Les editos du père Gregoire Bellut

En écoutant un pasteur sur le net nous interpeller sur la communion ecclésiale et de l’importance du renouvellement missionnaire de chacun au cœur de la communauté, je m’interroge sur notre propre capacité de conversion et du témoignage de vie au cœur de la cité. Comme il le dit, ne soyons pas « des snipers » pour viser les musulmans, (ou les évangéliques), mais regardons d’abord comment nous pouvons vivre nos propres conversions pour faire de nos communautés paroissiales un havre de communion et de paix. Nos églises se vident clame t’il. Quand remettrons-nous un jaillissement spirituel pour faire de nos communautés un lieu attractif ? « Frères, je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ : ayez tous un même langage ; qu’il n’y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et d’opinions. »[1] En écho,  l’appel de Saint Paul résonne encore dans notre quotidien comme une invitation à se laisser transformer dans notre fraternité pour ne faire qu’un même cœur, qu’une seule âme, assidus à la prière et à la fraction du pain[2]. Il est vrai que la question du témoignage de vie de nos communautés doit nous interpeller vigoureusement dans le sacrement de charité[3] et l’attention aux prochains. «  Frères, soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. »[4] La joie de Dieu doit transparaitre dans notre vie comme un sceau de sa présence d’amour. Un appel à bon escient de cette période de l’Avent. Nous sommes sollicités ardemment dans la foi, à nous préparer à la venue du Messie en laissant la lumière jaillir dans nos ténèbres afin d’éclairer notre vie de l’intimité avec le Seigneur. Comment témoigner avec audace de notre foi pour aider tout frère en humanité à cheminer vers le Royaume ?

 

L’aspect prophétique de notre foi se vit justement par nos actes en cohérence avec les Ecritures, et avec une responsabilité baptismale signifiée par notre engagement personnel et communautaire. Il s’agit dans ce cheminement vers noël de fixer notre regard sur la promesse d’alliance et attendre le Messie comme une lampe brillante qui éclaire notre existence de sa présence. Alors, avec les anges nous le louerons avec l’enthousiasme de la joie ; « Gloire à Dieu au plus haut des cieux »[5]. Un appel à accueillir cette étoile radieuse du matin[6] pour nous laisser guider vers l’amour de Dieu et rayonner de la grâce qui opère les changements du cœur. L’émerveillement de sa présence nous fait acclamer le Seigneur. « Hosanna au Fils de David, Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur !»[7]. Certes nous restons vulnérables, mais à chaque fois que nous proclamons Jésus Seigneur, l’Esprit souffle en nous. D’ailleurs, du Christ roi de l’univers à l’attente du Messie, nous sommes appelés au dynamisme de l’amour dans l’attention à vivre notre baptême de manière prophétique.

 

Toutefois l’accueil du Christ dans l’incarnation est le premier acte de foi dans la confiance en Dieu et sa providence toujours fidèle pour nous aider à grandir en sa présence et à écouter sa Parole de vie. Nous comprenons immédiatement que l’aspect missionnaire de notre foi est une composante prophétique de la venue du Christ et de son retour pour juger les vivants et les morts comme nous le chantons à chaque anamnèse « Nous attendons ta venue dans la gloire »[8] Recevoir la Bonne nouvelle est une transformation extérieure dans la guérison du corps « Les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent »[9] et parallèlement (ou symétriquement) dans la guérison de l’âme « aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »[10]. La foi est l’acceptation du règne de Dieu dans toute notre vie, que ce soit dans la profondeur de l’âme, comme dans nos relations avec notre prochain. Néanmoins elle se vit concrètement comme artisan de paix, dans la simplicité de vie et la capacité à aimer jusqu’à pardonner « soixante-dix fois sept fois »[11]. Dans l’intériorité de notre maison une fois balayés du péché et de ce qui n’est pas dans la juste relation à Dieu nous voici dans la joie de la conversion à faire la joie des anges[12]. La miséricorde est un accueil du frère, et elle a bien une dimension prophétique dans la reconnaissance d’un même Père qui nous attend tous auprès de Lui dans son Royaume pour reconnaitre sa gloire et le louer

 

L’aspect prophétique du baptême invite chacun d’entre nous à un changement de vie pour mieux s’accorder à la Parole du Seigneur (et rien n’est acquis pour toujours, mais c’est un chemin de maturation humaine). Alors on peut comprendre la conversion non comme une négation de notre être, mais effectivement une transformation du cœur pour saisir l’essentiel qui ne se trouve qu’en Dieu. « Celui qui possède Dieu ne manque de rien ; Dieu seul suffit »[13] Ce n’est ni de l’idéologie qui demande de la tolérance pour soi et devient intolérance sur les propositions des autres, ni un changement d’Evangile au nom d’une modernité vide de grâce. La conversion est d’abord une méditation des Ecritures pour relire notre vie dans l’intelligence du cœur et retrouver la maison du Père afin que nous reconnaissions  notre péché et la ferme intention de ne plus recommencer tel un fils prodigue prenant conscience du don et retrouve le sens. Mais elle aussi cette volonté de communion entre nous en mettant le Christ au milieu de nous dans la prière commune. Il s’agit bien d’aller au puits pour puiser l’eau de la vie éternelle[14]. Alors la vision prophétique invite au passage de l’individualisme à la communion en remettant le don au cœur de toutes nos actions pour avancer ensemble sur un chemin de vie et la réalisation de la promesse du salut. La transformation nous réunifie intérieurement pour nous amener à Dieu notre Sauveur et rayonner « de son amour pour moi et pour mon prochain. ». Par le baptême, la confirmation et l’eucharistie, nous sommes déjà dans la lumière, et nous sommes appelés à rendre compte des talents que l’Esprit Saint nous fait expérimenter. En pèlerins d’espérance, nous comprenons la conversion comme l’accueil de la présence de Jésus dans notre vie, et une remise en route dans notre vocation d’image de Dieu appelés à la ressemblance.  Toute purification nous entraine alors à quitter toute forme d’idolâtrie pour marcher dans la lumière et aller à la rencontre du Rédempteur. « Heureux les cœurs purs ; ils verront Dieu »[15] Oui, la conversion est une réorientation du regard pour ne contempler que Dieu et y puiser notre bonheur pour l’éternité. « J’ai dit au Seigneur Tu es mon Dieu je n’ai pas d’autre bonheur que Toi »[16] La Parole devient alors lieu de croissance humaine dans la réalisation de notre vocation baptismale et l’étape d’un accomplissement « en Dieu mon sauveur »[17] Toute conversion est d’abord l’accueil de l’Esprit Saint dans notre vie, et un renouvellement de tout notre être à sa présence pour être disponible à sa parole et l’écouter parler en nous. Maintenant mettons le en pratique !

 

La communion fraternelle n’est pas une option de l’éveil spirituel. Elle est au cœur même de notre foi et l’esprit de communion demande une conversion intérieure pour nous laisser habiter par le Seigneur. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaitra que vous êtes mes disciples »[18] Plus encore, le service de la charité va avec le sacrement de la charité, dans un même accomplissement de l’œuvre de Dieu qui est de rassasier chacun de la présence du Seigneur, qui se reçoit par pure grâce. Avant de chasser sur d’autres territoires, réveillons la grâce que l’Esprit a mise dans nos cœurs, et fuyons toute tiédeur pour nous laisser embraser par l’amour du Seigneur et en témoigner autour de nous avec audace. La participation à l’eucharistie et la volonté de nous retrouver ensemble dans la prière sont les premiers actes missionnaires d’une paroisse. Revient alors en écho l’appel prophétique de Saint Paul VI « il faut que notre zèle évangélisateur jaillisse d’une véritable sainteté de vie alimentée par la prière et surtout par l’amour de l’Eucharistie, et que, comme nous le suggère le Concile, la prédication à son tour fasse grandir en sainteté le prédicateur[19]… Le monde réclame et attend de nous simplicité de vie, esprit de prière, charité envers tous, spécialement envers les petits et les pauvres, obéissance et humilité, détachement de nous-mêmes et renoncement. »[20]

[1] 1 Co 1,10

[2] Ac 4,32

[3] Autre nom de l’eucharistie

[4] 2 Co 13,11

[5] Lc 2,14

[6] Ap 22,16 « Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Moi, je suis le rejeton, le descendant de David, l’étoile resplendissante du matin. »

[7] Mt 21,9

[8] Liturgie de la messe

[9] Mt 11,4-5

[10] Lc 19,5b

[11] Mt 18,22

[12] Lc 15,8

[13] Poème Thérèse d’Avila

[14] Jn 4

[15] Mt 5,8

[16] Ps 15,2

[17] Lc 1,47

[18] Jn 13,35

[19] Cf. Concile oecuménique Vatican II, Décret sur le ministère et la vie des prêtres Presbyterorum ordinis, n. 13 : AAS 58 (1966), p. 1011.

[20] &76 Evangelii Nuntiandi Paul VI

Nous voici engagés, en cette période d’entrée pastorale, à  retrouver la joie de la transmission de la foi. Connaitre Jésus nous rend heureux et le partage de la Bonne Nouvelle nous affermis dans la foi. Le pape François le rappelait avec persévérance « L’Évangile, où resplendit glorieuse la Croix du Christ, invite avec insistance à la joie. »[2] Il y a une vraie joie dans la vocation baptismale, que nous devons habiter, et la présence du Christ est comme une lumière qui brille dans notre existence. Une nouvelle existence où la prière est le rythme de notre temps et non l’inverse. Le Christ nous transforme et fait de nous des témoins vivants. Ni tiède, ni silencieux, ni laïcard, la foi transmet l’expérience de l’amour de Dieu dans notre histoire et de l’émerveillement de sa présence au quotidien.

 

La prière nourriture de vie intérieure

La joie de Dieu dans notre vie, l’observation de la grâce agissante dans la réalité de notre existence et de ce bonheur d’être en communion avec lui n’empêchent pas d’expérimenter la solitude du désert, de l’abandon et de la croix. Néanmoins, « la folie de la croix du Christ »[3] est pour nous source du salut, et annonce du Royaume à venir. Par la croix nous sommes rachetés une fois pour toutes, et nous savons que le Christ nous libère, Lui qui est pleinement Dieu et pleinement homme. Le don total du Christ sur la croix nous sauve vraiment, et la résurrection en est le signe efficace. Comme les premiers disciples, notre vocation est de témoigner de cette grâce de la rencontre de l’amour de Dieu, et entraine une transformation de toute notre histoire à l’aune de la présence du Seigneur. Nous ne sommes pas d’un instant, mais bien dans un projet d’amour jusqu’au bout et la découverte profonde d’une joie de communion pour l’éternité. L’amour est liberté de l’homme dans la vérité d’une relation tournée vers Dieu, Un et Trine. Le signe de la croix à chaque prière est bien une profession de foi trinitaire en Dieu, le Père et le Fils et le Saint Esprit. Dieu continue d’agir dans nos vies et le Christ, le Fils unique du Père,  est le chemin, le passage, l’espace de la rencontre personnelle et particulière et la grâce se communique par le Saint Esprit, Personne Don. La communion avec Dieu pour le service des frères fait alors partie de notre joie profonde au nom du don total de la croix. Dans la prière nous expérimentons cette joie pour aller à l’essentiel.

 

Alors retrouver l’espace de la prière c’est soigner sa vie intérieure, dans l’apprentissage d’un silence qui se fait attention afin de nous rendre disponibles à la brise légère, car elle nous parle de la présence de Dieu. L’effort du dialogue avec Dieu est accentué dans les temps forts, et surtout durant le carême, c’est vrai, mais il y a un véritable enjeu à « prier sans cesse »[4] pour répondre au souffle de l’Esprit et vivre la volonté de Dieu en toute chose non sans discernement. « Le monde de la prière est un monde à accueillir et à découvrir et non à capter. »[5] En effet, l’enthousiasme de la rencontre avec Dieu n’empêche pas la prudence dans l’action et le discernement nécessaire au fruit de l’Esprit Saint. Le danger de se prendre pour un gourou peut parfois être réel au nom d’une expérience spirituelle. L’humilité nous renvoie directement au service pour nous rendre disponibles à la grâce, et vivre de la vie de Dieu en vérité. Nous ne pouvons pas capter lorsque nous sommes en tenue de service, « De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : “Nous sommes des serviteurs non indispensables, nous n’avons fait que notre devoir.” »[6] A la suite du Christ la prière nous fait redécouvrir la juste relation pour nous tenir devant Dieu en vérité, au service de la Parole et libres à la grâce de l’Esprit Saint pour exprimer nos charismes au moment opportun.

 

Cependant,  l’espace de la prière est celui du temps à prendre avec Dieu pour choisir une vraie relation où chacun a sa place. Or la volonté de suivre le Seigneur et une meilleure connaissance de sa présence entrainent pour chacun de nous une croissance spirituelle. C’est l’occasion des choix où Dieu a la première place, et nous délaissons d’autres activités qui ne nous nourrissent pas. La révélation de Dieu suscite une redécouverte de notre relation spirituelle. C’est vrai pour tous les mystiques, souvent le spirituel prie le Fils, Jésus, notre Sauveur, et il redécouvre la puissance de l’Esprit Saint[7] qui agit dans l’histoire de chacun, alors il accueille l’amour du Père. Cette prise de conscience pour chacun d’entre nous de cette paternité qui nous redonne l’origine de notre identité. La prière de tout spirituel ancré dans une histoire de vie devient trinitaire. Le parcours de Sainte Elisabeth de la Trinité est un parcours de tous les saints. La vie trinitaire irrigue notre vie spirituelle d’une puissance de communion qui nous fait entrer dans la vérité de l’amour de manière responsable et juste en étant « ni intriguant ni vaniteux »[8], mais dans l’imitation de Jésus par l’obéissance de la foi et cette volonté d’être en communion.

 

 

/ fête de tous les saints /

 

Dans ce temps de la fête de tous les saints, et de mémoire des défunts et à travers l’affirmation de notre foi à la communion des saints (les vivants et les morts), il nous faut reprendre notre réflexion sur la prière comme lieu de sanctification dans la purification des sens par la croix et la disponibilité à la grâce.

