Les editos du père Gregoire Bellut

La vocation de tout homme ordonné prêtre est de sanctifier sa vie à travers la vie sacramentelle qu’il donne et qu’il reçoit. Au cœur même de la vie de l’Esprit, tout chrétien doit redécouvrir le mystère de l’eucharistie que nous fêtons le deuxième dimanche après la pentecôte. La vie des prêtres doit être une vie eucharistique. Ils en sont les ministres. « Participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, ils offrent à Dieu la victime divine et s’offrent eux-mêmes avec elle »[1] Mais la vocation baptismale est une vie ancrée dans la grâce de Dieu et dans l’espérance du salut puisant dans les sacrements les ressources à une vie de sainteté. Or le sacrement de la charité, l’eucharistie, se vit dans la beauté de la liturgie com-munautaire et la piété rayonnée par tout baptisé. Jumelé au sacrement de réconciliation pour sans cesse dialoguer avec Dieu et Lui demander la grâce d’une sainte communion, le baptisé est appelé à s’élever au sommet de la joie de Dieu. Il ne s’agit pas de faire nombre, ou de question d’ambiance, mais bien d’un rassemblement d’un peuple qui fait Eglise et trouve en Jésus la récapitulation de toute chose. L’eucharistie est donc la joie du partage, un repas de fête où nous célébrons la mort et la résurrection du Christ jusqu’à ce qu’Il revienne[2]. Participer à la messe tous les dimanches est donc nécessairement vital à toute vie spirituelle comme témoin du Christ.

 

        Une vie de transformation en Dieu qui se réalise tous les jours

La vie de foi se nourrit de l’eucharistie comme une grâce en déploiement en chaque instant de notre quotidien. Dieu est présent. Ne le rendons pas étranger par indifférence ou perversité. Le pape Léon XIV dans l’appel à la simplicité de vie nous rappelle l’importance d’être à l’écoute du souffle de l’Esprit pour entrer dans l’intelligence des Ecritures et vivre la communion. « Je souhaite vous proposer un itinéraire de vie chrétienne sobre et exigeant pour vivre ce changement d’époque à la lumière de l’Évangile. C’est un chemin qui naît de la contemplation du dessein de Dieu, vit l’unité ecclésiale en se nourrissant de la Parole et de l’Eucharistie, construit le monde dans le sens du bien et prie avec la Vierge Marie. »[3] Nous ne pouvons vivre un vagabondage spirituel faisant de l’eucharistie un banc de passage pour d’autres expériences. C’est pure folie ! Au contraire il faut recentrer toute son existence autour de l’adoration eucharistique comme prière par excellence de la manifestation de Dieu dans notre aujourd’hui. Chaque prière a son importance, et nous pouvons également vivre des combats spirituels, ou des expériences de louange. Néanmoins, rien ne remplacera l’adoration eucharistique comme révélation du mystère pascal et du don précieux du Fils à toute l’humanité. Et tous peuvent y participer quel que soit leur état de vie. L’adoration est bien ce dialogue de Dieu avec nous dans l’offrande de son corps et l’appel à une disponibilité de notre part pour y répondre et l’entendre nous appeler à Lui dans une vie réconciliée. A partir de l’adoration je comprends que le service de la charité demande de rechercher la communion comme lieu de vraie fraternité, et de vocation baptismale. Le Christ nous rend frères.

 

La transformation que nous avons à vivre à la lumière de l’Evangile passe par des actes concrets pour dire la vérité de notre foi. Ce n’est pas une idéologie mais une rencontre avec Dieu qui se vit, se témoigne et se partage. Comme une saine contagion de la charité afin de construire la civilisation de l’amour où nous sommes tous acteurs, et tous attendus. La transformation communautaire est d’abord un chemin personnel. « pour que la charité, comme un bon grain, croisse dans l’âme et fructifie, chaque fidèle doit s’ouvrir volontiers à la Parole de Dieu et, avec l’aide de sa grâce, mettre en œuvre sa volonté, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions sacrées, s’appliquer avec persévérance à la prière, à l’abnégation de soi-même, au service actif de ses frères et à l’exercice de toutes les vertus »[4] Il y a bien un chemin d’abnégation et de pénitence pour nous défaire de nous-mêmes et des brèches fragiles pour les tentations. La confession est nécessaire pour s’approcher de la table du Seigneur. Mais c’est un chemin de la recherche du meilleur bien où nous travaillons à une vie vertueuse et demandons la grâce au Seigneur de progresser sous son regard pour un témoignage riche d’espérance. L’engagement dans les vocations tournées vers Dieu n’est pas une annexe du mariage mais fait partie d’une vraie proposition. La vie religieuse et la vie sacerdotale sont des trésors de l’Eglise qu’Il ne faut pas négliger, et dont chacun doit sérieusement discerner l’appel dans la vérité de sa vocation propre. Tout baptisé est appelé à une vie de prière ancrée dans assemblée ecclésiale. Alors la joie de l’eucharistie est la joie de ma présence devant Dieu. Ce témoignage se réalise pleinement dans l’humilité du cœur et la simplicité de vie à la suite du Christ Rédempteur. La volonté de Dieu rayonne dans les béatitudes et l’appel à se laisser guider par le bonheur. Il y a un renversement des valeurs de ce monde afin de s’enraciner dans la volonté de Dieu et laisser la grâce nous habiter pour répondre à cet appel à la sainteté afin de nous rapprocher de Lui sans cesse.  C’est une vie de transformation en Dieu où nous nous laissons modeler par sa présence pour travailler au meilleur bien dans une recherche de communion.

 

        Une vie de communion entre témoin du Christ

La foi catholique (comme orthodoxe d’ailleurs) se vit dans la tradition apostolique. Depuis les douze apôtres nous pouvons remonter notre histoire spirituelle dans le temps et le sacrement de l’ordre. Le baptême reçu par chaque catholique puise dans l’eucharistie une source de joie ineffable et nous pouvons en faire mémoire depuis l’origine. Mais plus nous la vivons, plus nous témoignons de cet amour jour après jour. Or cela nous demande de rechercher l’unité. « . La spiritualité dont nous avons besoin est une spiritualité eucharistique, c’est-à-dire une spiritualité de l’unité ecclésiale dans l’amour. »[5] L’engagement baptismal est donc un engagement de l’action de grâce à travers le temps que nous passons ensemble pour célébrer le Seigneur et vivre la fraternité par les liens tissés. On se rend vite compte que ce n’est pas une heure dans la semaine, ou un rendez-vous dans un agenda blindé qui fera l’affaire. C’est l’occasion de vivre la relation à travers la recherche de paix entre nous et de communion en faisant les choses ensemble, chacun selon son charisme. D’ailleurs cette complémentarité de la grâce reçue et partagée se vit avec Dieu qui donne, mais avec nos frères dans un juste partage des sacrements. « Les sacrements, surtout la sainte Eucharistie, communiquent et entretiennent cette charité envers Dieu et les hommes, qui est l’âme de tout l’apostolat. »[6] Nous ne parlons plus d’une communion des deux espèces, mais d’une communion du corps entier de l’Eglise. Employer le même mot pour signifier le corps du Christ sous l’une des deux espèces et le corps du Christ qu’est l’Eglise nous ramène à cet appel du Christ « Que tous soient un » La vie de communion est une exigence de l’Evangile et doit se voir dans une fraternité renouvelée. Ce n’est pas évident, et parfois il peut y avoir des combats terribles, certes, mais c’est un appel à être fidèle à la Passion du Christ pour vivre la résurrection. La fraction du pain dans l’amour fraternel est la première marque de l’Eglise naissante. « Ce don reste présent et agissant dans l’Eucharistie où le Seigneur se communique et rassemble l’Église, afin que son offrande devienne principe d’unité et source de vie nouvelle. »[7] Trop souvent nous faisons de la foi une affaire personnelle et privée au lieu d’en témoigner autour de nous dans l’audace d’une joie intérieure à partager sans modération. Témoin du Christ dans le rayonnement du mystère eucharistique est une belle vocation.

 

Nous faut-il insister sur l’aspect de la communion fraternelle pour rappeler aussi que nous parlons dans le credo de la communion des saints. Or chaque messe est l’occasion d’une véritable union avec le ciel. « La célébration du sacrifice eucharistique est le moyen suprême de notre union au culte de l’Église du ciel, tandis que, « unis dans une même communion, nous vénérons d’abord la mémoire de la glorieuse Marie toujours vierge, de saint Joseph, des bienheureux Apôtres et martyrs, et de tous les saints »[8]. Vivre en communion fraternelle est donc le reflet de ce que nous serons appelés à vivre au ciel sous le regard de Dieu notre Père, dans la bienveillance du Christ notre frère et dociles au souffle de l’Esprit Saint. Le culte eucharistique nous rapproche de la communion des saints et nous aide par grâce à une vie prière et de charité active.

 

La fête Dieu est donc l’occasion pour nous de rappeler l’importance de vivre l’eucharistie comme source et sommet de notre vie baptismale, parce qu’elle nous entraine à nous laisser sanctifier par la présence du Christ et dans l’écoute de la Parole à opérer les changements nécessaires à offrir notre vie en réponse à l’amour de Dieu qui se donne. « L’Eucharistie, sacrement de l’unité, nourrit notre appartenance au Corps du Christ et nous éduque au partage. Les différentes sensibilités présentes dans l’Église, les convictions fortes qui animent chacun, sont une richesse si elles restent ancrées dans la certitude de l’unité comme don reçu et tâche à assumer. »[9] Cela ne peut demeurer sans fruit, et cette transformation progressive de notre vie nous pousse dans l’adoration et la vie sacramentelle à faire un seul corps dans le service de la charité. Que nous en soyons les témoins crédibles !

[1] &11 Lumen Gentium – Vatican II

[2] Annonce kerygmatique

[3] &229 Magnifica humanitas – Léon XIV

[4] &42 Lumen Gentium – Vatican II

[5] &234 Magnifica Humanitas Léon XIV

[6] &33 Lumen Gentium – Vatican II

[7] 234 Magnifica Humanitas Léon XIV

[8] &50 Lumen Gentium – Vatican II – Canon de la messe romaine.

