cette rigueur montre le dessèchement de la vie intérieure et du problème de la tentation vers l’éloignement de Dieu. Une stricte justice revient à percevoir la miséricorde comme une faiblesse insoutenable. Le Satan est l’ennemi en hébreu, un accusateur des frères[11] nous dira Saint Jean. La rigueur qui empêche l’amour est mortifère, comme la volonté ex nihilo sans considérer la relation à l’autre et le don sincère de soi-même. Le rejet de la vie est rejet de la fraternité. Le mal est donc dans l’accaparement et la nuisance, celle du jugement en termes de loi et de peine sans le discernement du contexte et des personnes. La relation ouvre à une prise de conscience de soi et des autres et une juste distance dans la communion. Mettre le soupçon dans la relation que ce soit au jardin d’Eden ou devant Dieu pour Job est toujours une manière de mettre en défaut l’agir de l’homme et sa capacité à être fidèle à Dieu. Le mauvais est un rôdeur à l’affût de sa proie dans un désir de briser l’amour dans une justification rigide et sans avenir. Il est le maitre du soupçon par excellence qui interroge les actes à la genèse de la conscience. L’homme peut-il vraiment être fidèle jusqu’au bout ? Job aime par utilité, mais sans l’acceptation du sens nous dit le délateur. Mais le vrai croyant aime Dieu pour ce qu’Il est, et il entre dans la louange en toute occasion. L’absurdité du mal est alors comprise comme un passage vers la terre promise.

 

Peut-être nous faut-il continuer sur ce chemin de vérité à la lumière de la foi par reconnaitre la situation de Job On lui donne quatre qualités « Il était, cet homme, intègre et droit, craignant Dieu et s’écartant du mal »[12] Or des quatre qualités, le satan n’attaque que la crainte de Dieu. De là à comprendre que la crainte de Dieu nous permet d’être intègre et droit, et qu’il nous met en recherche du meilleur bien, il n’y a qu’un pas. Une logique affirmée dans la Parole, la crainte est salutaire, elle est une conséquence directe de l’orientation des actes. Une crainte d’amour dans la gratuité du don s’exerce avec Job. La crainte de Dieu est bien l’expression de la gratuité de l’amour et du don. Or le maitre du soupçon justement questionne cette gratuité pour détruire le don, et peut être affirmer sa propre tyrannie. Vouloir un choix libre, et en faire un choix unique avec un délit pour ceux qui s’y opposent légitimement devient un abus de conscience. Alors interrogeons-nous.  Etre possédé n’est-ce pas être aliéné ? L’idolâtrie ne construit-elle pas l’absence du lien avec Dieu ? L’amour n’est pas un calcul mais la logique de la révélation de Dieu qui le premier nous a aimés. La recherche du bien ne se vit pas dans une manipulation des consciences mais bien dans l’adoration de Dieu et de sa présence. Satan essaye d’attaquer sur ce point précis, et précipite Job et en lui tout homme dans l’absurdité du mal pour vérifier sa fidélité. Faire la vérité demande alors de discerner dans nos choix ce qui nous mène à Dieu et de nous y tenir en toute circonstance.

 

