Les editos du père Gregoire Bellut

La joie de la résurrection du Christ se fonde sur la fidélité de la Parole et l’émerveillement de la grâce que Dieu nous fait vivre. La Parole de Dieu, promesse réalisée est un témoignage de la fidélité de l’alliance de Dieu avec son peuple. Dieu se révèle Père dans le Fils et par l’Esprit Saint souffle la vie.

 

Le don de l’amour gratuit se manifeste, malgré l’adversité du péché notamment dans le refus d’être à l’écoute de la Parole qui de plus est signifié paradoxalement par la crucifixion du Messie. Le refus dramatique d’une transformation du cœur pour y laisser irradier l’amour de Dieu nous entraine dans une spirale de violence et de disharmonie alors que nous sommes appelés à une juste fraternité dans la complémentarité des vocations. Certes, les prophètes ont annoncé la révélation du serviteur souffrant. Mais la crucifixion voudrait mettre un point final à la révélation. Heureusement, le Christ marche avec nous sur la route d’Emmaüs, il fait entrer les disciples dans l’intelligence des Ecritures[1], et aux apôtres[2] il enseigne encore une méditation de la loi, de l’enseignement des prophètes et de la prière des psaumes. Alors nous pouvons nous écrier ; « Jésus Christ, lumière véritable qui illumine tout homme »[3]En effet l’Alliance nouvelle est pour le monde entier, et il nous faut proclamer dans toutes les nations la Bonne Nouvelle du Salut. Le Christ est Seigneur, notre lumière. Une rencontre de vérité qui nous rend libres. Ne désespérons pas du péché, ne refusons pas le service dans le don sincère de soi-même, mais dans la confiance en l’œuvre de Dieu témoignons de sa présence dans notre aujourd’hui. Il est vivant !

 

La joie de Dieu nous illumine et donne un sens nouveau à tout ce que nous faisons, car nous sommes nourris de la grande espérance du Salut et nous savons que tout passe par la charité inventive. Dieu seul suffit, ne restons pas à l’instant mais vivons le moment. La résurrection change notre vision des choses, car avec le Christ l’amour pour toujours est possible, réalisable, palpable dans le langage de Dieu et dans la réalité de ce monde. Notons-le bien, cette joie se redécouvre dans la profondeur de la vie intérieure. « Toute la multiplicité que nous avons dans les choses extérieures se transforme en unité dans les choses les plus intérieures »[4] La joie de l’incarnation réconcilie Dieu avec l’homme, et la joie de la résurrection réintègre l’homme au salut de Dieu. Alors dans cette communion retrouvée, nous sommes appelés à cheminer avec humilité vers la splendeur de la vérité. En effet, une vie orientée vers le Christ, toujours attentive à faire la volonté de Dieu en toute circonstance, nous fait grandir dans la vie de Dieu et nous rend pleinement féconds. Tout prend du sens lorsque Dieu est présent.

 

Pourtant il ne faut pas s’arrêter sur le seuil, que cela soit le seuil de la loi dans une rigidité empêchant l’écoute du souffle de Dieu, que cela soit le seuil de l’émotion dans un relativisme empêchant toute radicalité dans les conversions nécessaires à vivre. « Beaucoup d’Églises ont l’air magnifiques à l’extérieur, mais sont mortes là où cela compte le plus, c’est à dire à l’intérieur. Si vous voulez vraiment voir Dieu agir, les deux choses principales à faire sont d’apprendre la Parole de Dieu et d’entrer dans l’obéissance à ce que Dieu vous demande de faire »[5] La vie baptismale conduit à une mise en pratique de la Parole de vie. C’est un appel à dialoguer avec la Parole, comme nous le montre Marie à travers son Magnificat, manducation d’une parole révélée qui est une hymne personnelle d’action de grâce. L’intériorité se vit dans la méditation des Écritures, et l’approfondissement dans notre propre histoire, comme un prolongement de l’œuvre de Dieu en ce monde. Trop de fois nous laissons le Seigneur être loin de notre vie ou nous sommes dans une espèce de fatalisme, où les choses sont implacablement comme ça[6]…. La résurrection du Christ réoriente notre regard vers d’autres horizons où Dieu est toujours présent, dans le souffle de l’Esprit Saint, il nous invite à être inventifs dans l’amour pour rejoindre chacun de nos frères et annoncer le règne de Dieu afin d’amener le plus d’âmes au Ciel. La vraie joie est bien une communion avec Dieu à laquelle nous faisons participer le plus de monde possible.

 

Se pose la question de notre engagement dans la responsabilité de la transmission de la foi. Sommes-nous des agents de la foi secrète, ou devons-nous entrer dans ce zèle dynamique du témoignage de la rencontre du Christ et de sa manifestation dans notre histoire ? Le zèle missionnaire  provient d’un dialogue confiant avec Jésus qui nous fait déborder d’amour dans un besoin irrésistible de témoigner du règne de Dieu à tous ! Tout baptisé porte une responsabilité dans l’annonce de la Parole, comme disciple du Christ, tant de manière explicite, que dans sa manière de vivre. « « La mission d’annoncer la Parole de Dieu est le devoir de tous les disciples de Jésus-Christ, comme conséquence de leur baptême »[7]. Aucun croyant dans le Christ ne peut se sentir étranger à cette responsabilité qui provient de l’appartenance sacramentelle au Corps du Christ. »[8] Chacun doit être responsable de sa vocation baptismale à l’écoute de l’Esprit Saint pour aller travailler à la vigne. Nous y puiserons la vraie joie, de faire la volonté du Père, et d’amener les âmes à la contemplation de Dieu.

 

Dans une culture résolument tournée vers l’utile en oubliant le sens, et tournée vers la mort en supprimant des vies, il nous faut sans cesse témoigner de notre joie de Dieu et de la dignité de chacun pour un monde meilleur. Concrètement promettre les soins palliatifs pour les riches, et l’euthanasie pour les pauvres, dans une instrumentalisation de la Parole demande des prophètes pour redire la valeur de chaque frère en tout contexte. Evaluer la vie sur ce qui vaut d’être vécu ou pas à l’aune d’appréciation très discutable de la souffrance, et la première d’entre elle, de la solitude, doit interroger sur notre capacité à discerner avec prudence et vivre avec le Christ-frère, dans la multiplication des pains, la Passion et la Résurrection. Le tout est indissociable. La résurrection est un appel à retrouver le sens de Dieu dans la personne humaine, et à intérioriser notre expérience de vie pour y puiser le sens profond de la rencontre. « C’est à la lumière de la dignité de la personne humaine, qui doit être affirmée pour elle-même, que la raison saisit la valeur morale spécifique de certains biens auxquels la personne est naturellement portée »[9] Nos actions, nos choix de vie, notre façon d’être, doivent irradier de la présence du Christ. Pâques est œuvre de rédemption pour l’homme et d’accomplissement du Salut pour tous ceux qui le veulent, à travers cette fidélité inébranlable de la promesse de Dieu. Oui il est vraiment ressuscité !

[1] Lc 24, 19-27

[2] Lc 24,44-47

[3] &1 Veritatis Splendor JP II

[4] Sermon 51 Maitre Eckhart  trad Louis Jouvet p 511

[5] P 276 Citoyen du ciel

[6] Certains parlent de Karma, comme d’une fatalité, sans y voir la main de Dieu, et sa Toute puissance dans notre histoire.

[7] Proposition 38.

[8] &94 Verbum Domini – Benoit XVI

[9] &48 Veritatis Plendor JP II

Le jugement dernier

Si nous parlons du salut et des fins derniers, il nous faut entrevoir le jugement dernier. Or le jugement est une révélation du Christ Juge et Rédempteur pour faire la vérité des vies dans l’histoire des hommes. « La perspective du Jugement a influencé les chrétiens jusque dans leur vie quotidienne en tant que critère permettant d’ordonner la vie présente, comme appel à leur conscience et, en même temps, comme espérance dans la justice de Dieu. »[1]  Un appel à la conscience pour prendre nos propres responsabilités, et redécouvrir sans cesse les sacrements de l’initiation afin de marcher sur le chemin du Christ, et avoir confiance dans la promesse du salut portée par l’espérance, pour être ainsi en vérité dans la relation, et nous abreuver à la source de la vie en surabondance.

 

En quelque sorte le jugement « doit être compris comme un rapport de vérité avec Dieu-amour et avec soi-même dans le mystère insondable de la miséricorde divine »[2] Le sens de l’amour prend son ampleur dans une compréhension nouvelle de nos responsabilités et de nos choix de vie. L’expérience de l’amour nous ouvre au pardon et à la capacité d’une nouvelle compréhension de la miséricorde qui se moque du jugement[3]. Alors ce choix de Dieu s’exprime tout au long de notre existence comme une joie de la rencontre, et à l’ultime moment comme une volonté propre de demeurer fidèle à la volonté de Celui qui nous a créés, le Père dans l’écoute du Verbe fait chair et au souffle de l’Esprit. En effet, la vérité de l’amour se fonde sur l’instant présent et le choix ultime qui nous est posé dans le face à face avec Dieu ou il nous faudra encore choisir de manière définitive et dans la confiance de notre histoire avec Lui. Le travail que nous avons à faire dans notre vie est d’orienter nos choix vers les fins dernières et prendre la mesure de Dieu dans toutes nos décisions.

 

Il est vain de bâtir sur le sable de l’inconstance porté par l’émotion. Au contraire, il est urgent de retrouver le roc de la vérité de l’amour afin de saisir ce qui est vraiment important, et surtout ce qui est ancré en Dieu. Si le reste n’est pas toujours secondaire, il est alors second, c’est-à-dire, doit être vécu à la lumière du jugement dernier, comme une marche d’espérance vers la communion en Dieu dans la réalité du quotidien. « Le Christ ressuscité est le lieu de la vraie vie… le Christ mène le temps à sa fin en l’introduisant dans l’instant de l’amour. Quand la vie humaine est vécue avec Jésus, elle entre du même coup dans le « temps de Jésus », c’est à dire dans l’amour qui métamorphose le temps et ouvre l’éternité »[4]. Peut-être nous faut-il insister sur la transformation de vie qu’occasionne la rencontre avec le Christ, une orientation des choix pour une meilleure vie avec Lui. C’est pourquoi le bonheur de la rencontre avec Dieu se vit dans la vérité de nos choix d’aimer, et dans cette dernière interrogation lors du face à face. M’aimes-tu vraiment ? « C’est par amour que Dieu juge et sauve ceux qu’Il a créés par amour et qu’Il aime ; partager leur existence et ses misères ; ce n’est que dans l’amour que peuvent se comprendre les critères au nom desquels ils seront jugés et sauvés.[5]Et il y a la dramatique possibilité de le refuser et de vivre un état d’enfermement pour l’éternité.