 

La disponibilité du cœur

Il est vrai que la prière est aussi l’expérience d’un autre temps où le choix de Dieu impose une disponibilité pour chacun, et la privation d’autres activités. Qui dit liberté, dit des choix à opérer dans la recherche du meilleur bien. Parfois, dans une vie surchargée par de multiples occupations, nous nous trouvons si accaparés que nous sommes indisponibles pour l’écoute de la parole et le chemin d’éveil du disciple. Le témoignage de la foi se vit dans la restructuration de l’agenda particulier pour dire « me voici, envoie moi »[9] à l’inattendu du Seigneur. Rien ne doit être figé, bien au contraire, à chaque instant, dans le souffle de l’Esprit être attentif à la volonté de Dieu et accepter de se mettre en chemin dans une promesse bien réelle. Lors de l’annonciation, Marie doit aller aider sa cousine Elisabeth la stérile, elle qui est maintenant enceinte. Dieu agit. Et ce n’est pas l’histoire d’il y a deux mille ans. Dieu continue d’agir dans nos vies, mais nous sommes de moins en moins disponibles par l’attraction de la superficialité d’une part et de l’idéologie d’un temps pour soi d’autre part. La prière demande un cheminement pour retrouver l’amour de Dieu, et prendre notre croix à sa suite, un processus de croissance afin d’accepter de perdre pour gagner davantage. Le choix de Dieu dans le témoignage baptismal est d’abord un service pour le frère, dans la disponibilité de notre être, ancré dans la prière et la volonté de vivre la charité comme langage du Royaume des cieux à venir et déjà là dans notre pratique vivifiante de la Parole de vie. L’expérience de Dieu fait de nous des témoins de l’amour dans la réalité du moment à vivre.

 

La vie de prière est aussi l’expérience d’une vie sacramentelle que nous recevons dans les sacrements de l’initiation[10]. Or le témoignage de notre foi trouve justement son expression la plus juste dans le sacrement de confirmation, c’est-à-dire dans l’expérience d’une vie marquée par l’Esprit Saint et qui nous engage à témoigner de notre baptême pour construire la civilisation de l’amour. Comme nous le rappelle la mystique allemande, l’expérience de l’Esprit Saint nous renouvelle vraiment et l’eucharistie nous vivifie. « Dans le sacrement de confirmation il marque et fortifie le soldat du Christ pour un témoignage sincère. Mais avant tout c’est le sacrement dans lequel le Christ lui-même est présent qui nous fait membres de son corps »[11] Ces sacrements nous conduisent à traverser l’histoire en témoignage de notre foi renouvelée dans la prière et la communion. L’expérience de l’Esprit Saint, et lavie sacramentelle de communion au corps du Christ amènent à une fécondité qui ne dépend pas de nous mais de Dieu, et exigent de notre part une pleine acceptation dans la docilité de la foi. La Parole de Dieu est alors une balise dans notre vie pour continuer de progresser dans la révélation de Dieu, non pour le savoir, mais pour l’amour. Plus nous connaissons Dieu et plus nous l’aimons. Telle est le chemin de progression de la vie spirituelle.

 

C’est pourquoi, il nous faut retrouver l’amour de Dieu qui le rend premier dans notre vie. La conversion d’un cœur à cœur dans la prière se fera dans la place que nous faisons à Dieu. Lire la Parole demande du temps que nous prendrons sur le superficiel pour entendre le Seigneur nous ramener à Lui de tout notre cœur. « La lecture savoureuse et vivante de la Parole te dispose à trouver Dieu dans la contemplation »[12] Comme nous ne faisons pas de saut sans parachute, nous ne prions pas sans méditation de la parole, contemplation du Verbe fait chair, et la grâce d’entrer dans l’intelligence des Ecritures. Se disposer en Dieu demande d’être un orant qui médite les Ecritures jusqu’à la faire nôtres lorsqu’Il parait. C’est le chant du Magnificat, des morceaux choisis dans l’Ancien Testament qui au moment de la réponse à l’ange et de la visite à Elisabeth prennent une coloration nouvelle parce que la Parole se réalise de manière particulière dans la vie de Marie, pionnière de l’espérance du salut. Nous avons à redire à travers la Parole de Dieu les merveilles de Dieu dans notre vie et les partager dans un chant de louange.

 

            La croix glorieuse comme chemin du salut

De plus, la prière nous pousse à contempler la croix comme signe du salut. Entrer dans le plan du salut c’est accueillir la croix dans toutes ses réalités. « C’est une vocation que de vouloir partager la souffrance du Christ et de coopérer à son œuvre rédemptrice »[13] Il y a une vraie maturation spirituelle, et un engagement profond dans le dialogue avec Dieu pour trouver sa juste place. Persévérer dans la prière nous ouvre à la signification de la croix comme salut pour le bien de tous les hommes. Si nous devons œuvrer pour alléger la souffrance, notamment dans la maladie par l’accompagnement humain et l’accompagnement technique avec une meilleure connaissance du corps humain, l’échappatoire d’une mort programmée dans le refus de porter la croix blesse profondément notre vie chrétienne. Il y a des combats spirituels avec des chutes lorsque nous comptons sur nous-mêmes et que nous ne faisons pas assez confiance à Dieu, et des victoires lorsque nous choisissons Dieu comme l’Un et Trine.

 

Le bonheur d’être à Dieu n’empêche pas l’épreuve, mais nous fait marcher sur la voie du Seigneur sachant qu’Il est toujours à nos côtés. « La foi conserve toujours un aspect de croix, elle conserve quelque obscurité qui n’enlève pas la fermeté à son adhésion »[14] C’est le murissement de notre vie d’accueillir la croix comme lieu de réalisation de la vie spirituelle dans l’abandon à Dieu et l’humilité de nos choix pour grandir en sa présence. L’orgueil est cette montée de violence qui voudrait imposer au lieu de susciter l’amour, d’imposer des points de vue spirituels au lieu d’une recherche de communion pour entendre ensemble le souffle de l’Esprit. Comme une volonté de se prendre pour Dieu en décidant l’heure de ma mort, ou en programmant ce qui est admissible et ce qui ne l’est pas dans le domaine de la gratuité de la vie. L’obscurité est le durcissement du cœur et parfois le vent des tentations nous aveugle. Or notre balise, notre phare est la Parole de Dieu rayonnante dans la prière, et l’aide de notre mère, la Vierge Marie. La première des disciples nous montre le chemin pour aller vers Dieu dans l’exemplarité de vivre sa volonté « Faites tout ce qu’Il vous dira »[15].

 

Retrouver le chemin de la prière est l’occasion de progresser dans la foi pour témoigner de la formidable vie en Dieu. L’enthousiasme des nouveaux croyants doit nous contaminer. Il faut reconnaitre que parfois nous sommes un peu blasés, dans une culture religieuse qui n’attend plus grand-chose de la routine spirituelle. Ne soyons pas des touristes spirituels mais avançons avec ardeur sur ce chemin de communion à Dieu. « Ainsi l’union nuptiale de l’âme et de Dieu est le but pour lequel elle est créée, union rachetée par la croix, réalisée sur la croix et scellée de toute éternité par la croix »[16] La prière au pied de la croix est naissance de l’Eglise, et du témoignage de Marie comme disponible à la grâce de Dieu et Temple de l’Esprit Saint dans une docilité exemplaire. Sa vie ancrée dans le souffle de Dieu est prière confiance et obéissance féconde à la présence du Seigneur dans la réalité du quotidien.

 

Nous pouvons donc comprendre l’union nuptiale dans la prière comme l’expérience du don sincère de soi-même dans l’écoute de la Parole de Dieu, et le service de la charité jusqu’au bout. Ce n’est pas tant sur notre mérite, mais par pure grâce de l’Esprit, et dans le choix de nous laisser guider, qui oriente notre vie vers le meilleur bien, c’est-à-dire la communion à Dieu. Ne soyons pas des pharisiens autosuffisants, mais dans l’humilité du cœur prions avec persévérance : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’ »[17]. La grâce de Dieu nous conduit, il nous faut persévérer dans l’écoute de sa présence dans notre vie, et l’abandon à sa sainte volonté. Ajoutons dans la foi que le Christ nous donne ce qu’il faut pour grandir.  « La croix dont Dieu nous charge, extérieurement et intérieurement, s’avère plus puissante que la mortification que l’on s’inflige de son propre chef »[18] Nous recevons de Dieu et nous partageons au monde cette expérience d’un Christ mort et ressuscité dont nous attendons le retour dans la gloire. Telle est la grande espérance du salut que nous partageons.

 

Synthèse

Ainsi la prière à l’ombre de la croix se vit dans l’expérience de la méditation des Ecritures pour avancer avec confiance dans la révélation de l’amour du Père qui nous envoie le Fils pour nous libérer du péché. L’Esprit Saint continue de nous vivifier dans cette marche vers le Royaume. Le don de la Parole de Dieu est lieu de croissance dans l’éducation de tout notre être vers ce désir de Dieu. Alors, l’orientation de notre foi et de notre charité vers la grande espérance du salut nous donne les ailes de la grâce pour avancer avec confiance vers le Seigneur à l’écoute de sa Parole. « Toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ;     grâce à elle, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien. »[19]Prière et méditation des Ecritures conduisent l’homme vers Dieu dans une communion rappelant les origines et notre vocation profonde à ressembler à Dieu dans la docilité à sa Parole de vie pour entrer dans une vraie louange ou Dieu est.

[1] 1 Co 1,27a

[2] §5 Evangelium Gaudium François

[3] 1 Co 1,18

[4] 1 Th 5,17

[5] P 251 Prie ton Père dans le secret – Jean Lafrance

[6] Luc 17,10

[7] Où il prend conscience de l’action de l’Esprit Saint dans sa vie

[8] Ph 2,3

[9] Is 6,8

[10] Baptême – Confirmation – Eucharistie

[11] P 78 La puissance de la croix Edith Stein

[12] P 255 Prie ton père, op cite

[13] P 46 La puissance de la croix Edith Stein

[14] §42 Evangelium Gaudium François

[15] Jn 2

[16] P 113 La puissance de la croix Edith Stein

[17] Lc 18

[18] P 107 La puissance de la croix Edith Stein

[19] 2 Tm 3

L’annonce de la Bonne Nouvelle se vit dans l’expérience de la rencontre du grand amour de Dieu pour nous personnellement et de la lumière qui brille dans notre conscience pour nous permettre de discerner ce qui nous fait grandir. Or parfois les chrétiens sont aphones dans notre société, jusqu’à se poser la question d’une identité personnelle et communautaire. Le chrétien existe-t-il vraiment, peut-on alors entendre ? Agissons-nous efficacement pour le Christ, c’est-à-dire rendons-nous compte de notre baptême dans l’annonce de la foi ? L’amour de Dieu est une grâce que nous recevons en tant qu’image de Dieu, mais qu’en faisons-nous ? Il ne s’agit pas de sombrer dans la victimisation ou la culpabilité morbide, mais de rebondir dans la foi pour éclairer notre vie de la Parole de Dieu.

Il y a un véritable combat aujourd’hui entre ce monde de ténèbres qui continue de s’étendre avec la complaisance de beaucoup. Or la lumière du Christ rappelle la dignité sacrée de chaque vie humaine, et Il nous appelle à retrouver un chemin de fraternité pour grandir dans cette liberté de l’amour. « Autour de nous, il y a les ténèbres : les ténèbres de l’incrédulité, de l’indifférence, du mépris, peut-être de la persécution. Néanmoins, nous devons témoigner et vaincre ces ténèbres grâce à la lumière du Christ, même si on ne nous écoute pas, même si on nous ignore. »[1] A l’obscurantisme d’un rien n’existe au sens absolu, voire d’une vision aveugle de la création du monde comme seule équation physique et mathématique pure, doublée de la croyance d’’explication de la science comme réponse absolue, nous entrons dans une négation de toute culture chrétienne dans une forme de déification de la laïcité.

Le refus de la RATP et de la SNCF, cette fois pour des affiches du Sacré-Cœur jugées trop religieuses (et trop chrétiennes), n’est qu’un signe fort de la logique de laïcisation à multiples critères très subjectifs et cyniquement sélectifs. Il nous faut percevoir une christianophobie volontaire. Mais la croix est une composante de notre fois et la possibilité dramatique de refuser l’amour de Dieu. Ajoutons à cela la volonté d’effacement de toute référence chrétienne pour les vacances de la Toussaint, de Noël et de Pâques, et nous entrons dans le désenchantement moral et la venue du cynisme d’État et d’un pessimisme sur le monde, dont les grèves à répétition révèlent la souffrance d’une société en perte de sens. C’est là que nous serons prophétiques, en témoignant de l’amour de Dieu en artisans de paix.  En effet le combat pour la lumière de la vérité est de rappeler l’espérance du Christ et la valeur de l’amour comme don sincère de soi-même. La vie est à protéger contre une hiérarchie de la mort qui promeut l’avortement dans la négation des souffrances et l’euthanasie dans une vision radicale de la validation de la mort sociale. L’homme est-il utile à l’homme, est alors la question première ? Plus de référence à Dieu ou à la transcendance, un refus des valeurs morales, comme embrigadantes, et au nom d’une liberté où tout est permis selon nos propres critères du moment, et une hiérarchie des valeurs dans l’optique de la loi du plus fort et du moment de l’émotion.

A toute époque, nous pouvons voir apparaitre une forme de néo barbarisme dans l’évincement de la culture pour le néant de l’être et la négation de la personne douée d’une raison propre. Alors que ce soit dans l’Antiquité aujourd’hui, comme Paul, nous sommes encouragés dans le Seigneur à redoubler « d’audace pour annoncer sans crainte la Parole »[2]. L’évangélisation rayonne du témoignage de vie, et de notre capacité à rendre compte de notre vocation baptismale de fils et fille de la lumière. Le Christ est mon chemin de vie, et le tien aussi, nous devons le partager.   Il est mort sur la croix pour nos péchés, il est ressuscité dans la gloire et il reviendra pour juger les vivants et les morts, tel est le kérygme de notre foi. La difficulté est justement de participer à cette annonce dans la tiédeur environnante, et l’accaparement de la réalité du quotidien qui parfois nous fait oublier l’essentiel. Or l’appel de l’apôtre Paul continue de nous travailler : « Menez une vie digne de l’Évangile du Christ, afin que, …, j’apprenne que vous tenez ferme dans un même esprit, luttant ensemble d’un même cœur selon la foi de l’Évangile. » L’acédie n’a pas sa place dans l’évangélisation, mais par une prière confiante, et une attitude disponible à l’Esprit Saint, nous sommes invités à continuer de cheminer avec audace dans la foi.