De plus, semble dire le satan, Dieu exerce une fonction paternelle (voire maternelle dans le pronom personnel utilisé[13]), et donc orienter le choix de l’homme. Mais si celui-ci est renvoyé à lui-même alors les choses peuvent changer suggère le rôdeur. En d’autres termes, la situation matérielle justifie la situation morale de Job parce que Dieu s’occupe de ses affaires comme un père et une mère. « N’est ce pas Toi qui l’as protégé »[14] et la mansuétude du Seigneur est vraie, puisque comme une vigne a fait une clôture il a fait installer un pressoir et construire une tour pour guider son peuple nous dira Jésus[15] Or la droiture s’explique par la prospérité et la sécurité semble dire le vagabond, ce n’est pas dans la gratuité de la relation. Notons que la théologie de la prospérité nous fait entrer dans ce travers et peut aboutir à un refus de la dimension spirituelle devant l’échec. En plus, Dieu laisse le manipulateur nous approcher. Néanmoins la tentation est là pour purifier cet amour et lui faire porter du fruit. La bénédiction de Dieu n’est-elle pas de rendre possible la vocation de l’homme image de Dieu dans toutes ses dimensions ? Le mal pourrait-il arrêter cela ? « La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée »[16] nous dira l’évangéliste Saint Jean pour l’incarnation du Christ rappelant la fidélité du Seigneur dans son alliance et la possibilité de l’homme d’y répondre pleinement, à travers le nouvel Adam. Contre l’avis du satan, l’amour n’empêche pas notre pleine responsabilité dans nos propres actes et le libre attachement au Seigneur. Ainsi la mise à l’épreuve demandée par le déraciné est une douleur pour Dieu, mais Job en sortira renforcé dans la foi et pleinement béni

 

Nous avons médité à travers la lecture du livre de Job l’approche du mal et sans expliquer la cause, nous comprenons que Dieu est présent avec fidélité. Ceci étant dit dans l’épreuve de la souffrance on peut aussi lire la vulnérabilité de l’homme et l’angoisse de la mort, ce qui occasionne des murmures contre Dieu et celui qui l’a envoyé. Les questions d’euthanasie aujourd’hui formulent cette angoisse de la mort devant l’absurdité du mal. Alors, la question du philosophe « D’une façon générale, en quel sens la mort dit-elle être conçue comme fin de la réalité-humaine »[17] continue de résonner dans nos propres finitudes. Toute une réflexion que l’on devra prolonger sur l’absurdité du mal et notre façon d’être fidèle à Dieu dans le mystère de la croix

[1] Terme inapproprié (venant de l’hindouisme et expliquant la cause de ce que nous vivons dans la responsabilité de nos actes et de notre histoire) parlant de la fatalité du destin

[2] Job 1,9-10a

[3] Job ou le drame de la foi Jean Leveque p 54

[4] Job 1,6-7

[5] Job 1,7b

[6] Gn 3,9b

[7] Adam répondra « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur car je suis nu, et je me suis caché » Gn 3,10 Quatre fois le mot Je pour signifier les 4 points cardinaux où l’homme prend conscience du péché – La non écoute de la Parole de Dieu comme un rejet de sa présence  – La peur comme conséquence de la défiance en Dieu – la nudité comme prise de conscience angoissée de sa vulnérabilité et de la mort – le mensonge dans le fait de se cacher pour refuser d’affronter la réalité.

[8] Job 1,7c

[9] Ps 90,1

[10] Luc 11,39

[11] Ap 12,10 L’accusateur dans la notion de diffamer, la racine est devier, trahir ou s’écarter

[12] Job 1,1b

[13] Job 1:10

[14] Job 1,10

[15] Mt 21,33

[16] Jn 1,5

[17] L’être et le temps in Qu’est-ce que la méta-physique ? Heidegger  trad Corbin, Gallimard, p 130

Si nous continuons notre réflexion sur l’explication de l’impondérable et la place  du sens face à ce qui parait déstabilisant, nous retrouvons la question de l’homme au cœur de l’univers. La crise d’être de chacun d’entre nous se pose « sur la place et le rôle de l’homme dans l’univers, sur le sens de ses efforts individuels et collectifs »[1] Un questionnement qu’il faut accompagner avec humanité dans la délicatesse des relations et non se défausser dans l’imposture de la volonté manipulée. Retrouver le sens pousse à prendre conscience de la beauté de la vie et des choix à poser pour explorer pleinement les relations dans la complémentarité des situations et la richesse des échanges. Peut-être est-ce pour nous, dans cette recherche de l’incompréhensible, le temps de retrouver le sens de Dieu dans l’histoire des hommes et dans notre histoire personnelle comme une traversée vers la Terre promise.