 

L’indulgence

Dans cette perspective du jugement, nous pouvons comprendre l’indulgence comme miséricorde de Dieu  pour « exprimer la plénitude du pardon de Dieu, qui ne connaît pas de limites. »[6] Et une invitation à redécouvrir le sacrement de réconciliation par un appel pressant à approfondir la purification de tout notre être sous la grâce de l’Esprit Saint. « Le Sacrement de Pénitence nous assure que Dieu pardonne nos péchés »[7] Retrouver notre joie des origines, c’est accueillir la beauté du pardon et de marcher avec confiance pour nous réconcilier avec le Seigneur. N’attendons pas les grandes fêtes mais laissons-nous visiter par la grâce à chaque fois que c’est nécessaire pour nous réconcilier avec Dieu et avec nos frères puisque le sacrement de pénitence, mais également la démarche jubilaire touchent toutes les dimensions de nos relations. « Il reste donc, dans notre humanité faible et attirée par le mal, des “effets résiduels du péché”. Ceux-ci sont éliminés par l’indulgence, toujours par la grâce du Christ »[8]  La démarche de transformation de notre vie à la lumière du Christ dans l’année sainte est accordée par pure grâce à ceux qui veulent la vivre pleinement et une réparation de toute brisure, tout désordre causé par le péché et qui pollue encore notre quotidien. Comme une réunification de tout notre être sous l’effet d’une grâce spécifique dans un temps donné, l’année jubilaire est une année de possible réunification dans notre vocation d’image de Dieu appelé à la ressemblance. La démarche de sanctification est pour l’homme intégral. Si la confession lave de tout péché, l’indulgence en efface les conséquences, un miracle de la miséricorde dans les temps bénis.

 

Avec Marie, première des disciples

Marie, la Théotokos[9], est témoin de cette espérance, qui est don de grâce dans la réalité d’un quotidien ordinaire. En étant disponible à l’annonce de l’ange et en répondant à la révélation de Dieu d’un oui libérateur, elle nous montre en première des disciples comment emprunter le chemin de grâce qui s’ouvre pour toujours. « Ce n’est pas un hasard si la piété populaire continue à invoquer la Sainte Vierge comme Stella Maris, un titre qui exprime l’espérance sûre que, dans les vicissitudes orageuses de la vie, la Mère de Dieu vient à notre aide, nous soutient et nous invite à avoir confiance et à continuer d’espérer. »[10] La prière mariale nous guide vers le chemin de Dieu avec l’expérience d’un mère pour toute l’humanité, pleine de prévenance et de grâce pour nous conduire au Fils et nous inviter à vivre la volonté de Dieu en toute occasion. Elle parle à son Fils pour nous introduire auprès de Lui.

 

Le chemin que nous avons à parcourir dans cette année sainte, est celui de la grâce agissante de Dieu dans notre vie. Nous avons besoin de le signifier, c’est-à-dire vivre d’engagement de notre part, pour nous tenir prêt à la rencontre. A l’invitation du pape il nous faut approfondir la vertu d’espérance comme une joie de la promesse de Dieu qui se réalise dans notre vie et pour l’éternité. « Cette espérance, nous la tenons comme une ancre sûre et solide pour l’âme ; elle entre au-delà du rideau, dans le Sanctuaire où Jésus est entré pour nous en précurseur »[11]. C’est une invitation forte à ne jamais perdre l’espérance qui nous a été donnée, à nous y agripper en trouvant refuge en Dieu. »[12]A la suite de Marie méditons les Ecritures et faisons notre la parole du Seigneur avec confiance et persévérance, afin de retrouver une stabilité et une sécurité dans les eaux agités de notre vie[13]. En première des disciples, elle nous ouvre la compréhension d’un parcours avec Jésus ou nous avons juste à être disponible, et se mettre à l’écoute pour vivre la volonté du Père.

 

En effet, passer sur l’autre rive, après avoir vu les signes, demande une vraie confiance au Verbe de vie.  « L’image de l’ancre évoque bien la stabilité et la sécurité que nous possédons au milieu des eaux agitées de la vie si nous nous en remettons au Seigneur Jésus. Les tempêtes ne pourront jamais l’emporter parce que nous sommes ancrés dans l’espérance de la grâce qui est capable de nous faire vivre dans le Christ en triomphant du péché, de la peur et de la mort. »[14] Développer la prière mariale dans notre vie et demander à Marie de nous accompagner vers son Fils, est le plus sûr moyen de marcher sur le chemin de la vérité et de reconnaitre l’amour quand il parait.

 

Synthèse

La méditation des Ecritures, comme une véritable scrutation nous aide à reconnaitre ce chemin de joie d’éternité auquel nous sommes tous appelés. Prendre du temps un peu plus chaque jour pour lire la Bible est donc une démarche jubilaire intéressante, parce que sanctifiante. Car la Parole nous fait entrer en communion avec la vie divine par la manifestation de l’Esprit Saint et nous aide à faire toute chose nouvelle[15] en sa présence. Par grâce,  nous devons l’annoncer à tout homme comme un don de Dieu afin de susciter en ce monde une faim et une soif de Dieu et un désir de le rejoindre. « Laissons-nous dès aujourd’hui attirer par l’espérance et faisons en sorte qu’elle devienne contagieuse à travers nous, pour ceux qui la désirent. Puisse notre vie leur dire : « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur »[16] . »[17]

[1] &41 Spe Salvi – Benoit XVI

[2] &22 Spes non confundit

[3] Jc 2,13

[4] P 166 La mort et l’au-delà – Joseph Cardinal Ratzinger

[5] P 179Le jugement dernier – Louis-Jean Frahier

[6] &23 Spes non confundit – op cite

[7] ibid

[8] ibid

[9] Théotokos L’enfanteuse de Dieu, concile d’Ephèse

[10] &24 Spes non confundit

[11] He 6, 18-20

[12] &24 Spes non confundit

[13] &25 Spes non confundit

[14] ibid

[15] Ap 21,5

[16] Ps 27, 14

[17] Spes non confundit

L’année sainte est donc l’occasion de retrouver le sens de Dieu dans notre vie par des actes positifs et efficaces[1]. Le témoignage des saints est le désir de se conformer à la volonté de Dieu dans un cycle du temps ordonné à Dieu. Peut-être est-ce l’occasion pour nous d’examiner le but de notre vie, de manière sérieuse ?

 

Le moment est venu en ce temps de marche vers Pâques de prendre une pause dans les activités superficielles, pour réfléchir sur ma relation à Dieu, et sur l’espace de nos rencontres, avec Dieu par la prière dans le souffle de l’Esprit, la méditation des Ecritures, et avec mes frères dans le service de la charité et la gratuité d’une présence. « La prière modifie tout. Elle recrée. Elle agit irrésistiblement… Priez jusqu’à ne presque plus formuler de prière, parce que vous serez établis sur le roc de la foi absolue »[2] Trop souvent la prière est perçue comme une perte de temps ou l’inutilité du dialogue, jusqu’à opposer parfois le service de la charité à la messe, nonobstant le principe moral « deux biens ne s’opposent pas ». Or la prière est le chant de tout notre être vers Dieu dans la gratuité de la rencontre, et la disponibilité du cœur à laisser le Seigneur agir. L’année Sainte nous rappelle d’une manière particulière cette sanctification du temps avec Dieu, et l’importance de prier par le corps et par l’âme.

 

Ainsi le pèlerinage est l’espace de la rencontre avec nos frères et avec Dieu dans le lieu saint à visiter. Prendre le temps d’un pèlerinage au lieu de projeter un voyage de la vanité, de l’entre soi familial ou de la paresse. La rencontre du Christ fait de nous des témoins, et le monde aujourd’hui plus qu’hier en a besoin. « Le monde réclame des évangélisateurs qui lui parlent d’un Dieu qu’ils connaissent et fréquentent comme s’ils voyaient l’invisible[3]. »[4]Marcher dans ce pèlerinage d’espérance c’est rendre la Parole du Christ audible à tous par le témoignage de vie. S’engager dans une démarche de dialogue avec Dieu et avec le frère, comme prendre la résolution de consacrer un temps pour Dieu dans l’espace et le temps sont les signes d’une même démarche de progression, pour aller du désert à la Terre Promise

 

Pourquoi demandons-nous le baptême ? Pour la vie éternelle répondent les catéchumènes. Au seuil de la vie nouvelle avec Dieu, et de cette communion d’amour, nous sommes appelés dans cette responsabilité de nos choix vers le bien et la fécondité de l’amour à refonder notre bonheur d’être image de Dieu au service de l’amour. « Nous avons besoin d’un bonheur qui s’accomplisse définitivement dans ce qui nous épanouit, c’est-à-dire dans l’amour, afin que nous puissions dire, dès maintenant : Je suis aimé, donc j’existe ; et j’existerai toujours dans l’Amour qui ne déçoit pas et dont rien ni personne ne pourra jamais me séparer. »[5] La rencontre avec Dieu est la conscience de l’amour qui vient dans la vérité de notre vie faire toute chose nouvelle. Elle est aussi une promesse de bonheur pour l’éternité pour qui fait le choix d’écouter la Parole, de la mettre en pratique et de la partager aux frères. Dès le commencement, à l’origine du monde, la volonté du Père se révèle dans l’amour, Il se manifeste par le don de l’Esprit Saint et la réalisation de la Parole qui tire la création du néant. La création est une œuvre trinitaire et l’homme apprend qu’il est aimé parce qu’à l’image de son Créateur. Il existe dans l’amour de Dieu et il est appelé pour l’éternité par la promesse du salut. Une des conséquences de l’amour est la fidélité à la Parole, comme une assurance d’une fiabilité de la relation jusqu’au bout. Alors nous aussi nous sommes appelés sur le chemin de la sainteté à être des serviteurs fiables pour entrer dans la joie du seul et vrai Maitre qui nous fait grandir en sa présence.