La communion dans la vie de tout baptisé est un appel à la sainteté. Nous devons fuir ceux qui annoncent le Christ par jalousie sur ce qui se fait, ou avec des intentions polémiques. Que dire de ceux qui sans cesse rappellent la volonté d’être un maitre spirituel dans l’enseignement et prennent position de manière désordonnée sur tout sans toujours de compétence dans le domaine, eussent-ils des formations universitaires ?. Nous avons à être des apotres de communion dans la recherche de faire l’unité pour la construction de la civilisation de l’amour, et dans la douceur déployer la paix entre nous pour répondre de notre vocation de disciples du Christ et ainsi mieux imiter le Christ. « Le disciple du Christ accepte de « vivre dans la vérité », c’est-à-dire dans la simplicité d’une vie conforme à l’exemple du Seigneur et demeurant dans sa Vérité.  » Si nous disons que nous sommes en communion avec lui, alors que nous marchons dans les ténèbres, nous mentons, nous n’agissons pas selon la vérité. »[3] Faire la vérité entre nous est donc rechercher la communion pour ensemble bâtir la civilisation de l’amour. Or l’annonce explicite de notre foi, l’ardeur à la partager autour de nous comme don gratuit de Dieu est une expérience unique d’affermissement de la grâce reçue, et de fécondité spirituelle. Sans mettre la main sur Dieu, mais dans cette liberté unique de communiquer notre foi, nous permettons à d’autres d’accéder aux réalités du royaume. La communion est alors partage d’amour dans la gratuité du don pour contempler Dieu et l’adorer d’un seul cœur, d’une seule âme pour former qu’un seul corps. La recherche de l’unité est un prolongement de la foi comme condition propre du disciple du Christ. Une unité de vie dans les vocations particulières de consacrés au Seigneur pour l’annonce de l’Évangile et dans la cohérence des choix de vie. Une unité de vie pour la famille comme première cellule d’Église appelée dans le monde à être fécond. Une unité ecclésiale dans la recherche d’un cheminement avec l’ordinaire du lieu et le Pape.

Mais si la grâce de Dieu est bien présente dans notre vie, l’attaque du mauvais est tout aussi réelle. Et dans l’annonce de la foi, la confusion des genres avec l’argent, le pouvoir et l’esprit de séduction dans une forme de gourou à suivre sont tout aussi présents. Il nous faut être attentif à vivre la gratuité de notre vie dans la disponibilité de notre temps. « Le principe de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. Sachant donc que nous n’avons rien apporté dans le monde et que nous n’en pourrons rien emporter, armons-nous des armes de la justice et apprenons d’abord à suivre le commandement du Seigneur. »[4] L’amour de l’argent est la concupiscence de l’avoir. Vouloir posséder jusqu’à être possédé. C’est la célèbre pièce de théâtre de Molière « L’Avare », où l’homme est conditionné par son argent à s’en rendre bien réellement malade. Il agit comme un possédé, car il n’est plus maitre de lui-même, mais il est conditionné par son précieux trésor. Or l’argent n’est que le signe d’une vanité en des choses nécessaires à la surface mais sans aucun intérêt pour le fond. Pire encore, l’amour de l’argent nous entraine sur les pentes du pouvoir et de la domination, nous rendant totalement idolâtres dans la relation tyrannique. Une pente irrémédiable vers la désespérance et la mort, dans l’inutilité fondamentale de tout notre être, et l’irrémédiable vanité d’un rang social qui se désagrège avec l’âge et la perte des fonctions tant intellectuelles et économiques que corporelles. Or nous le savons, il n’y a pas d’âge pour annoncer la Bonne Nouvelle, et notre vie prend sens lorsque le Christ est vivant et que nous l’annonçons. La confusion des modes de vie dans l’annonce de l’Évangile et le rapport au matériel peuvent alors connaitre des dissonances et occasionner des contre-témoignages. La vie de célibat pour ceux qui annoncent l’Évangile est le ferment d’une grâce de sanctification qui demande un temps important à consacrer pour unifier sa vie à l’œuvre de Dieu et ne pas s’éparpiller dans d’autres devoirs d’État. Une vie orientée vers le Christ dans la congruence des choix entraine une unification d’être. Rappelons-le, « C’est en lui-même que l’homme est divisé. Voici que toute la vie des hommes, individuelle et collective, se manifeste comme une lutte, combien dramatique, entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres. »[5] Contre l’attaque, la cohérence de vie nous entraine alors à trouver un chemin d’équilibre dans l’appel au bonheur avec Dieu et nos frères, malgré notre péché et la tentation des choix qui enferment.

L’évangélisation est alors ce rapprochement avec chacun pour laisser l’Esprit Saint rendre brulant les cœurs dans le partage des Écritures. Le disciple du Christ partage « les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps »[6] mais dans la grande espérance du salut discerne avec sagesse comment vivre la réalité dans la confiance en Dieu, la prière et le partage fraternel. Accepter de faire un bout de chemin avec chacun pour discerner comment le Christ travaille en nous tous et continue de nous guider sur le chemin de communion avec Lui. La conversion est alors un chemin de transfiguration pour laisser la Parole rayonner pleinement dans les choix nouveaux que nous faisons à la lecture des Écritures.  » Dieu est Lumière, en Lui point de ténèbres « 

[1] Seul contre Hitler – Franz Jägerstätter de Francesco Comina

[2] Ph 1,14

[3] § 2470 CEC 1 Jn 1, 6

[4] Lettre de Saint Polycarpe aux Philippiens – L’idéal chrétien – Office des lectures Lundi 25 TO

[5] § 1607 CEC citant GS 13, § 2

[6] §1 Gaudium et Spes – Vatican II

Le brave Nicolas a connu quelques difficultés dans son identité profonde, et en a été blessé. Rajouter à cela des comportements inappropriés de certains spirituels et le voici en errance allant d’une Eglise à une autre dans ce vrai désir de demeurer en Dieu. Intellectuellement bien charpenté, il apprend une langue et s’investit dans la culture du pays qui entre en guerre, et le voici tout feu tout flamme dans un patriotisme assez désarmant. Tout chez lui est engagement jusqu’au bout avec une forme d’intransigeance radicale qui porte en elle-même la rupture.  Dix ans après, le voici toujours désabusé par cette nouvelle communauté spirituelle et claque une fois de plus la porte. Mais la foi communautaire n’est-elle pas d’abord un regard vers le Christ ? N’est-ce pas Lui qui nous conduit malgré les imperfections humaines et les vulnérabilités des uns et des autres ? Comment faire Eglise en refusant la dimension fraternelle dans l’épaisseur de la pâte humaine ? L’itinéraire de Nicolas n’est pas un cas isolé, mais reflète l’errance spirituelle suite à des difficultés réelles de vie communautaire et l’exigence d’une radicalité évangélique.

 

Le monde parfait est idolâtrique dans le contrôle de toutes les attentes, et tyrannique dans l’expression de la relation. L’Eglise est d’abord le visage du Christ qu’il nous faut sans cesse faire grandir par la sainteté de nos vies. Saint Irénée de Lyon « a appris à mieux penser, portant toujours plus profondément son attention sur Jésus. Il est devenu un chantre de sa personne, même de sa chair. Il a reconnu, en effet, qu’en Lui, ce qui nous semble opposé se recompose en unité. Jésus n’est pas un mur qui sépare, mais une porte qui nous unit. Il faut rester en lui et distinguer la réalité des idéologies. »[i] La foi est donc une relation à l’autre dans l’amour de Dieu qui demande de prendre en compte toutes les faiblesses pour progresser vers le meilleur bien, et non s’enfermer dans le jugement d’une part, et le repli sur soi d’autre part. On peut légitimement s’interroger sur des incohérences des chrétiens face à la foi, comme prier à l’Eglise et prôner l’amour de Dieu, et une fois la messe terminée critiquer les frères avec délectation. Sans parler de ceux qui se disent chrétiens et vivent en païens. Ainsi,  faire la vérité dans notre vie demande une véritable attention de cohérence dans nos choix et d’unification intérieure pour laisser la grâce de l’Esprit Saint agir afin que nous nous laissions modeler par la volonté de Dieu et que nous remplissions notre vocation baptismale de fils de lumière.

 

Une perfection de la relation n’existe pas dans un monde entaché par le péché originel, mais nous avons en Eglise à témoigner de la présence de Dieu dans l’amour que nous aurons les uns pour les autres. La recherche de communion entre nous est d’abord l’expression de la charité pour répondre en écho aux exigences de l’Evangile. « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux »[ii] Cela passe par la chose publique. Chrétiens au cœur de la cité nous avons à nous engager tant au niveau associatif que politique afin d’œuvrer à la construction de la civilisation de l’amour, et refuser toute forme d’idéologie pour rencontrer le frère et avec lui bâtir un monde nouveau. C’est l’appel qu’adresse le Pape Léon XIV aux hommes politiques du Val de marne.  « Vous retournerez à vos engagements quotidiens fortifiés dans l’espérance, mieux affermis pour œuvrer à la construction d’un monde plus juste, plus humain, plus fraternel, qui ne peut être rien d’autre qu’un monde davantage imprégné de l’Évangile.  »[iii] Il ne s’agit donc pas de se figer à chaque écueil, ou de retirer son épingle du jeu, mais d’avancer avec confiance en présence du Seigneur.

 

Nous aurons parfois à poser un acte de charité qui pourra être perçu comme un acte politique, mais qui est d’abord un choix prophétique dans l’annonce de l’Evangile. La communauté ecclésiale doit rendre compte au monde de la réception de l’Evangile. Et nul membre n’en est dispensé. Certes, la charité n’a pas de couleur politique, mais elle est bien une composante de notre foi chrétienne et demande la vérité de notre engagement. Alors l’agir moral devient un acte politique. Néanmoins le bon samaritain aide le souffrant, c’est d’abord un acte d’humanité et de fidélité à l’amour de Dieu pour tout homme quelle que soit sa foi. Nous sommes amenés à faire quelques entorses aux règlements pour mettre l’amour en premier, et le radicalisme intransigeant n’a jamais aidé au dialogue ni à la découverte d’une vérité de la relation avec Dieu et nos frères. Il ne s’agit pas tant de mettre de l’eau dans son vin, que d’accueillir le principe de réalité des uns et des autres et d’une recherche de communion qui demande certes une vraie conversion, mais demande un accompagnement bienveillant pour aller jusqu’au bout de la fraternité. « ¨portez les fardeaux les uns des autres »[iv] La communion est une relation fraternelle à rendre féconde. Tout est là. La relation doit permettre la fécondité dans la relation à Dieu et à nos frères dans un même amour. La pâte humaine est le signe tangible de l’amour à vivre dans toutes les réalités.

 

Néanmoins la charité est ancrée dans la grande espérance du salut. Faire Eglise demande beaucoup d’amour, mais aussi d’avoir confiance en Dieu et de puiser dans la grande espérance du salut, les raisons d’aimer davantage. D’ailleurs, la plus belle beauté de notre foi n’est-elle pas le Christ Rédempteur, Celui qui nous a sauvés par la mort sur la croix et la victoire de la résurrection ? Assurément la splendeur de l’amour dans la vérité du don que nous offre l’eucharistie nous plonge dans la richesse du salut. Le Christ mort et ressuscité révèle l’amour de Dieu dans la réalité de notre quotidien pour transfigurer notre vie dans la grâce de sa présence. Tout prend sens parce que le Christ nous a sauvés. L’Eglise c’est le corps du Christ, et nous rappelle qu’Il est au milieu de nous. Dans la Parole méditée, il réchauffe notre cœur et nous rend pleinement témoins de sa présence dans le monde de ce temps. Par l’Esprit Saint, il nous fait habiter la grâce du salut. En recevant la vie de Dieu et en communiant à son corps et à son sang Dieu nous vivifie entièrement. La participation à l’eucharistie « Source et sommet de toute la vie chrétienne »[v] nous recentre sur le Christ et Lui seul. Dans la vie de foi nous avons à nous rappeler sans cesse que c’est Lui qui est notre Seigneur, et que c’est vers Lui que nous devons sans cesse nous tourner, au cœur même de notre communauté. Nous n’avons pas à être des gyrovagues[vi] des communautés paroissiales ou ecclésiales. Au cœur de nos communautés nous avons à témoigner de l’amour de Dieu, et à conformer notre vie à l’Evangile dans une pratique de la conversion et de la prière.

 

Ensemble, peuple de Baptisés nous avons à annoncer la joie de la Bonne Nouvelle pour tout homme, et c’est dans la communion que nous pourrons le faire avec plus de force. Ne regardons pas nos faiblesses, mais laissons-nous embraser par l’Esprit Saint pour avancer avec assurance dans la foi et construire ensemble cette civilisation de l’amour. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis »[vii] La reconnaissance de notre fraternité vient d’un même Père qui est Dieu et répond à l’exigence du Christ d’aimer jusqu’au bout non dans l’émotion du moment mais la grâce de l’accueil de sa présence par le souffle de l’Esprit Saint. « L’Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de mettre dans une plus vive lumière… sa propre nature et sa mission universelle. »[viii] Le brave Nicolas aurait dû mieux comprendre cette union intime avec Dieu dans la prière et le service de la charité, tout en faisant la vérité en lui-même et autour de lui. C’est un appel baptismal pour chacun d’entre nous. Nous pouvons être tiraillés par « les événements de ces jours-ci » et comment nous pouvons être crucifiés par des aspects de la vie communautaire peu reluisants. Mais il nous faut aussi rechercher comment vivre la communion et à travers l’eucharistie vivre le sacrement de la charité avec audace dans l’accueil de la présence du Seigneur dans la pauvreté de nos fragilités humaines, et de celles de nos frères. Etre prophétique, c’est peut être aussi réveiller le message de l’Evangile, toujours dans l’humilité mais avec audace et  persévérance,. L’appel à la conversion est personnel et communautaire. Rappelons-le avec force « L’Esprit habite dans l’Église et dans le cœur des fidèles comme dans un temple, en eux il prie et atteste leur condition de fils de Dieu par adoption »[ix] La joie de Dieu se vit dans la communion fraternelle et notre capacité d’entrer en relation, c’est-à-dire de participer ensemble, avec la grâce première de Dieu à l’édification du royaume déjà là lorsque la charité est présente.