[9][9] &88 Magnifica Humanitas

Reconnaissons-le, parler du mystère de la Trinité n’est jamais très facile et rarement abordé. D’ailleurs même le dimanche de la Trinité, c’est souvent par des analogies, ou une perception théologique forte parlant d’une même substance plutôt que de nature, pour rappeler le principe d’un seul et même Dieu en trois personnes qui font l’objet d’une réflexion nous paraissant lointaine. La complexité de notre foi dans le mystère trinitaire affirmée à chaque signe de croix demande ainsi une expérience pratique de l’amour de Dieu. La croix est le signe de rédemption de l’homme par le Christ. Elle nous ouvre les portes du salut. Or, par le signe de croix j’invoque le Père, et le Fils et le Saint Esprit comme puissance de restauration de l’homme dans sa vocation d’image de Dieu, et je reçois l’appel à Lui ressembler dans la familiarité de la rencontre obtenue d’abord par la prière et le dialogue de louange avec confiance en son œuvre aujourd’hui. Point de prière qui ne soit pas une action de grâce trinitaire, d’ailleurs à la fin de tous les psaumes, et des oraisons liturgiques, ne rendons-nous pas gloire à Dieu, le Père, et Le Fils et le Saint Esprit ?

 

Notre foi s’exprime certes de manière pratique par le signe de croix dans l’affirmation du mystère trinitaire mais elle se prolonge dans la capacité à prier chacune des trois personnes divines pour me laisser embraser par la manifestation d’un seul et même Dieu. Au cœur de la foi le Christ nous révèle la paternité de Dieu et nous envoie l’autre défenseur, l’Esprit Saint, la Personne don. Ce même Esprit qui prodigue la joie de l’amour dans l’expression d’une liberté de la création. Il nous demande aussi une réponse où chacun est amené à la vérité des choix et aux conséquences pour grandir en Dieu ou bien s’en éloigner. Ce même Esprit encore qui dans le sacrement de réconciliation nous redonne la communion avec Dieu Un et Trine.

 

Ensemble, il nous faut retrouver « Le mystère du Dieu vivant, révélé en Jésus-Christ comme communion de Personnes, Père, Fils et Saint-Esprit, amour en relation qui se donne réciproquement et se communique au monde.[1] » L’amour est donc l’expression d’une liberté interrelationnelle où Dieu s’exprime et attend une réponse de notre part. Ce qui est vrai tant dans la vie de l’Esprit, que dans notre cheminement spirituel. Elle l’est aussi dans nos relations fraternelles par la recherche de communion pour porter témoignage de la grâce baptismale. L’appel à la sainteté est donc une lumière à rayonner personnellement et à éclairer dans sa dimension communautaire notamment par l’appel à développer les charismes pour manifester au monde l’amour de Dieu. La révélation du Dieu Trinitaire est donc un rayonnement d’amour à exprimer dans tous nos choix de vie. Mais elle est aussi un éclairage de la dignité humaine.

La foi chrétienne comprend pleinement l’amour dans le mystère de la Trinité. Nul ne peut se dire chrétien s’il ne croit pas en cette révélation d’un seul Dieu en trois personnes En effet, l’amour de Dieu s’exprime dans l’autorité du Père et son accompagnement dans notre vie de croissance. La fraternité du Christ nous invite au service de la charité à l’imiter pour être pleinement disciple. Quant à la grâce de l’Esprit elle nous fait gouter la joie de Dieu dans l’aujourd’hui de notre histoire et expérimenter par sa présence l’amour de Dieu personnel qui me transforme en débordement de joie. La grâce, dans une conversion du cœur, nous donne d’agir en conséquence. L’amour de Dieu se vit dans les trois personnes distinctes entre elles mais de même substance divine. Une seule volonté, une seule manifestation que nous voyons à travers diverses expressions dans notre histoire : un seul Dieu et pourtant trois personnes distinctes. En effet,  « par leurs relations d’origine. C’est le Père qui engendre, le Fils qui est engendré, le Saint Esprit qui procède »[2] En fait le Fils révèle le Père comme la grâce ultime de la rencontre avec Dieu, et l’Esprit Saint comme procession de l’amour de Dieu dans le don. Dieu Un et Trine comme le dit l’expression la plus juste.

 

L’accueil d’une foi trinitaire oriente ma vie spirituelle de manière très pratique ; notamment par l’accueil du service de l’autorité comme lieu de croissance. Je découvre la paternité de Dieu et ma propre paternité humaine et spirituelle dans l’exercice de mon baptême et l’appel à la sainteté passe par un service du frère pour la croissance avec humilité et douceur. Tous, nous sommes concernés par cette liberté qui ouvre à la croissance que l’on peut vivre dans la maternité et la paternité, dans la relation d’un don de Dieu qui ouvre à une autonomie pour un meilleur bien. L’accueil de la foi trinitaire se vit à travers la révélation du salut comme une libération de l’esclavage du péché et me fait habiter ce lieu de rédemption dans la joie d’être sauvé. La joie retrouvée en Dieu par la présence de l’Esprit Saint est pure grâce de communion et le lieu de relation comme un espace de partage, je deviens artisan de paix. L’amour d’un Dieu Un et Trine m’entraine personnellement à redécouvrir dans mon quotidien de tous les jours les implications concrètes. Ma vie prend sa source dans l’amour trinitaire.

 

Nous ne sommes pas dans une construction théorique, ou la définition d’une notion pour élite intellectuelle. Mais l’affirmation de notre foi trinitaire irrigue toute notre vie comme nous le rappelle Saint Jean « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. » La foi trinitaire est l’accueil de l’amour personnel d’un seul et même Dieu qui s’exprime à travers les trois personnes d’une manière singulière tout en manifestant pleinement la substance divine. Nous avons à explorer dans notre vie l’orientation trinitaire de l’amour dans l’expression de chaque personne divine. C’est de l’ordre d’une expérience intime dans la relation avec le Père et redécouvrir cette paternité comme lieu d’enracinement et de refuge en toute occasion. Avec le Christ nous avons à retrouver cette liberté de la grâce qui s’exprime dans la méditation des Ecritures et le service de la charité. Par grâce de l’Esprit Saint nous sommes habités de Dieu et retrouvons l’intelligence des Ecritures pour demeurer dans la joie de la relation et la partager à tous dans le souffle de vie.

Ainsi, retrouver le sens de l’homme demande à redécouvrir le mystère trinitaire. Dans des sujets de sociétés actuelles développés par une culture de mort, il nous faut, comme citoyens de la civilisation de l’amour, rappeler avec force et véhémence dans la radicalité de la vérité et la rectitude de notre foi le don de la vie qui vient de Dieu source d’un bonheur promis pour l’éternité. « Je peux réagir à partir de la foi et de la charité, et reconnaître en elle un être humain doté de la même dignité que moi, une créature infiniment aimée par le Père, une image de Dieu, un frère racheté par Jésus-Christ. C’est cela être chrétien ! »[3] nous rappelle le Pape. Retrouver le sens de l’homme c’est redécouvrir dans la dimension trinitaire la pluralité de l’expression de l’amour dans la relation aux personnes. L’homme dans la découverte d’une liberté interrelationnelle reconnait son frère dans toutes ses dimensions, même celle de la souffrance ou celle de son péché, mais pour toujours l’aider à se relever et à retrouver cette liberté intérieure de choisir Dieu pour l’éternité. «  La libération des prisonniers est une expression de l’amour trinitaire : un Dieu qui libère non seulement de l’esclavage spirituel, mais aussi de l’oppression concrète. »[4] Cet exemple nous aide à comprendre que la dimension trinitaire a un impact spirituel certain dans nos manières d’être et d’agir.

 

Finalement, la vie spirituelle baignée dans le mystère trinitaire nous fait grandir dans des relations où nous devons nous mettre au service de la communion pour révéler l’amour de Dieu qui a été déposé dans notre vie et témoigner à nos frères de la joie de la vie dans l’Esprit. La Parole de Dieu est un lieu de croissance et j’y redécouvre l’appel à un bien commun dont le Seigneur est à l’origine. La vie sacramentelle m’aide à grandir dans cet appel à la sainteté promis à tous et que nous devons poursuivre malgré nos vulnérabilités. Toute la révélation est une progression de la vie intérieure pour nous ouvrir au mystère de Dieu et au monde. Soyons en les témoins !

[1] &48 Magnifica humanitas – Léon XIV Cf. Conseil pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, Cité du Vatican 2004, n. 32.

[2] &CEC &254

[3] &106 EA Delexi Te

[4] &60 Dilexi Te  Léon XIV

La foi est une relation avec une personne. Dans le dynamisme de l’amour trinitaire, l’Esprit Saint procède du Père et du Fils (filioque) pour souffler dans nos vies la grâce de la rencontre. Il nous abreuve de la vie de Dieu par pure grâce et nous rend pleinement libres pour choisir l’amour. La Personne Don nous introduit à l’amour de Dieu dans la réalité de notre histoire. Au quotidien, Il nous accompagne pour ajuster notre vie à la volonté du Père et nous fait entrer dans l’intelligence des Ecritures pour imiter le Fils. Ainsi dans une proximité agissante, Il nous accompagne pour faire la vérité dans notre vie et Il nous donne une mission nouvelle dans la grâce baptismale. Ce n’est donc pas seulement une expérience personnelle mais aussi une expérience communautaire dont le signe est la capacité de vivre en communion. La diversité des dons et des charismes est pour construire le peuple de Dieu dans son ensemble.

 

Un changement de regard

C’est pourquoi, l’expérience d’une vie dans l’Esprit se vérifie dans le changement du cœur et la capacité à être attentif aux réalités de chacun. Il y a bien une recherche d’humilité dans l’expérience spirituelle pour ne pas s’accaparer les dons, et s’octroyer des positions, mais en toute chose rester à sa juste place dans le souffle prophétique. La charité en sera le curseur. L’Esprit Saint nous conduit vers la connaissance de Dieu par grâce. Nous entrons dans la joie de Dieu à travers sa présence et nous profitons ainsi d’une paix indicible et pourtant si tangible…. « Son entrée en nous se fait avec douceur, on l’accueille avec joie, son joug est facile à porter. Son arrivée est annoncée par des rayons de lumière et de science. Il vient avec la tendresse d’un défenseur véritable, car il vient pour sauver, guérir, enseigner, conseiller, fortifier, réconforter, éclairer l’esprit : chez celui qui le reçoit, tout d’abord ; et ensuite, par celui-ci, chez les autres. »[1] Trop souvent promis aux grands saints et à ceux qui connaissent une expérience forte spécifique, le courant du renouveau charismatique a permis de mettre en lumière que l’expérience de la pentecôte est promise à tous dans la pauvreté de nos vies, pour un retournement complet, c’est-à-dire une conversion qui nous fait voir les choses autrement car Dieu est présent. Un changement du regard qui est un changement de retard dû au péché pour accueillir la grâce de la croissance. « Source de sanctification, lumière intelligible, il fournit par lui-même comme une sorte de clarté à toute puissance rationnelle qui veut découvrir la vérité. »[2] La vie dans l’Esprit est une expérience donc à acquérir d’une part, mais aussi à laisser croître dans la vie de prière, la communion ecclésiale (notamment à travers les sacrements) et le service de la charité auprès des frères les plus vulnérables.