 

En effet, le choix de Dieu est chemin de bonheur c’est-à-dire de communion d’amour pour l’éternité. Parce que Dieu est amour, le Père a créé le monde, et dans le souffle de l’Esprit se fait don par l’incarnation du Christ. Il se réjouit de son œuvre. « Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon »[6]. Il est dans le don gratuit à vivre en partage avec l’homme dans une coresponsabilité et qui exprime la dignité de l’homme[7]. Un don gratuit et total de l’amour qui embrase nos cœurs et nous fait devenir meilleur. Il nous transforme pour nous purifier afin de répondre librement à la gratuité de la grâce pour vivre d’amour en vérité. « Celui qui pratique la charité …sait que l’amour, dans sa pureté et dans sa gratuité, est le meilleur témoignage du Dieu auquel nous croyons et qui nous pousse à aimer. »[8] L’épanouissement dans l’amour nous fait espérer une joie sans fin avec Dieu, parce qu’Il est toujours fidèle et nous entraine dans la grande espérance du salut à faire de même. Si la fidélité est une autre manifestation de l’amour gratuit de Dieu dans un juste rapport de la relation, nous avons bien à imiter cette vertu dans toute notre vie, avec humilité et confiance certes, mais dans un effort constant de vouloir nous rapprocher de Dieu et de nous rendre disponible à la prodigalité de la grâce. Ainsi nous nous accomplissons dans l’amour en répondant à notre vocation première d’image de Dieu, et dans la réponse à l’amour toujours premier du Créateur.

 

L’amour nous unifie, et nous donne une cohérence de vie dans les choix pour Dieu et pour nos frères. Une unification de tout notre être appelé à la relation avec Dieu pour toujours à travers la louange. « Louer Dieu sans cesse fait progressivement diminuer notre « moi » et fait grandir Christ en nous, jusqu’au point où, avec Pierre, nous nous réjouissons d’une joie ineffable et glorieuse… et une voix sortit du trône ; Louez notre Dieu vous tous ses serviteurs, vous qui le craignez les petits et les grands « Alléluia ! Car le Seigneur notre Dieu Tout Puissant a établi son règne » [9] L’année sainte fait entrer le pèlerin d’espérance dans une jubilation du cœur, car la transformation de notre vie redonne cette cohérence de l’amour dans la joie de la rencontre profonde et sincère et enrichit notre vie intérieure d’un dialogue harmonieux. L’invitation à vivre cette fécondité de l’amour est d’abord de regarder le Christ et de faire appel à Lui pour l’unification de tout notre être et une réponse adéquate dans la relation à l’autre et au Tout Autre. Se tourner vers le Christ est boire à la source d’eau vive d’où jaillit la louange« Chaque fois que vous le faites, votre foi grandit et sa présence et sa joie deviendront de plus en plus réels en vous »[10] pour devenir le jour du grand appel une joie de l’éternité. Et comme nous le rappelle si justement Jean Pliya « La prière de louange s’ouvre sur une relation continue avec le Seigneur qui nous amène à le louer pour toute choses même dans nos difficultés et dans nos épreuves… car la puissance de Dieu se manifeste dans la louange de ses enfants lorsque celle-ci exprime leur confiance en Lui…Quand on ne possède pas d’autre ressource que de se confier dans la louange, celle-ci se révèle à elle seule plus que suffisante pour accomplir l’’impossible »[11] Le bonheur se vit dans la louange à Dieu et la présence de l’Esprit Saint. La prière de louange nous excentre pour vraiment nous tourner vers Dieu en vérité, et en toute circonstance lui faire confiance ; une confiance absolue. Il est Dieu. Il sait.

[1] Acte positif, qui est fait avec conscience et volonté – Efficace, qui produit de l’effet

[2] P 27 Prier comme un enfant de roi – Jean Pliya

[3] Cf. He 11, 27.

[4] &76 Evangelii Nuntiandi – Paul VI

[5] &21 Spes non confundit op cité

[6] Gn 1,31b

[7] Théologie du Corps – Jean Paul II – TDC 101-5 et 6

[8] &31c Dieu est amour – Benoit XVI

[9] P 124 de la prison à la louange – Merlin Carothers – citant Ap 19,5-6

[10] P 102 De l’enfer au paradis d – Merlin R CarothersEt

[11] P 36 Prier comme un enfant de roi – Jean Pliya

[1]

 

Resituer le carême dans la démarche de foi, c’est d’abord comprendre que c’est une démarche vers Pâques, l’accueil de la révélation du Dieu Sauveur ressuscité d’entre les morts qui nous appelle à la vie éternelle. Pour cela il nous faut vivre une conversion afin de nous détacher du péché pour accueillir pleinement la gratuité de la grâce et nous rendre disponibles au souffle de l’Esprit Saint comme nous le rappelle saint Paul. « Vivez sous la conduite de l’Esprit de Dieu, alors vous n’obéirez pas aux tendances égoïstes de la chair ». L’appel à la prière, au jeûne et au partage entre dans cette démarche vivifiante de disponibilité à la grâce.

 

Néanmoins, il nous faut rappeler chaque année la vision spirituelle de la démarche de foi. Cette année, il nous faut réfléchir à la cohérence du jeûne. La première affirmation est que le jeûne est une prière du corps pour instaurer le désir de Dieu et le souci de la fraternité dans sa propre vulnérabilité. Nous ne jeûnons pas pour faire plaisir à Dieu, ou pour un effort spirituel afin de nous gaver une fois le soleil couché. D’abord le jeûne d’eau n’existe pas dans le judéo-christianisme[2] quant au jeûne de nourriture, il autorise de manger un peu de pain. Cependant, il nous faut en comprendre le sens pour bien le mettre en pratique. L’homogénéité du jeûne nous rend disponibles lors du repas, pour passer le temps non utilisé à la cuisine et à la salle à manger dans la prière et la méditation des Ecritures. De plus l’argent économisé nous engage à vivre la vérité du partage dans le don de ce qui n’a pas été dépensé. Il nous faut garder cette triple cohérence de la conversion, dans la prière comme dialogue avec Dieu, dans le jeûne comme maitrise de soi et culture de la vertu de tempérance, et la solidarité fraternelle à travers le partage. C’est le moment aussi de vouloir être artisan de paix, ou mettre de la douceur dans notre vie et chasser toute colère ou emportement, voire d’être dans une juste relation au frère et au monde. Une fois que tout cela est compris, la mise en pratique devient beaucoup plus simple.

 

Rappelons-le une fois encore, il ne s’agit pas d’un effort physique, ou d’un contrôle irrationnel, ni d’une disposition erratique. Le jeûne peut se comprendre comme ne pas prendre un repas, ou deux ou trois repas, et mettre l’argent de côté pour pouvoir le partager. Il n’est donc pas mis de côté pour se faire une bonne bouffe le soir venu, ou pour s’acheter le nouveau téléphone portable avec le fruit de nos efforts… Cela prête à sourire… mais parfois on voit des choses bizarres… comme chez ces membres d’une communauté pastorale où après le carême les gens s’offraient pour eux-mêmes ce qu’ils avaient pu économiser. En clair le jeûne peut durer quarante jours, dans la privation, et la conversion du cœur, en ne buvant que de l’eau (de façon modérée) et du pain. Il peut être aussi de manger succinctement (comme un bol de riz), de manière abstinente (ne pas manger de viande, boire uniquement de l’eau, s’abstenir de dessert ou d’entrée, de fromage ou de friandise…). Le dimanche ne fait pas partie du carême puisque la résurrection prime sur la pénitence. Si nous pouvons comprendre le jeûne comme un choix personnel d’oblation à Dieu par le sacrifice, la démarche doit commencer par un moment de prière et de discernement à l’écoute du souffle de l’Esprit Saint pour faire les bons choix qui nous font grandir dans la vie d’enfant de Dieu et nous fait entrer dans la contemplation de Dieu avec une conscience droite. Prier avant chaque jeûne, est une autre forme de bénédicité, pour remercier le Seigneur pour ce temps particulier.

 

Mais discuter du carême en jeûne alimentaire ne nous dispense pas de comprendre la véritable signification de la pénitence qui est une maitrise de soi pour vivre la grâce de l’instant présent dans la complémentarité de notre vocation d’image de Dieu. « Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai dans leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. »[3] L’appel à la conversion fait retrouver le chemin de communion avec Dieu,  qui est signifié par notre volonté d’une vie fraternelle dans la juste relation. Cet appel nous décentre de nous-même pour avoir le souci les uns des autres dans un partage de ce qui fait notre vie. Or la vie de l’homme dans sa chair peut s’arrêter au superficiel, la démarche du carême fait avancer au large, pour découvrir avec le Seigneur la vie intérieure. « Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. »[4] L’apprentissage de la liberté nous défait de ce qui nous détourne de Dieu pour aller à l’essentiel et le choisir comme chemin de vie dans la vérité de nos actes, et la confiance en sa présence dans tous les événements de notre vie, même les plus douloureux. Car Dieu est là, fidèle dans son amour et audacieux dans l’appel à la communion et la volonté de partager cet amour avec Lui et entre nous. L’intention du jeûne doit donc être adaptée à la santé et au travail. Il serait inconséquent de jeûner et de restreindre la capacité de travail ou notre disponibilité au frère, signifiant ainsi plutôt un déni de la réalité. Le jeûne de Daniel[5] et ses compagnons n’a pas porté préjudice à l’eunuque qui les gardait, au contraire, ils apparaissaient en meilleurs formes. Cette leçon biblique nous rappelle de vivre le jeûne dans la réalité de notre quotidien et non dans un déni de la réalité. Il nous faut garder un visage joyeux, et être discret et non fanfaronner sur les places pour se faire bien voir[6]. « Parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ». Le jeûne est dialogue avec Dieu dans une relation intime qui n’a pas besoin d’être médiatisée, mais bien intériorisée dans un esprit d’intelligence des Ecritures et de sagesse qui permet de contempler Dieu le cœur pur.