 

Un projet commun dans un patchwork de proposition

On peut légitimement s’interroger sur les vœux présidentiels et cette volonté d’une année utile, comme si la demande n’était pas de retrouver du sens pour les agriculteurs battant le pavé, et les demandes sociétales surgissant ici ou là. D’ailleurs comment comprendre l’année utile, dans le fatras des propositions sans le minimum de discernement prudentiel. Lorsqu’on parle de service national pour renforcer la notion de patrie pour le bien commun à travers l’engagement, quels sont les moyens que l’on s’offre pour ne pas aboutir aux précédents naufrages ? Une ébauche d’une cohésion sociale à retrouver par un biais alors que les enveloppes allouées au soin, la prise en charge de la précarité voire de l’isolement social sont nettement insuffisantes pour ne pas dire plus et entachent le contrat social ? Pourtant il faut reconnaitre dans la même veine que l’isolement créé par la société des écrans et l’impossibilité des relations ajustées demandent de trouver des pistes de cohésion patriotique et réorienter le temps libre comme un temps de construction de relation réelle peuvent être un bon projet. Par contre, il faut accompagner l’angoisse de la mort et « la destinée ultime des choses et de l’humanité »[2] avec un regard d’espérance un accompagnement dans la relation pour relever ensemble les défis sans oublier les questions de fond et non se perdre dans une course en avant œuvrant pour l’utile dans un comment faire avant d’en percer le sens de la demande et la souffrance sociétale qui résonne de la demande. La légitimité n’est-elle pas d’abord de retrouver le sens de la communion fraternelle ?

 

En approfondissant, si l’utile est d’œuvrer pour la fin de vie dans une prétendue dignité qui masque le cynisme économique et le « dégagisme »[3] sociétal, alors on ne peut que reconnaitre une perte de sens pour ce qui est utile dans une pensée conséquentialiste[4]. D’ailleurs on notera le paradoxe sur la volonté d’une fin de vie programmée liée à la mort sociale et le vœu d’unité. Comme un écho sinistre à l’expression « Tuez-les tous, Dieu reconnaitra les siens ». Il y a comme un retour de la généralisation d’une mort programmée comme allant de soi et de plus dans l’anesthésie des consciences ! Les vœux d’unité sur la construction d’un mort comme programme national est une farce tragique. A quoi bon lutter contre toutes les formes de discriminations lorsque le projet est de chercher à discriminer la vie selon l’état de santé des personnes ? Au demeurant la vie est-elle un contrat à durée déterminée conditionné à l’arbitraire de nos sentiments, comme un commerce d’être ? Ou bien est-elle une assurance sociale d’un accompagnement jusqu’au bout dans une providence du temps au nom d’une vraie dignité qui n’oublie jamais la fraternité[5] ? L’unité ne peut se vivre que dans la responsabilité fraternelle de l’amour et la volonté de bâtir ensemble une civilisation de l’amour pour la liberté de la vie, optique d’un état providence qui accompagne et non une culture de mort dans une tyrannie qui ne dit pas son nom. En outre, l’histoire d’un choix ne peut réduire la volonté à un acte terminal sans une vérification de son propre parcours personnel et une reconnaissance de sa fragilité, qui pourra paraitre comme une hésitation[6]. Toute décision est accompagnement d’une conscience de vie et de relation sociale. Rien d’autre. Rappelons-le.  Du vin aigre s’appelle du vinaigre et n’a pas la dignité du vin de table. Il faut retrouver le vrai sens des mots et ne pas tordre les définitions au nom d’idéologies moribondes. Il n’y a pas de dignité à donner la mort et ce n’est pas un soin mais un meurtre. Certes la guillotine était un acte technique à administrer par le bourreau, suivant une décision collégiale, mais cela reste l’absurde de la mort dans l’exclusion de ce qui dérange. Se rendre utile[7] devient la lie de la tyrannie.