 

Vivre en Eglise est un appel pour chacun à rechercher la communion et prendre sa place pour accueillir la vie de Dieu. Après tout, la grande espérance du salut ouvre les portes du ciel pour entrer dans la joie du maitre et glorifier Dieu pour tous ses bienfaits, et Ils sont nombreux. Toute notre histoire devient alors un langage des signes de Dieu dans notre vie, et un itinéraire de connaissance progressive pour grandir en son amour et trouver une foi adulte et responsable afin de témoigner de notre espérance qui nous anime. C’est parfois un chemin de croix, mais toujours orienté vers la lumière de la résurrection. « Plus l’âme monte haut vers Dieu, plus elle descend profondément en elle ; l’union se réalise au cœur de l’âme, au plus profond d’elle-même »[x] Soyons conscients de notre vocation baptismale et construisons l’unité entre nous au pied de la croix pour rayonner en disciples du Christ de la promesse du salut.

[i] Espérer c’est relier, Saint Irénée de Lyon – Léon XIV 14 juin 2025

[ii] Mt 18,20

[iii] Discours à une délégation d’élus – Diocèse de Créteil Jeudi 28 aout

[iv] Ga 6,2

[v] §11 Lumen Gentium – Vatican II

[vi] Gyrovagues, terme employé par St Benoit pour fustiger les moines passant d’Abbaye en Abbaye. L’importance de l’enracinement est au cœur de la pratique bénédictine

[vii] Jn 15,16

[viii] §1 Lumen Gentium – op cité

[ix] §4 Lumen Gentium – op cité

[x] P 112 La puissance de la croix Edith Stein

Nous voici dans l’année sainte en pèlerins d’espérance et prêts pour une nouvelle année. Suite à l’expérience du deuil, affermis dans la foi, il nous faut continuer de faire confiance au Seigneur en toute occasion. Voici que se profile l’ouverture d’un concile provincial sur la question du catéchuménat et le renouvellement d’une approche pastorale pour dire la vérité de l’Evangile dans le monde de ce temps. Sur la vingtaine de baptêmes de cette année, trois quarts sont des jeunes du catéchisme, c’est un renversement de tendance plein d’espérance. Le Christ continue d’appeler et de se manifester dans la vie des personnes. Mais se pose pour nous de manière très factuelle la question de l’engagement baptismal personnel.  Quel est le témoignage de notre foi dans cette nouvelle entrée scolaire ?

 

La reprise des activités doit nous concentrer sur l’annonce de la Bonne Nouvelle, car elle fait de nous des témoins par les choix de vie que nous posons et les orientations que nous prenons à la lumière de la charité et au souffle de l’Esprit Saint dans l’intelligence des Ecritures. Nous voici donc engagés dans un discernement prudentiel, seul chemin de synodalité possible pour vivre l’Eglise dans l’exigence de la Parole et l’engagement responsable enraciné dans la tradition apostolique et l’impulsion de la réalité quotidienne. Point de changement de paradigme, mais cette volonté de répondre au souffle de l’Esprit dans la vérité des situations et des transformations à opérer. Un chemin de conversion pour une sanctification personnelle et communautaire à la suite de la Parole. .  «  Mais vous, vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. »[1] Ce temps de reprise scolaire demande à ce que nous soyons toujours missionnaires dans les engagements que nous prenons au cœur de la paroisse, et une attention à vivre pleinement notre foi dans une cohérence du témoignage qui nous rend lumineux, parce que le Christ habite en nous. Le cri de Paul VI est toujours actuel. « Le monde réclame des évangélisateurs qui lui parlent d’un Dieu qu’ils connaissent et fréquentent comme s’ils voyaient l’invisible[2]. Le monde réclame et attend de nous simplicité de vie, esprit de prière, charité envers tous, spécialement envers les petits et les pauvres, obéissance et humilité, détachement de nous-mêmes et renoncement »[3]. Or les critères de Paul VI sont assez précis pour que nous puissions en retirer des choix pour nos vies

  • La simplicité de vie, comme un appel à aller à l’essentiel, dans une vie en profondeur où nous sommes à l’écoute du souffle de Dieu. La vie intérieure est un défi aujourd’hui dans un espace quotidien mangé par l’ogre de la sollicitation interminable, à travers les écrans, les musiques en toute occasion dans les courses, comme dans les transports et les lieux quotidiens. Retrouver le silence intérieur devient un combat pour une juste relation à Dieu, à nous-mêmes et à nos frères. La simplicité est donc de refuser de vivre au ras du sol, mais de prendre de la hauteur aux propositions pour choisir ce qui nous fait grandir et fuir toute forme d’aliénation. Ne recherchons pas le clinquant ou le populaire, mais ce qui la bonne odeur de l’Evangile. Or la tentation de la vanité est parfois très grande, le fruit a l’air si bon….
  • Esprit de prière. Retrouver la ferveur des premiers chrétiens dans nos engagements familiaux, et remettre la prière familiale au cœur de nos activités. Mais aussi, l’appétit spirituel à vivre les temps de prières en semaine à l’Eglise, comme le dimanche en étant en avance aux offices pour se préparer à la rencontre de notre Rédempteur, comme à la sortie en restant devant le tabernacle à prier. L’esprit de prière ne se déclame pas, il se vit, et il nous fait bruler du désir de Dieu pour avancer avec confiance dans la foi et avoir le regard pénétrant pour discerner avec justesse la vie de Dieu et reconnaitre le mal pour fuir le péché et toute forme de concupiscence.
  • La charité envers tous, ne doit pas se réduire à quelques-uns ni vider le centre sous prétexte des périphéries. La charité est de mettre la réalité de Dieu dans notre quotidien que ce soit Lazare à notre porte, ou les cinq frères dans la maison. Une charité liée à la relation du quotidien, nul besoin de parcourir le monde, mais la volonté d’être dans la réalité du quotidien rayonnant de cet amour pour tous. Cela demande un lien privilégié avec les petits et les pauvres pour que chacun trouve sa place, et une attention particulière pour laisser à chacun les moyens de développer ses propres talents. La charité devient donc solidarité pour permettre à chacun de grandir dans sa vocation d’image de Dieu, et d’aller vers le Père pour célébrer les louanges du Seigneur. Pas de charité sans simplicité de vie nous rendant disponible d’une part, et d’intimité avec Dieu d’autre part. La méditation des Ecritures nous aide à progresser dans un rapport juste, à l’écoute de l’Esprit.
  • L’obéissance est une liberté tournée vers les meilleurs choix afin de grandir ensemble. Elle est donc une logique de l’amour dans le renoncement à soi-même dans le but de la construction de l’Eglise. En effet l’obéissance est fruit de croissance pour qui sait faire confiance en Dieu et discerner ce qui est bon. « L’obéissance à Dieu est libératrice parce qu’elle n’enferme jamais, elle éclaire le chemin. La fidélité à la Parole doit toujours être disposée à aller plus loin que l’on avait imaginé au départ »[4] Or la médiation des frères loin d’être un obstacle sert la volonté de Dieu dans une orientation nouvelle afin qu’elle porte du fruit.
  • L’humilité est première dans toutes les vertus, parce que nécessaire pour la vie spirituelle, comme une reconnaissance de la beauté de la création de Dieu et de notre juste place de créature. Opposée à l’orgueil spirituel, et donc à l’idolâtrie, l’humilité nous renvoie à notre condition d’image de Dieu appelée à grandir par la Parole de vie et la charité active. Elle est cette lucidité d’âme qui reconnait la puissance de Dieu agissant dans notre histoire, et dans l’obéissance vit la confiance pour avancer avec Lui jusqu’au bout du chemin dans la vérité de sa présence, et la vie de grâce proposée. « S’il y a quelque bien en vous, croyez qu’il y en a plus dans les autres, afin de conserver l’humilité. Vous ne hasardez rien à vous mettre au-dessous de tous, mais il vous serait très nuisible de vous préférer à un seul. L’homme humble jouit d’une paix inaltérable, la colère et l’envie troublent le cœur du superbe. »[5] La méditation de l’auteur nous révèle l’humilité comme chemin de sagesse dans un juste rapport au monde et être pleinement artisan de paix afin de reconnaitre la joie de Dieu en toute chose. Le témoignage de foi passe par l’humilité et montre le chemin de la croix et de la résurrection. Ni triomphalisme, ni force arrogante, mais la joie de Dieu qui illumine notre vie et rayonne dans toutes nos relations. Telle est l’humilité qui se propose comme chemin de sanctification simple, sans fanfaronnade mais dans un ancrage de vie intérieur où souffle l’Esprit Saint.
  • Cela implique le détachement de nous-mêmes pour s’offrir aux autres dans un don désintéressé, afin de montrer le visage de Dieu dans la gratuité de l’amour. Un renoncement à vivre comme motif de conversion intérieure incessant pour reconnaitre l’essentiel et fuir le superficiel. Conformer sa vie à la Parole de Dieu demande des conversions pour ne pas être négligent dans notre vocation baptismale ni laisser l’esprit d’acédie nous remplir de tiédeur.

 

Nous avons besoin de témoin, et c’est des choix opérants qui nous rendront vraiment efficaces. Certes il nous faut mettre de l’engrais dans notre vie intérieure, par la prière et la méditation de la Parole, mais il nous faut être docile à l’Esprit pour croitre sous l’arrosage de la grâce. Il y a un désir urgent à évangéliser pour annoncer la grande espérance du salut. C’est le devoir de chaque chrétien de s’engager à professer le Christ Seigneur. Mais plus encore, il nous faut être attentifs dans nos choix de vie à faire émerger la vérité dans cet amour de Dieu, et trouver la juste relation au frère pour être pleinement artisans de paix. Que ce temps de rentrée soit celui du témoignage de notre foi dans des résolutions personnelles fécondes pour notre communauté. Soyons donc à l’invitation du Pape Grégoire le grand « Une armée en marche, et l’on entend bien comme « la rumeur d’une armée en campagne », car leurs rangs résonnent, à la louange du Dieu Tout-Puissant, du cliquetis du glaive des vertus et de l’arme des miracles. »[6]

 

 

[1] 1 P 2,9

[2] Cf. He 11, 27.

[3] &76 Evangelii Nuntiandi – Paul VI

[4] P 208 Obeir en homme libre, Laurent Camiade

[5] Livre I,V, 2 Imitation de Jésus Christ

[6] Homélie VIII, 11 p 291 – Homélie sur Ezechiel, Grégoire le Grand

La faute d’orthographe qui implique une confusion entre le « sa » comme adjectif possessif et le « Ca » comme pronom démonstratif (et qui peut se remplacer par cela) est tellement répandue que j’en suis resté dubitatif ? Derrière le possessif qui est devenu si commun dans la langue, quels que soient le contexte, n’y a-t-il pas la problématique d’un personnalisme en recul face à une possession qui en oublie le bien commun pour ‘sa’ satisfaction individuelle ? N’est-ce pas le symbole d’un basculement civilisationnel, en écho d’un mal profond d’une société en perte de sens car en perte de Dieu ?

 

L’individualisme est naufrage de fraternité. L’incapacité à vivre la gratuité dans la relation, pour être possessif sur tout, interroge notre relation à la maison commune, que ce soit dans l’abus de la nature, la distorsion de la relation fraternelle et la violence mimétique induite. La gestion des colères, et les emportements dans les manifestations où tout est propice à la barbarie sociale avec une révolte parfois fort discutable montrent cet esprit de possession ignorant le bien commun. Le « sa » devient le « à moi » de gré ou de force. Alors  le ‘ça’ comme une partie inconsciente des désirs primitifs est devenu le « sa » dans une inconscience possessive jusqu’à la pathologie, en quelque sorte une appropriation désordonnée d’une soif de pouvoir et de possession ainsi que d’une intrusive relation à l’autre ?. Nous pourrions même y voir une dimension spirituelle où le « sa » oublie d’abord le don pour de l’appropriation. Dieu m’a promis, c’est un dû, et je vais l’acquérir à la force des poignets. Mais dans la toute-puissance, surgit la peur face aux murailles de Jéricho[1]. Néanmoins le combat, avec le Seigneur à nos côtés nous donne la victoire. Les possessifs, eux ont en héritage la déchéance et la mort dans un culte du néant.

 

Que se passe-t-il dans un appétit de possession sans maitrise de soi ? Nous entrons dans un culte idolâtrique, pour être comme des dieux. L’orgueil spirituel est justement ce refus de confiance en Dieu pour faire par soi-même. D’ailleurs le combat spirituel est parfois dû à notre envie de faire à la place de Dieu. Comme Abraham attentif à réaliser la promesse de Dieu, celle d’une abondante descendance, se tourne vers sa servante pour avoir un fils. Mais Dieu lui montre qu’Il peut agir quel que soit l’âge ! La démarche de foi demande la confiance, comme un abandon à la divine volonté, mais toujours dans une démarche responsable par l’entretien du dynamisme de l’amour pour nous rendre à chaque instant disponibles à agir selon le dessein de Dieu. Nous pouvons avoir une promesse de Dieu, mais il nous faut laisser le moment opportun se vivre afin de remplir notre mission première d’image de Dieu appelés à la ressemblance. Il ne s’agit donc pas de posséder, mais bien de servir dans l’humilité du cœur, pour une cohérence de la vie intérieure avec les actes que nous posons. Quels sont donc les signes que nous avons à vivre pour entendre le souffle de l’Esprit dans notre histoire ?