 

Peut-être nous faut il développer les tendances de la chair « On sait bien à quelles actions mène la chair : fornication, impureté, débauche, 20 idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, 21 envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. »[7] La maitrise de soi englobe donc tout un ensemble de comportements déviants qu’il nous faut sans cesse corriger pour vivre la charité fraternelle.  Dans la liste de saint Paul, il y a la dimension interpersonnelle (fornication[8], impureté, débauche) qui nous abime dans la relation avec l’autre. Il y a la dimension spirituelle (idolâtrie, sorcellerie) comme un dévoiement de la confiance en Dieu qui devient défiance du frère (haines, rivalité, jalousie, emportements) et perversion de la société (intrigues, divisions, sectarismes). Le jeûne rejoint ce besoin de purification pour nous amener à un juste rapport, et une prise de conscience des difficultés à surmonter pour nous approcher de la civilisation de l’amour. L’effort de carême est donc un témoignage de notre attachement à Dieu, une annonce du royaume à venir que nous espérons de tout notre être, et une transformation au souffle de l’Esprit pour nous laisser embraser par l’amour.  Vivre de l’Esprit c’est reconnaitre avec audace que seul Dieu nous conduit. La foi est un voyage qui demande des efforts et des conversions pour, dans la nuit et l’isolement, redire avec saint Pierre ; « Seigneur, à qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle. »[9]

 

[1] Croire à L’Evangile c’est toujours croire que le temps est favorable au salut et à l’annonce de la venue de Notre Seigneur. La rencontre dans l’Espérance, et la vie du Royaume

[2] Une exception pour les juifs, le jeûne d’Esther sur UNE journée, ne pas manger ni boire du lever au coucher du soleil. (j’ai mis l’article une en majuscule pour redire ce que fait la tradition juive, et non pas dans une lecture littérale et maladroite du livre d’Esther).

[3] Jr 31,33

[4] 1 S 16,7b

[5] Daniel 1,3-15

[6] Mt 6,16-18

[7] Ga 5,19-21a

[8] Avoir des rapports sexuels hors sacrement du mariage

[9] Jn 6 :68

L’appel du jubilé comme année de grâce de Dieu et de libération pour l’homme appelle à redécouvrir dans les vertus théologales, l’espérance. « Dans le dynamisme inséparable, l’espérance est celle qui, pour ainsi dire, oriente, indique la direction et le but de l’existence croyante »[1] Une joie de la rencontre de Dieu qui demande un témoignage crédible et attractif. La fécondité de la liberté se vit dans la semence de l’espérance où la graine de la foi donne des fruits aux multiples visages de l’amour. La dignité de l’homme image de Dieu est fondée sur cette folle espérance. « Lorsque manquent le support divin et l’espérance de la vie éternelle, la dignité de l’homme subit une très grave blessure, comme on le voit souvent aujourd’hui, et l’énigme de la vie et de la mort, de la faute et de la souffrance reste sans solution : ainsi, trop souvent, les hommes s’abîment dans le désespoir »[2] Or Dieu est fidèle et nous accompagne dans toutes les étapes de notre vie, nous le savons, mais plus encore, lorsque nous marchons près du ravin de la mort, à cause de nos péchés, Il reste toujours à nos côtés, attendant le retour du cœur. « Vivons donc dans l’attente de son retour et dans l’espérance de vivre pour toujours en lui »[3] Car le jugement de Dieu nous conduit à la communion avec lui pour toujours. Dieu est fidèle à la promesse du Salut et attend de notre part un oui de confiance dans son amour. Notre liberté s’exerce jusqu’au bout dans un choix volontaire pour Dieu qui marque notre responsabilité et il peut y avoir un dramatique refus, nous le savons. « En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné »[4] Et la première liberté à exercer pour le croyant est d’être à l’écoute de la Parole de Dieu, le Christ, notre Rédempteur, lui qui éclaire notre histoire de sa lumière et révèle l’amour du Père dans le don de l’Esprit Saint.

 

Revenir à la source de la foi nécessite de rappeler le kérygme « le “noyau” de notre espérance : « Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze »[5]. Le Salut de Dieu pour nos vies fonde notre espérance sur une rencontre qui nous mène à l’éternité de l’amour. Une rencontre, tout est là. Que cette année, soit l’occasion d’une vraie rencontre avec le Christ dans l’espérance des fins dernières, pour nous laisser aimer jusqu’au bout. Une rencontre au puits de la joie, allant témoigner à tous de ce que Jésus a fait pour moi, assurément il est mon Sauveur. C’est le sens de notre vocation baptismale de prophètes qui annoncent la présence de Dieu dans l’histoire des hommes. « L’espérance chrétienne consiste précisément en ceci : face à la mort, où tout semble finir, nous recevons la certitude que, grâce au Christ, par sa grâce qui nous est communiquée dans le baptême, « la vie n’est pas détruite, elle est transformée »[6] pour toujours. »[7] La rencontre du Christ nous transforme et nous engendre de nouveau comme enfants du Père, enfants du Roi. « L’Esprit Saint renouvela d’abord ma vision de la prière chrétienne et me rappela que la première étape et non la moindre est d’entrer en présence de Dieu et d’y demeurer »[8] Parfois nous confondons vagabondage et pèlerinage. Or l’espérance nous fait entrer dans le pèlerinage du Salut, en nous donnant l’horizon du Rédempteur et la volonté de construire la civilisation de l’amour.

[1] &18 spes non confundit op cite

[2] 21-3 Gaudium et Spes – Vatican II cité par &19 spes non confundit

[3] &19 Spes non confundit op cité

[4] &22-1 Gaudium et Spes op cite

[5] & 20 Spes non confundit citant 1 Co 15, 3-5

[6] Missel Romain, Préface des défunts I.

[7] &20 Spes non confundit op cite

[8] P 14 « Prier comme un enfant de roi » Jean Pliya

En commençant la bulle d’induction pour l’ouverture de l’année jubilé 2025 par l’apostrophe de saint Paul « l’espérance ne déçoit pas »[1], le Pape, serviteur des serviteurs nous encourage à vivre « en pèlerins d’espérance »[2], orientés vers notre communion éternelle avec Dieu dans la vérité de l’amour en le voyant tel qu’il est. L’année sainte est une année de conversion et de changement pour accueillir la grâce de l’Esprit Saint et orienter notre vie vers une plus grande disponibilité à sa grâce. Le thème de l’espérance (après celui de la foi en 1975) nous indique une orientation sur notre Salut, comme un désir d’être en Dieu pour l’éternité. La rencontre personnelle avec Dieu dans la grâce de l’Esprit Saint fait de nous des témoins pour annoncer le Royaume comme le Christ. En paroisse, comment rendons-nous compte de cette grande espérance du Salut ? L’assomption de la Vierge Marie est pourtant le fruit d’une grâce particulière du Salut par anticipation, puisque nous dit le dogme elle est entrée corps et âme au paradis. Notre paroisse est donc orientée vers l’espérance. Il nous faut la vivre dans la confiance de la foi et le dynamisme de la charité.

 

Une parole d’espérance

L’annonce de l’espérance est une véritable joie du Salut offert à tous. Un de mes neveux m’a dit, « tu parles, au Ciel on ne fera que chanter les louanges de Dieu, déjà que la messe c’est parfois galère, … alors » Je lui ai rappelé que ce qui est premier c’est l’amour, et que voir Dieu nous fera aussitôt entrer dans la louange et l’action de grâce, avec une grande joie. Ce n’est pas tant de faire que d’être. L’éternité avec Dieu est la plénitude de l’être, l’unification de toute notre personne tournée vers Dieu, et contemplant sa face dans  l’hymne de louange à la suite des anges : « gloire à Dieu et paix aux hommes de bonne volonté » L’espérance est fondée sur la promesse d’un bonheur sans fin dans l’unification de tout notre être – corps âme et esprit – dans le prolongement du don sincère de nous-même pour œuvrer à la suite du Christ à la louange de sa gloire. Le principe d’évangélisation consiste à partager cette joie de Dieu autour de nous, sa présence active dans notre histoire et la joie de communier dans la relation à Dieu, à nous-même et à nos frères. Quel est le témoignage que nous voulons donner autour de nous durant cette année sainte ? Que disons-nous de notre vie en Dieu et de sa présence dans notre histoire ?

 

L’annonce du kérygme[3] de la foi dans cette année sainte,  nous enjoint à appeler à la conversion des cœurs et à la transformation de notre vie au rythme de Dieu et de la Bonne Nouvelle. Il faut nous tenir prêts, la lampe allumée, pour accueillir « Mon Seigneur et Mon Dieu », avec confiance et dans la joie des retrouvailles. L’amour se reçoit dans l’annonce, se vit dans la conversion de notre histoire, et se témoigne autour de nous comme une joie de la rencontre à partager avec audace. « L’espérance nait de l’amour et se fonde sur l’amour qui jaillit du Cœur de Jésus transpercé sur la croix »[4]. L’offrande du Christ est joie pour les cœurs et nous offre la vie en plénitude, pour ceux qui sont dociles au souffle de l’Esprit Saint. « C’est en effet l’Esprit Saint qui, par sa présence permanente sur le chemin de l’Eglise, irradie la lumière de l’espérance sur les croyants ; il la maintient allumée comme une torche qui ne s’éteint jamais pour donner soutien et vigueur à notre vie »[5]  Vivre en pèlerin d’espérance appelle à rappeler la valeur de toute vie, du commencement à la fin. Les changements à vivre est de refuser  fermement toute compromission et autre forme de relativisme qui essaye de justifier le massacre des innocents dans l’avortement, ou le crime organisé dans l’euthanasie. « L’espérance ne cède pas devant les difficultés, elle est fondée sur la foi et nourrie par la charité », et nous devons progresser dans la recherche de vérité de l’amour, pour accompagner chacun dans son histoire, et ensemble discerner comme construire la civilisation de l’amour en écho à la Bonne Nouvelle. La conversion, c’est-à-dire le changement de mentalité ne consiste pas à parler de conversion pastorale tout en restant dans une liberté individualiste et la volonté d’assujettir le désir de Dieu à nos propres capacités. Elle demande une conscience déployée dans la vertu de prudence afin de choisir avec sérénité d’être à l’écoute du souffle de l’Esprit et de vivre les déplacements nécessaire. Le pèlerinage en est une première démarche efficace. Quels sont les déplacements que j’accepte de vivre, les engagements pour recentrer ma vie sur le Christ ? Suis-je dans la volonté de marcher à la suite du Christ non seulement avec ma tête mais aussi avec mon corps et notamment mes pieds ?