 

Un Esprit de sanctification et de communion

Trop souvent, lorsque nous parlons de l’expérience de l’Esprit saint nous sommes dans l’imprécatoire et parfois distants dans le discernement fraternel et l’attention au souffle de vie. Aujourd’hui, dans des groupes souvent issus du milieu évangélique, nous observons une certaine hystérie dans l’appel de l’Esprit, avec une manipulation des émotions pour donner du spectacle dans l’appauvrissement de la vie intérieure. Néanmoins l’Esprit Saint est d’abord une relation de sanctification, et un appel à une conversion intérieure qui ne se vit pas une fois pour toutes, mais demande dans un humble cheminement une écoute à la réalité du quotidien pour laisser Dieu grandir dans notre vie et dans les choix que nous faisons afin de laisser s’épanouir les talents déposés. « L’Esprit Saint ne se borne pas à sanctifier et à conduire le peuple de Dieu par les sacrements et les ministères, ni à l’orner de vertus. En outre, il distribue à chacun ses dons selon sa volonté ; c’est-à-dire que, parmi les fidèles de toute catégorie, il répartit aussi des grâces particulières qui rendent capable et disponible pour assumer des entreprises et des fonctions diverses »[3] Il est vrai que dans nos communautés, nous n’avons pas toujours été attentifs au souffle prophétique. La marginalisation des charismes des uns, et l’indifférence aux dons des autres sont des péchés contre l’œuvre de Dieu. Par notre baptême, nous avons tous à participer à la vie de Dieu et à discerner ensemble ce que nous avons à vivre dans la réalité de notre quotidien là où nous sommes. Ne rêvons pas les oignons d’Egypte, ni les lendemains enchanteurs, mais soyons ancrés dans la foi à répondre par le témoignage de notre vie des dons qu’Il nous donne pour construire la civilisation de l’amour. La sanctification de chacun passe par la communion du corps de l’Eglise et la recherche de faire ensemble l’épouse du Christ. Nous avons une vraie responsabilité à vivre l’unité et à vouloir témoigner de notre joie de marcher ensemble. L’authenticité de nos charismes passera donc dans notre capacité à rendre compte de notre communion. Tout le reste n’est que bruit stérile, « cuivre qui résonne, cymbale retentissante »[4] Point de fanfaronnade dans la vie de l’Esprit, ni même de gestion parcimonieuse des activités pour finalement mettre la main sur Dieu, mais une recherche de faire ensemble une vraie fraternité dans la capacité à accueillir l’autre dans toutes ses réalités. On découvre alors que l’autorité dans l’Eglise est d’abord un service de la charité pour que chacun puisse exprimer sa vie en Dieu dans la juste place au frère.

 

Une vie nouvelle dans l’accueil de l’Esprit

L’une des grâces d’une vie ancrée dans l’Esprit Saint est le changement de regard qui est opéré pour servir Dieu et ne se tourner vers les mystères qui nous tournent vers les réalités célestes. Le changement n’est pas tant sur la capacité du langage que par les actes de liberté commandés par la foi. « Les hommes en qui l’Esprit est venu et a fait sa demeure sont transformés ; ils reçoivent de lui une vie nouvelle …Vous voyez comment l’Esprit transforme… Il fait passer facilement de la considération des choses terrestres à un regard exclusivement dirigé vers les réalités célestes ; d’une lâcheté honteuse à des projets héroïques. Nous constatons que ce changement s’est produit chez les disciples …ils se sont attachés au Christ par un amour invincible. »[5] L’engagement en Dieu ne se fait pas sur la pointe des pieds mais demande une implication de tout notre être en tout temps dans la disponibilité du cœur. La conversion du cœur opère une vie nouvelle car il y a des choses que nous ne faisons plus, puisque nous sommes habités par l’Esprit de Dieu, et d’autres choses que nous recherchons pour témoigner davantage de sa grâce en nos vies. La vie nouvelle se voit dans les changements que nous opérons et qui en même temps est prophétique. Etre chrétien signifie que nous ne nous conduisons pas en païens. Les commandements du Seigneur nous aident à progresser dans la foi, comme l’appel des béatitudes à réorienter notre vie dans la vraie joie qui ne se trouve qu’en Dieu que nous pourrons voir pleinement au ciel. Rechercher les réalités célestes c’est aller à l’essentiel et de fuir tout ce qui ne fait pas sens. En d’autres termes, refuser une vie superficielle, ou portée sur l’utilitarisme et rechercher la volonté de Dieu et ce qui nous fait grandir en humanité sous le regard de Dieu. Souvent dans l’errance humaine, face à l’absurde, certains se souviennent qu’ils sont baptisés et reviennent à l’Eglise, d’autres frappent à la porte lorsqu’ils sentent la splendeur de la vérité les atteindre. A nous, par notre vie renouvelée d’en être les témoins !

 

La charité comme source d’action de Dieu en nous

Le témoignage de notre vie dans l’Esprit est d’abord l’orientation à la vie intérieure plus profonde et à rechercher dans la fraternité à construire cette civilisation de l’amour en commençant par la sanctification de notre vie et la recherche de communion. « Ainsi Dieu a voulu manifester la présence du Saint-Esprit en faisant parler toutes les langues à ceux qui l’avaient reçu. Il faut comprendre en effet, frères très chers, qu’il s’agit bien du Saint-Esprit par qui l’amour est répandu dans nos cœurs »[6] L’Esprit Saint est promis à tous ceux qui le cherchent dans une expérience qui dépasse ce que l’on peut imaginer mais demande aussi à reconnaitre les fruits de sa présence par les réalités que nous vivons dans le quotidien. L’Esprit Saint est présent au monde, et se manifeste pour nous amener à la vie divine et gouter ainsi à l’amour véritable produit dans la gratuité du don. Que ce temps de pentecôte soit un temps de vie en Dieu pour toujours, et que nous puissions en témoigner en persévérant dans la prière et la méditation des Ecritures, et en agissant en fils de Dieu à l’image de son amour.

[1] Catéchèse de Saint cyrille de Jérusalem sur le Saint Esprit

[2] Traité de Saint Basile sur le Saint ESprit

[3] Lumen Gentium – Vatican II

[4] 1 Co 13, 1

[5] Commentaire de Saint Cyrille d’Alexandrie sur l’Evangile de Jean

[6] Homélie africaine du VIème siècle pour la pentecote

La vie dans l’Esprit nous demande un vrai discernement dans la vie spirituelle pour faire être à l’écoute de la volonté du Seigneur et opérer des choix dans l’intelligence des Ecritures. La lumière de Pâques rayonne dans notre vie pour réorienter nos désirs en Dieu.  Mais nous ne sommes pas seuls. Le Christ nous partage l’Esprit Saint pour marcher selon la grâce. « Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière »[1] Etre responsable de la Parole entendue, c’est accueillir l’Esprit Saint dans nos vies pour partager la joie du salut en annonçant à tous les hommes la Bonne Nouvelle.

 

De l’ascension à la Pentecôte, l’attente de l’Esprit

Accueillir le salut de Dieu demande d’être disponible au souffle de l’Esprit. La révélation de Dieu est un chemin de conversion pour l’homme afin d’accueillir la splendeur de la vérité dans toute son existence et d’agir en conséquence. « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. »[2]  La beauté de la vie d’enfant de Dieu se réalise dans l’accueil des dons du Saint Esprit comme dans la responsabilité de faire fructifier nos talents. La vie en Dieu est d’abord une vie d’humilité à l’écoute de la parole dans la réalité du quotidien en redécouvrant l’extraordinaire de sa grâce dans l’ordinaire de notre vie. Dans tous nos choix de vie nous avons à être conduits intérieurement par le souffle de l’Esprit Saint et à faire confiance dans un discernement prudentiel pour vivre cette transformation de vie dans un appel à la croissance et à la fécondité.

 

C’est dans la grâce de l’Esprit Saint que nous pouvons vivre une vraie communion fraternelle dans la tradition apostolique. La Parole du Christ fait de nous des serviteurs, l’Esprit Saint nous fait expérimenter le service dans l’amour à travers la disponibilité de toute notre vie à l’inattendu de Dieu et au service de la charité fraternelle. Alors, sans cesse, nous avons à demander à la Personne Don de nous conduire dans la révélation de la foi pour mieux comprendre l’œuvre créatrice et y participer dans le rayonnement de la grâce obtenue. A travers notre vocation baptismale il nous faut raviver notre vie de foi dans l’onction de l’Esprit Saint, et retrouver notre premier appel à la sainteté. La méditation des Ecritures, la vie sacramentelle et le service de la charité sont des axes de croissance. Or plus nous laissons l’Esprit agir en nous, plus nous grandissons dans la foi pour avoir l’intelligence de la réalité du moment et de la révélation que Dieu opère, et en même temps retrouver cette vérité du salut et le chemin de purification et de transformation intérieure pour l’atteindre. L’attente de l’Esprit Saint est cette disponibilité intérieure pour laisser la grâce envahir tout notre être. Ouvrir toutes les portes et les fenêtres de notre cœur pour accueillir cette fraicheur rajeunissante de la vie nouvelle dans la grâce de Dieu est un appel d’approfondissement de la richesse de la vie intérieure.

 

Une vie nouvelle

Le témoignage de la foi se vit au cœur de l’Esprit Saint comme un dialogue incessant du don de l’amour qui nous transforme et nous fait agir en vérité. « Par le don de la vie nouvelle, Jésus nous rend participants de son amour et nous conduit au Père dans l’Esprit. »[3] Le pèlerinage de la grâce que nous vivons fait de nous des lucioles dans l’obscurité de ce monde pour apporter le sens de la vie et la beauté de la relation fraternelle puisque nous n’avons qu’un seul Père, Dieu. Le Fils fait de nous des frères et nous invite à vivre la communion pour le mettre au milieu de nous. Au cœur de l’alliance il y a une réalité de Dieu à travers son image, par la croix et la résurrection. Il aime vraiment et s’offre à nous pour nous faire participer à sa vie. Sa parole est exigeante, et le chemin demande de la persévérance avec humilité et douceur. Néanmoins, comme disciples du Christ nous manifestons par nos vies transformées la présence du Seigneur. Or cette fraternité de l’amour s’expérimente dans le don et découvre la richesse de la relation par la joie retrouvée, préparant à l’éternité. Si nous vivons d’amour alors la liberté devient la recherche du meilleur bien dans la vérité de nos actes. Il ne s’agit pas de dénigrer le frère ou d’être à l’affût de toute erreur, mais dans le souffle de vérité retrouver le chemin de l’alliance.

 

Les signes de l’Esprit sont là pour authentifier la vie nouvelle. « Voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. »[4]  Toute aventure spirituelle dans le souffle de l’Esprit s’expérimente dans une vraie progression. Elle se manifeste significativement dans nos vies et dans celles de nos frères. Toute forme de régression est signe d’une déconstruction intérieure, et ce n’est pas seulement la vulnérabilité de l’homme ou le péché mais derrière l’œuvre du tentateur des origines. La manifestation des signes de l’Esprit se lit tout au long d’un parcours spirituel, certes, mais dans une progression de l’histoire commune comme un sceau de l’action de Dieu. On peut ainsi, s’interroger gravement lorsque dans une vie de prière et de proximité avec Dieu, s’observe de la violence fraternelle, un dénigrement de l’autre, une inadéquation à la disponibilité de l’Esprit en mettant la main sur ses choix, et en refusant la communion pour des scissions qui font scandale dans un total débordement de servitude et un retour à l’esclavage. Une régression à la si délicieuse soupe aux oignons d’Egypte idéologisée dans la traversée du désert. « On est esclave de ce par quoi on est dominé »[5] nous rappelle l’Ecriture. Le retour à l’esclavage dans les vernis de dimension spirituelle forme l’emprise que certains peuvent vivre. Retrouver cet espace de liberté c’est accueillir notre secours du Seigneur. «  Tant que nous demeurons des brebis, nous sommes vainqueurs… mais si nous devenons des loups, nous sommes dominés parce que le secours du berger nous abandonne »[6] Et  la parole de Dieu ne ment pas. Le discernement se fait dans la disponibilité aux fruits de l’Esprit et dans la prière pour retrouver le juste dialogue afin d’avancer ensemble dans la construction de la civilisation de l’amour. Le loup dévore dans sa relation dégénérée à l’argent, par sa vindicte la toute puissance et à la relation au pouvoir sans partage et finit toujours par une perversion de la chair. La maitrise de soi est alors cette humilité du cœur inspirée par l’Esprit Saint pour aller à l’essentiel et refuser tout ce qui peut nous asservir. La vie renouvelée n’est donc pas le désenchantement immobile d’un « c’est comme ça », mais à l’écoute de la Parole se laisser façonner par le potier dans l’obéissance de la foi et la stabilité de la tradition apostolique afin de s’affirmer dans le dynamisme de l’amour.

 

Ainsi dans une vie renouvelée, nous n’avons pas à être victimes des situations mais à questionner notre cœur pour demander au Seigneur ce que nous avons à vivre vraiment. Demander des signes dans une recherche de compréhension de l’œuvre de Dieu est une marque de foi, comme Marie à l’annonciation « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? »[7]  Entrer dans une fécondité spirituelle demande aussi de discerner comment le vivre, et de rechercher à se conformer à la Parole de Dieu. La question pour entrer dans l’intelligence de la foi demande un dialogue en vérité pour être toujours ajusté à la volonté de Dieu et finalement dire « Je suis la servante du Seigneur, que tout m’advienne selon ta Parole »[8]  L’obéissance de la foi se vit dans la confiance en la présence de Dieu dans notre vie, et l’Esprit Saint nous fait discerner par les fruits la réalité de la communion avec Dieu et avec nos frères.

 

Nous l’affirmons, l’amour nous fait expérimenter la vraie liberté qui est l’unification intérieure pour répondre à l’appel de la vie en communion avec Dieu. Il s’agit de retrouver la dimension de la profondeur de la vie spirituelle pour continuer d’avancer malgré les tempêtes de la réalité d’un quotidien pas toujours stabilisant. C’est pourquoi, dans la relation fraternelle, le pardon, nous fait expérimenter pleinement le don de l’Esprit Saint notamment à travers le sacrement de réconciliation et engendre une vie nouvelle dans l’émerveillement d’horizons qui s’ouvrent à nouveau à la grâce sanctifiante. Il y a comme un appel à vivre une vie réconciliée où nous marchons auprès de Dieu et avec Lui, traversons toutes les réalités de nos vies dans la paix. Rien n’est possible sans l’Esprit Saint, nous le comprenons aisément. Il nous fait entrer dans l’intelligence de l’amour et Il nous conduit dans ce désir de marcher vers le Père. La vie dans l’Esprit nous permet de dénoncer les contrefaçons de la vie spirituelle pour retrouver dans l’humilité du cœur et la disponibilité aux frères ce qui fait vraiment sens dans la vie de charité. Sans cesse prendre patience pour redresser ce qui est tordu, persévérer dans la vie de prière et dans la réalité du quotidien, continuer de progresser dans la méditation des Ecritures. Le sceau de l’Esprit Saint dans nos vies produit l’engagement dans le don sincère de soi-même.

[1] Jn 16, 13a

[2] Jn 15,26

[3] &118 Veritatis Splendor JPII

[4] Ga 5,22-23a

[5] 2 P 2

[6] Homélie de St Jean Chrysostome sur l’Evangile de Matthieu TO XXXIV Jeudi

[7] Lc 1,34

[8] Lc 1,38

L’amour dans l’humilité du cœur

La joie de la rencontre se vit dans la solidarité fraternelle et le partage de l’amour par un témoignage probant. Le devoir de la foi est devoir de charité envers Dieu et toute sa création. Mais nous avons à réapprendre dans la sainteté de l’amour à retrouver l’exigence du sacrifice afin d’accueillir la joie pascale comme une réalité d’imitation pour notre propre vie. L’humilité du Christ qui passe par notre humanité jusqu’à la folie de la croix éprouve notre foi, mais nous conduit à comprendre la résurrection comme un compagnonnage des Ecritures pour conduire l’humanité vers les réalités du ciel. C’est une purification de tout notre être afin de vivre cette joie de Dieu en annonçant la Bonne Nouvelle, en commençant par Marie Madeleine, celle-ci doit aller voir les apôtres pour témoigner, et dans la révélation du Sauveur qui donne la saveur du salut sur nos chemins d’Emmaüs, tous évangélisateurs au nom de la grâce baptismale. Répétons-le : pas de joie spirituelle sans une joie humaine de la fraternité, dans l’humilité du cœur. La dimension du sacrifice et bien cette réalité de la souffrance qu’Il nous faut accueillir dans la vulnérabilité de l’homme. La joie de la résurrection n’efface pas la réalité du mal mais la dépasse en montrant la victoire de la vie malgré toutes les vicissitudes, les tristesses, les angoisses. Que nous demandions que la coupe s’éloigne de nous, ne doit pas empêcher de nous rendre disponible à la grâce dans l’obéissance aux commandements de Dieu et des réalités d’un mauvais usage de la liberté de la part de nos frères. L’humilité se trouve justement dans l’acceptation des situations, et non dans l’orgueil d’une toute puissance ou nous ferions à la place de Dieu pour justifier nos chemins d’égarements.

 

Le chemin de disciple du Christ est un appel à la communion afin de retrouver ce qui fait sens dans notre vie et reprendre notre vocation d’image de Dieu appelé à la ressemblance. « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en Toi »?[1]   Le Christ nous montre le chemin de vie, et dans la vérité de l’amour. Il nous faut continuer notre parcours de foi. L’humilité est le plus sûr chemin de la relation ajustée au frère. Une purification de tout engagement qui se vit dans le service et non la domination ou l’autorité perverse. « En obéissant à la vérité, vous avez purifié vos âmes pour vous aimer sincèrement comme des frères »[2] Ce chemin de sainteté, nous avons à le vivre comme une expérience personnelle avec sa dimension communautaire, assidus à l’enseignement des apôtres et à la fraction du pain. Christ nous faut marcher sur ce chemin de vie qui nous ouvre à la grâce de la Personne Don (l’Esprit Saint) pour entrer dans l’intelligence des Ecritures et entendre le Seigneur continuer de nous parler.

 

Une lumière qui chasse toute peur pour l’introduction à la vie éternelle

Dans une perspective eschatologique le chemin d’Emmaüs nous fait explorer l’alliance et la signification de la révélation. Les Ecritures parlent du salut de l’homme par l’envoi du Messie pour que s’accomplisse la promesse de Dieu. L’amour œuvre pour notre salut et nous introduit dans l’intelligence du dessein de Dieu pour toute la création. Nous en sommes témoins. « La foi pascale qui nous unit à Jésus nous est présentée… comme un passage, passage de l’ignorance inquiète à la reconnaissance des merveilles du Christ dans la gloire du Père et la communauté des frères[3], passage de la peur qui se ferme en elle aux dons de l’Esprit qui ouvrent sur le monde[4], passage enfin du refus de croire à l’adoration et à la foi de l’Eglise[5] . … Cette connaissance dans la foi du Ressuscité inaugure une immense aventure, celle de la connaissance de Dieu qui n’est saisi qu’en le cherchant davantage. L’Eglise, … n’a jamais fini de poursuivre son Epoux »[6] Libérés de toute peur, nous voici dans la joie pascale à accueillir la présence du ressuscité. Il suffit de regarder Jésus pour nous rappeler son amour pour le Père et sa volonté de communion avec l’homme en envoyant l’Esprit Saint. Toute sa vie l’obéissance à la volonté du Père a été un chemin de sanctification pour tout homme. La manifestation de l’Esprit Saint est pour l’Eglise l’expression de cet amour qui continue de pousser à croire et à vivre en Dieu. A la lumière de l’Evangile et conduit par l’Esprit Saint, ce temps de résurrection est un temps de conversion complète (de retournement – de remodelage pourrions-nous dire) de tout notre être à la grâce du Seigneur et d’une prise de conscience que Dieu doit être l’axe central de notre vie. Délivrés de toute peur, nous aussi nous avons à traverser la mer rouge de la promesse pour gouter à la joie de la résurrection. Tout au long de notre vie, nous avons à reposer cette confiance en Dieu à chaque instant et dans l’humilité du cœur le laisser nous renouveler de ‘l’intérieur pour aimer en esprit et en vérité.

 

La vocation de l’homme ? Ressembler à Dieu !

A la lumière de la résurrection la vocation de l’homme est éclairée d’un jour nouveau ; Le huitième ; Celui de l’accomplissement de l’alliance. Le Christ éclaire le mystère de l’homme et fait de nous des témoins de son amour dans l’expérience de sa présence et répondre dans cette liberté interrelationnelle d’une responsabilité pleine de notre vocation propre. « La lumière du Christ, image du Dieu invisible »[7] rayonne en son image dans tout notre être et à l’aube de Pâques, l’obscurité de notre être est transformée en lumière divine, et la gloire de Dieu nous habite lorsque nous marchons dans ces pas sous la grâce des sacrements et la communion des frères. Le salut annoncé par les témoins, vivant le changement de conduite et faisant des choix dans l’exigence des fruits du royaume, montre par l’engagement la richesse de la relation à Dieu et le manifeste pleinement en devenant des lumières pour ce monde en perdition. Ils redonnent le sens d’une part, mais surtout reflète le mystère divin par les œuvres de charité et de piété d’autre part. Le Christ est notre lumière, et nous la partageons à tous à travers cette imitation de sa vie et des choix responsable de l’annonce de la Bonne Nouvelle. La vocation de l’homme est bien de rappeler cette union à Dieu, l’éblouissante manifestation de sa présence à travers le rayonnement d’amour de l’alliance, puisant dans l’amour la raison de la révélation.

 

La ressemblance à Dieu est d’être « assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières »[8] c’est-à-dire vivre sa foi dans la relation à Dieu et au frères dans le partage du pain et au service de la charité, dans une recherche de communion qui demande l’obéissance dans la foi et l’humilité pour continuer d’avancer ensemble plus loin dans l’unité et manifester ainsi la gloire de Dieu à travers la grâce qu’Il nous octroie. Dans les réalités qui sont les nôtres à travers nos rapports familiaux et sociaux, et le développement des techniques, notamment des réseaux sociaux, il nous faut sans cesse trouver les modes d’annonce pertinent avec un discernement prudentiel pour ne pas se laisser manger par l’ogre de l’information tout azimut, tout en assurant une présence discrète et profonde. L’unité dans le Christ est notre vocation de fraternité universelle qui demande sans cesse un ajustement de notre part pour quitter nos propres forteresses d’un moi tout-puissant et reconnaitre les conversions à vivre sans cesse. Même dans nos approches des mass médias et des aspects d’une culture souvent négative sur la foi, le Christ qui nous habite doit nous aider à proposer des changements de regards pour devenir bienveillant et dans une recherche de communion fraternelle offrir la responsabilité de liberté de chacun à travers la recherche d’une équité véritable. Ressembler à Dieu c’est reconnaitre en chaque homme un frère à faire grandir dans la relation à Dieu et l’apprentissage d’une vie pleine de sens, puisque Dieu y est présent.

[1] S. Augustin, Confessions.

[2] 1 P 1,22

[3] Jn 20,11-18

[4] Jn 20, 19-23

[5] Jn 20, 24-29

[6] P 251 De la lumière à l’amour – Jean Laplace

[7] &10 Gaudium et spes – Vatican II

[8] Ac 2

La lumière de la résurrection fait notre joie car la grande espérance du salut s’est réalisée en Christ. Alors comment vivons-nous cette joie de la fidélité de l’amour de Dieu pour chacun d’entre nous ? Comment vivons-nous cette réalité pascale de la joie de la rencontre ? En quoi la résurrection du Christ embrase-t’elle notre histoire ?

 

Un envoi en mission

Souvenons-nous, Paques est le passage de l’esclavage du péché à la liberté de l’amour dans la vérité de tout notre être, une lumière de l’humanité, l’unique qui redonne le sens profond de l’homme image de Dieu appelé à rayonner de la gloire divine. La résurrection n’est pas seulement une lumière qui brille dans nos ténèbres tout en gardant les ombres d’une forme de relativisme de la présence de Dieu. Christ est vivant et nous venons vous l’annoncer ! La visite de Dieu dans sa promesse réalisée brille de la vérité du Verbe fait chair et transforme notre vie. Bien plus, elle est révélatrice de Celui qui embrase notre existence d’une conversion de tout notre être à sa Parole de vie guidée par le souffle de l’Esprit Saint. Le Christ nous forme au combat spirituel pour irradier d’amour en nous poussant à choisir Dieu comme l’Unique.

 

Parfois nous fêtons le Christ ressuscité en bon élève dans les premiers rangs de la classe, et puis, la fête passée, la foi trépasse et la classe se vide. La tiédeur s’installe dans une nonchalance de l’attachement… « on verra plus tard »…Pourtant nous sommes appelés à nous imprégner de la lumière de l’Evangile aux couleurs de ce monde avec ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses pour annoncer la Bonne Nouvelle. La joie pascale n’est pas une joie passagère, d’un tourisme spirituel, mais bien l’ancrage de notre vie, comme le début d’une nouvelle existence où Dieu est présence. Car Dieu continue de nous appeler et d’être présent à nos côtés. Au cri de la croix sur l’abandon de Dieu résonne aujourd’hui le cri de Dieu sur l’abandon de l’homme à la relation divine. Pourtant le Christ est bien ressuscité. Il a tenu parole. A nous de marcher à sa suite.

 

Face au mal, s’éclairer à la lumière de paques

Le carême comme exercice du combat spirituel nous a entrainé à accueillir la joie du vainqueur, le Christ, notre Seigneur. Certains combats sont rudes, nous en faisons l’expérience parfois de manière amère. Une écharde dans le corps que l’on voudrait enlever pour n’être qu’à Dieu. Nous recherchons parfois l’illusion toute puissante d’être parfait pour le fantasme de l’union engendrant l’incapacité d’adaptation. Or nos imperfections permettent des progressions en étant miséricordieux et compatissant. Oui, cette même écharde nous appelle à être humble et à ne pas nous surestimer[1].L’humilité de la croix et la victoire de la résurrection nous montrent que c’est par la foi que nous sommes appelés à cette joie de la révélation. « L’homme se découvre incapable par lui-même de vaincre effectivement les assauts du mal ; et ainsi chacun se sent comme chargé de chaînes. Mais le Seigneur en personne est venu pour restaurer l’homme dans sa liberté et sa force, le rénovant intérieurement »[2] L’annonce pascale est de voir la victoire de l’amour qui remet la communion entre Dieu et l’homme en Christ. Le mal est vaincu non par la violence mais par l’humiliation de la croix pour nous rappeler que c’est dans le don sincère de soi-même que nous reflétons le mieux l’amour de Dieu et du frère. Les assauts du mal nous poussent à un repli sur soi-même une forme d’aliénation que l’on nomme liberté et une promotion cynique de la culture de mort. L’appel à la désespérance d’un avenir sombre nous empêche de voir la lumière de paques comme une réalité du monde à venir. Or le Christ est venu nous restaurer, et avec Lui, tous les possibles sont ouverts. « La foi n’est pas une lumière qui dissiperait toutes nos ténèbres, mais la lampe qui guide nos pas dans la nuit »[3] Toute vie humaine est un pèlerinage vers la sainteté de Dieu avec une démarche de transformation pour laisser passer la lumière. Oui il est ressuscité. Pour certains qui n’osent pas y croire tant c’est beau, nous le réaffirmons Il est ressuscité !

 

Le témoignage d’une vie intérieure guidée par la parole

Tout homme à la suite du Christ est appelé à faire cette expérience du don sincère de soi-même et à imiter le Christ en devenant témoin de la Parole de vie. « Jésus peut apporter au monde un nouveau commencement et une nouvelle lumière, la plénitude de l’amour fidèle de Dieu qui se livre aux hommes. »[4]. La plénitude de l’amour par la résurrection et le salut promis à tous ceux qui mettent leurs espérances dans le Seigneur est joie de la rencontre. Dieu est fidèle et dans l’amour nous montre un chemin de communion pour vivre le partage pour l’éternité. Ce n’est pas par des voix tonitruantes ou des imprécations, mais dans le silence de la croix et du tombeau, et le jaillissement des signes qui nous font prendre conscience en toute liberté d’une promesse à réaliser en devenant disciple. Le travail de la vie intérieure est justement de se libérer de l’ancien monde pour accueillir la terre promise. Alors nous nous remettons debout, délivrés de l’esclavage du péché, et libérés par pure grâce. La rencontre de paques irradie notre histoire de la vie divine, et dans le souffle de l’Esprit nous réunifie pour bâtir la civilisation de l’amour. Toutes nos activités quotidiennes doivent trouver un sens en Dieu, et contribuer à nous humaniser davantage.

 

Appelés à une transformation de vie qui rejette toute forme d’utilitarisme, de collectivisme déshumanisant ou d’individualisme déstructurant, les disciples du Christ travaillent à retrouver une écologie intégrale où l’homme est au cœur de la relation dans un juste rapport à Dieu, à ses frères et à toute la nature. Dans un discernement responsable éclairé par une conscience droite, nous avons à retrouver une vie intérieure qui se mette au rythme de Dieu afin de nous laisser guider par la grâce.  Oui, la lumière de la vie exprime une joie profonde d’un Dieu qui se révèle en chacun de nous dans la grâce de l’Esprit Saint et nous engage à sa suite à témoigner avec ardeur d’un amour qui nous libère de l’esclavage du péché pour retrouver notre place d’héritier du Royaume. « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » La foi est ce feu intérieur que l’on veut partager à tous comme une joie de la relation. Le jardin originel s’est ouvert dans la nouveauté de Paques. La Parole nous guide sur ce chemin de vie comme une source inépuisable d’un amour qui se répand pour ceux qui s’y abreuvent.

 

La promesse d’un amour salvateur

A l’ombre de la croix, la joie de la résurrection nous réveille à la promesse de Dieu dans la grande espérance du salut. Le Christ ressuscité révèle une nouveauté dans l’histoire dans la réalisation d’une humanité délivrée d’une mort enfermante. « L’homme nouveau porte les stigmates du Christ sur son corps ; le souvenir de la détresse du péché d’où il est éveillé pour une vie bienheureuse et du prix qu’il a fallu payer pour cela »[i] En effet, l’espérance s’est réalisée à la lumière de la résurrection du Christ. Il a ouvert les portes de la vie en Dieu par le don de l’Esprit Saint, et nous entraine avec Lui dans la communion éternelle en ouvrant les portes du paradis afin de rencontrer le Père. Le Christ Rédempteur n’est donc plus seulement une promesse lointaine d’un Messie à venir, mais un fait de Pâques, un signe pour l’homme d’aujourd’hui. Oui, il est possible d’entrer dans la joie du Père en imitant le fils et docile au souffle de l’Esprit. A nous d’être disponibles à cette lumière intérieure qui nous fait expérimenter la présence de Dieu et nous ouvre à une joie enracinée dans une paix communicative. Là notre conscience s’ouvre aux bienfaits du Seigneur et suscite en nous un désir de communion de plus en plus intense. L’infamie de la croix devient la croix glorieuse. La lumière de Pâques révèle l’amour par l’accomplissement des Ecritures et dans le souffle de l’Esprit et nous conduit vers le Père pour un bonheur sans fin.

 

La lumière divine est l’expression du face-à-face avec Dieu où nous entrons dans l’adoration éternelle en bénissant le Tout Puissant pour l’expression de son amour et en lui rendant grâce pour des actions dans nos vies. La résurrection illumine notre vie d’un amour salvateur. Le Christ nous a rachetés du péché pour nous conduire dans la lumière de sa présence. Il fait de nous des enfants de Dieu prêtre, prophète et roi dans la grâce du baptême et nous envoie comme témoins dans la grâce de la confirmation. La croix devient l’expression de la foi audacieuse qui manifeste la présence de Dieu en toute occasion. Laissons cette lumière de paques irradier toute notre vie et nous orienter vers un monde meilleur où le Christ règne. (…)

[1] 2 Co 12,7

[2] &13 Gaudium et spes – Vatican II

[3] &57 Lumen Fidei – François

[4] &59 Lumen Fidei François

[i] Kw 241 p 113 La puissance de la croix – Edith Stein

L’amour de Dieu éclaire notre liberté.

Dieu nous aime. Il se manifeste dans notre vie pour nous amener à Lui. Il est la source de vie pour toujours. Ainsi nous expérimentons pleinement la responsabilité de la liberté de l’amour. A la suite des témoins du Christ nous sommes appelés à vivre la manifestation du salut à travers la joie de la résurrection. « Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui.»[1] La bénédiction de Dieu se reçoit dans la Parole du Fils et grandit par grâce de l’Esprit, avec ce prolongement de l’œuvre créatrice du Père de qui vient toute autorité. Alors nous retrouvons cette confiance en la providence de Dieu qui nous conduit sur un chemin de vérité dans la juste relation. Voici notre joie, le jardin d’Eden s’est de nouveau ouvert par grâce, et la résurrection du Christ éclaire notre avenir

 

La vie d’enfant de lumière nous incite à rechercher cette relation à Dieu d’un grand désir, pour nous laisser entraîner dans la joie de la communion en contemplant Dieu d’un cœur pur. Les saints «  étaient les plus éclairés par la lumière authentique qui reflète la vérité divine et approche la réalité même de Dieu, parce qu’ils abordaient cette vérité avec vénération et amour: amour avant tout pour le Christ, Verbe vivant de la vérité divine, et en même temps amour envers son expression humaine dans l’Evangile, dans la tradition, dans la théologie »[2] L’amour demande à être connu (connaissance), et reconnu (Volonté) pour en témoigner autour de nous (mémoire). L’alliance avec Dieu pour le peuple élu est une révélation du buisson ardent où Dieu se fait connaitre, comme Celui qui agit dans l’existence, et demande à ce que nous marchions à sa suite pour être libérés du péché et de toute forme d’esclavage. C’est une aventure dont il faut faire mémoire. Ce n’est pas une histoire de vieux combattant, mais d’émerveillement des signes de Dieu dans l’histoire des hommes et d’un entrainement à l’adoration pour sa plus grande gloire.

 

 

Notre vie humaine s’enracine dans l’accompagnement avec Dieu et par la vérité de la relation de confiance qui s’enracine au cœur de la charité. C’est pourquoi, toute histoire spirituelle est avant tout la rencontre  par les sens de notre corps[3] mais aussi par les sens de notre perception humaine – l’âme[4]. La vérité divine illumine donc tout notre être dans son âme et dans son corps pour nous faire expérimenter la grâce de la réalisation de la grande espérance du salut. « Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu nous donner l’intelligence pour que nous connaissions Celui qui est vrai »[5] La vie d’enfant de Dieu est une promesse pour un amour d’éternité en Dieu et nous savons par la résurrection que cela est vrai. A nous d’entrer librement dans cette connaissance qui nourrit notre humanité d’un sens nouveau dans l’inclination à vivre de la grâce.

 

Une joie de la connaissance de Dieu

En effet la résurrection nous transfigure dans la joie de la rencontre du Christ vivant. Il est la vraie connaissance. Et entrer dans l’intelligence de la foi à la source de la résurrection c’est retrouver l’éternelle sagesse qui est de contempler Dieu. La démarche personnelle de chacun à connaitre Dieu et de vouloir le suivre est la première démarche de cohérence de notre humanité. L’errance de l’homme loin de Dieu est toujours diabolique. D’ailleurs plus que de cohérence de la relation, nous devrions parler d’unification de tout notre être dans l’accomplissement de la vie humaine par le Christ Rédempteur. Le tentateur des origines essaye de nous éloigner de Dieu et de nous faire perdre la réalité d’une communion confiante. L’homme se retrouve face à sa nudité et la désespérance de sa situation. Au contraire à l’aube de Pâques, la réalité de la vocation humaine se réalise parfaitement dans le Christ, et devient pour nous la norme d’une vie à sanctifier dans le souffle de l’Esprit Saint. Dans cette intelligence de la dignité humaine, nous comprenons que faire mémoire pour persévérer sur le chemin de vie fait partie de tout notre être. La volonté humaine se fonde sur la liberté fortifiée par la connaissance et dans la mémoire de l’action de Dieu dans notre vie pour croitre en sa présence.

 

L’amour nécessite  un retournement intérieur pour contempler Dieu

Le Verbe s’est fait chair pour endosser notre humanité. Il nous montre le chemin de joie dans la relation au Père. Christ est ressuscité et il dévoile à l’homme ce chemin de transfiguration en Dieu. L’incarnation est l’éternité de Dieu dans le temps de l’homme. La résurrection est le salut de l’homme dans l’éternité de Dieu. Le Rédempteur illumine notre vie de sa présence. Il est Dieu et dans un véritable amour au service de l’homme et il se révèle à chacun d’entre nous, n’en doutons pas. Il nous faut le reconnaitre dans cette expérience d’une conversion personnelle « Mon Seigneur et mon Dieu. ». Une relation de l’homme qui reconnait l’amour donné et manifesté par son Sauveur et prend conscience qu’Il est le maitre de la vie. Alors il s’agit de vouloir être avec Lui pour toujours et de sans cesse faire mémoire de sa manifestation dans notre histoire.

 

De fait, au retournement extérieur d’un vrai désir de Dieu, il est demandé un retournement intérieur pour gouter à la radicalité du chemin de l’amour dans un engagement fiable afin d’entrer dans la joie de Celui qui nous a créés. D’ailleurs le véritable amour n’est pas dans ce qui est utile mais dans ce qui fait sens, et Marie Madeleine nous édifie par cette disposition du cœur à aller jusqu’au bout dans l’humanité. Cet amour de Marie Madeleine qui accomplit son service malgré la douleur de la perte, et la mort du Messie. De bon matin, sans perdre de temps elle va vers le tombeau pour embaumer le corps. Néanmoins, cela demande une dépossession du service pour entrer dans la rencontre. C’est un chemin spirituel pour tout baptisé. « ’S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! ». Un retournement de tout son être d’où jaillit la familiarité du langage de l’amour. Elle reconnait le maitre. Une expérience spirituelle qui conduit à vénérer le Christ, en d’autres termes à le reconnaitre dans notre réalité quotidienne comme une relation vivante. La rencontre où nous voulons le suivre en l’imitant chaque jour dans les choix de vie que nous opérons tout au long du parcours de foi. Dieu est fidèle, et nous avons à le suivre fidèlement avec assurance et dans une volonté ferme d’aller jusqu’au bout dans le don de sa vie. Il y a bien un moment dans notre vie où nous devons le reconnaitre dans notre histoire et de vouloir marcher avec Lui jusqu’au bout.

[1] 1 Jn 4,9

[2] &19 Redemptor Hominis – Jean Paul II

[3] Vue, Audition, toucher, odorat et goût

[4] Connaissance, volonté, mémoire

[5] 1 Jn 5

(….)Il nous faut comprendre que le combat est une réalité à vivre avec humilité. Nous ne devons compter que sur Dieu avec confiance et fidélité. Le jeûne est un moyen d’en prendre conscience dans notre corps et dans notre âme. En effet nous attendons le secours de sa grâce en travaillant de notre côté sur nos propres responsabilités. « Si un roi veut s’emparer d’une ville ennemie, il commence par tenir l’eau et les vivres ; ainsi, mourant de faim, les ennemis se soumettent à lui. Ainsi en va-t-il pour les passions de la chair ; si l’homme vit dans le jeûne et la faim, ses ennemis perdent leur force dans son âme »[1]  Le combat spirituel demande donc du temps et surtout de la persévérance, mais en gardant droite cette volonté d’avoir le Seigneur à nos côtés. Si l’Esprit envoie le Christ au désert c’est pour montrer à toute personne humaine qu’il nous faut sans cesse nous défaire de la superficialité pour entrer en profondeur. L’appel à la vie intérieure en avançant au large[2]  est un appel à la transformation de vie pour ne choisir que Dieu, et Lui seul. «  Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. »[3] Dès lors, le jeûne devient une arme efficace contre les séductions de la superficialité et l’appétit du monde. Il nous engage à lutter contre le détournement de Dieu par un signe de notre part. Toute vie intérieure comprend aisément que la vraie lumière est le Christ. Elle nous amène à fuir la ténèbre pour nous laisser habiter la vérité de l’amour dans une réponse juste à sa grâce prévenante. « Dieu seul suffit ». Le jeûne est donc un acte de foi où nous mettons Dieu à la première place car c’est de Lui que vient le salut[4]. Notre force vient de Dieu et Il nous guide vers le chemin de communion dans la simplicité de nos relations. L’humilité est une forme de liberté exercée dans la simplicité du rapport avec les biens de ce monde afin d’accueillir le salut de Dieu. Par la confiance aux Ecritures, le témoin du Christ apprend à travers le jeûne la liberté de l’amour d’où rayonne la présence du Seigneur. L’humilité transfigure notre vie dans les actes posés comme retour vers Dieu de qui vient tout bien.

 

De l’humilité en toute chose

Nous devons vivre notre humanité dans l’humilité par une recherche de purification qui demande une démarche pénitentielle et passe par l’ascèse. Face aux trois concupiscences[5] le fidèle témoin du Christ sera vigilant sur la grâce de la parole en refusant toute forme de blasphème et toute forme de paroles négatives et ce qui empêche de grandir, avec pour signe la maitrise de soi et promouvoir le jeûne et l’abstinence comme effort personnel pour participer à la grâce première de l’Esprit Saint. « Celui qui maitrise son ventre peut maitriser sa fornication et sa langue »[6] De même la grâce des mains accompagne la personne humaine dans toutes ses réalités, sans les fuir, mais en les guidant vers la lumière de la vie en Dieu, ce qui induit l’interdit du meurtre et le respect de toute vie, mais également dans un signe efficace, le partage des biens et la gratuité du temps  passé ensemble dans une recherche de communion. Enfin la grâce du corps est un appel à la chasteté afin d’avoir toujours une vie de gratuité dans une juste relation à l’autre et manifester ainsi son attachement au Tout Autre. Or l’un des signes est l’espace de gratuité dans la prière et la recherche de communion avec Dieu que nous partageons avec nos frères. C’est un appel au discernement de l’Eglise avec une vertu de prudence pour rechercher ce qui contribue au meilleur bien dans le souffle de l’Esprit. Vivons une vie sanctifiée et corolairement une vie unifiée avec Dieu et avec nos frères en ouvrier de communion et artisan de paix. Rien n’est jamais acquis, et chaque jour nous avons à progresser pour mieux contempler Dieu et le signifier par une fraternité toujours plus ajustée.

 

Hélas, même dans le jeûne, si nous manquons d’humilité alors peut survenir l’orgueil et une attitude de supériorité, comme le pharisien devant le publicain[7]. Il jeûne deux fois par jours mais il méprise son frère. Si l’un des surnoms du diable est le malin, c’est qu’il trouve plaisir à nous fourvoyer de manière parfois très subtile. « Jeûne avec intelligence et exactitude. Veille à ce que l’ennemi ne s’immisce pas dans l’affaire de ton jeûne… Reçois donc avec sécurité la croix du Seigneur marquée dans les vertus, c’est-à-dire une foi droite avec des œuvres saintes »[8]. Or la pénitence est à relier à la croix du Christ comme une participation à l’annonce de la bonne nouvelle du Salut. A travers le jeûne ce n’est pas sur nos propres forces que nous comptons mais sur l’action de Dieu de qui vient toute gloire. Recevoir la croix du Christ c’est accueillir sa volonté dans notre vie et le jeûne nous détourne de ce qui est superficiel pour gagner en intériorité dans la construction d’une conscience droite éclairée par la grâce de l’Esprit Saint toujours premier dans le dynamisme de l’amour. Nous délaissons les distractions de ce monde, et les penchants mauvais pour nous approcher de Dieu[9] et mieux l’aimer à l’écoute de l’Esprit Saint[10]. Cet acte de pénitence nous ramène à Dieu en reconnaissant nos fautes, mais nous détourne de tout ce qui nous éloigne de Dieu. C’est bien le chemin des témoins de la foi. « Les saints et les amis de Jésus-Christ ont servi Dieu dans la faim et dans la soif, dans le froid et dans la nudité, dans le travail et dans la fatigue, dans les veilles et dans les jeûnes, dans les prières et dans les saintes méditations, dans une infinité de persécutions et d’opprobres. »[11] Ce n’est donc pas sur l’apparence des valeurs de ce monde, mais bien sur l’appel à vivre de la grâce et rechercher le Royaume de Dieu que nous serons jugés. La grande espérance du salut est de rechercher les biens du ciel et de refuser tout ce qui vient du Mauvais. L’humilité est la voie étroite d’une âme qui désire Dieu et le sert avec tendresse et componction.

 

Conclusion

Le combat spirituel demande de s’aguerrir chaque jour face aux tentations du démon. Si le diable existe bien, cela ne retranche en rien notre responsabilité baptismale de combattre avec fermeté mais jamais seul car nous sommes avec le Seigneur afin de marcher vers la victoire de Pâques. « Si je retranche les plaisirs, c’est pour supprimer les prétextes de l’emportement. Je sais, en effet qu’il me combat toujours à l’occasion des plaisirs, qu’il trouble mon esprit et en chasse la connaissance »[12] Le temps du carême nous ouvre à une autre gestion du temps où par la prière je saisis l’immédiateté de la familiarité avec Dieu et la grâce que cela produit. C’est un exercice pour une pratique ensuite dans le quotidien d’une vie tournée vers Dieu. C’est pourquoi le spirituel demande toujours un témoignage probant. « Il est bien de manger de la viande et de boire du vin et de ne pas manger la chair de ses frère en parlant contre eux »[13] Ce n’est pas juste une période de l’année, mais toute notre vie que la foi doit se voir. En effet nous sommes appelés à rayonner de la lumière du Christ. L’exemplarité des vies demande aussi une exemplarité de notre communauté à vivre la communion et à ne pas être des mercenaires de la foi, pour faire le juste nécessaire et être indifférents aux autres réalités de l’Eglise. « la vie commune… a besoin de trois pratiques ; celle de l’humilité, celle de l’obéissance et celle d’un zèle ardent et stimulant pour l’œuvre commune »[14]  L’importance de la communion paroissiale et ecclésiale dans une recherche de discernement sous le souffle de l’Esprit Saint nous entraine au désert à un regard purifié dans une bienveillance naturelle sur le frère et une recherche du bien commun en toute justice dans la sincérité du don de soi. « Voilà le jeûne que Dieu approuve : un jeûne qui élève à ses yeux des mains remplies d’aumônes, un jeûne réalisé dans l’amour du prochain et imprégné de bonté »[15]

 

L’appel à la prudence dans le combat spirituel nous aide à comprendre le jeûne comme une arme efficace lorsqu’il est vécu dans une vie de prière et dans la réalité du partage fraternel. Le Christ doit être au cœur de notre vie, et c’est Lui que nous suivons dans la réalité de toutes nos relations et l’obéissance de la foi dans la tradition apostolique et le bon sens des fidèles. Peut-être pouvons-nous conclure avec cet appel du Pape à trouver dans l’ascétisme un chemin toujours actuel de transformation du cœur et de renouvellement de l’âme. « Si le Carême est un temps d’écoute, le jeûne constitue une pratique concrète qui dispose à l’accueil de la Parole de Dieu. L’abstinence de nourriture est, en effet, un exercice ascétique très ancien et irremplaçable dans le chemin de conversion. »[16]

[1] Apophtegmes des pères &20 la maitrise de soi Abba Jean Colobos

[2] Luc 5, 1-11

[3] Ex 20,3

[4] Ps 62

[5] La concupiscence du regard, la concupiscence de la chair et l’orgueil 1Jn 2,16

[6] Apophtegmes des pères &81 la maitrise de soi

[7] Lc 18,1-14

[8] Apophtegmes des pères & 102 la maitrise de soi

[9] Jc 4,8

[10] Ac 13,2-3

[11] LI, 18-1 Imitation de Jésus Christ

[12] Apophtegmes des pères &14 la maitrise de soi

[13] Apophtegmes des pères &59 la maitrise de soi

[14][14] &677 les sentences des pères du désert

[15] Homélie 16 St Grégoire le Grand

[16] Ecouter et jeuner – message du carême 5 fevrier 2026

De comment jeûner nous devons poser la question pourquoi jeûner ? Il y a bien une dimension spirituelle dans la grâce du jeûne. Elle est d’abord de l’ordre du combat spirituel comme nous le rappelle le Christ « Mais cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne. »[1]. Elle est également de l’ordre de la purification personnelle à travers l’apprentissage de la maitrise de soi pour la vie du royaume. Avec la prière et le partage, le jeûne forge notre vie de foi dans la confiance en Dieu et une vraie fraternité.

 

Trois piliers pour une même conversion

L’attitude chrétienne face au jeûne est d’abord une cohérence de démarche à travers la dimension spirituelle du jeûne, du partage et de la prière. Trois piliers d’une même action de conversion. « Le jeûne est l’âme de la prière, la miséricorde est la vie du jeûne. Que personne ne les divise »[2]  Trois espaces de rencontre où nous sommes appelés à laisser la lumière du Christ briller dans notre vie. Dieu est toujours premier dans la grâce, mais nous demande une participation active et non le nomadisme spirituel ou l’indolence sentimentale ou pire encore la paresse pleine d’acédie. A travers le jeûne et la prière nous prenons conscience de ce qui vient de Dieu et de comment réjouir notre cœur de la grâce de sa présence. La charité devenant le signe de notre conversion envers tous.

 

Trop souvent le combat spirituel est vu comme une attaque du démon avec l’impossibilité de s’améliorer dans le dynamisme de vie qui nous habite. Or l’écharde dans notre chair[3] est là pour nous rappeler que l’humilité est la meilleure relation à Dieu et la prise de conscience de notre vulnérabilité face aux attaques de l’ennemi. Ainsi le combat spirituel n’est pas une possession et ne demande pas d’exorcisme, mais une participation de tout notre être dans un cheminement vers l’acceptation de la grâce à travers la purification des sens. « Celui qui prie et qui jeûne comme nous disons, n’a plus besoin de tous les faux biens de la terre, et celui qui n’a plus besoin de ces biens en est d’ordinaire fort détaché, et est toujours prêt à faire l’aumône. Celui qui jeûne a l’esprit fervent, toujours élevé au ciel. Il prie avec application. Il éteint en lui les mauvais désirs. …. Il humilie son âme et réprime son orgueil. »[4] Le travail de conversion demande une cohérence de notre vie de foi dans l’espérance du salut avec une charité inventive. C’est une invitation à la conversion intégrale.

 

Aucune action n’a de sens isolée, ni le jeûne pour soi-même, ni la prière comme une espèce de mantra, qui d’ailleurs peut exclure le frère, ni le partage sans responsabilité de la vérité de l’amour. Si nous pouvons être tentés par le monde ou par le tentateur des origines, le pire ennemi se trouve en nous-même et le combat spirituel peut être éprouvant tant il faut remettre de l’ordre dans la maison. « Le diable, rôde comme un lion rugissant »[5].pour trouver nos failles et s’y engouffrer. Le jeûne nous permet de refuser tout ce qui dévoie le sens, le partage ce qui détourne nos yeux des vraies valeurs, et la prière pour lutter contre l’orgueil et accueillir la Parole de Dieu qui nous réunifie. Dans cette démarche de carême, qui se prolonge lors des périodes de discernement pour faire des choix de vie, c’est tout notre être qui est appelé à une communion avec Dieu signifiée dans la relation ajustée à nos frères.

 

Le combat spirituel

L’annonce de la Bonne nouvelle nous livre deux aspects importants. Jésus guérit les malades et chasse les démons. En écho à la parole du prophète Isaie : « N’est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère:   défaire les chaînes injustes,   délier les liens du joug;   renvoyer libres les opprimés,   et briser tous les jougs?  N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé,   héberger chez toi les pauvres sans abri,   si tu vois un homme nu, le vêtir,   ne pas te dérober devant celui qui est ta propre   chair?  »[6] L’attention à la personne humaine comme œuvre de Dieu a guidé l’action du Christ vers l’annonce de la Bonne Nouvelle du salut. La guérison des malades participe à l’édification du peuple de Dieu qui voit les merveilles de Dieu, et à l’édification de la personne qui devient apte à rendre pleinement gloire à Dieu pour les bienfaits. La libération du mal participe à ce rétablissement de tout l’être pour accueillir la grâce de la présence de Dieu dans l’histoire de chacun.

 

Tout au long des Evangiles les deux aspects d’un rétablissement de l’homme tant extérieur par son corps qu’intérieur par la délivrance des emprises du démon nous ramènent à vivre une communion avec Dieu qui est réunification de tout notre être. La lutte de l’adversaire contre le Royaume de Dieu, pour nous détourner de la Parole de Vie entraine à regarder comment purifier le cœur pour être agréable au Seigneur. Le Christ nous libère du péché, et nous sauve en nous faisant entrer avec Lui au Paradis, mais il nous libère des chaines du tentateur pour faire de nous des hommes et des femmes vraiment libre, et capable d’aimer en vérité dans tous les choix que nous posons. Or nous avons un effort personnel à vivre pour marcher à la suite du Christ. « Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. »[7] nous dit Saint Paul. Partir au combat est donc de mettre sa confiance en Dieu, de pratiquer une vie vertueuse en recherchant le meilleur bien et de résister à tout ce qui nous conduit au mal : si facile à écrire et si difficile à vivre dans la réalité du quotidien ! Le baptême nous fait entrer dans la lumière du Christ et ouvre nos yeux au discernement à vivre pour lutter contre le mal. Mais la vie sacramentelle, notamment à travers les sacrements de réconciliation et l’eucharistie nous aide à continuer d’avancer dans l’accueil de la grâce. Comme le dit si bien le bon sens populaire devant le péché « courage, fuyons »

 

La mission du Christ commence par la traversée du désert poussé par l’Esprit et le combat avec le Tentateur des origines. La première étape dans la vie de disciple du Christ est donc d’aller puiser dans la prière la force du combat, par le jeûne montrer le signe de notre attachement à Dieu, et dans le partage l’appel à se donner entièrement pour la joie du Royaume. D’ailleurs les tentations proposent des possessions alors que la grâce est partage de la joie de Dieu pour chacun. Le jeûne a donc une dimension spirituelle forte, et le premier péché vient aussi de cet aspect de la concupiscence. « Adam trompé par la nourriture, dut demeurer hors du paradis »[8] L’impératif de prendre de la distance face à nos passions pour discerner ce qui nous fait grandir en Dieu et ce qui nous éloigne est primordial dans le discernement. Le combat spirituel est une réalité difficile à affronter, mais qui est également une école de la grâce dans la capacité à dire non au tentateur, et d’être disponible à la grâce. Toute vie spirituelle commence par cet exercice de conversion pour reconnaitre les bienfaits du Seigneur. Allié à la prière et au partage, le jeûne nous fait entrer dans une école de purification. « Celui qui joint la prière au jeûne, se fait comme deux ailes pour aller à Dieu, qui sont plus légères et plus vites que les vents. Il ne prie point avec tiédeur; il ne baille point, il ne s’étend point, il ne sommeille point en priant. Il est plus ardent que le feu; il s’élève au-dessus de toute la terre. »[9] L’attention à Dieu se vit à travers notre participation active à faire la volonté de Dieu en toute chose et à nous détacher de tout ce qui nous en éloigne. (… suite)

[1] Mt 17,21

[2] Homélie de St Pierre Chrysologue OL Mardi II

[3] 2 Co 12,7

[4] St Jean Chrysostome in Saint Matthieu XVII,21

[5] 1 ¨P 5,8

[6] Is 58,6-7

[7] Eph 6

[8] Apophtegmes des pères &23 la maitrise de soi

[9] St Jean Chrysostome in Saint Matthieu XVII,21

 

Le jeûne est une des composantes du carême (Jeûne – Partage – Prière). Les trois piliers qui nous mènent à Pâques pour recevoir pleinement le Christ Sauveur. Pourtant certaines choses sont encore à éclaircir dans la distinction entre jeûne et abstinence d’une part, et dans une démarche de conversion d’autre part. C’est dans le jeûne et la prière que nous pouvons partir en mission[1], puisque nous sommes armés pour le combat spirituel.

 

Quarante ou quarante-six jours ?

On nous dit qu’il y a quarante jours de carême, mais si l’on regarde dans le calendrier, nous avons sept semaines (6*7=42) et quatre jours en plus avec le mercredi des cendres. Effectivement nous avons quarante-six jours calendaires mais nous ne faisons pas carême le dimanche. D’ailleurs nous ne sommes pas astreints au jeûne durant les solennités (19 mars Saint Joseph et 25 mars Annonciation). Le temps de Dieu n’est pas le temps de l’homme. Ainsi, durant les carêmes, d’une année sur l’autre nous avons entre 38 jours et 39 de pénitences, le 25 mars pouvant être reporté sur le temps pascal suivant la date de la semaine sainte.

 

A partir de quelle heure pouvons-nous manger ?

Ici la question est mal posée, puisque le jeûne est une privation du repas, et génère de l’argent non dépensé pour faire le partage. Sur une journée, nous pouvons jeûner sur un, deux ou trois repas. Les horaires étant ceux que nous utilisions habituellement (si nous n’avons pas d’heure fixe se caler sur l’angélus 7h, 12h 30 et 19h). Il n’y a donc pas de question de rupture de jeûne comme on peut l’entendre dans d’autres religions. Notre jeûne est une marche vers paques. Même la mi-carême[2] qui est l’occasion d’un temps festif reste suspecte dans la mise en œuvre. Toute marche vers Pâques demande une vigilance de tous les instants. Et le dimanche reste l’occasion de célébrer dignement le Christ ressuscité. Se priver de repas n’est donc pas se rattraper sur un autre. Le jeûne comme purification du corps et du cœur laisse partir l’homme ancien pour l’homme nouveau et ne revient pas en arrière.

 

Comment jeûner ?

Si le jeûne d’eau n’existe pas dans le judéo-christianisme (sauf pour les juifs une exception très particulière qui est la journée d’Esther), il nous faut comprendre le jeûne comme la privation de nourriture (ce qui n’est pas l’absence). De fait, durant la journée de jeûne il est autorisé de prendre une collation pour tenir dans le temps, surtout si on fait un jeûne sur six jours dans la semaine !!!. Les questions du jeûne indiquent aussi une grande liberté d’appréciation de chacun à vivre dans une conscience droite ce temps de conversion. A chacun de voir les efforts qui peuvent être faits et nous n’avons pas à juger de ce que fait l’autre. Certains prendront en partie des jours de jeûne (lundi, mercredi, vendredi), d’autres voudront le faire tous les jours, d’autres encore ne le feront que le vendredi. Certains peuvent même envisager de le faire que le mercredi des cendres et le vendredi saint, les deux jours obligatoires, et le samedi saint, jour conseillé[3]. Comme certains ayant eu des réelles difficultés au Carême peuvent « se rattraper »[4] en vivant plus intensément la semaine sainte, le carême du carême.

 

Parfois la paroisse propose une soirée bol de riz en lien avec une activité de solidarité pour vivre la démarche de manière communautaire. L’importance d’une démarche d’Eglise nous invite à retrouver ces temps de fraternité spirituelle où nous prions pour les plus démunis et partageons avec eux ce qui nous semble juste. Tout cela demande beaucoup d’humilité et de douceur pour être en vérité dans l’amour et demander à l’Esprit Saint de vivre le don gratuit par pure grâce. Vivre du jeûne nous fait entrer dans la joie de Dieu et découvrir le véritable amour dans la vérité des relations en artisan de paix et en ouvrier de communion.[5] Comme nous le rappelle le Saint Pape, « il peut être pratiqué sous des formes anciennes ou nouvelles, comme signe de conversion, de repentir et de mortification personnelle et, en même temps, d’union avec le Christ crucifié et de solidarité avec ceux qui ont faim et ceux qui souffrent. »[6] L’important est de trouver la source en Dieu de toutes nos démarches en ce sens. Ce n’est pas tant le jeûne qui est recherché que ce désir de Dieu et de s’approcher de Lui de manière significative par la participation de tout notre être.

 

Abstinence

Le mot a été un peu dénaturé. L’abstinence étant la volonté de ne pas manger de viande le vendredi de carême[7]  en mémoire de la Passion du Christ. De l’Antiquité  jusqu’aux Temps Modernes[8], la viande était un plat de riche accessible une fois en semaine, et souvent le dimanche alors que le poisson était plus commun. L’obligation du roi Henri IV[9] pour que le peuple mange au moins une fois par semaine « la poule au pot » est un indicateur historique des graves carences alimentaires qui pouvaient se vivre à l’époque. Aujourd’hui manger du poisson reste très symbolique, d’autant plus qu’il peut couter plus cher que la viande, surtout avec les normes sanitaires augmentant les couts de production. Si l’on veut revenir à l’esprit même de l’abstinence, il s’agit de se priver de quelque chose durant tout le temps du carême. La nourriture, dans le refus de manger entre les repas, par exemple ou s’abstenir des friandises, de fromage, de dessert, bref, d’un élément alimentaire qui s’il est important pour nous se révèle secondaire pour notre corps. Mais l’abstinence peut se vivre aussi dans les réalités matérielles, le refus d’achat compulsif, une purification sur notre rapport aux écrans et peut être le refus de regarder la télévision. La modération dans les activités qui nous éloignent de Dieu ou des frères. Chacun est appelé dans une conscience droite à faire un geste de pénitence et de conversion.

 

Ainsi, il nous faut retenir que le jeûne est d’abord une démarche spirituelle avant d’y voir l’absence de nourriture. Ne soyons pas légalistes, mais dans la prière et au souffle de l’Esprit Saint laissons nous conduire sur un chemin de sainteté dans une coupure du temps et de l’espace où Dieu vient habiter. Le sens du jeûne est d’ouvrir au partage dans la solidarité fraternelle et à une maitrise de son corps pour nous armer face à la tentation. Le temps de la prière obtenu à travers l’absence de préparation de repas, ou de prise de repas doit nous laisser méditer les Ecritures et approfondir notre vie intérieure .Une réflexion personnelle et interrelationnelle peut nous aider à progresser dans la foi, mieux vivre la charité et saisir la grande espérance du salut dans la radicalité d’une vie tournée vers Dieu. L’ascèse n’est pas une fin en soi, mais un retour vers Dieu et le désir d’une rencontre qui nous illumine par sa présence d’amour et sa prévenance dans notre histoire. Alors nous pourrons dire : Me voici Seigneur, je viens faire ta volonté. (Ps 39,8-9)

[1] Ac13,3

[2] Faire une pause dans la marche vers paques demande de la retenue. La pause n’est pas la distraction de l’objectif premier : celui d’une conversion pour vivre dans la vérité de l’amour.

[3] « Cependant, le jeûne pascal, le vendredi de la passion et de la mort du Seigneur, sera sacré ; il devra être partout observé et, selon l’opportunité, être même étendu au Samedi saint pour que l’on parvienne avec un cœur élevé et libéré aux joies de la résurrection du Seigneur. » Sacrosanctum concilium &110 – Vatican II

[4] Je ne suis pas sûr qu’on puisse avoir une relation comptable avec Dieu. Mais le désir de purification peut se vivre même au dernier moment, comme le bon larron.

[5] Za 8,19

[6] &26 Reconciliation et penitentiae JP II

[7] voire de l’année – sauf temps pascal

[8] XXème siècle

[9] XVIIème siècle