 

Nous le savons, devant Jéricho, le Seigneur montre sa puissance en demandant au peuple de la promesse, une confiance en sa parole par un signe engageant ; faire le tour de la ville. Ils doivent lâcher prise pour accueillir le don de Dieu. La foi demande de l’engagement. Elle n’est pas réduite à une pensée cérébrale mais pose des actes. Et les murailles s’écroulent. Hélas ! Combien d’expériences où personnellement nous accueillons la désespérance devant les situations parce que nous comptons sur nos propres forces, au lieu d’être des serviteurs du Verbe fait chair pour laisser la grâce agir. Combien de fois manquons-nous de foi ? L’esprit de possession nous aveugle sur la puissance de Dieu et dans un mouvement d’orgueil nous met en face de nos échecs ! « .À cause de l’orgueil et de l’égoïsme, l’homme découvre en lui des germes d’asocialité, de fermeture individualiste et d’humiliation de l’autre.[2] » La soif de possession nous fait oublier le partage et la relation, ce qui est vrai pour les relations humaines l’est également vis-à-vis de Dieu, où nous nous prenons parfois comme des dieux, où nous voulons faire à la place de Dieu. Un bon paradoxe d’une situation de pouvoir et de force arrogante,  pour finalement se reconnaitre complètement faible.

 

Les pasteurs évangéliques, notamment en Afrique noire ou en Amérique du Sud sont dans un pouvoir de charisme qui s’apparente souvent à du charlatanisme. L’ignorance crasse de certains sur des articles de foi pourtant établis dans la communion œcuménique, les marginalise dans des sectes, quand bien même sont-ils populaires. Les suivre devient alors dangereux voire diabolique, même s’ils ont un fort impact de séduction, surtout si vous êtes entravés dans la séduction. De plus, notons les assemblées menées dans l’hystérie démonstrative d’une volonté d’emprise et les fruits de désordre que cela induit. Tout cela est couronné par un rapport à l’argent dans une vision de l’évangile de la prospérité, et la suffisance d’eux-mêmes, avec presque toujours des contradictions flagrantes. Nous ne parlerons pas des formes de gourou intervenant dans la liberté des consciences, ni des scandales d’une vie fortement débridée. Les fidèles deviennent des esclaves, adulant une idole au lieu de recentrer leur vie sur le Christ. Certes, Dieu agit, toutefois le discernement devient prudent lorsque nous observons le désordre d’une vie. Il n’empêche pas la grâce de passer, mais cela ne dit rien de la sainteté de la personne, et la vertu de prudence doit éclairer nos décisions dans un ensemble qui mène au Christ. La puissance de Dieu se manifeste pleinement dans l’obéissance de la foi. L’attrait possessif de « son » pasteur sans discernement est peccamineux. Les alertes des frères et des sœurs doivent trouver un écho dans l’intelligence de la foi pour trouver les points d’attention à soulever et vérifier la conformité à la Parole de Dieu. La puissance de Dieu se vit dans la raison, et trouve son rayonnement dans la prière et la communion. La prière m’ouvre t-elle à un espace de liberté ? Suis-je vraiment dans la joie de Dieu ? La rencontre de Dieu me fait-elle grandir ? Le combat spirituel n’est pas une fin en soi, mais le désert nécessaire pour franchir la terre promise en fils et non en esclave. Un vent de liberté souffle lorsque l’Esprit Saint entre dans notre vie, pour nous faire gouter à la vraie joie.

 

Le problème du combat spirituel est de laisser Dieu agir, et savoir passer sur l’autre rive en toute confiance. Il y a donc un vrai danger à s’égarer dans une forme de possession qui nous sort de nous-mêmes. « Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus. »[3] En effet, l’amour irradie nos cœurs, mais l’individualisme le dessèche et le vide. L’appel à l’euthanasie et au suicide dit assisté n’entre-t-il pas dans une telle démarche ? Comment répondre au vide pour ceux qui ont oublié Dieu, si ce n’est par le suicide et une culture de mort ? . Or nous tous, baptisés, et confirmés dans l’Esprit Saint, nous sommes pour la civilisation de l’amour en rappelant la beauté de toute vie, et l’unité de toutes nos actions vers un seul but, être témoins du Christ. Point d’idéologie, mais une écoute au souffle de Dieu pour nous laisser guider avec confiance. L’attention aux frères, et notamment aux plus pauvres, c’est-à-dire aux marginalisés, et ce n’est pas qu’une question d’argent, nous remémore la traversée du désert comme une contemplation de l’action de Dieu tout au long du chemin, qui agit et nous fortifie. Faire mémoire de l’action de Dieu dans notre histoire nous oriente à saisir une unité humaine de l’histoire, comme une construction de l’ensemble où chacun a une place. Ce qui fait sens, c’est Dieu et Lui seul ! A nous de ne pas nous laisser accaparer par de multiples occupations, mais bien de nous attacher à la réalité du moment pour aller à l’essentiel. La hiérarchie des valeurs passe alors par un discernement contextuel pour saisir ce qui importe vraiment au temps précis. La prière ne supplante pas l’action, et l’action ne dispense pas de la prière. Laisser Dieu agir, avec confiance en sa Parole nous fait remémorer son action dans notre histoire, et l’héritage des saints comme modèle de foi.

 

Nous voici appelés à témoigner de notre foi, dans la confiance en Dieu et parallèlement une disponibilité à l’Esprit Saint pour agir au moment opportun. Certes il y a des demandes de responsabilité qui peuvent se transformer en démission de la foi. Cependant il nous faut faire confiance à Dieu et demander le secours de sa grâce. Restons des serviteurs de la Parole et non des possesseurs de la grâce, et veillons en artisans de paix à avoir toujours la plus juste relation avec nos frères et toute la création. Sans cesse il nous faut être dans une conversion intérieure pour vraiment entrer dans l’intelligence de la foi et s’ouvrir pleinement au souffle de l’Esprit Saint. Alors nous pourrons comprendre que l’humilité est chemin de sainteté pour être comme des serviteurs à disposition du maitre afin d’écouter la voix du Seigneur et le laisser agir au moment opportun. « Sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. »[4]

[1] Josué 6

[2] &150 CDSE citant Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 25: AAS 58 (1966) 1045-1046.

[3] &2 Evangelii gaudium – François

[4] Ps 26,14

Il nous faut prolonger notre réflexion sur les aidants et les familiers d’une personne demandant l’euthanasie. Comment devons-nous nous positionner ? En rappelant notre responsabilité du don de Dieu et la vérité de l’amour jusqu’à redécouvrir à chaque instant la volonté de Dieu. Nous sommes responsables de nos frères devant Dieu qui continue de nous interroger : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »[1] Dans l’humilité, il nous faut relire notre propre expérience de la relation dans la vérité de la personne humaine et de sa dignité propre. Si un jeune homme de 20 ans décide de se jeter du pont par désespoir amoureux, et parce que c’est une trop grande souffrance de supporter cela. Naturellement chacun fera en sorte de l’en dissuader. Mais lorsque c’est un vieux dans un lit d’hôpital, ou une personne avec une pathologie grave, alors là, tout est permis. N’allons pas dans l’hypocrisie relativiste qui cherchera à dire que ça n’a rien à voir. « Ça » a justement tout à voir.

 

L’accompagnement des personnes est de rappeler le don précieux de la vie comme une occasion de cheminer ensemble dans une relation plus forte car plus vraie lorsqu’on est proche de la mort. La fin de vie s’accompagne d’une relation de vie et non d’une forme de terrorisme par la possibilité d’accélérer la mort. La vie de l’homme est relation et l’accompagnement de chacun dans tous les aspects de la réalité quotidienne ouvre d’autres horizons. « Chaque vie conçue est un grand bien et la destruction et l’interruption de la grossesse sont un mal énorme »[2] disait le cardinal Wojtyla, et c’est aussi vrai pour l’euthanasie. La destruction de toute vie est un mal pour toute l’humanité, et sa conscience. Nous pouvons parler d’une conscience commune abimée par des actes insensés. La liberté interpersonnelle implique une responsabilité de tous, dans les choix d’un. Rien n’est neutre dans ces domaines, surtout si socialement nous en faisons un acquis. Comment les générations futures pourront comprendre ce néobarbarisme ? Non, l’euthanasie n’est pas la dernière liberté à conquérir, mais la énième tyrannie à établir. Déjà d’ailleurs certains attaquent la liberté de conscience pour obliger à la pratique des actes euthanasiques sans parler des abusifs délits d’entrave. Tout est dit dans l’application mortifère et liberticide de telles mesures.

 

Derrière la question de l’euthanasie, c’est toute la dignité de la personne qui est en cause. Or la dignité de la personne est signifiée entre autres par la fraternité. Toute personne est digne car elle est d’abord mon frère. Dans la devise républicaine, on peut aisément le comprendre. La dignité est liée à la reconnaissance d’une même fraternité, d’une même humanité. Elle n’est donc pas liée à la liberté, mais à la relation et à cette égale dignité face à toutes les réalités. « La dignité humaine ressemble plus à un appel à un postulat qu’à un fait accompli ou bien élaboré par les hommes au plan aussi bien collectif qu’individuel. »[3] La dignité de la personne comme postulat demande ainsi de relayer cette fraternité dans la réalisation de la place de chacun au cœur de la société. Ce qui se comprend de manière républicaine se comprend encore mieux avec la définition religieuse d’homme créé à l’image de Dieu. Personne ne peut porter atteinte à cette image, et la valeur de don de la vie reste à respecter dans une cohérence des contingences. La dignité de l’homme à la lumière du Christ Rédempteur est bien une « dignité de la grâce de l’adoption divine et en même temps la dignité de la vérité intérieure de l’humanité ».[4] L’accueil d’une relation à l’autre qui accompagne, et soutient avec persévérance pour un meilleur bien, est compagnon d’humanité. Un artisan de la vie pour la dignité de la personne humaine et de son histoire afin d’aider à trouver une juste place, prendre conscience de sa valeur et faire mémoire de ce qu’il y a de beau et de vrai. La vraie liberté de l’homme est d’abord un accueil de l’histoire de l’autre et sa véritable dignité.   Ni euthanasie, ni acharnement thérapeutique, impliquent alors le respect du corps en premier face à l’invasion des technologies. « La dignité de l’homme signifie qu’il faut placer l’être humain plus haut que tout ce qui a été conçu par lui dans le monde visible… L’homme ne vit pas pour la technique, pour la civilisation, et même pas pour la culture. »[5] L’homme vit pour la relation dans la construction d’une civilisation où chacun a toujours sa place, quel que soit son état, et ne peut en aucun cas être abandonné à son propre sort, ou vouloir accélérer son sort. La transcendance de la vie humaine rappelle chacun à son propre devoir de responsabilité de vie dans les actes à poser.

 

Alors comment accompagner une personne fatiguée de la vie, et dans une position de détresse telle qu’elle demande la mort ? D’abord lui rappeler qu’elle a de l’importance à nos yeux, et que nous sommes encore heureux de passer du temps avec elle. Que nous l’accompagnons dans sa démarche de partage d’histoires, et de valorisation de ce qui a été accompli. D’une recherche de relation riche de rencontres où le lendemain est attendu avec ardeur. « La personne est un tel bien que l’attitude juste et riche, porteuse de valeurs, ne peut être envers elle que l’amour. »[6] Une personne qui se sait aimer, dans la juste relation à l’autre, et la vérité du partage ouvre à d’autres réalités. Dans les demandes d’euthanasie, il faut entendre les détresses et les solitudes, comme parfois les désarrois suicidaires, et certainement pas prendre la demande comme argent comptant. Sans cesse rappeler qu’il ne faut jamais perdre confiance, et avancer dans sa propre histoire pour gouter à tout ce qu’il nous faut vivre. Déployer aussi ce qu’il faut pour aider à accompagner la souffrance, notamment en prenant du personnel compétent et formé. Savoir retrouver dans l’histoire, malgré les faiblesses du moment, les forces qui nous ont accompagnés jusque-là. Et pour nous chrétiens, la première force c’est le Christ Rédempteur qui nous dévoile par son incarnation la véritable dignité humaine jusqu’à l’agonie de la croix. Ne nous détachons pas du Christ. Par la foi il nous rend véritablement libres et nous apprend que l’amour se vit dans la vérité de nos actes et la juste relation aux autres pour construire un monde meilleur. L’amour s’est vraiment manifesté par la croix et redonne à toute vie humaine ses racines et son sens. « L’homme n’est pas capable de se comprendre lui-même à fond sans le Christ. Il ne peut saisir ni ce qu’il est, ni quelle est sa vraie dignité, ni quelle est sa vocation ni son destin final »[7]. Le débat de l’euthanasie a forcément une dimension spirituelle et tout baptisé doit donc réfléchir à la lumière de son baptême et de la tradition apostolique. La foi est commune et cohérente. Elle ne peut être une affaire d’option personnelle ou de sentiment issu d’une expérience souvent émotive et peu rationnelle.  Retrouver le dialogue avec la personne, c’est lui rappeler l’amour de Dieu, mais aussi de notre présence fraternelle dans un témoignage de notre foi. « Une Église qui construit les ponts, le dialogue, toujours prête à accueillir …avec les bras ouverts tous ceux qui ont besoin de notre charité, de notre présence, de dialogue et d’amour. »[8] Cet appel général du nouveau pontife romain prend une coloration particulière dans la problématique de la fin de vie. Là plus qu’ailleurs il nous faut témoigner de l’audace de la foi missionnaire, et de cette présence du Christ qui illumine toute vie. Tenir les bras ouverts pour accueillir toutes les histoires et articuler l’ensemble dans la grande espérance du salut, où Dieu dans sa miséricorde accueille tout pénitent pour son royaume. Les besoins dans ces étapes ultimes de la vie ne sont pas une proposition de mort, mais bien un accompagnement de vie pour la vie éternelle.

 

Non, l’euthanasie n’est pas une bonne aide active à mourir, mais bien un meurtre avec préméditation. Il nous faut protéger le langage des avatars vaseux pour faire passer des notions étrangères à la raison et à la vérité. Défendre avec clarté la vie, c’est refuser le brouillard des situations pas souvent explicites pour trouver prétexte à la transgression de la loi de toute société : « Tu ne tueras pas. » Souvent nous aurons à répondre avec précision sur les positions pour ne pas répondre à des slogans mais effectivement recentrer le débat sur l’essentiel et refuser tout ce qui pourrait être un déracinement du bien commun et de ce qui fait la civilisation. Nous avons à réfléchir sur la personne humaine avec un devoir de lucidité pour ne pas entendre les sirènes des possibles, et d’un « puisque c’est possible, faisons-le ». La construction des Babel de la mort dans une volonté de recherche technique et d’accompagnement par des substances de plus en plus précises est l’agonie de la raison. Encore faut-il réentendre que la personne humaine est un sujet pour une relation et non un objet à ranger dans un cercueil.  « La personne est un tel bien qu’on ne peut pas l’utiliser, elle ne peut pas être traitée comme objet et donc comme moyen pour atteindre un but. »[9] La volonté d’une régulation économique et démographique doit nous rendre opposés à cette proposition au nom même de la dignité humaine et de sa valeur intrinsèque.