 

La  vie est faite de joies et d’espoirs, de tristesses et d’angoisse, mais à proximité du Christ au pied de la croix et, à l’aurore, devant le tombeau vide, elle nous fait entrer par le souffle de l’Esprit Saint dans une nouvelle compréhension, porteuse du message du Salut à partager avec tous. « La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. »[6] Dans l’amour nous devons partager la lumière de la vérité à travers « l’évangile de la vie »[7]. Tout joyeux les 72 disciples racontent à Jésus[8] l’expérience de l’annonce, et le Christ lui-même exulte de joie. « L’évangélisation contient … aussi la prédication de l’espérance dans les promesses faites par Dieu dans la nouvelle alliance en Jésus-Christ ; la prédication de l’amour de Dieu envers nous et de notre amour pour Dieu ; la prédication de l’amour fraternel pour tous les hommes — capacité de don et de pardon, de renoncement, d’aide aux frères — qui, dérivant de l’amour de Dieu, est le noyau de l’évangile ; la prédication du mystère du mal et de la recherche active du bien »[9]  Dans ce pèlerinage d’espérance, l’évangélisation se vit dans l’amour. L’amour de Dieu et l’amour du frère font un pour l’oblation de notre vie. Et l’espérance prolonge l’amour jusqu’au pardon. Le mystère du mal  nous faut reconnaitre que nous pouvons aussi, à la suite des prophètes, subir l’indifférence, le mépris, voir l’opposition, la dérision et la violence jusqu’à donner sa vie. Les tribulations, face à la lumière de la vérité, nous révèlent l’amour comme don sincère de nous-même, dans la gratuité de notre présence et de notre histoire pour servir Dieu. « On découvre comment l’évangélisation est soutenue par la force qui découle de la croix et de la résurrection du Christ »[10] Nous ne sommes pas parfaits, mais que cela ne nous empêche pas de proclamer la Bonne Nouvelle, non par nos vaines forces, mais par grâce de l’Esprit Saint chacun selon nos propres charismes. La vertu de patience concrétise la confiance que nous avons en la parole de Dieu, et la vertu de prudence nous permet de discerner avec sagesse ce qu’il nous faut vivre aujourd’hui dans une conscience éclairée par la foi.

 

Dans cette année jubilaire, marchons au rythme de Dieu en retrouvant une certaine forme de liberté dans nos rapports avec la société des écrans, des mass médias et de tout divertissement qui hypothèque notre temps au profit de la futilité. Retrouver le rythme du temps pour saisir le rythme de la personne humaine, de sa jeunesse à sa vieillesse comme celui de la création dans les saisons, participe à la collaboration de l’œuvre de Dieu dans la disponibilité du moment. Retrouver le cycle de la vie nous fait comprendre l’importance de la fécondité à chaque étape et de notre appel particulier au moment opportun. Dieu est à l’initiative, mais demande une disponibilité de notre part, pour que sa grâce puisse être pleinement déployée. C’est un appel à la maitrise de soi et à gérer ses frustrations pour aller à l’essentiel et dompter ainsi ses émotions pour ne pas entrer dans l’agressivité et la violence. « Apprenons donc à souvent demander la grâce de la patience qui est fille de l’espérance et en même temps la soutient »[11]. Peut-être pouvons-nous faire un point sur nos rythmes de vie, et prendre du recul par rapport à la course du temps ? D’autres actions peuvent être intéressantes, comme débrancher son téléphone pendant 24 h (le dimanche par exemple), ou ne se servir du téléphone que pour son usage premier, répondre aux appels et appeler si nécessaire. Peut-être pouvons-nous aussi arrêter la télévision durant une semaine, ou pour les plus accros, s’accorder au moins une journée sans écran ? Reprendre le rythme de la vraie vie nous enjoint de sortir, d’aller à la rencontre de l’autre, de nous promener, et d’être nous-même en profondeur.

 

Une parole d’espérance fait de nous des témoins de la liberté féconde en Dieu dans la recherche du meilleur bien. A l’écoute de la Parole et dans le dialogue de la prière, nous devons être attentifs au souffle de l’Esprit pour marcher sur les chemins du Seigneur. En pèlerins d’espérance, il nous faut témoigner à chaque instant du quotidien de la préférence du bien à la commodité «  sachant que c’est justement ainsi que nous vivons vraiment notre vie »[12] Que ce temps nous aide à retrouver l’essentiel, pour ouvrir nos horizons à l’amour de Dieu dans la réalité du prochain.

 

Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen

[1] Rm 5,5

[2] &1 Spes non confundit

[3] Kérygme, annonce du condensé de la foi, Jésus Christ est Dieu, il est mort et ressuscité, il reviendra dans la gloire (anamnèse à chaque messe) et nous devons nous convertir pour l’accueillir

[4] &3 Spes non confundit

[5] ibid

[6] &1 Gaudium et Spes – Vatican II

[7] &1 Evangelium Vitae – Jean Paul II

[8] Luc 10,17-24

[9] &28 Evangelii Nuntiandi – Paul VI

[10] &4 Spes non confundit

[11] ibid

[12] &39 Spe Salvi – Benoit XVI

Année sainte 2025

 

Le pape a ouvert l’année sainte le 24 décembre 2024 sur le thème du Salut en nous invitant à être des « pèlerins d’espérance ». Qu’est-ce qu’une année sainte et comment vivre concrètement cette année sainte ?

 

L’année sainte, année jubilaire, est une année de grâce pour les croyants. Nous la voyons dans le judaïsme tous les 50 ans[1] comme source de libération et de sanctification du temps pour rétablir la juste place de Dieu, et l’équitable relation fraternelle. Le pape Boniface VIII a commencé, sous l’impulsion du bon sens des fidèles[2], à promulguer une année de bénédiction qui au cours des siècles s’est faite tous les 25 ans[3]. L’année sainte invite le peuple à une sanctification de l’espace et du temps. Elle fait écho à la parole d’Isaïe « 01 L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, 02 proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur, et un jour de vengeance pour notre Dieu, consoler tous ceux qui sont en deuil, »[4] La vengeance de Dieu étant la revanche de l’amour qui vient jusqu’à pardonner tous nos péchés .Nous comprenons que l’année sainte est un appel pour nous à grandir dans la liberté pour accueillir la grâce dans notre vie et prendre conscience des conversions à effectuer pour discerner avec prudence le quotidien et cultiver notre familiarité avec Dieu dans l’accueil de sa providence.

 

La porte sainte

Le signe de l’année sainte est l’ouverture de la porte sainte, que nous sommes appelés à franchir pour entrer dans ce dynamisme de renouvellement de notre foi, et d’accueil de la grâce. La mise en route vers Rome, puisque tous les chemins y mènent, est l’occasion de franchir la porte sainte en communion avec tout le peuple de Dieu dans une démarche filiale. Ce temps de pèlerinage est un temps de liberté à retrouver en mettant Dieu au premier rang. Un pèlerinage d’espérance nous dit le pape François, dans cette démarche toute simple de conversion pour accueillir pleinement la grande espérance du salut. La porte sainte de Saint-Pierre n’est ouverte que pour ces occasions et murée lors de la fermeture de ce temps de grâce. Les cathédrales du monde entier ont reproduit cette ouverture le 29 décembre, comme à Créteil, avec une diffusion dans les paroisses et la possibilité dérogatoire de pouvoir franchir une porte sainte soit dans la cathédrale, soit dans un lieu de pèlerinage identifié et nommé comme tel.

 

Le sacrement de réconciliation

Le pape François rappelle la grâce d’ l’indulgence pour être illuminé par la miséricorde du Seigneur et recevoir « la plénitude du pardon de Dieu qui ne connait pas de limites »[5] Il nous faut donc recourir au sacrement de réconciliation autant de fois que nous le pouvons pour nous purifier tout au long de l’année, et reconnaitre la grâce agissante du sacrement qui produit de l’effet dans notre vie. « Pardonner ne change pas le passé et ne peut modifier ce qui s’est déjà passé. Mais le pardon permet de changer l’avenir et de vivre différemment, sans rancune, sans ressentiment et sans vengeance. L’avenir éclairé par le pardon permet de lire le passé avec des yeux différents, plus sereins, même s’ils sont encore embués de larmes »[6] Si nous le retrouvons déjà comme une demande pratique pour vivre l’indulgence, le fait de mettre en exergue cet aspect précis nous fait comprendre l’importance de nous réconcilier avec Dieu pour transformer notre regard fraternel.

 

Obtenir l’indulgence

L’année sainte nous fait obtenir l’indulgence qui est une remise de nos péchés sur Terre comme au Ciel, mais aussi par l’action de l’Esprit Saint d’être restaurés dans la communion des saints. Le pèlerinage et la traversée de la porte sainte sont un signe concret de notre volonté de changement. Viennent ensuite les points à mettre en œuvre :

  • Le sacrement de réconciliation
  • Les œuvres de piété et la prière notamment en priant pour les intentions du pape émises lors de cette année sainte. Le temps diocésain du 9 juin pour l’année sainte entre dans la dynamique de cette démarche jubilatoire.
  • Participer à une eucharistie et communier dans le désir d’être tout à Dieu.
  • Les œuvres de charité dans la purification de la relation fraternelle et la solidarité, retrouvées dans la reconnaissance d’un même père.

