Les editos du père Gregoire Bellut

La salutation de l’ange à Marie, connaît un problème de traduction dès le premier mot. L’ange a probablement donné à Marie la salutation hébraïque « shalom », signifiant « paix ». L’évangile transmis en grec nous dit donc « Kaire », la joie, et la traduction latine donne le mot « ave », pour « salut ». Si nous devions le dire dans notre langage vernaculaire, ce serait « bonjour ». A chaque fois c’est bien une salutation, mais entre souhaiter la paix, la joie, le salut et un bonjour, il y a tout un nuancier culturel et spirituel.

En continuant l’Ave maria, on réajuste le terme de « favorisée » par « pleine de grâce », que l’on a modernisé en « comblée de grâce ». Personnellement je n’aime pas « comblée », car j’ai l’impression de mettre la main sur Dieu et sa puissance d’action. Lorsque l’on comble, c’est rempli au point de ne pouvoir y ajouter autre chose, alors que ce qui est plein peut déborder, car Dieu continue toujours de donner. C’est une vision personnelle, même si nous disons dans les deux termes la même chose : Marie a reçu pleinement la grâce du Seigneur et a eu toute sa faveur, ce qu’elle confirme d’ailleurs par le Oui à son appel. Dieu est toujours premier et sa grâce fait de l’effet, mais Il attend toujours une réponse de notre part pour entrer dans le dynamisme du don qui nous fait découvrir la gratuité de l’amour jusqu’à l’oblation.

Or, justement, la grâce est l’accueil du regard bienveillant que Dieu pose sur notre vie, une bénédiction de sa présence qui nous donne de vivre pleinement la joie et, en même temps, l’expression de sa miséricorde qui vient au secours de nos faiblesses pour nous redresser et nous donner la force du repentir pour marcher sur le chemin du Salut. Alors nous chantons ses louanges pour les merveilles qu’Il fait dans notre vie car « le Tout- Puissant a fait pour moi des merveilles, saint est son Nom. » Dieu se célèbre et nous lui rendons l’action de grâce par excellence, c’est-à-dire le sacrement de la charité, autrement dit l’eucharistie.

Mais l’action de grâce nous fait expérimenter le souffle de l’Esprit Saint et l’accueil d’une réalité qui nous épanouit, à vivre par la disponibilité de notre histoire. Cruelle question des juges à sainte Jeanne d’Arc : « es-tu dans la grâce ? » Or celle-ci, mue par l’Esprit Saint, récuse le piège de répondre oui, au risque de s’entendre dire orgueilleuse, ou non, pour convenir qu’elle n’œuvre pas pour Dieu. Elle répond avec sagesse
« Si je n’y suis pas que Dieu m’y mette, si j’y suis que Dieu m’y garde »
c’est un appel pour chacun d’entre nous à rechercher la présence de Dieu, dans notre vie et dans les choix que nous posons, pour lui faire confiance en toute chose. Oui, nous devons toujours garder Dieu au cœur de toutes nos activités et redécouvrir à chaque instant la joie de sa présence dans notre vie.
La grâce est déjà une anticipation de la grande espérance du Salut promis à ceux qui choisissent Dieu pour toujours.

Toute notre vie, l’Esprit Saint travaille dans notre vie pour nous rendre réceptifs à l’amour de Dieu et ordonner nos désirs à rechercher la communion. « La grâce sanctifiante est un don habituel, une disposition stable et surnaturelle perfectionnant l’âme même pour la rendre capable de vivre avec Dieu, d’agir par son amour. On distinguera la grâce habituelle, disposition permanente à vivre et à agir selon l’appel divin, et les grâces actuelles qui désignent les interventions divines soit à l’origine de la conversion soit au cours de l’œuvre de la sanctification. » Marie nous montre le chemin, où nous devons suivre le Christ et faire tout ce qu’Il nous dira, pour vivre notre vocation d’images de Dieu appelées à la ressemblance.