 

Le naufrage d’une humanité réclamant l’euthanasie est patrie en perte d’âme. Elle est cette épave de la raison dans la mer des émotions, et les tempêtes de l’actualité et de la technique sans réflexion sur le sens et ce que cela induit de notre notion d’être ensemble et la vision d’espérance. Soyons une Église de communion où chacun a sa place, et où nous allons à la rencontre de chacun dans toutes les occasions afin d’aider à la croissance humaine et à la révélation de la vérité de l’amour dans le Christ, source de toute vie. Comme le rappelle si justement le saint pape, « aucune circonstance, aucune finalité, aucune loi au monde ne pourra jamais rendre licite un acte qui est intrinsèquement illicite, parce que contraire à la Loi de Dieu, écrite

[1] Gn 4,10

[2] p. 236, notre ami Karol Wojtyła de M. Maliński, le centurion 1980, ouverture du 8 février sur le colloque L’interruption de la grossesse dans tous ses aspects.

[3] p. 174 Mon ami Karol Wojtyła de M. Malinski le centurion 1980 Radio Vatican 10 octobre 1964

[4] &11 Redemptor Hominis – Jean-Paul II

[5] p. 174 Mon ami Karol Wojtyła de M. Malinski le Centurion 1980 Radio Vatican 10 octobre 1964

[6] p. 252 Mon ami Karol Wojtyła op. cité Référence au livre Les fondements du renouveau, l’étude sur la réalisation du concile Vatican II 1972

[7] p. 358 Mon ami Karol Wojtyła de M. Maliński le Centurion 1980 fin du premier voyage de JP II en Pologne

[8] Discours du 8 mai 2025 – Loggia – Léon XIV

[9] p. 252, mon ami Karol Wojtyła, op. cit. Référence au livre Les fondements du renouveau, l’étude sur la réalisation du concile Vatican II 1972

Dans une recherche sur le sens de la vie, il nous faut discerner l’histoire de vie de chacun et relire dans le contexte les positions. Une étude belge montrant que les mêmes personnes ayant une pleine santé sont pour l’euthanasie, avec ce qu’elles refusent, et quelques années plus tard, lorsqu’elles sont atteintes justement des maux décrits, refusent l’euthanasie. L’argument du validisme, comme posture idéologique, décrié par les opposants est tout à fait légitime. De même l’imposture financière dans un cynisme assumé doit être dénoncée au nom même de la raison, voyant en l’autre un frère, et de notre foi en disciple du Christ sachant reconnaitre en l’autre l’image de Dieu, la valeur sacrée de la bénédiction.

 

Les affres du validisme[1]

L’argument de l’euthanasie est posé par des personnes souvent non concernées, mais extrapolant l’avenir. « Au cas où » dans la souffrance, ils puissent y avoir un recours. L’argument est stupide, puisque la douleur peut être traitée par le déploiement des soins palliatifs dans presque la totalité des cas, et la souffrance étant liée à un état psychique, demande un accompagnement, lui aussi déployé par les soins palliatifs et l’accompagnement psychologique. . Que reste t’il à l’argument « au cas où » ?  Rien ! Finalement, l’euthanasie n’est pas une question médicale mais une question de société qui renvoie à la dignité de l’homme dans l’accompagnement de sa vie et du sens de la fraternité par une relation proche et bienveillante. Hélas ! Nous sommes dans une forme d’idéologie stérile déployée par les « validistes » nous disent ceux qui souffrent de pathologies invalidantes. Le validisme étant donc le point de vue discriminant de personnes valides et qui s’oppose au point de vue de la personne porteuse d’un handicap invalidant et subissant l’exclusion au nom de ses pathologies.

 

Or l’argument d’une posture idéologique par des personnes n’ayant pas à se poser la question dans le quotidien, face à d’autres ayant des pathologies nécessitant à chaque fois des choix de vie pour gouter à l’extrême moelle de la vie, interroge pertinemment la position. Déjà le cas Vincent Humbert suppliant le droit de mourir avec une demande répété de sa part et finalement tué par sa mère « par compassion », a déclenché une salve de demandes d’autres malades dans des pathologies similaires suppliant qu’on ne le débranche pas. Or l’argument des valides est d’être extérieur à la souffrance vécue et de prendre des positions pour le bien des autres, dans une perversion compassionnelle. L’homme doit être accompagné, et non laissé dans l’abime décisionnel de sa propre solitude. La solitude ontologique dans le livre de la Genèse[2] renvoie à un impératif du relationnel, d’abord avec les animaux dans l’échange, et puis avec la femme dans la complémentarité. Face à la mort, et à l’absurdité du mal, l’accompagnement de la dignité humaine est bien de tenir la main pour vivre avec l’autre le passage. L’argumentaire doit tenir compte de l’histoire de chacun, et ceux qui sont concernés, notamment ceux qui vivent des pathologies invalidantes sont bien prédominants face à ceux qui parlent ex nihilo.

 

De plus, à travers une volonté de pacte social, il faut être attentif à ce que l’on véhicule dans la société. Si le fait d’être en parfaite santé est perçu comme une vraie liberté, faisant croquer la vie à pleines dents, avec l’insolente chance d’être sain et une recherche d’épanouissement à perte de sens, sans oublier la fascination d’une perfection physique que les salles de sport fabriquent de plus en plus, et l’illusion d’une recherche de performance pour la beauté du corps, on voit bien une vision superficielle et très matérialiste de la relation à l’autre. Tout étant dans l’apparence ! Ainsi les pathologies invalidantes, et la triste condition humaine dans le misérabilisme du moment dépendant renvoient à l’échec comme une perte de chance d’être pleinement, et avec l’horreur de la souffrance, comprenant parfois des difformités repoussantes. Alors pour le bien du peuple, éradiquons tout cela dans l’euthanasie, comme l’ont voulu certains régimes totalitaires ! L’euthanasie autorise ainsi à confier le travail aux médecins plutôt qu’au soldat ! Notons le progrès ! (C’est cynique mais très factuel). L’euthanasie est donc une condescendance à leurs propres maux, et une aide active à mourir pour une telle indignité ! Comment ne pas se révolter en tant que disciple du Christ face à de telles visions nous privant de la juste fraternité !

 

L’homme est créé à partir de la poussière du sol. Cela renvoie à une approche de ceux qui sont atteints dans leur vulnérabilité par un mal les rendant invalides. La vulnérabilité exerce une position sur le sens de la vie particulière. D’ailleurs sont-ils encore des personnes ou un tas de cellules à exciser ? Le problème profond d’une loi autorisant à tuer sur des critères discutables, est l’exemplarité d’un tel comportement et du relativisme de l’acte. Toute la question de la dépression – ou plutôt de la dépréciation de soi dans le handicap – devrait être abordée, mais également, une volonté de faire place nette sur tout ce qui pourrait être perçu comme des produits défectueux. Parler de dignité dans le droit de mourir est un non-sens. La dignité de l’homme est bien dans la croissance de vie, et les personnes dans des situations invalidantes en ont une conscience aigüe et vérifiée dans la réalité du quotidien. Proposer l’euthanasie, orientée vers toutes pathologies invalidantes, est discriminant d’une part, et d’un paternalisme confondant d’autre part. Cette forme de discrimination par la pathologie invalidante et ceux qui sont valides est infamante. Mais de telles positions sont liées aussi à la facture économique qui devient point de fracture

 

L’impensé économique

Relevons la problématique économique dans le système de santé, et l’étranglement budgétaire actuel qui pourrait justifier des choix douteux sur l’accompagnement de la vie. Comme est douteuse la volonté des organismes de santé et de retraite d’ouvrir le choix à la mort comme solution de vie…. Les promoteurs entrent dans ce courant de gestion démographique mondiale, avec une maitrise du vivant au nom d’une viabilité de confort et de maitrise des ressources.

 

Dans un débat sur la maitrise des dépenses de soins, la proposition de l’euthanasie fait économiser « 1,4 milliard d’euros par an »[3] comme le souligne Le Point. Il y a bien une rupture de fraternité que rappellent les études sur ce qui est déjà commis dans d’autres pays ayant accepté cette loi régressive. « Si l’on rapportait à la France les chiffres de « l’aide à mourir65 » … on enregistrerait 46.000 euthanasies par an, soit 177 euthanasies par jour ouvrable. En appliquant à ce nombre de décès le coût annuel de 26.000 euros de la dernière année de vie …, on arriverait approximativement à terme à 1,4 Md d’euros d’économies annuelles de dépenses de santé, si l’on transposait la législation du Québec. » L’article du Point cité fait froid dans le dos, par une approche utilitariste si éloignée de tout lien fraternel. L’autre est perçu comme un ticket à valider ou à rejeter. Le cout de la vie, et le cout sociétal de la prise en charge des personnes, comme un paquet d’humanité à charge de l’ensemble, posent la question de la dignité humaine et du sens même d’être en relation. Les anthropologues parlent de civilisation, lorsqu’on enterre les morts c’est-à-dire de porter souci vers l’autre jusqu’au dernier souffle. Avoir une vision purement économique est donc refuser l’accompagnement du dernier souffle. Les ratios proposés par le journal marquent aussi une autre réalité de l’approche de l’euthanasie beaucoup moins sympathique, parce que moins empathique. Signalons une fois de plus ; les premiers promoteurs de l’euthanasie sont les mutuelles de santé ! Il n’y a plus rien à ajouter une fois que l’on part de ce constat, même si un concert d’idiots utiles se joint à l’impensé économique pour justifier de telles positions !

 

Ajoutons la réflexion du psychiatre An Haekens citant son confrère : « Il constate par ailleurs un lien entre le nombre croissant des demandes d’euthanasie et le « déshabillage financier des soins » qui porte atteinte à la qualité  de vie des personnes souffrant d’une maladie psychiatrique de longue durée »[4] Il y a bien une volonté de rationalisation économique avec l’absence de l’humain pour un meilleur rendement. Dans un autre domaine l’utilisation de l’Intelligence Artificielle (IA) peut mener vers les mêmes impasses dans une utilisation perverse de l’outil. L’homme est au cœur de la relation dans le pacte social, et l’accompagnement des plus vulnérables un choix de conscience pour partager la dignité humaine. Elle n’est pas et ne peut pas être un choix de mort, et encore moins l’accompagnement dans la mort. Derrière ces propositions de mort n’y a-t-il pas une crucifixion de l’homme au nom d’un intérêt économique ? Soigner coûte cher, éradiquer la vulnérabilité de l’homme en proposant la mort parait être une solution à moindre frais ! Mais que construisons-nous comme société ? Quelle est cette violence que nous introduisons comme une horde barbare de postures idéologiques pratiquant la politique de la terre brûlée pour une plus grande perte d’humanité ? L’euthanasie est une marche vers la déshumanisation, et l’argument économique en est une arme bien réelle. Seule une conscience droite puisant d’abord dans la raison, et la loi naturelle, et se prolongeant dans la foi et le discernement prudentiel,  pourra trouver des parades efficaces à un tel fléau sociétal.

 

Le débat éthique sur le fonctionnement de notre vie morale, passe effectivement sur le sens, et non la mathématique desséchante des chiffres. Ne nous y trompons pas, le lien économique est bien présent, et doit être souligné dans l’accompagnement, comme un surplus d’humanité et non un coût. Tout est question de point de vue. Cette histoire des Andes nous le rappelle. Une fillette de 6 ans portait sur son dos son frère de 4 ans. Un homme passant dit avec empathie à la fillette, « C’est là un bien lourd fardeau ». La fillette répondit « Ce n’est pas un fardeau, c’est mon frère ». Tout est dit dans la vision du monde et la demande de mort est souvent un appel à la vie relationnelle, une vie fraternelle et non un fardeau d’être. Le point de vue de l’un comme poids physique et contré par la vision de l’autre comme aide psychique. Pour l’accompagnement de la fin de vie, nous avons à regarder avec les yeux de la vraie fraternité. Tenir bon avec le souffrant pour ajouter du sens à sa vie. Mais voilà, l’économique persiste à se montrer tenace. « Mise à part une prétendue pitié face à la souffrance du malade, l’euthanasie est parfois justifiée par un motif de nature utilitaire, consistant à éviter des dépenses improductives trop lourdes pour la société »[5] Les fardeaux lourds d’une société anxiogène sur l’avenir est prête au désastre planétaire comme le révèlent tous les discours sur la crise du climat, ajoutons les guerres sporadiques et une forme insidieuse d’insécurité nationale et internationale. Toutes ces anxiétés alimentent le débat sur l’euthanasie comme une solution à prendre en compte. La foi nous rappelle notre propre responsabilité à déployer les talents pour travailler au bien commun et être attentif à la maison commune dans une écologie intégrale. « Une écologie intégrale est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme. En attendant, le monde de la consommation exacerbée est en même temps le monde du mauvais traitement de la vie sous toutes ses formes. »[6] La violence de la proposition d’euthanasie doit être également refusée dans son argumentation économique, comme une forme d’égoïsme du pacte social. La vie morale est la consécration de la vie fraternelle dans la vérité de l’amour et la gratuité du don. L’homme n’est pas une équation budgétaire ou une variable d’ajustement dans une pensée économique – de fait repliée sur elle-même.

 

Ajoutons à cela une forme d’hypocrisie dans le fait de voir que cela est discriminant. En effet, si nous sommes tous concernés, il y a bien une hiérarchie sur des échelles variées, suivant le contexte et la situation socio-économique. « Le chef médecin légiste de la province (Ontario – Canada) fait valoir que la pauvreté, la dépendance des patients vis-à-vis des prestations sociales et leur instabilité de résidence expliquent le recours à l’euthanasie pour ce public vulnérable, qui n’est pas en phase terminale78. Alors que l’isolement social concerne 15% des euthanasies en phase terminale, ce pourcentage monte à 39% pour les euthanasies qui ne visent pas des personnes en phase terminale79. »[7] L’euthanasie serait alors une solution pour cacher ces pauvres que l’on ne voudrait point voir. 39 % de personnes demandant l’euthanasie du fait de leur propre situation économique met à mal le bien-fondé d’une loi qui se révèle profondément inique et inhumaine. Et en France, s’il existe de vraies prestations sociales, qui par ailleurs grèvent le budget, la pauvreté reste un réel fléau bien présent, et les demandes d’euthanasie toucheront plus durement ceux qui sont dans le besoin économique ou social, aussi bien que ceux errants d’autres morts sociales.

[1] Le validisme – ou capacitisme – désigne un système de préjugés et de discriminations à l’égard des personnes en situation de handicap. Une société validiste considère les personnes sans handicap (« valides ») comme la norme, le handicap étant perçu comme un manque, et non comme une conséquence d’évènements de la vie ou d’une diversité au sein de l’humanité. Sciences humaines – 7 fevrier 2022 Qu’est-ce que le validisme ?

[2] Gn 2,18

[3] Le point, 8 fevrier 2025, Jérome cordelier « Le Dr Pascale Favre, autrice d’une note de la Fondapol, constate que les pays qui ont légalisé cette pratique ont élargi son champ d’application, provoquant l’explosion des demandes. » (Pascale Favre et Yves-Marie Doublet sont docteur en droit)

[4] P 93 Euthanasie l’envers du décor,  article l’euthanasie pour souffrance psychique sans issue d’An Haekens étudiant dans le passage le psychiatre Boudewijn Chabot

[5] &15 Evanelii Vitae – Jean Paul II

[6] &225 Laudato Si – François

[7] Etude de Pasclae Favre et Yves-marie Doublet Janvier 2025, les nons-dits économiques et sociaux du débat sur la fin de vie – Fondation pour l’innovation politique – fondapol org

 « J’ai dit au Seigneur ; Tu es mon Dieu, je n’ai pas d’autre bonheur que toi » La foi est une rencontre avec Jésus Christ, une communion personnelle de l’amour de Dieu, dialogue du jaillissement de la grâce qui illumine notre vie de sa Vie. Brigitte a témoigné avec audace de cette rencontre merveilleuse d’un Dieu qui est Père. Comme elle l’avait écrit « Moi j’ai un papa qui s’occupe de mes affaires »[i]. Une redécouverte de paternité, à la suite des conversions d’un Dieu que j’ai osé appeler Père. L’espérance du salut est relation à la paternité de Dieu, elle nous invite à participer à la joie du Royaume en enfants libres dans la foi pour laisser passer la lumière et se rendre disponibles à sa présence. Oui, la foi est un partage d’une relation amoureuse, avec cette ardeur missionnaire pour le partager à tous, comme une rencontre à vivre pour chacun. Alors résonne l’appel de l’apôtre comme ligne de conduite baptismale. « L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas… mais trouve sa joie dans ce qui est vrai » Point de long discours ou de structuration de discours théologique, mais cette expérience fondamentale de l’amour qui transperce l’être pour pénétrer à l’intérieur et embraser l’âme de ce désir insatiable de Dieu.

 

L’émerveillement du dialogue avec Dieu

Ma mère, Brigitte était une femme de prière. Nul ne peut lui retirer cela. Parfois un peu trop, j’entends bien, mais une volonté d’être dans le souffle de l’Esprit et de se laisser guider par la voix du Seigneur pour lui rendre hommage de tout son cœur. Par le chapelet, ou le parler en langue, elle témoignait des merveilles de Dieu et dans une lecture attentive de la Parole méditait tout cela dans son cœur en réfléchissant comment le vivre au jour le jour. Nous avons à témoigner de notre foi par une vie de prière où nous faisons confiance en Dieu en toute circonstance et choisissons toujours la croissance de l’amour pour grandir avec le Seigneur. Toute prière m’ouvre les horizons de mon humanité pour vivre ma vocation baptismale au service du Seigneur dans ce dialogue où tout prend sens lorsque je suis disponible à la grâce. «  . Saint Jean de la Croix recommandait de « s’efforcer de vivre toujours en la présence de Dieu, soit réelle, soit imaginaire, soit unitive, selon que les actions commandées le permettent »[ii]. Au fond, c’est le désir de Dieu qui ne peut se lasser de se manifester de quelque manière dans notre vie quotidienne : « Efforcez-vous de vivre dans une oraison continuelle, sans l’abandonner au milieu des exercices corporels. Que vous mangiez, que vous buviez […], que vous parliez, que vous traitiez avec les séculiers, ou que vous fassiez toute autre chose, entretenez constamment en vous le désir de Dieu, élevez vers lui vos affections »[iii]. La mort de Brigitte, femme de prière nous montre comment vivre la prière dans le quotidien de la vie avec persévérance et quel que soit l’âge. Au dernier moment de sa vie, elle priait encore comme une supplication de l’action de Dieu dans sa vie jusqu’au dernier souffle. Rejoindre son Seigneur et entrer dans la communion des saints avec son époux et ceux qu’elle a rencontrés sur terre pour chanter les louanges du Seigneur.

 

Oui nous avons vu une vie de prière ancrée dans la tradition. Le pater noster que nous chanterons tout à l’heure, est d’abord une histoire familiale mais aussi une expérience de prière commune. Chanté lors de l’enterrement de mon grand-père avec tous les frères et sœurs de Brigitte, il rappelle l’importance d’une tradition que parfois nous avons trop vite oubliée sous prétexte de modernité autre nom d’une intolérance policée. Ma Mère avait une ouverture aimant l’ancien et le nouveau dans une recherche de se rapprocher de Dieu par la prière de louange et l’expression la plus juste de célébrer Dieu avec beauté. Elle aimait autant le Credo en latin, que le dernier chant charismatique sorti. Une diversité des chants pour se rapprocher de Dieu avec une volonté d’être tout à Lui pour toujours dans une forme de détachement de ce monde pour laisser Dieu se manifester pleinement. Le psaume nous invite à cette prière de louange « devant ta face débordement de joie ! A ta droite éternité de délices ! » qu’il nous faut cultiver dans le quotidien comme l’expression de cet amour pour Dieu qui se voit dans ma relation fraternelle. Une juste relation à l’amour de Dieu dans la vérité de nos actes et l’ardeur de notre foi. La prière est cette relation de complémentarité avec Dieu qui nous unifie et nous redonne une cohérence intérieure. En effet en contemplant l’amour nous sommes appelés à vivre d’amour et nous témoignons de cet amour dans toutes nos relations, c’est le fruit même de la prière. La vie intérieure introduit l’âme au désert et fait éprouver cette liberté d’image de Dieu appelée à laisser le feu de l’amour l’embraser sans la consumer, dans une communion avec le Fils pour rejoindre le Père dans le souffle de l’Esprit.

 

témoigner de la miséricorde du Seigneur

Lors d’un partage avec un paroissien, celui-ci me raconta plus tard, qu’en entendant ma mère Brigitte, parler de Dieu, il pouvait presque le toucher à ses côtés. En effet, comme une jeune fille amoureuse de son bien-aimé, Elle était dans ce désir de partager la grâce de Dieu, et de témoigner de sa foi vivante. Intrépide jusqu’à faire des pèlerinages, tant en Terre Sainte, qu’au Canada, ou à Rome avec l’ICCROS elle n’a pas cessé de raconter son bonheur d’avoir Dieu pour père et d’entrer dans la danse. « La danse de l’amour exalté, la danse de l’amour ressuscité, la danse de l’amour vainqueur, la danse de l’amour glorieux, la danse de l’amour croissance et vie, la danse de l’amour infini »[iv] Il y a un dynamisme de la foi dans ce partage de vie pour un monde meilleur. En disciple, elle a su être dans l’écoute de la Parole, mais aussi dans ce regard de bienveillance pour les frères et la capacité d’écouter parfois des heures, afin d’aider chacun à un chemin de croissance. La vie de disciple est de permettre une liberté féconde dans la croissance de chacun. Nous avons peut-être à réentendre cet appel de Dieu à vivre d’amour dans une recherche de communion en artisan de paix, et à garder un regard de bienveillance sur les autres. Certes, dans une Eglise un peu bousculée aujourd’hui, on est parfois plus dans la mort sociale que dans la bienveillance et l’ingérence intempestive de certains n’aident pas à un discernement prudentiel et juste. Qu’importe ! C’est à chacun de nous, en pierre de l’Eglise, d’appeler à la vérité de l’amour dans une recherche du meilleur bien, et d’aimer davantage pour vivre la miséricorde comme un don de Dieu pour nos frères.

 

Dans cette vie en profondeur, l’amour est bien ce jaillissement de la bénédiction de Dieu dans notre vie comme image de Dieu qui gouverne nos désirs et nous invite à lui ressembler dans des choix libres responsables pour une fécondité de la foi. Ne regardons pas autour de nous, mais bien en nous, comment nous sommes ouvriers du royaume en faisant germer l’amour autour de nous. Par notre baptême nous portons cette mission d’annoncer l’amour de Dieu pour chacun d’entre nous, comme la réalisation de la grande espérance du salut obtenu par le Christ. Plus nous aimons, plus nous savons pardonner, et plus nous répandons la bonne odeur de l’espérance du salut, un chemin de sainteté pour tous ceux qui y répondent. Le témoignage de l’amour s’enracine dans le pardon et répond à la foi par l’espérance. La miséricorde est un geste prophétique dans un monde de plus en plus violent et clivé. La résurrection nous fait entrer dans l’amour éternel. La mort est une pâque, un passage pour contempler Dieu face à face. L’espérance nous porte à vivre notre foi dans la force de l’amour parce que Dieu est amour. Pas d’autre logique que celle d’aimer dans la juste relation pour participer à l’héritage du royaume. « Le Christ en personne est le paradis, la lumière, le rafraichissement, la paix assurée que visent l’attente et l’espérance des hommes »[v]. Brigitte en  a témoigné, et nous avons à porter cet héritage de la foi ancré dans la tradition apostolique pour continuer d’amener au Père toutes les âmes. Dans ce moment de prière pour les défunts, retrouvons la logique de l’amour jusqu’au pardon et laissons-nous embraser par le désir de Dieu pour connaitre la vraie joie de demeurer en sa présence.

 

Une liberté de l’amour dans la fidélité des choix fondamentaux

S’il est une recherche de Dieu qui a porté ma mère, Brigitte, c’est cette volonté de vivre en fidélité à sa Parole et la volonté d’écouter la Parole de Dieu.. Et les nombreux passages, comme des étapes de vie, marquent aussi l’itinérance de la foi qui est faite de recherche, et d’affinement. Elle a fait du scoutisme, et même de la JAC, jeunesse agricole catholique. J’ai été un peu étonne de la voir dans ce mouvement de jeunesse, « Qu’as-tu été faire là-dedans », lui ai-je lâché ! Elle m’a témoigné de la grâce de ce mouvement dans son étape de vie, comme une belle expérience de maturation humaine. Elle a continué les mouvements, comme les équipes notre dame, et les foccolaris ! Un désir de Dieu tout azimut. Une liberté d’aller dans les mouvements pour continuer de chercher Dieu. Puis l’expérience du Renouveau en 1973 au Bec Hellouin et ce changement de regard où l’expérience de l’Esprit Saint faisait sens de manière nouvelle. Certes, il y a eu beaucoup d’incompréhension en paroisse, et elle s’est souvent sentie jugée. Mais « la miséricorde se rit du jugement » et avec fidélité elle a été à l’écoute de la Parole. Sans cesse elle a continué avec humilité d’avancer dans la confiance en Dieu et en son œuvre, tout en partageant cette expérience nouvelle. Le Renouveau c’est d’abord une guérison physique, et cet appel du Seigneur « Crois-tu que je peux te guérir », puis cette guérison inexpliquée dès le lendemain, et son action de grâce allant au groupe de prière en Normandie chaque semaine, pendant plus d’un an avant de fonder son propre groupe en paroisse. Pour la petite histoire, elle avait attaqué la sécurité sociale en justice, car elle trouvait que les indemnités de son handicap n’étaient pas assez forte, et elle avait gagné ! Mais voilà, maintenant guérie, il fallait faire la vérité. Donc elle écrit à la sécurité sociale pour dire que le Seigneur l’avait guéri et donc elle ne pouvait plus percevoir les indemnités mensuelles. La réponse de la sécurité sociale fut anthologique. Madame, la sécurité sociale est un organisme laïque qui ne croit pas au miracle, nous maintenons donc votre indemnité. Le groupe de prière, l’étoile radieuse du matin, et la volonté de faire une petite communauté de vie n’ont pas tenu dans le temps et au bout de vingt-cinq ans s’est arrêté. Néanmoins dans les fruits,  plusieurs ont demandé le baptême, d’autres ont été guéris de la dépression, puis il y a eu la réalités d’un accueil inconditionnel dans un accompagnement constant. Ce groupe a été source de grâce, référence parmi les multiples groupes de prière, comme une instance d’insertion ecclésiale des fruits de l’Esprit.

 

Cette liberté de la foi dans les multiples rencontres, ou elle a pu partager avec ardeur cette rencontre du Christ avec des grands noms de l’école biblique de Jérusalem, ou avec Jean Pliya et d’autres noms pour le renouveau. Un couple qui ne payait pas de mine mais partageait à tous la foi avec disponibilité et générosité. Les parents ont côtoyé aussi le Full Gospel, les hommes du Plein Evangile, avec enthousiasme, tout en percevant la fragilité d’un œcuménisme tirant vers le protestantisme et ils se retirèrent silencieusement pour continuer leur chemin de foi. Les expériences spirituelles demandent du discernement et ne sont pas toujours sans poser question, mais les orientations de vivre du Christ et d’être dans l’obéissance de l’Eglise, tout en maintenant un éveil sur le souffle de l’Esprit Saint leur ont permis de continuer de grandir dans la foi. Il est important de se dire que l’expérience humaine ne se faisait pas de certitude ou de perfection, mais bien d’une marche qui demande sans cesse un peu de discernement, beaucoup de conversion personnelle, de remise en question pour agir dans la vérité de la Parole et trouver le chemin de croissance qui sera le nôtre.