 

La marchandisation de l’utilité est perte de sens

Dans un autre ordre, pouvons-nous interroger les demandes d’euthanasie dans une volonté de mettre la main sur son futur ? « Le futur est ce que je ne peux ni hâter, ni retarder ; il conditionne l’impatience du désir, l’anxiété de la crainte, l’attente de la prévision et finalement subordonne l’échéance du projet à la grâce de l’événement »[8] L’illusion de mettre la main sur sa mort, comme anticipation d’un avenir est par définition un manque d’espérance et un refus d’une vision d’ensemble où le témoignage passe d’abord par la relation à l’autre et non dans un carcan individualiste d’un choix qui n’en est pas un. Sommes-nous encore frères ? Les crises actuelles sont liées à une perte de sens pour se vautrer dans de l’utile et marchander dans une absence, parfois lourde de conséquence, d’une conscience droite. Les mots sont là pour ébaucher une réalité des choses sans pourtant la posséder[9]. Je peux réfléchir sur les conséquences du temps sans pourtant faire le tour de la question, ni prétendre répondre à des situations particulières par des lois qui se veulent universelles. La distorsion entre le droit et la justice s’engouffre dans cet interstice et fait des ravages.  La liberté n’est autre qu’un choix de croissance à vivre dans la relation à l’autre pour construire un monde nouveau où nous renonçons à nos propres enfermements pour nous ouvrir à la diversité dans la reconnaissance de la fraternité à préserver comme un trésor.

 

La perte du sens nous guette tous dans une société consumériste où nous demandons le baptême mais sans vouloir de pratique religieuse ni d’éducation chrétienne à travers le catéchisme, et sans même se préoccuper de la foi des parrains marraines !!! Nous voulons vivre la première communion, la profession de foi et la confirmation, comme des étapes finales sans percevoir les ouvertures à d’autres traversées dans la foi qui demandent une plus grande compréhension de l’alliance et une confiance en Dieu par la persévérance dans la prière et l’intelligence des Ecritures. Nous exigeons une vie de l’Esprit Saint dans un but magique sans prendre conscience qu’il nous faut garder son âme dans la paix et en communion avec les autres. Nous demandons le mariage comme une étape importante mais sans la responsabilité spirituelle qui nous incombe. Nous nous engageons dans l’appel religieux ou sacerdotal, pour être utiles à la communauté, tout en oubliant d’être donnés aux autres,  et préférant plutôt rester dans son propre confort comme des mercenaires. Retrouver le sens de nos actions c’est puiser au cœur de Dieu l’amour nécessaire pour entrer dans la vérité du don et témoigner de sa présence en toute occasion. Le dessein de Dieu dans l’infini de son amour rend l’homme interdépendant dans la relation afin de lui permettre un vrai choix et de le mettre face à ses responsabilités. Le témoignage se vit dans l’espérance d’un salut, comme une«  lumière que cette vie divine irradie, notamment en guérissant et en élevant la dignité de la personne humaine, en affermissant la cohésion de la société et en procurant à l’activité quotidienne des hommes un sens plus profond, la pénétrant d’une signification plus haute »[10]. Retrouver du sens dans la foi de l’Eglise s’est construire cette civilisation de l’amour en confiance avec la Parole de Dieu et dans la persévérance de la prière. Nous ne sommes plus dans l’utilité du sacrement mais dans la grâce de son action dans nos vies par la présence du Seigneur et la volonté de le suivre jusqu’au bout.