 

 

En conclusion, vivre l’année sainte demande pour chacun d’entre nous un travail de conversion et d’écoute en communauté du souffle de l’Esprit pour resplendir de la grâce de l’Esprit. Le pèlerinage et la traversée de la porte sainte sont des moments spécifiques de communion ecclésiale et d’expression par son corps et son âme de la volonté d’union à Dieu. La foi passe aussi par nos pieds. La demande d’indulgence a aussi les quatre exigences nommées, comme principe de réalité dans la vie spirituelle. « il ne suffit pas de me dire : « Seigneur ! Seigneur ! », il faut accomplir la volonté du Père qui est aux cieux »[7] Le sacrement de réconciliation restaure le juste amour avec Dieu, la prière en communion avec le Saint-Père est unité de l’Eglise, et vivre l’eucharistie nous fait mettre Jésus au milieu de nous par les œuvres de charité. Chacun d’entre nous, regardons ce que nous pouvons faire pour vivre pleinement cette année sainte en pèlerins d’espérance.

 

Par la suite, il nous faudra continuer de réfléchir sur les axes concrets que propose le Pape dans sa bulle d’indiction notamment la place du temps et  être artisan de paix, veiller au bien commun, particulièrement dans le respect de toute vie, une recherche de juste rapport à l’argent dans une relation solidaire et développer le don de la grande espérance du salut.

 

Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen

[1] Lv 25,8-55 – « 10 Vous ferez de la cinquantième année une année sainte, et vous proclamerez la libération pour tous les habitants du pays. Ce sera pour vous le jubilé : chacun de vous réintégrera sa propriété, chacun de vous retournera dans son clan. »

[2] Sensus Fidei – Les fidèles venant à Rome, il organisa l’événement de piété.

[3] D’autres années saintes se sont intercalées, en 1933 pour célébrer la résurrection du Christ, en 1983 par le pape JP II, et en 2016 pour un jubilé de la miséricorde. Mais cela n’empêche pas  la périodicité des 25 ans, au siècle et aux 25,50,75 ans du siècle, permettant à chaque génération d’avoir au moins une occasion de vivre ce temps de grâce.

[4] Is 61,1-2

[5] &23 Spes non confundit – Pape François, Bulle pour le Jubilé

[6] ibid

[7] Mt 7,21

En entrant dans l’Avent, pour une nouvelle année liturgique, il nous faut cheminer vers la révélation pascale en accueillant le Sauveur dès sa naissance. Noel est une fête pascale par anticipation. Et en continuant notre parcours sur les réalités du Ciel, il nous faut vivre le changement du regard, pour entrer dans cette dynamique de l’émerveillement avec un cœur pur pour contempler Dieu.

Or, la difficulté à regarder son frère avec bienveillance vient du péché et de la concupiscence du regard. C’est-à-dire, dans son for intérieur, s’apprêter à laisser ses instincts grégaires dans son propre besoin d’assouvissement sans maitrise de soi, ni une volonté clairement exercée dans l’obéissance de la foi. En quelques mots, une ignorance de notre vocation d’image de Dieu pour développer une pulsion animale dans une désagrégation de tout notre être. La convoitise du regard va de pair avec l’expression d’un désir intérieur qui se manifeste dans l’imagination, et qui ne demande qu’à passer à l’acte si nous ne mettons pas les garde-fous nécessaires. D’ailleurs les maladies psychiques sont en général, un franchissement des garde-fous pour tomber dans le pathologique, que ce soit la bipolarité, la schizophrénie, ou encore la paranoïa… (sans prétendre donner une liste exhaustive). Un profond clivage de notre manière d’être qui a des répercussions désastreuses sur notre âme et sur notre corps, aggravant un mal-être profond. Le regard enferme, c’est vrai, mais parfois il tue dans une dislocation de l’autre provoquant une déflagration dans l’équilibre psychique. Le harcèlement scolaire dont nous parlons tant, commence par une concupiscence du regard, dans un mépris de l’autre et une volonté d’humilier pour le plaisir d’asseoir son propre pouvoir ou sa domination dans le clan. Il nous faut lutter, par le jeûne et la prière, contre le désir désordonné qui aboutit à un regard d’exclusion et de suffisance de soi-même. La dignité humaine se vit concrètement pour nous, à travers la capacité à voir en l’autre un frère à aimer et à accompagner pour une meilleure vie dans la recherche du bien commun et d’une vie bonne en Dieu. Nous avons des gestes forts à poser pour témoigner de notre foi et refuser l’écroulement du lien fraternel Notre vie spirituelle se concrétise par des actes prophétiques et porte du fruit même dans le martyr, car nous travaillons pour le Royaume des cieux. Mettre Dieu en dehors de notre vie et de notre société nous conduira inexorablement dans un monde sauvage, sans âme mais avec un appétit féroce pour dévorer l’autre. Les tyrannies se sont bâties sur la concupiscence du regard et une vision tronquée de l’humanité. Seuls la méditation des Ecritures et l’accompagnement spirituel nous aident à progresser pour une plus grande fécondité dans l’appel baptismal à la sainteté et à la construction de la civilisation de l’amour. La vie du citoyen du Ciel est d’être artisan de paix dans l’annonce de l’évangile et le témoignage de vie pour une communion fraternelle toujours plus forte dans le souffle de l’Esprit. Une réunification intérieure passe par l’éducation du regard à la compassion pour être dans un juste rapport. « Heureux ceux qui pleurent ils seront consolés ». Le partage d’une humanité vulnérable par l’incarnation du Christ nous montre le chemin de la réalité humaine de la vie, et la vérité de l’amour qui s’expérimente vraiment. Il faut pleurer pour comprendre la joie de la consolation.

La concupiscence du regard fait partie des affres du péché originel, énuméré dans la lettre de saint Jean. Il faut avoir un regard de compassion dans la relation fraternelle et vouloir la communion pour bâtir un dialogue fécond. Refuser le péché nous ouvre à la fraternité d’éternité. Mais le regard peut être enfermant, d’ailleurs le Christ, dans le contexte du désir de la chair, le définit comme « l’adultère du cœur », c’est-à-dire voir l’autre comme objet. « Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. » Avant l’acte, le regard pousse à la faute, lorsqu’il est mal orienté. L’histoire de Saül nous montre le péché du regard qui entraine la mort de l’âme dans la brisure du lien fraternel. « Saül regardait David avec méfiance. Le lendemain, un mauvais esprit envoyé par Dieu s’empara de Saül qui fut saisi de transe prophétique au milieu de la maison. David jouait de son instrument comme chaque jour, et Saül avait sa lance à la main. Saül la lança en se disant : « Je vais clouer David au mur ! » Mais par deux fois David échappa à Saül. » Le changement de regard sur celui qui avait gagné contre Goliath entraver une pensée libre de rencontre, pour la jalousie du rang et la soif du pouvoir. Cela est aussi vrai dans nos communautés lorsque nous marchons ensemble, répondant à l’appel de l’Esprit, puis nous sommes comme happés par une rivalité maladive, souvent dans des regards envieux et inadaptés, oubliant que nous sommes d’abord au service du Christ et pour la construction de l’Eglise avant de faire notre petit commerce personnel. La personne au regard désaxé oublie de savoir si elle vit pour la communion. Les tensions fraternelles sont souvent dues à un manque de simplicité dans les rapports des uns avec les autres et une volonté de partage, qui est certes un chemin de résurrection mais connait aussi des croix et des renoncements.

 

Si nous reprenons, la convoitise du regard est le premier pas de la convoitise de la chair dans ce contexte précis. Comme le précise d’ailleurs saint Jean Paul II « L’adultère commis « dans le cœur » n’est pas inscrit dans les limites de la relation interpersonnelle qui permet d’identifier l’adultère commis « dans le corps ». Ce ne sont pas exclusivement et essentiellement ces limites qui décident de l’adultère commis « dans le cœur », mais la nature même de la concupiscence, exprimée dans ce cas-ci par le regard, c’est-à-dire par le fait que l’homme, que le Christ cite à titre d’exemple, « regarde pour désirer ». L’errance du regard est cette chosification de la relation pour ne voir en l’autre qu’un garde-manger pour nos propres désirs. La dimension du regard dans l’appel à la sainteté exige la maitrise de soi et la volonté de suivre le Christ. Le point faible est signifié par l’appétit sexuel, comme nous le rappelle justement l’évangile, mais nous ne pouvons pas arrêter la concupiscence du regard seulement sur l’aspect libidineux. De plus, si nous avons vu l’aspect du morcellement intérieur, il nous faut regarder aussi la nécessaire justice dans l’échange avec le prochain.

 

Le rapport à l’argent et à sa finalité doit être aussi entrevu sous l’aspect de la vertu de justice et d’un discernement prudentiel quant aux moyens nécessaires. La vertu de justice impose que nous ayons un juste rapport à l’aspect financier et que nous ne fassions pas de l’argent une fin. Rien ne sert de courir le meilleur salaire ou de demander à Dieu la fortune, car l’amour n’a pas de prix. Nous sommes invités dans la simplicité de notre vie à rechercher ce qui nous est nécessaire, et non à vivre dans la superficialité. « J’ai des difficultés avec l’enseignement sur la « prospérité » qui dit que si nous suivons le Seigneur nous serons en sécurité et dans l’aisance matérielle. C’est en complète contradiction avec les Ecritures et aussi avec ce que nous expérimentons en Chine. Suivre Dieu est un appel non seulement à vivre pour Lui, mais aussi à mourir pour Lui » Le témoignage de ceux qui vivent la joie de croire dans un pays de persécution nous invite à retrouver de la prudence face à ce que nous recherchons comme essentiel et à séparer la bénédiction de Dieu de l’aisance financière. La bénédiction de Dieu ne tient pas à la grandeur du poste, ni à l’évolution de la position sociale, ni même aux longues années. Carlo Acutis, comme Thérèse de l’enfant Jésus nous montre que dans une vie courte, la richesse de la relation à Dieu comble toutes les attentes. La joie du témoignage, par la disponibilité du cœur à l’instant présent, démontre une simplicité de vie, pas après pas, juste pour aujourd’hui. Chacun doit vivre un chemin unique de complémentarité de la grâce, et non pas être une pale photocopie de la grâce entachée de l’esprit de ce monde et des dévoiements proposés. De fait, Dieu nous demande d’être saint, et non d’être riche. L’un ne s’oppose pas à l’autre, mais la vraie prière est une vie ancrée en Dieu et dans l’accueil de sa grâce pour témoigner de sa foi. Ensuite le Seigneur utilisera ce qui nous est le plus favorable pour déployer notre vocation personnelle d’enfant de Dieu pour la liberté de l’amour.

Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen

Le rapport à l’argent, entre autre, est un vrai questionnement, mais soyons vigilant, ce qui brille n’est qu’illusion. On pourrait par vanité avoir le meilleur téléphone portable, au coût d’un ordinateur plaqué or, mais pour quelle utilité ? La futilité de la mode nous montre bien qu’il faut discerner ce qui est nécessaire et refuser ce qui est insignifiant comme les honneurs ou la recherche d’un pouvoir éphémère lorsqu’il n’est pas fondé en Dieu. Nous pouvons prendre plaisir à paraitre, dans la superficialité du moment, mais il nous faut bien prendre conscience que nous aurons besoin de retrouver du sens par rapport à ce que nous sommes, et l’épreuve nous met face à l’urgence des réalités et à nos priorités. «Vanité des vanités disait Qohèleth. Vanité des vanités, tout est vanité ! » 1 La sagesse nous pousse à percevoir l’essentiel.

Si nous y regardons de près, certains chrétiens irakiens dans leurs témoignages disaient vivre de manière dilettante face à la guerre qui s’approchait, la guerre est pour les autres mais n’arrivera pas ici, lors de la prise de Mossoul, ils nous disent qu’ils ont, pris conscience d’un choix à poser et d’une réaffirmation de la foi à vivre pour retrouver le chemin de la communauté ecclésiale et de la prière. Dans nos sociétés occidentales, l’éparpillement des valeurs dans la superficialité de la mode et des idéologies en tout genre nous éloignent inexorablement de notre vocation d’image de Dieu appelé à la ressemblance. C’est le constat d’autres Eglises non européenne, qui voient la perte de transcendance pour le cynisme de l’apparence et ce qui est utile. « En occident de nombreux chrétiens ont une abondance de biens matériels, mais ils vivent dans un état de tiédeur. Ils ont de l’argent et de l’or, mais ils ne se lèvent pas pour marcher au nom de Jésus. » 2 Le tourisme spirituel de certaines personnes interroge : on passe de paroisse en paroisse sans être fidèle à une communauté, on change d’Église en Église, dans un vagabondage de la foi. On émigre d’une église capable de commémorer les défunts à un culte incapable de vivre la communion des saints. Et n’oublions pas l’invention de spiritualités ancestrales revues et corrigées dans une marchandisation culturelle abjecte 3 . La fluidité spirituelle, dans une recherche de foi correspondant à nos vies, sonne comme un refus de conversion et de transformation intérieure à opérer dans le Christ Jésus. C’est une vaine course idolâtrique d’une spiritualité adaptée à nos valeurs et, dans une contextualisation à outrance, on en oublie la radicalité de la Parole. Il y a bien une vanité idéologique dans le relativisme des situations pour distordre le sens profond des Ecritures et l’appel à la conversion. La propre glorification du changement, pour penser et agir autrement appelé paradigme, est un refus de l’appel des Écritures à aller au large et interroge fortement aujourd’hui. La foi se vit dans la tradition apostolique et l’accomplissement de l’esprit de la loi, et non un affranchissement de la parole à cause d’une culture particulière qui se veut ouverte et universelle mais se révèle si vaine. Quant à nous, l’appel à retrouver le chemin qui mène vers Dieu nous invite à fuir les suffisances de cette vie qui passe, pour nous enraciner dans ce qui est essentiel : le Christ notre Seigneur. « Que rien ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe, Dieu ne change pas,…Dieu seul suffit. » 4 La vérité de notre foi se fonde sur les Ecritures, et trouve dans nos actes le témoignage de la confiance en Dieu et la volonté de continuer l’œuvre de Dieu, chacun selon ses propres talents. Il s’agit alors de se recentrer. Quelle est la personne la plus importante dans ta vie, demandait-on dans un jeu que des adultes faisaient pendant la fête du nouvel an. La femme allait répondre « mon mari et mon mariage dans l’année » mais, un enfant répondit avant elle « ça c’est facile, la personne la plus importante c’est Dieu ». Parfois, les petits nous remettent dans une bonne échelle de foi et nous font revoir notre hiérarchie des valeurs dans une spontanéité, signe du Royaume à venir. Nous devons retenir cette facilité du choix, comme le dit le sage : « tout est vanité, hors aimer Dieu et le servir lui seul » 5 Se rendre disponible à la grâce demande alors de laisser toute forme d’orgueil pour accueillir la promesse du Salut et se conformer à la Parole de vie, source de tout bien.

1 Ecl 1,2
2 P 273 Citoyen du Ciel, Brother Yun EdB 2023
3 La spiritualité est américaine – Jean Marie Gueullette Cerf 2021

La précarité de la vie nous éclaire sur nos propres vulnérabilités et les choix cruciaux qu’il nous faut faire parfois entre des réalités fondamentales, par exemple la vie et l’absurdité de la mort, parfois la maladie, ou encore ce qui importe dans la hiérarchie des valeurs et la réalité des ruptures familiales. Tout cela remet en perspective notre véritable désir dans une soif de l’action de Dieu et un engagement à le servir. L’apparence des situations que nous avons pu connaitre, non sans satisfaction à ces moments précis, devient d’une vanité sans fond. La mort nous rappelle à l’essentiel : qu’est-ce que je fais de ma vie pour servir Dieu en toute chose ? « Vanité donc, d’amasser des richesses périssables et d’espérer en elles. Vanité, d’aspirer aux honneurs et de s’élever à ce qu’il y a de plus haut. Vanité, de suivre les désirs de la chair et de rechercher ce dont il faudra bientôt être rigoureusement puni. Vanité, de souhaiter une longue vie et de ne pas se soucier de bien vivre. Vanité, de ne penser qu’à la vie présente et de ne pas prévoir ce qui la suivra. Vanité, de s’attacher à ce qui passe si vite et de ne pas se hâter vers la joie qui ne finit point. » 6 Dans un monde en turbulence, des propositions aussi absurdes les unes que les autres, comme le choix de la beauté dans un musée des horreurs, entre la déliquescence bioéthique et le positionnement de l’accueil de la vie dès sa conception et l’accompagnement de la fin de vie, l’errance de la corporéité à travers la théorie du genre et l’idéologie perverse du féminisme, sans oublier de pointer les formes de violence sociétale. Un inventaire non exhaustif d’une gangrène de l’expression de surpuissance, parfois dans la satisfaction de sa propre performance technique et scientifique, nous font errer dans le désert de l’être, abandonnant les plaines de la liberté créatrice et féconde. Nous, disciples kérygmatiques, sommes appelés à redire la Bonne Nouvelle du Salut, en refusant toute forme de satisfaction dans le paraitre et redire que l’homme est image de Dieu, bénédiction de Dieu pour toute la création lorsqu’il est en communion avec son Créateur. On peut avoir en Eglise des opinions politiques différentes, des approches théologiques dissemblables, des façons de prier manifestement décalées, chaque messe du dimanche nous rassemble dans la communion des croyants, pour témoigner en artisan de paix ce qui fait notre attachement au Christ et à sa Parole, par une communion en communauté kérygmatique capable de se parler dans la diversité des personnalités et de témoigner de la vie de l’Esprit.

4 Thérèse d’Avila – œuvres complètes - Poème
5 L I, 24&7 imitation de Jésus Christ
6 L I, 1,&2 imitation de Jésus Christ

La place du premier serviteur de la communauté paroissiale doit être rappelée avec force. Le prêtre est un serviteur de la civilisation de l’amour, témoin d’une présence en lui, fruit de l’Alliance et de la fécondité. Il vit dans la gratuité de la relation, toujours attentif à l’autre et non centré sur lui-même, attentif au cri du monde et à l’approfondissement du dialogue avec Dieu. Il répond à l’appel dans la
disponibilité de son être en faisant confiance à la Parole et au souffle de l’Esprit « Qu’il me soit fait selon ta volonté ». Il n’est ni dans une course médiatique, ni dans un marchandage émotionnel mais dans l’accomplissement de la croix pour rayonner de la grande espérance de la résurrection. Ni collabo de l’esprit de ce monde, ni déserteur du beau combat de la foi, ni super héros, ni déterminé par sa vulnérabilité, il est enfant de Dieu, enfant de Roi. Il entre dans le temps de Dieu et participe à la communauté pour la rendre plus fraternelle, plus juste dans la vérité des Ecritures. Ce qui fonde le ministère est la rencontre du Christ, la réponse à son appel et la volonté de lui être fidèle par amour pour le servir jusqu’au bout. Tout le reste est vanité. –

Le vrai défi pour chacun d’entre nous est d’aimer en vérité, et non dans une course vaniteuse de performance spirituelle : à celui qui fait le plus de convertis, se met le plus au service de la charité, quand cela ne passe pas par l’évaluation de la qualité de prière et de son efficacité ! Oui la glossolalie, comme la manipulation hystérique des masses n’est pas signe de sainteté. La vanité se glisse dans toute chose si nous ne sommes pas vigilants en développant la vertu de prudence pour discerner ce que nous devons vivre et comment rendre témoignage de la présence de l’Esprit Saint en nous. La louange est une porte d’entrée dans l’accomplissement de notre vie spirituelle. Une expérience de décentrement de soi-même pour nous refonder en Dieu seul. « Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu : si elle fut assujettie à la vanité, … à cause de celui qui l’y a soumise, c’est avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. » 7 La vocation de citoyen du Ciel, et nous le sommes, par les sacrements de l’initiation 8 , nous demande de fonder notre grande espérance du Salut sur l’humilité du cœur pour accueillir notre Seigneur. La liberté se vit en présence du Seigneur et dans la joie de sa grâce, pour agir en fonction de la volonté de Dieu et dans la ferme intention de lui rester fidèle. Tourné vers les fins dernières, nous désirons Dieu de tout notre cœur et de toute notre âme, dans une charité inventive pour vivre la communion en toute circonstance. Car c’est avec Dieu que la notion de liberté prend sens dans la recherche du meilleur bien, c’est-à-dire d’une communion d’amour pour l’éternité.