 

Conclusion

Nous prions pour le repos de l’âme de Brigitte et en même temps nous témoignons de la grande espérance du salut. La foi se manifeste par la confiance en Dieu et cette brulure intérieure de l’amour pour avancer dans la communion des saints, c’est-à-dire des vivants et des morts. En serviteur fiable, Brigitte entre dans la joie de son maitre, et nous avons à continuer notre chemin de foi avec confiance. Entendons là nous dire : J’entrerai dans la louange au ciel les bras levés vers mon Père pour chanter ma joie d’être enfin avec Lui pour l’éternité dans la civilisation de l’amour qui ne s’éteint jamais.

[i] Mon Père, Brigitte Bellut

[ii] &147 Gaudete et exsultate – François – Degrés de perfection, 2 (Œuvres complètes, Paris 1990, p. 313).

[iii] Id., Avis à un religieux pour atteindre la perfection, 9b (Op. cit., p. 311).

[iv] Mon Père, Brigitte Bellut

[v] P 133 La mort et l’au-delà – Joseph Ratzinger

Comment vivre le débat sur la fin de vie sans s’interroger sur l’essence de la vie, et sa valeur propre, indépendamment des circonstances et des accidents ? La vie comme mystère de la profusion de la relation féconde doit se raisonner. Comment regarder l’enjeu principal, qui est d’accueillir la vie de Dieu en nous et d’en être dépositaire et non propriétaire ? Le sens de la vie introduit à la dimension eucharistique par l’oblation et l’appel à la nouveauté de la relation à Dieu.   En effet, à travers le sacrifice de la croix et la proclamation de la résurrection un nouvel horizon d’alliance se fait jour, où tout est possible puisque Dieu est présent. A travers l’eucharistie, Jésus nous donne le don de la vie en Dieu, et à travers ce partage, nous fait reconnaitre l’amour pour le vivre en esprit et en vérité. Nous le savons, « L’homme ne peut vivre sans amour »[1] L’amour est un chemin d’humanité qui révèle nos vulnérabilités et parallèlement toutes ses richesses.

 

Le principe de la vie nouvelle oriente nos choix de société dans une recherche du vrai bien, qui est relation à l’autre et accompagnement, mais certainement pas l’abandon souvent cynique et de la mort comme solution finale. L’existence chrétienne est un chant d’action de grâce pour les bienfaits du Seigneur en toute circonstance, un choix de confiance en sa providence pour continuer de vivre sa foi, en cohérence avec la Parole de Dieu. Le mal et la souffrance sont bien une réalité de l’existence humaine, et plutôt que de l’effacer, il lui faut faire face pour trouver les thérapies nécessaires à une amélioration somatique et un développement de la relation pour accompagner chacun dans son histoire. Oui, il nous faut continuer de tenir la main, même si c’est celle d’un mourant, surtout si c’est celle d’un mourant. La souffrance et la réalité de la mort nous confrontent à nos propres vulnérabilités.  « Accepter de demeurer dans cette situation de fragilité est l’occasion de nous approcher du lieu intime et mystérieux où la force de vie coule en nous comme un don gratuit »[2]  Or l’accompagnement de la vie est la clé de toute fraternité, comme être de relation. Souvent, les demandes de mort sont des appels au secours. Ce qui est vrai pour certaines tentatives de suicide est également vrai pour des demandes d’euthanasie, voire d’avortement. Il n’y a pas seulement une mort sociale et une demande de renaissance, mais également une demande d’attention d’être pour accompagner la fatigue d’être soi en pétillement de joie à retrouver dans ce cri d’être une personne aimée, reconnue et qui a toute sa place malgré sa grande vulnérabilité. « Aucun homme n’est un échec, la vie humaine garde toute sa dignité, même lorsqu’elle est marquée par la souffrance »[3] La vie a de la valeur humaine, comme source de relation et d’interaction. Alors les horizons changent pour continuer ce lien d’humanité jusqu’au bout de la relation. Une volonté de dépassement de soi pour être en communion et reconnaitre l’importance de sa place dans la communauté humaine.

 

L’appel à l’attention aux plus pauvres passe, par l’accompagnement des mourants, et l’impératif à être présent, parfois dans le silence lorsque la Parole devient de trop, mais toujours dans la prière et l’imitation du Christ présent à chacun. La souffrance nous fait peur, et Jean-Dominique Bauby[4] raconte comment l’isolement social s’est fait peu à peu, certains prenant le train de Paris jusqu’au seuil de sa chambre à l’hôpital de Berck pour finalement refuser d’entrer et repartir. L’enjeu de l’accompagnement des plus faibles au nom d’un principe d’humanité semble aujourd’hui remis en cause par une loi qui ferme toute discussion par le délit d’entrave. L’investissement des soignants dans les services de soins palliatifs est un engagement pour la dignité humaine et l’accompagnement de la relation afin de révéler le sens de l’humanité. La lâcheté du choix de la mort est un refus d’être en relation. Nous ne pouvons pas en être solidaires, ni de près, ni de loin. L’homme dans sa vulnérabilité a besoin de fraternité comme de liberté de croissance pour grandir en relation et s’épanouir pleinement dans sa nature propre.

 

Nous sommes en Eglise le corps du Christ et nous avons à prendre soin de ce corps dans la communion que nous vivons les uns avec les autres en artisans de paix. Nous ne sommes pas des légionnaires de la mort. Ainsi, le témoignage de notre communion ecclésiale et le discernement nécessaire aux situations demandent impérativement d’obéir à la tradition apostolique, non de manière servile, mais dans la responsabilité baptismale et notre vocation prophétique à la compréhension de la Parole du Christ formulée par le saint Pape de manière rigoureuse.  « … en conformité avec le Magistère de mes Prédécesseurs[5] et en communion avec les Evêques de l’Eglise catholique, je confirme que l’euthanasie est une grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d’une personne humaine. Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu écrite; elle est transmise par la Tradition de l’Eglise et enseignée par le Magistère ordinaire et universel..[6] » Cela ne supporte aucun relativisme, même s’il faut une définition claire de l’euthanasie sans confusion avec l’acharnement thérapeutique ni des moyens disproportionnés. L’importance de rappeler ce qui fait notre communion ecclésiale et la norme morale qui en découle sur un tel sujet doit orienter notre connaissance pour approfondir les Écritures et entrer dans l’intelligence de la foi afin de se mettre véritablement au service de la charité.

La tyrannie de la mort dans l’irrationalité de la peur

La base de l’adhésion se fait pour beaucoup sur une idéologie de la peur comme déclencheur d’un assentiment. La manipulation est en marche. L’instrumentalisation des situations dans un sentimentalisme débordant de générosité fraternelle, pour couper tout lien avec l’autre, situe bien le paradoxe du positionnement. Mais la peur de la souffrance, l’absence des soins palliatifs et l’isolement des personnes tant social qu’économique engendrent une volonté de ne pas être un poids pour la société. La norme utilitaire devient alors le principe premier de toute décision. Au nom de la liberté, nous voici dans le règne de l’arbitraire sous-tendant l’individualisme, mais glissant dans une tyrannie qui ne dit pas son nom.

 

La peur est mauvaise conseillère, dit le proverbe. Elle est surtout un instrument efficace d’assujettissement de toute politique totalitaire. Lors de la pandémie du Covid Wuhan, certaines dispositions absurdes comme le confinement à géométrie variable, et sans distinction de l’espace nous montrent dans une forme de solidarité nationale mal aiguillée les dérives despotiques jusqu’à interdire le culte religieux. La peur fonctionne comme un catalyseur d’angoisse pour orienter nos décisions sur ce qui parait le plus vital sans discernement préalable pour anticiper un mal. L’injonction du « je ne veux pas souffrir », sous-entendu parce que ce n’est pas humain, enjoint à vouloir la mort comme unique issue. C’est absurde ! Nous ne pouvons pas réfléchir ex nihilo à une situation. La souffrance n’est pas un projet d’avenir, ni quelque chose qui peut se penser en amont. La vraie liberté est de choisir en connaissance de cause dans une compréhension du contexte et une participation de tout notre être. Refuser la peur, c’est refuser d’être maitre de tout, et de tout décider par avance. Au moment opportun nous aurons à faire des choix humains, chacun de nous exerçant son discernement avec prudence au plus profond de sa conscience pour répondre avec sérénité à l’instant présent.

 

Certes, la difficulté de voir notre finitude, s’exprime dans les enterrements comme un rappel à la fugacité de nos jours. Et si nous étions le prochain que souhaiterions-nous de notre vie ? Alors se produit une forte réaction de maitrise dans de tels moments afin de choisir même l’insaisissable. Cela parait bien illusoire. « Je veux contrôler comment je vais mourir. » comme un appel lointain d’être « comme des dieux » On sait bien que parfois la mort nous surprend, mais lors de l’apparition de la maladie, tout d’un coup, nous voulons être les maitres, et le déploiement d’une mort annoncée, loin de rassurer, réactive un mécanisme de défense en parlant de liberté pour choisir sa mort. Tout cela n’est pas bien rationnel. Or le Christ nous a libéré de la mentalité d’esclave qui fonctionne sur la peur, pour faire de nous des hommes libres en Dieu notre Sauveur. Sans cesse, il nous faut approfondir les changements de vie qu’opère l’accueil du salut de Dieu, et les repositionnements que nous avons à vivre, en chassant toute peur au nom du Christ et de son Evangile.

Un âgisme qui ne dit pas son nom

Le débat sur la loi de la fin de vie est en fait un débat sur la fraternité et l’accueil de l’autre dans toutes ses réalités ? Doit-on accompagner, ou doit-on tuer ? Le cas du suicide étant assez éloquent, si un jeune de vingt ans décide de se jeter du pont, dois-je lui faire entendre raison ou le conforter dans son choix ? Si la réponse vient spontanément pour la préservation de la vie, pourquoi en serait-il autrement d’une personne de cent ans ?

 

En fait, L’euthanasie est d’abord la cible des vieux laissés pour compte. En dehors du lien social du travail, certains s’isolent peu à peu. Le suicide des personnes âgées est une réalité, comme le syndrome de glissement observé dans certaines situations de vieillissement. D’autre part, il est vrai que la perte d’autonomie et des repères, ainsi que parfois la précarité, n’aident pas à la rencontre, et nous entendons régulièrement parler de ces morts découvertes dans leurs appartements plusieurs mois après le décès, voire des années après, sans que personne ne s’en soit préoccupé. Alors ? Doit-on continuer à laisser vivre ceux qui grèvent les caisses des retraites ? Ne doit-on pas faire un âge limite, comme 75 ans aux Pays-Bas pour vie accomplie ? Que dire de ce jeune trentenaire, acteur économique reconnu, qui déclarait de manière péremptoire « il faut tuer les vieux à partir de 65 ans », et une fois l’âge atteint, répond aux détracteurs ; c’est une erreur d’appréciation, une erreur de jeunesse. Les propositions absurdes touchant l’âge sont nombreuses. Retrouver une conscience de l’homme dans toute sa dimension, demande d’accepter aussi sa vulnérabilité, et ce qui est de l’ordre de l’imprévisible. Les vieux nous l’apprennent chaque jour, dans la sagesse d’une juste distance et la prudence des âges.

 

Ne soyons pas hypocrites, l’euthanasie concerne en grande partie les vieux, et la pensée magique de l’indécence de les laisser vivre. Euthanasiez-vous comme les autres, pourrait-on leur dire à travers la nouvelle loi votée. Dans des contextes manipulatoires, on pourrait entendre ; « Vous avez mal, vous souffrez ? La mort est la solution ! » L’âgisme, concept du racisme sur l’âge, est un fléau du mercantilisme. La vie n’a pas de prix parce qu’elle parle d’amour en devenir. « La société doit respecter et promouvoir la dignité des personnes âgées. Elles ont encore une mission »[7]. C’est cela, la recherche relationnelle. La dignité de l’homme se vit dans  nous faut changer les mentalités et refuser de voir l’âge comme une décrépitude de vie, ou un déshonneur, voire l’encombrement d’un espace de charge psychique. Un tas d’humanité à réduire à néant. La perception utilitariste des relations humaines, et le refus de la vulnérabilité sont le naufrage de la dignité humaine. Rappelons-nous que nous sommes tous appelés à vieillir, tous n’y arrivent pas.

 

Ainsi, accompagnons chacun dans cette richesse du temps qui se déroule avec quiétude, même s’il y a des turbulences. Soigner l’aiguë c’est aider au passage vers un meilleur bien, et non pas une recherche à rendre inéluctable la mort, jusqu’à la provoquer. Les attentes des vieux, dans le service des urgences, comme la prise en charge chez certains soignants, voire dans les véhicules d’urgence comme les régulateurs de SAMU, font scandale. Parce qu’on est vieux, l’injonction sociétale serait « crève en silence ! ». La crudité des réalités demande un sursaut de la conscience pour démasquer les impostures sentimentalistes « c’est pour votre bien » ou, pire encore, « puisque vous le demandez-vous le valez bien », proposant ainsi la culture de mort en hommage. La résistance est de refuser le mensonge de l’utile pour conjuguer le sens de l’homme et sa dignité propre. Le prophétisme est de laisser l’Esprit Saint souffler dans nos vies pour nous montrer l’ancrage de la Parole, et la force du témoignage pour aller jusqu’au bout du don sincère de soi-même. Dieu sait, à nous d’être disponible à la grâce du temps.

[1] &10 Redemptor Hominis – JP II

[2] P. 60 Euthanasie, l’envers du décor, chapitre L’instrumentalisation du médecin – Catherine Dopchie (oncologue médical, spécialisée en soins palliatifs)

[3] &65 Evangelium Vitae JPII

[4] Le scaphandre et le papillon, l’auteur raconte son attaque cérébrale et les conséquences dans une communication limitée au clignement de son œil gauche, situation connue sous le nom de locked in syndrome

[5] Cf. Pie XII, Discours à un groupe international de médecins (24 février 1957): AAS 49 (1957), pp. 129-147 ; Congrégation du Saint-Office, Decretum de directa insontium occisione (2 décembre 1940) : AAS 32 (1940), pp. 553-554 ; Paul VI, Message à la télévision française : »Toute vie est sacrée » (27 janvier 1971): Insegnamenti IX (1971), pp. 57-58 (La Documentation catholique, 1971, p. 156) ; Discours à l’International College of Surgeons (1er juin 1972): AAS 64 (1972), pp. 432-436; GS 27

[6] LG 25.

[7] &191 Christus Vivit – François