 

Pour aller plus loin

La discussion sur ce qui fait sens, notamment en parlant de la fin de vie, mais tout au long du contrat social nous oblige en tant que témoins du Christ à resituer nos valeurs à la lumière des Ecritures pour y discerner nos façons de vivre et répondre de la grâce de l’Esprit Saint agissante en nous. La crise exerce notre conscience droite pour faire des choix importants pour notre vie dans une croissance personnelle et communautaire. « Renouvelés intérieurement par la grâce de l’Esprit, « qui est Seigneur et qui donne la vie », nous sommes devenus un peuple pour la vie et nous sommes appelés à nous comporter en conséquence. »[11] Le sens de Dieu redit le sens de l’homme et ouvre d’autres horizons pour toute la création ; à nous donc, d’en témoigner tout au long de cette année dans l’audace de l’annonce de notre foi et une vie ancrée dans le Christ Sauveur. La destinée n’est pas une distorsion de la volonté, comme l’explication de notre histoire, une question d’utilité (ou non). En Dieu nous sommes appelés à vivre cette conscience droite dans l’accueil de l’Esprit Saint. Entre le débat sur ce qui est utile et ce qui fait sens, la question de la fin de vie est pour nous un appel à un témoignage de la source de la vie. Dieu. Foi et raison charpentent notre réflexion pour laisser la lumière de la vérité briller dans les ténèbres de l’ignorance et du péché lies aux concupiscences.

[1] ²3-1 Gaudium et Spes – Vatican II

[2] &3-1 Gaudium et Spes – Vatican II

[3] Néologisme employé pour dégager par l’activisme politique mais ici dans le sens : dégager de la société pour la tombe.

[4] L’utilisation de l’utilitarisme ici va à ce qui est utile sans notion morale, et la visée conséquentialiste, est de faire une loi et de voir « suivant les conséquences » comment l’ajuster, comme le préconisait le sénateur Touraine.

[5] Comme le proposent les soins palliatifs par exemple – ou l’accompagnement social pour ceux qui sont en errance.

[6] Philosophie de la Volonté, Paul Ricoeur,T1 p 179

[7] Sous entendue pour ce que nous considérons comme votre bien

[8] Philosophie de la Volonté, Paul Ricoeur,T1 p 77

[9] John Locke – Essai sur l’entendement humain En résumé, la parole nomme « une réalité des choses » sans pourtant « embrasser leur signification ». Autrement dit : Parler d’amour n’est pas l’amour, ni le réduire dans une définition.

[10] &40-3 Gaudium et Spes – Vatican II

[11] &79 Evangelium Vitae – Jean Paul II

Si le hasard ne permet pas d’expliquer l’absurdité du mal, il nous faut au moins distinguer ce qui est de l’ordre du péché. Or la période que nous vivons dans la souffrance des paysans de France et l’insouciance des  fêtes marquent une certaine rupture quant à l’esprit de communion des cœurs. D’ailleurs cela rejoint pleinement le paradoxe de Noel et trois jours après le massacre des enfants célébrés dans la fête des saints innocents (cette année, elle tombe un dimanche où nous fêtons la Sainte Famille, ce qui est aussi prophétique face aux attaques actuelles sur la cellule familiale). La joie de Noel et l’abomination de la désolation du massacre des nourrissons évoquent l’absurdité du mal à cause du péché et de la place de notre propre conscience, comme nous l’aborderons. Hannah Arendt parlera lors du procès de Jérusalem de la banalité du mal pour montrer la perméabilité de l’homme à l’obéissance servile et aux conséquences abominables[1]. La joie de la grâce de Noel est certes frappée par l’obscurité du péché, mais nous rappelle l’Ecriture « la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée »[2] Face au mal, l’espérance du salut est toujours plus grande, et l’amour triomphe de la mort.

 