7 Rm 8
8 Baptême (et la grâce agissante), confirmation et eucharistie

Père Gregoire BELLUT – Curé –Doyen

La joie est l’expression de l’Esprit Saint dans notre vie. Ce don de la grâce arrive avec la paix pour nous amener à gouter des fruits de sa présence en nous et à porter un témoignage que nous partageons autour de nous. En tant que disciples du Christ et dans l’accueil de sa présence, la joie authentifie notre transformation intérieure et nous envoie vers les autres comme missionnaires de la miséricorde du Seigneur et de sa bonté pour chacun. Nous parlons d’une joie contagieuse, ni grave ni fébrile, mais d’une intériorité qui se témoigne avec audace par la profusion des manifestations dans la juste distance. Elle n’est pas introvertie ni excentrique, mais l’expression même de la reconnaissance d’une relation vraie par l’amour du Rédempteur dans le souffle de l’Esprit. Une bonne saveur de Dieu par le gout de la contemplation de son œuvre « Gloire au Seigneur à tout jamais ! Que Dieu se réjouisse en ses œuvres ! » 1 Elle est une expression de tout notre être devant la Toute Puissance de Dieu dans la beauté de son amour et la vérité de ses œuvres, nous poussant à rechercher ce qui est bien dans la gratuité de la rencontre.

Dieu fait notre joie et nous répondons en écho à sa révélation en vivant cette allégresse. Telle est la définition de la joie spirituelle avec les pieds sur terre. L’évangile de saint Luc que nous allons lire dans la prochaine année liturgique est plein de joie, parce que le Dieu de l’Alliance, dans la fidélité de sa présence, nous procure un ajustement d’être, une cohérence d’histoire, une unification personnelle et une communion fraternelle dans la joie de ceux qui le cherchent. « … réjouissez-vous de ce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux » 2 La communion des saints, que nous fêtons de façon particulière le 1 er novembre, est communion de joie et nous devons la découvrir, non avec des critères entachés du
péché originel, mais avec la grande espérance du Salut et la révélation du dynamisme de l’amour dans toute la Création. Tel est le chemin des béatitudes que nous poursuivons dans l’espérance, lors du jour des défunts, à travers le prolongement d’une prière de communion pour les vivants et pour les morts. Parler de joie dans la célébration des défunts, est bien autre chose que la frivolité du temps qui passe, ou
l’exubérance de sentiments souvent décalés. La joie durant la célébration des défunts est « une joie espérante » 3 . En toute circonstance vivre la joie de Dieu, c’est s’ouvrir dans la réalité du temps présent à sa présence agissante, lui qui est la source de la vie, le chemin du bonheur, la vérité de notre histoire. « Ce qui procure de la joie, c’est le triomphe de la vie et l’effacement de la mort, c’est la mobilisation des forces vitales et l’oubli de la finitude, mais ce n’est plus l’acceptation sereine de la vie et de la mort, du bonheur et de la peine. La réalité que l’homme approuve avec joie est donc une vie désertée par la mort, une vie qui a refoulé la mort » 4 La vie en Dieu est profusion d’amour reçu par révélation, vécu dans la méditation des Ecritures et de la promesse d’Alliance, à partager dans la joie communicative. Le fait qu’il vienne nous sauver et nous libérer de nos esclavages, pour nous faire connaitre l’amour pour l’éternité, n’est-il pas la source de toutes nos joies ? Nous savons que le Seigneur est présent en toute occasion et nous avons confiance en sa parole, pour le jour de notre mort, et sa promesse de la vie éternelle. Telle est notre joie et la paix intérieure qu’elle infuse en nous pour accéder à la promesse du Salut.

1 Ps 104, 31
2 Lc 10,20
3 Article de Laurent Lavaud, communion XXIX,4 juillet – aout 2004 la joie espérante p 15-29

Nous allons en Eglise ouvrir le Jubilé 5 et peut être pouvons-nous méditer l’appel de saint Paul VI dans son encyclique sur la joie de l’année sainte 1975 « Notre invitation appelle essentiellement, vous le savez, au renouvellement intérieur et à la réconciliation dans le Christ. Il y va du salut des hommes, il y va de leur bonheur plénier. Au moment où, dans tout l’univers, les croyants s’apprêtent à célébrer la venue de l’Esprit Saint, nous vous invitons à implorer de lui ce don de la joie. » 6 Nous comprenons bien que la joie est d’abord un retournement intérieur pour laisser le Seigneur nous transformer et nous modeler à son image selon sa ressemblance, mais par grâce de l’Esprit Saint, faire de nous des témoins crédibles de sa grâce, et accueillir la communion avec Dieu avec reconnaissance. Si le pape actuel lance un appel à retrouver la grande espérance du Salut et à en vivre, c’est pour continuer
l’œuvre de l’amour dans la joie de la rencontre. « Mais chacun, en réalité, a besoin de retrouver la joie de vivre car l’être humain, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu 7 , ne peut se contenter de survivre ou de vivoter, de se conformer au présent en se laissant satisfaire de réalités uniquement matérielles » 8 La dimension spirituelle de l’homme redonne sens à ce qu’il doit vivre, à ce qu’il doit faire, à ce qu’il est vraiment aimé de Dieu, et appelé à témoigner de cet amour autour de Lui dans la fidélité à la Parole, la gratuité de sa présence et le service fraternel auprès de tous. La joie de tous les saints est joie de l’Eglise et notre joie, en tant que fidèles du Christ. Orientée vers l’espérance, l’année jubilaire nous fait redécouvrir cette joie de la rencontre avec Dieu et nos frères, dans une nouvelle dimension du temps et une césure de vie nécessaire à un réaménagement de l’espace des rencontres et des conversions à vivre.

A travers les joies de nos vies, nous pouvons retrouver la promesse d’Alliance et le bonheur de reconnaitre le Seigneur pour accueillir sa Bonne Nouvelle. C’est la dimension des disciples d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » 9 Tout joyeux, libérés de toute peur, dans une vie nouvelle ils retournent à Jérusalem témoigner de la rencontre. . Habiter à nouveau notre foi, c’est sortir des torpeurs familiales et culturelles et de la tiède acédie, pour laisser l’Esprit Saint agir dans nos vies et nous rendre disponibles à sa grâce. Certes nous pouvons connaitre des difficultés, mais Dieu est toujours présent. Comme le rappelle si bien l’introduction de la constitution pastorale « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. » 10 Or si nous communions aux réalités humaines, dans l’histoire de chacun la grâce nous ouvre à d’autres dimensions, où la joie est celle de la communion avec Dieu, et connait un autre essor, sans pourtant être étrangère à notre réalité adamique. Une différenciation entre les choses de la terre et celles du ciel, en termes de sentiment, lorsqu’on parle d’amour, de paix, de joie, n’est pas correcte lorsqu’on les oppose ou que l’on transforme les définitions en des incompatibilités. La joie que nous éprouvons sur terre dans la communion avec Dieu est un avant-gout de ce que nous connaitrons au ciel, d’une manière complète et extraordinaire, mais certainement pas étrangère…. L’altérité est pour la complémentarité. Que nous soyons des personnes différentes, c’est pour une communion d’amour plus dynamique dans l’échange et l’usage des charismes spécifiques de chacun. La communion des saints est une page d’histoire pour nous édifier aujourd’hui sur l’appel à actualiser son témoignage de foi dans la société à laquelle nous appartenons et dans le temps qui est le nôtre. Le souffle de l’Esprit nous conduit à diffuser la Bonne Nouvelle.

4 Ibid p 21
5 Les années jubilaires, d’abord tous les 50 ans puis tous les 25 ans, sont l’expression d’une action de grâce pour Dieu et d’une
sanctification du peuple de Dieu dans un esprit de louange et de témoignage de foi.
6 Gaudete Domino – Paul VI
7 cf. Gn 1, 26
&9 Spes non confundit – Pape François

L’invitation à la joie est d’abord celle de la rencontre, où l’ange Gabriel dit à Marie « Réjouis-toi » 11 et où Marie répond par un tressaillement « de joie en Dieu mon sauveur » 12 Une rencontre avec le Seigneur promis aux bergers comme « une grande joie » 13 parce que le Salut est une aventure personnelle à partager avec tous dans une démarche d’invitation à suivre le chemin qui conduit vers le Père. Le Christ, Verbe fait chair, découvre la joie du Royaume pour ceux qui ont entendu la Parole de
Dieu 14 et la mettent en pratique. « La Parole de Dieu écoutée et célébrée, surtout dans l’eucharistie, alimente et fortifie intérieurement les chrétiens et les rend capables d’un authentique témoignage évangélique dans la vie quotidienne. » 15 Dieu agit dans notre vie et tressaille de joie 16 sous l’action de l’Esprit Saint lorsqu’il voit l’homme agir en conformité à sa vocation, pour la louange du Père et l’imitation du Fils. L’homme entre dans la joie de Dieu lorsqu’il se manifeste dans son histoire 17 .

9 Lc 24,32
10 &1 Gaudium et Spes – Vatican II
11 Lc 1,14 avec la nuance que le mot joie est l’interpellation en grec du mot bonjour en français, ou salut en latin et paix (shalom) en
hébreu
12 Lc 1,14
13 Lc 2,10
14 Lc 8,13
15 &174 Evangelii Gaudium - François
16 Lc 10,21

Vivre notre foi demande de laisser Dieu habiter notre histoire, et donc le rendre participant à nos décisions, notamment dans la prière, l’accompagnement spirituel et le discernement des Écritures. L’écoute de la Parole et agir en responsabilité donnent une vraie joie de vivre l’instant présent. C’est pourquoi nous devons sans cesse nous convertir et transformer notre vie en présence du Seigneur pour nous laisser habiter par sa grâce 18 . La résurrection donne l’avant-gout d’une joie sans fin, à travers la rencontre du Christ vivant 19 . Il faut que nous sachions redécouvrir la joie de la présence de Dieu dans notre vie et que nous la cultivions pour la laisser grandir dans le souffle de l’Esprit Saint et porter témoignage. « Nous sommes tous appelés à offrir aux autres le témoignage explicite de l’amour salvifique du Seigneur, qui, bien au-delà de nos imperfections, nous donne sa proximité, sa Parole, sa force, et donne sens à notre vie. » 20

Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen