En écoutant un pasteur sur le net nous interpeller sur la communion ecclésiale et de l’importance du renouvellement missionnaire de chacun au cœur de la communauté, je m’interroge sur notre propre capacité de conversion et du témoignage de vie au cœur de la cité. Comme il le dit, ne soyons pas « des snipers » pour viser les musulmans, (ou les évangéliques), mais regardons d’abord comment nous pouvons vivre nos propres conversions pour faire de nos communautés paroissiales un havre de communion et de paix. Nos églises se vident clame t’il. Quand remettrons-nous un jaillissement spirituel pour faire de nos communautés un lieu attractif ? « Frères, je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ : ayez tous un même langage ; qu’il n’y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et d’opinions. »[1] En écho, l’appel de Saint Paul résonne encore dans notre quotidien comme une invitation à se laisser transformer dans notre fraternité pour ne faire qu’un même cœur, qu’une seule âme, assidus à la prière et à la fraction du pain[2]. Il est vrai que la question du témoignage de vie de nos communautés doit nous interpeller vigoureusement dans le sacrement de charité[3] et l’attention aux prochains. « Frères, soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. »[4] La joie de Dieu doit transparaitre dans notre vie comme un sceau de sa présence d’amour. Un appel à bon escient de cette période de l’Avent. Nous sommes sollicités ardemment dans la foi, à nous préparer à la venue du Messie en laissant la lumière jaillir dans nos ténèbres afin d’éclairer notre vie de l’intimité avec le Seigneur. Comment témoigner avec audace de notre foi pour aider tout frère en humanité à cheminer vers le Royaume ?
L’aspect prophétique de notre foi se vit justement par nos actes en cohérence avec les Ecritures, et avec une responsabilité baptismale signifiée par notre engagement personnel et communautaire. Il s’agit dans ce cheminement vers noël de fixer notre regard sur la promesse d’alliance et attendre le Messie comme une lampe brillante qui éclaire notre existence de sa présence. Alors, avec les anges nous le louerons avec l’enthousiasme de la joie ; « Gloire à Dieu au plus haut des cieux »[5]. Un appel à accueillir cette étoile radieuse du matin[6] pour nous laisser guider vers l’amour de Dieu et rayonner de la grâce qui opère les changements du cœur. L’émerveillement de sa présence nous fait acclamer le Seigneur. « Hosanna au Fils de David, Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur !»[7]. Certes nous restons vulnérables, mais à chaque fois que nous proclamons Jésus Seigneur, l’Esprit souffle en nous. D’ailleurs, du Christ roi de l’univers à l’attente du Messie, nous sommes appelés au dynamisme de l’amour dans l’attention à vivre notre baptême de manière prophétique.
Toutefois l’accueil du Christ dans l’incarnation est le premier acte de foi dans la confiance en Dieu et sa providence toujours fidèle pour nous aider à grandir en sa présence et à écouter sa Parole de vie. Nous comprenons immédiatement que l’aspect missionnaire de notre foi est une composante prophétique de la venue du Christ et de son retour pour juger les vivants et les morts comme nous le chantons à chaque anamnèse « Nous attendons ta venue dans la gloire »[8] Recevoir la Bonne nouvelle est une transformation extérieure dans la guérison du corps « Les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent »[9] et parallèlement (ou symétriquement) dans la guérison de l’âme « aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »[10]. La foi est l’acceptation du règne de Dieu dans toute notre vie, que ce soit dans la profondeur de l’âme, comme dans nos relations avec notre prochain. Néanmoins elle se vit concrètement comme artisan de paix, dans la simplicité de vie et la capacité à aimer jusqu’à pardonner « soixante-dix fois sept fois »[11]. Dans l’intériorité de notre maison une fois balayés du péché et de ce qui n’est pas dans la juste relation à Dieu nous voici dans la joie de la conversion à faire la joie des anges[12]. La miséricorde est un accueil du frère, et elle a bien une dimension prophétique dans la reconnaissance d’un même Père qui nous attend tous auprès de Lui dans son Royaume pour reconnaitre sa gloire et le louer
L’aspect prophétique du baptême invite chacun d’entre nous à un changement de vie pour mieux s’accorder à la Parole du Seigneur (et rien n’est acquis pour toujours, mais c’est un chemin de maturation humaine). Alors on peut comprendre la conversion non comme une négation de notre être, mais effectivement une transformation du cœur pour saisir l’essentiel qui ne se trouve qu’en Dieu. « Celui qui possède Dieu ne manque de rien ; Dieu seul suffit »[13] Ce n’est ni de l’idéologie qui demande de la tolérance pour soi et devient intolérance sur les propositions des autres, ni un changement d’Evangile au nom d’une modernité vide de grâce. La conversion est d’abord une méditation des Ecritures pour relire notre vie dans l’intelligence du cœur et retrouver la maison du Père afin que nous reconnaissions notre péché et la ferme intention de ne plus recommencer tel un fils prodigue prenant conscience du don et retrouve le sens. Mais elle aussi cette volonté de communion entre nous en mettant le Christ au milieu de nous dans la prière commune. Il s’agit bien d’aller au puits pour puiser l’eau de la vie éternelle[14]. Alors la vision prophétique invite au passage de l’individualisme à la communion en remettant le don au cœur de toutes nos actions pour avancer ensemble sur un chemin de vie et la réalisation de la promesse du salut. La transformation nous réunifie intérieurement pour nous amener à Dieu notre Sauveur et rayonner « de son amour pour moi et pour mon prochain. ». Par le baptême, la confirmation et l’eucharistie, nous sommes déjà dans la lumière, et nous sommes appelés à rendre compte des talents que l’Esprit Saint nous fait expérimenter. En pèlerins d’espérance, nous comprenons la conversion comme l’accueil de la présence de Jésus dans notre vie, et une remise en route dans notre vocation d’image de Dieu appelés à la ressemblance. Toute purification nous entraine alors à quitter toute forme d’idolâtrie pour marcher dans la lumière et aller à la rencontre du Rédempteur. « Heureux les cœurs purs ; ils verront Dieu »[15] Oui, la conversion est une réorientation du regard pour ne contempler que Dieu et y puiser notre bonheur pour l’éternité. « J’ai dit au Seigneur Tu es mon Dieu je n’ai pas d’autre bonheur que Toi »[16] La Parole devient alors lieu de croissance humaine dans la réalisation de notre vocation baptismale et l’étape d’un accomplissement « en Dieu mon sauveur »[17] Toute conversion est d’abord l’accueil de l’Esprit Saint dans notre vie, et un renouvellement de tout notre être à sa présence pour être disponible à sa parole et l’écouter parler en nous. Maintenant mettons le en pratique !
La communion fraternelle n’est pas une option de l’éveil spirituel. Elle est au cœur même de notre foi et l’esprit de communion demande une conversion intérieure pour nous laisser habiter par le Seigneur. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaitra que vous êtes mes disciples »[18] Plus encore, le service de la charité va avec le sacrement de la charité, dans un même accomplissement de l’œuvre de Dieu qui est de rassasier chacun de la présence du Seigneur, qui se reçoit par pure grâce. Avant de chasser sur d’autres territoires, réveillons la grâce que l’Esprit a mise dans nos cœurs, et fuyons toute tiédeur pour nous laisser embraser par l’amour du Seigneur et en témoigner autour de nous avec audace. La participation à l’eucharistie et la volonté de nous retrouver ensemble dans la prière sont les premiers actes missionnaires d’une paroisse. Revient alors en écho l’appel prophétique de Saint Paul VI « il faut que notre zèle évangélisateur jaillisse d’une véritable sainteté de vie alimentée par la prière et surtout par l’amour de l’Eucharistie, et que, comme nous le suggère le Concile, la prédication à son tour fasse grandir en sainteté le prédicateur[19]… Le monde réclame et attend de nous simplicité de vie, esprit de prière, charité envers tous, spécialement envers les petits et les pauvres, obéissance et humilité, détachement de nous-mêmes et renoncement. »[20]
[1] 1 Co 1,10
[2] Ac 4,32
[3] Autre nom de l’eucharistie
[4] 2 Co 13,11
[5] Lc 2,14
[6] Ap 22,16 « Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Moi, je suis le rejeton, le descendant de David, l’étoile resplendissante du matin. »
[7] Mt 21,9
[8] Liturgie de la messe
[9] Mt 11,4-5
[10] Lc 19,5b
[11] Mt 18,22
[12] Lc 15,8
[13] Poème Thérèse d’Avila
[14] Jn 4
[15] Mt 5,8
[16] Ps 15,2
[17] Lc 1,47
[18] Jn 13,35
[19] Cf. Concile oecuménique Vatican II, Décret sur le ministère et la vie des prêtres Presbyterorum ordinis, n. 13 : AAS 58 (1966), p. 1011.
[20] &76 Evangelii Nuntiandi Paul VI