Rappelons-nous que l’incarnation du Christ et son signe manifeste par sa naissance le jour de Noel est pour toute la création une joie profonde. Un appel de communion dans la vulnérabilité d’un Dieu qui se fait petit enfant et nous appelle à l’adoration pour rendre gloire à sa manifestation.  Néanmoins le massacre des saints innocents s’inscrit dans ce refus d’une joie promise à tous et un calcul politique ou pire encore une vision idéologique d’un pouvoir absolu. Si l’absurdité du mal existe comme une évidence dans l’histoire humaine, la banalité du mal développée par la philosophe allemande[3] montre l’arbitraire d’une situation qui demande une obéissance aveugle et sans conscience. Les travaux de Stanley Milgram dans l’expérience de la suprématie de l’autorité et l’aveuglement de l’esprit critique ont appuyé cette forme d’emprise sur l’autre et de manipulation des esprits, antichambre de la séduction du Mauvais. L’expérimentation montre une autorité qui brise la fraternité dans une marchandisation de la relation. Mais souvenons-nous que cela est toujours d’ordre diabolique, même si l’homme a sa propre responsabilité. Or la première responsabilité est d’éduquer sa conscience à la recherche du meilleur bien et à éduquer sa connaissance de Dieu pour mieux discerner ce que nous avons à vivre dans l’aujourd’hui. Cela demande la prière pour garder le dialogue avec Dieu et avoir la lumière de la Parole pour cheminer en vérité dans notre vocation d’image appelée à la ressemblance. L’humilité dans la conversion et l’esprit de pénitence nous aident à garder la charité vive pour être attentifs aux autres et refuser toute forme d’injustice. La prière fonde l’écoute du Seigneur et engage à prendre le recul nécessaire pour faire des vrais choix. Le service de la charité révèle la réalité du moment à vivre et notre responsabilité propre à faire advenir le règne de Dieu. Certes la grâce de Dieu nous précède, mais nous avons à agir en vérité selon nos responsabilités pour être des serviteurs fiables et répondre ainsi au souffle de l’Esprit Saint.

 

Ajoutons que le balancement entre le bien et le mal que nous pouvons connaitre ou observer peut entrainer un systématisme de la raison. Si un bien arrive, alors un mal va arriver, comme le retour du balancier allant toujours dans une éternelle réorganisation de la réalité selon les circonstances. De là à avoir une pensée magique de l’ordre de ; « si je connais un grand bien, je vais forcément connaitre un grand mal », entraine des sorts et des contre-sorts pour essayer de sortir d’une situation inextricable. Cette logique a été formulée religieusement dès le IIème siècle par une conception d’un dieu du mal et d’un dieu du bien suivant Marcion[4], et d’une lutte incessante. Nous avons à exercer sérieusement le discernement prudentiel (et ne pas avoir des conclusions hâtives souvent simplistes). Dieu aime et se donne au monde. Il ne nous entraine pas dans un traquenard. Il donne vraiment pour le plus grand bonheur. Et dans la liberté de l’amour offert à Noel dans une mangeoire, nous avons la responsabilité de venir l’adorer et de manger à sa table en invités à la noce ou de vouloir le massacrer, voler, piller, saccager, comme insoucieusement participer à ce massacre dans une banale indifférence.

 

La banalité du mal implique cette forme d’indifférence aux ordres pour ne pas s’interroger et exercer sa fonction avec une forme de tiédeur morale et l’absence d’esprit critique. Les gardes obéissent à Hérode pour aller massacrer des nourrissons sans état d’âme, parce que c’était les ordres.  Or, le démon de l’acédie est bien présent dans la tiédeur des engagements qui étouffe la conscience et relativise la Parole de Dieu. «La triste vérité, c’est que la plupart du mal est fait par des gens qui ne se décident pas à être bons ou mauvais. »[5]. Le choix moral est primordial pour vivre pleinement sa foi et demande un engagement de tout notre être, mais aussi une responsabilité dans le témoignage de la vie de Dieu en nous autour de nous. Le relativisme moral amène à une faiblesse des choix et à des pentes dangereuses. En effet, la question de la conscience de soi et de la faculté à rechercher le meilleur bien se confronte à nos propres vulnérabilités et à nos faiblesses. « Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. »[6] Une question d’ordre dans sa vie et de vérité de l’amour qui demande une liberté de croissance et non l’aliénation de régression vers son propre enfermement. Or le propre de la banalité du mal est l’endormissement des consciences pour une liberté d’indifférence comme libérée de toute contingence. « L’acte désintéressé ; né de soi, l’acte aussi sans but, donc sans maître ; l’acte libre, l’acte autochtone »[7] Comme si un acte pouvait naitre ex nihilo, et ne pas s’insérer dans une liberté interpersonnelle. Logiquement, en retirant tout aspect moral, et toute volonté de recherche du bien on tombe dans la pire des barbaries, non sans une ferveur à exécuter les taches dans une servilité du travail bien accompli. Les pires tyrannies se sont fortifiées dans une anesthésie de la conscience personnelle. Or il y a bien une responsabilité personnelle et une éducation de la conscience à retrouver pour comprendre les enjeux. Le savoir, et la réflexion sont déjà créateurs d’une liberté de conscience afin de rendre le monde plus humain. L’indifférence est paresse d’être. Refuser la confrontation pour une tranquillité du moment est une inconscience de la tempête qui se prépare. Hélas, Le mal peut être commis sans motif, sans conviction, sans méchanceté juste par « une véritable incapacité à penser »[8] mais contrairement à ce que dit la philosophe allemande, il y a bien une dimension démoniaque dans son expression et son expansion. La conscience et la méditation des Ecritures nous font prendre conscience de l’alliance avec Dieu source de toute vie, et de sa négation dans la culture de mort.

 

La banalité de l’avortement comme un choix comme un autre, et le totalitarisme sous-jacent dans le délit d’entrave (voir sa constitutionnalisation) sont le marqueur d’une forme de possibilité de meurtre d’une personne humaine en le comparant à un amas de cellules même si déjà les premiers battements de cœurs sont détectables[9]. Le peu d’engagement de la conscience de la vie d’une part, et la banalisation de l’acte pour tous d’autre part indiquent l’endormissement de la conscience dans un consensus où même la notion républicaine de fraternité est battue en brèche. Cette banalité du cynisme économique se retrouve dans la recherche de l’euthanasie comme source de liberté, mais révèle l’absurdité du mal. Même la notion républicaine d’égalité n’est pas plus respectée, puisqu’on agit selon les disponibilités en soins palliatifs d’une part, et de la disparité des relations sociales d’autre part entrainent une mort social acté par la demande de mort à administrer. Là encore une forme d’endormissement des consciences dans la banalité de la technique médicale comme une autre, et le manque de conscience dans la dignité humaine d’une ouverture au sens de la vie est sidérant[10]. La dynamique de suicide dans la société et de désespoir qui se lit dans les maladies psychiques, telles la dépression ou le refuge dans des maladies borderline ne sont pas que de l’ordre médical, mais parfois[11] d’une cause spirituelle profonde de l’absence de Dieu, et de la négation de la vie. Même si nous ne sommes pas acteurs de telles situations, nos silences sont complices, comme le fait d’accompagner la personne dans son acte, ou d’être présent auprès de la personne dans un silence problématique. « L’engagement dans un acte problématique… produit un lien entre la personne et son acte… et prédispose non seulement à la reproduction de cet acte particulier, mais encore à la réalisation d’autres actes pour peu qu’ils appartiennent à la catégorie que cet acte évoque »[12] La répétition des actes en langage religieux la répétition des péchés, et par conséquent une structure du péché largement repris par le Saint Pape[13]. « C’est au plus intime de la conscience morale que s’accomplit l’éclipse du sens de Dieu et du sens de l’homme, avec toutes ses nombreuses et funestes conséquences sur la vie. »[14] L’éveil de notre foi est le refus de l’endormissement prodigué par l’acédie, il doit nous maintenir dans une ferveur pour refuser toute forme de tiédeur et s’engager pour le Seigneur.

 

L’endormissement des consciences est d’abord l’expression d’un refus de connaissance. Il n’est pas innocent que les tyrannies communistes, que ce soit en Chine par la déportation des intellectuels pour l’internement dans des camps de travail, ou l’exode imposé aux classes intellectuelles au Cambodge par les communistes Khmers pour un massacre organisé avec zèle afin de rendre la population docile aux nouvelles exigences empêchent tout esprit critique de conscience. Or l’homme est d’abord spirituel, et porte en lui ce désir de transcendance. « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. »[15] Le refus de prendre en compte toute la dimension de l’homme entraine un désenchantement du monde, et une banalité du mal dans l’absence d’une conscience éduquée. Alors tout est permis. Ne reprochons pas à Dieu nos propres turpitudes.

 

Nous voyons qu’il y a bien dans l’absurdité du mal une cause qui est le péché de l’homme et des choix mauvais effectués sans toujours une pleine conscience, mais dans une forme d’endormissement de la conscience. Il nous faut donc développer la ferveur pour lutter contre tout ce qui mène au péché. « Porte-nous secours dans l’épreuve : néant, le salut qui vient des hommes ! »[16] Néanmoins, comme nous le dit Job, dans certains contextes ce n’est pas de l’ordre du péché, mais d’une confiance en Dieu pour manifester son œuvre dans toutes les réalités. Je reconnais que les mots peuvent paraitre bien maladroits dans certaines situations, mais demande d’autres développements Il y a bien quelque chose de mystérieux à approfondir, tout en refusant tout fatalisme mais en demandant d’entrer dans l’intelligence de la réalité pour continuer à cheminer avec son Seigneur. N’arrêtons pas d’essayer de comprendre le dessein de Dieu et notre responsabilité à vivre sa volonté.

[1] « Le problème avec Eichmann était précisément qu’il y avait tant d’hommes comme lui, et que ces hommes n’étaient ni pervers ni sadiques, mais terriblement et effroyablement normaux. » Hannah Arendt Eichmann à Jérusalem Folio histoire première édition 1963 – voir un autre livre La banalité du mal comme mal politique

[2] Jn 1,5

[3] Hannah Arendt

[4] Le marcionisme a été condamné par l’Eglise naissante L’opposition entre l’Ancien Testament révolu, et le Nouveau Testament en Bonne Nouvelle ne correspond pas à la tradition apostolique.

[5] La vie de l’Esprit – 1978 d’Hannah Arendt

[6] Rm 7 :19

[7]P 21 Le prométhée mal enchainé, André Gide, 1925 Gallimard 1980

[8] Hannah Ardent Eichmann à Jérusalem op cité

[9] Entre la 5ème et 6ème semaine, la loi sur l’avortement du 2 mars 2022 allonge le délai légal à 14 semaines de grossesse… Rappelons que le corps de l’enfant (fœtus) est formé dès la  8ème semaine, et qu’il est viable à la 24ème semaine dans les savoirs médicaux actuels

[10] Dans la réflexion si on parle d’une personne de 80 ans qui veut mourir pour vie accomplie, et un jeune de 20 ans pour vie inutile, bizarrement les positions ne sont pas les mêmes. N’y a-t-il pas intrinsèquement, une forme d’âgisme dans l’euthanasie ?

[11] Rappelons que nous ne pouvons pas lire de manière simpliste que la dépression ou certaines maladies psychiques sont de l’ordre du manque de foi. Mais n’écartons pas non plus que le manque de foi peut entrainer des états limites.

[12] P 91La soumission librement consentie – Collectif – PUF2 001

[13] Evangile de la vie – Jean Paul II « 12. En réalité, si de nombreux et graves aspects de la problématique sociale actuelle peuvent de quelque manière expliquer le climat d’incertitude morale diffuse et parfois atténuer chez les individus la responsabilité personnelle, il n’en est pas moins vrai que nous sommes face à une réalité plus vaste, que l’on peut considérer comme une véritable structure de péché, caractérisée par la prépondérance d’une culture contraire à la solidarité, qui se présente dans de nombreux cas comme une réelle « culture de mort ». Celle-ci est activement encouragée par de forts courants culturels, économiques et politiques, porteurs d’une certaine conception utilitariste de la société. » //&24,//&59//

[14] &24 Evangile de la vie JP II op cité

[15] Ps 62,2

[16] Ps 59,13