Or l’incarnation du Christ nous fait redécouvrir la grâce du corps dans l’œuvre du Salut, c’est d’ailleurs le thème des catéchèses du pape Jean-Paul II énoncées comme théologie du corps. Il parle de l’Homme dans le plan divin et de la grâce de l’appel à se conformer au Christ dans tous les états de vie. C’est pourquoi la théologie du corps est aussi une théologie de la grâce, car tout ce qui est dit à travers le corps comme prolongement de l’œuvre créatrice contribue à la belle harmonie de la création pour la joie de Dieu et le salut des hommes. « La préparation de l’homme à l’accueil de la grâce est déjà une œuvre de la grâce. Celle-ci est nécessaire pour susciter et soutenir notre collaboration à la justification par la foi et à la sanctification par la charité. Dieu achève en nous ce qu’il a commencé. » 2 La première conversion à effectuer est d’accueillir la grâce, ce qui est déjà pour certains un passage libérateur pour accueillir la promesse du salut. Marie, en mère aimante, nous accompagne sur ce chemin d’humanité en nous invitant à regarder le Christ notre Sauveur et à entrer dans la rédemption du corps. Alors nous pourrons avec elle nous émerveiller : « son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. »

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

Le Christ est vraiment ressuscité des morts

La joie de Pâques fait de nous des témoins du Christ ressuscité et nous invite à aller à la rencontre de tous pour proclamer la bonne nouvelle du Salut. La joie de Pâques est l’annonce du Salut. De victime, le Christ se révèle comme le Sauveur : Celui qui vient faire de nos sacrifices de louange une communion au corps et au sang du Christ. L’holocauste devient alors l’oblation pour une vie de communion avec Dieu prolongée dans le souffle de l’Esprit. « En Jésus-Christ crucifié, déposé dans le sépulcre et ensuite
ressuscité, « resplendit pour nous l’espérance de la résurrection bienheureuse…, la promesse de l’immortalité future » 1 , vers laquelle s’en va l’homme à travers la mort du corps, en partageant avec toutes les créatures visibles cette nécessité à laquelle la matière est soumise. » 2 Par la résurrection,
nous comprenons que le corps a sa part dans la réalité du Royaume. Vivifié par l’Esprit, le corps prend une place nouvelle auprès de Dieu comme participant à sa louange. Le Seigneur passe dans notre vie et frappe à notre cœur pour que nous le laissions entrer. Il ne s’impose pas, mais la lumière de la résurrection dessille nos yeux pour entrer dans cette contemplation pleine d’émerveillement. Il nous a sauvés, ce qu’Il a promis s’est réalisé, tout cela est vrai. Il est Dieu et notre Rédempteur.

La mort n’est plus un mur, mais un passage vers la vie en Dieu. Corps et âme, nous sommes appelés à ressusciter à la suite du Christ. « Je crois en la résurrection de la chair et en la vie éternelle ». Cette affirmation est complétée par la Théologie du corps, qui est l’expérience du cœur dans la réalité du corps pour rendre gloire à Dieu dans la sainteté de tout notre être, c’est-à-dire l’ajustement au dessein de Dieu. « La structure et la destinée du corps sont incluses dans la vitalité de l’âme » 3 à chaque étape de notre vie, le corps connaît un cycle du temps dans un rapport aux autres qui s’expriment différemment. Ce n’est pas une question d’acquisition ou de perte, mais c’est un processus de croissance vers d’autres réalités. La vieillesse n’est pas un naufrage, mais la grâce d’un autre temps à découvrir dans un rythme différent qui nous apprend la prudence et la sagesse du discernement sur ce que nous devons connaître pratiquement. « Si, comme nous l’avons déjà dit, la création est un don fait à l’homme, alors sa plénitude et sa dimension la plus profonde sont déterminées par la grâce, c’est-à-dire par la participation à la vie
intérieure de Dieu lui-même, à sa sainteté. » 4 Comment vivre pleinement sa foi ? Ce n’est pas un catalogue de valeurs ni un carcan de normes à suivre, mais une rencontre avec notre Sauveur, une vie dans l’amour de Dieu et l’expérience d’un témoignage de cette lumière qui nous habite et nous fait
tendre vers la grande espérance du Salut.

Nous avons besoin de témoins ! Tout au long de notre vie, et celle de l’Église, dans la tradition apostolique, des hommes et des femmes ont vécu l’évangile et nous ont donné la saveur de Dieu à travers le témoignage authentique d’une vie tournée vers Lui. A la résurrection, Marie-Madeleine vient honorer le Christ, comme chacun d’entre nous, à la suite d’une méditation des Écritures, nous devons aller à la rencontre du Seigneur, dans le tombeau de nos nuits spirituelles, ces nuits obscures, où nous nous sentons parfois perdus et en train de couler… La confiance de Marie-Madeleine nous redit cette joie de voir le maître en tout temps, en tout lieu, en toute circonstance, pour effectuer le retournement nécessaire vers une authentique adoration en esprit et en vérité. « À notre époque aussi, les gens préfèrent écouter les témoins : « ils ont soif d’authenticité […] Le monde réclame des évangélisateurs qui lui parlent d’un Dieu qu’ils connaissent et fréquentent comme s’ils voyaient l’invisible ». 5 C’est un appel pour, dans notre propre vie, vivre notre vocation d’enfants de lumière. C’est le pèlerinage de toute une vie pour aller à la rencontre de Celui qui vient, où il nous faut sans cesse tenir nos lampes allumées pour nous tenir prêts à sa venue dans la gloire.

De quoi nous faut-il témoigner dans la joie de Pâques ? D’une véritable conversion qui passe par des actes sincères, notamment dans la recherche de communion entre nous, dans l’obéissance de la foi et une vie de conversion toujours à la recherche du meilleur bien. Trop souvent nous sommes des chrétiens de tradition, des mercenaires de la foi, avec une pratique toute relative sans déranger ce que nous ne voulons pas transformer sous le regard de Dieu. Nous vivons une forme d’idolâtrie spirituelle en voulant faire coïncider des comportements inappropriés avec la foi, au nom d’une perception de la nature humaine faite de relativisme et de culturalité. C’est une forme de déterminisme, dans ce que nous sommes, qui empêche toute possibilité de renouvellement dans la vie en Dieu ! Or, le Christ ressuscité
nous rappelle sa victoire sur l’homme ancien pour aller à la rencontre d’une nouvelle création. La foi permet justement la transmission du témoignage de l’amour avec un regard d’espérance. Avec l’amour de Dieu, toutes les possibilités sont offertes, pour nous faire cheminer dans la grâce. L’unicité de Dieu, concrètement vécue dans l’amour, demande un ajustement dans la relation du disciple pour se conformer à sa volonté. « Telle est la plénitude et la force de l’amour miséricordieux qui est pure grâce vivifiante. » 6 Le Dieu un et trine, dans le dynamisme de l’amour, révèle à l’homme le chemin de vie
pour tout son être. C’est pourquoi d’ailleurs, on peut dire que la théologie du corps, donnée lors des catéchèses du mercredi, est une théologie de la grâce où nous découvrons la joie de Dieu nous invitant à faire l’expérience d’une liberté retrouvée dans la vie de l’Esprit, à l’écoute du Verbe fait chair.

La résurrection du Christ ouvre notre intelligence à d’autres réalités, celles de Dieu, et nous fait marcher à la recherche du sens profond pour témoigner de cette joie de croire. Les anges nous parlent en témoins de cette joie de la résurrection qui fait entrer l’homme au paradis par le nouvel Adam. Il nous précède en Galilée dans ce carrefour des nations, parce que nous devons témoigner en tout lieu de la joie de l’évangile, dans l’audace de l’annonce et le zèle missionnaire.

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

«  Il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. »

Ecoute ce que je dis à travers ce que je fais

La conversion du cœur est d’être tout au Seigneur, faire sa volonté à toute heure et reconnaître notre vrai bonheur. L’éveil à la Parole de Dieu suscite en nous le désir d’aimer toujours plus et de vouloir une communion plus forte afin de progresser dans l’alliance et d’être fidèle au projet créateur
en vivifiant le don d’être à l’image de Dieu. « Parce qu’il est à l’image de Dieu l’individu humain a la dignité de personne : il n’est pas seulement quelque chose, mais quelqu’un. Il est capable de se connaître, de se posséder et de librement se donner et entrer en communion avec d’autres personnes, et il est appelé, par grâce, à une alliance avec son Créateur, à Lui offrir une réponse de foi et d’amour que nul autre ne peut donner à sa place. » 1 L’exercice de notre responsabilité dans l’usage du don de Dieu
nous invite à utiliser notre volonté pour mieux le connaître, faire mémoire de sa présence et vouloir aller jusqu’au bout avec Lui, dans le don sincère de nous-mêmes. Pourquoi vivre, sinon pour refléter cette image de Dieu autour de nous et trouver ce qui a du sens pour une croissance éternelle. L’image de
Dieu n’est pas de l’ordre du symbole, mais du sens de Dieu dans notre vie et du mystère de la révélation qui se perçoit dans l’analogie. En créant l’homme, Dieu y a laissé sa trace, son image, promesse de bénédiction et de Salut.

Or le problème de notre humanité est d’être confrontée d’abord à un choix qui demande la confiance et, d’autre part, au mal qui vient nous fourvoyer. L’acte de confiance est l’écho de l’amour de Dieu dans la pudeur de son action qu’est la liberté. Comment vivre cette liberté dans la source de nos
actes humains et y trouver sa moralité ? Dans la foi, la norme c’est l’amour, comme nous le répète inlassablement le Christ tout au long des évangiles. En enfants de lumière, nous sommes appelés à rayonner de l’amour de Dieu qui se vit concrètement dans la relation fraternelle et demande la vérité de nos actes. Cette vérité est l’acte de vouloir le bien et de déployer notre énergie pour le reconnaître, le choisir et ainsi croître en humanité. Mais nous le savons, il faut questionner notre intention pour déterminer avec discernement l’acte posé et questionner la finalité. « Un service rendu a pour fin d’aider le prochain, mais peut être inspiré en même temps par l’amour de Dieu comme fin ultime de toutes nos actions. » 2 Il nous faut comprendre les circonstances, y compris les conséquences, des actes pour en juger. La moralité de la personne qui agit doit donc être comprise sous les trois aspects de choisir un bien comme un impératif, de discerner l’intention et d’analyser les circonstances afin de prendre conscience de toutes les dimensions et de la portée de l’acte en lui-même.

L’amour se vit dans la vérité, c’est-à-dire la contemplation de Dieu qui éclaire notre vie par la Parole et nous fait discerner ce qu’il faut continuer de vivre, et ce qu’il faut changer pour orienter nos désirs vers le meilleur bien. Or, l’errance du mal nous fourvoie dans les impasses mortifères de nos choix de vie, doublé en cela d’une confrontation au Tentateur qui vient mettre le doute dans notre relation à Dieu et l’image qu’Il a mise en nous. Il nous faut choisir Dieu et vivre ce choix dans l’affirmation de la beauté de la vie et du don inestimable de la grâce que Dieu nous donne tout au long de notre existence. La vie dans l’Esprit est cette expérience de Dieu concrète, elle nous demande sans cesse de discerner le meilleur bien. Dans ce discernement, nous sommes appelés à regarder chaque jour comment vivre mieux cet appel de la grâce à rayonner de la présence du Seigneur. « Il me guide par le droit chemin,
pour l’amour de son nom » 3 . Comment celui qui est la vérité même pourrait-il me conduire par un chemin qui ne serait pas le vrai chemin, la bonne route, la voie droite ? » 4 Sans cesse, il faut réitérer notre choix de faire la volonté du Seigneur et de suivre ses préceptes au plus profond de notre cœur.

La montée vers Pâques est une ascension vers la révélation du Christ Sauveur. Il nous faut opérer les changements nécessaires afin d’être réceptifs à la présence de l’Esprit Saint et de reconnaître l’œuvre du Père pour vivre pleinement la contemplation dans le chant d’action de grâce. L’amour se vit dans la communion comme nous le révèle la Trinité, mais aussi dans la création. « L’homme est devenu image et ressemblance de Dieu non seulement à travers sa propre humanité mais aussi à travers la communion des personnes. » 5 Cette conversion à effectuer est donc l’articulation entre notre volonté de nous conformer à la volonté du Seigneur et de vivre en communion afin de rechercher ensemble comment marcher sur ses traces pour gouter au salut. La vie de l’Esprit est donc une expérience personnelle à faire en communauté dans le discernement personnel et fraternel afin de reconnaître l’action de Dieu dans notre histoire et dans celle de l’Église que nous sommes.

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

 « Donne-moi à boire »

       L’autorité du Christ se vit dans notre histoire comme un appel au Salut, et non comme un fardeau. La grâce du repentir est une joie de communion, un bonheur de la rencontre afin d’être abreuvés pour l’éternité, et non le passage d’un instant fugace et sans avenir. Il nous faut donner de la place aux possibilités de changement et accueillir les changements de cap à la suite du Christ comme un chemin d’espérance, sans enfermer chacun dans son histoire et le contexte particulier de son épreuve. Retrouver l’audace de la Parole de Dieu, qui laboure en nous, demande d’accepter les changements pour une meilleure fécondité. Le pardon n’est pas un concept intellectuel, mais une réalité vécue à travers l’amour que nous pourrons vivre dans la vérité de l’être. Cela demande parfois du temps et de l’espace pour retrouver les bons repères.

 

Or, la conversion que nous devons vivre dans ce temps du désert en route vers Pâques demande la vertu de force et la persévérance du courage. « Le courage nous permet de nous dépasser soit dans des situations extrêmes, soit de continuer tout simplement à être nous-mêmes au jour le jour. »[1] Il ne faut pas nous enfermer, mais au contraire admettre les possibilités de changement, accueillir les nouveaux actes avec bienveillance et nous ouvrir à d’autres réalités, celle de l’amour de Dieu et du frère, dans une recherche de communion authentique. Nous ne sommes pas esclaves de nos histoires et, si le droit n’est pas toujours juste, la justice demande d’être passée au crible de la miséricorde pour être vraiment dans la paix. C’est une démarche d’humilité, dans notre histoire et l’histoire de l’autre, pour accueillir ce désir de Dieu au plus profond de notre être et recevoir la source d’eau vivre qui nous régénère dans l’alliance éternelle. Alors, « si vous ne l’avez pas encore fait, ouvrez-vous avec humilité et avec confiance au repentir : le Père de toute miséricorde vous attend pour vous offrir son pardon et sa paix dans le sacrement de la réconciliation. »[2] Le courage consiste à reconnaître ses faiblesses, changer de vie et adopter un nouveau rapport avec nos frères, dans la reconstruction d’une civilisation de l’amour.

 

En effet, la conversion est bien de cet ordre-là : vivre la radicalité de l’amour lorsqu’il nous faut être prophétiques par nos choix de vie et, dans d’autres occasions, continuer dans la vie quotidienne d’être des gens ordinaires dans l’extraordinaire amour divin. C’est un engagement à suivre le Christ en toute occasion et, nous le savons bien, les événements exceptionnels sont par principe inhabituels. La traversée du désert s’effectue dans les 40 jours précédant les tentations que le Christ connaît. C’est un temps de désert où rien ne se passe, sinon le temps immuable d’un jour qui ressemble à un autre, dans la pénitence du corps et l’effort de la volonté pour dompter ce qui ne nous fait pas grandir et aller à l’essentiel. Jour après jour dans un quotidien qui se ressemble, il s’agit d’être fidèle jusqu’au bout, dans les moindres petit gestes, d’aller puiser de l’eau pour s’abreuver dans une vie sans entrain avec l’impression parfois de se désolidariser des gens de la cité, qui sont pourtant nos frères… tant bien que mal…

 

       Néanmoins la conversion est aussi l’espace de la rencontre, soit pour étayer notre foi face au Tentateur en rappelant les Écritures, soit face au Christ pour accueillir les changements nécessaires à notre vie, et faire sienne sa Parole afin d’en témoigner dans toute la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre. Derrière l’appel du Christ à la Samaritaine « donne-moi à boire », se situe toute la question d’un Dieu qui veut se donner à l’homme et attend de lui une réponse. « Si tu ne me remets pas ce que tu es, comme tu es, je ne peux rien te donner de ce que je suis… Jésus se donne, s’approche pour nous transformer en Lui. »[3] Ce temps du désert, est celui de la rencontre avec ceux qui passent par-là, errant sur nos terres humaines, dans une migration des sens pour rechercher l’être et un dialogue qui va à l’essentiel, dans une générosité qui s’impose face à l’hostilité de la nature.

 

Ainsi pour nous, comme la traversée du désert pour la terre promise, la civilisation de l’amour demande la fidélité de l’engagement dans le temps et cette continuité de vie intense avec la Parole, comme lieu de ressourcement permanent. Dans ce cheminement du baptême, poussés par l’Esprit dans le désert, nous voici invités à choisir l’amour avec persévérance, car notre vie est au « Christ et le Christ est à Dieu. »[4] À chaque instant nous devons lui demander de nous ouvrir les yeux pour accueillir la lumière du Christ et répondre de notre appel baptismal en témoignant de l’amour généreux, dans la gratuité de notre être et sans s’arrêter aux actes, mais en regardant la personne dans tout ce qu’elle est. La vérité de la foi façonne la cohésion de la personne appelée à être image de Dieu. « Maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière. »

 

Père Grégoire BELLUT -Curé – Doyen

[1] Entretien avec le général Gallet in RETM 312 p 49

[2] 99 Evangelium Vitae

[3] P 53 L’Évangile de la rencontre – Philippe Mac Leod

[4] 1 Co 3,23

«  Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu »

L’appel à la conversion du carême demande de revoir nos choix de vie pour suivre le Christ et nous laisser aimer en vérité, c’est-à-dire dans notre être profond, afin de faire resplendir cette image de Dieu qui nous habite. La conversion appelle au changement de tout notre être pour marcher en communion avec Dieu. C’est un appel à vivre dans la pureté du cœur, c’est-à-dire sans partage, pour le Dieu unique et Lui seul. L’impureté doit alors être comprise comme une forme d’idolâtrie dans toutes ses expressions.

 

Qui suivons-nous vraiment ? N’est-ce pas d’abord le Christ ? Nous devons prendre conscience de cette vérité fondamentale de l’amour qui choisit le Christ, qu’Il soit sur le mont des béatitudes, sur la croix ou au matin de Pâques. Il est toujours le même, nous invitant sur le chemin de sainteté. Cet appel à la sainteté nous invite à exercer les vertus de manière héroïque jusqu’à donner notre vie pour le Christ dans l’annonce de l’évangile et en faveur des autres, comme le Père Maximilien Kolbe et tant d’autres. La conversion totale est bien cette relation d’amour qui va jusqu’au bout, dans la radicalité des choix et le refus de toute compromission. Les sept moines de Tibhirine, comme d’autres communautés catholiques, ont été au service de l’évangile jusqu’au bout. « Le chrétien est appelé, avec la grâce de Dieu implorée dans la prière, à un engagement parfois héroïque, soutenu par la vertu de force par laquelle — ainsi que l’enseigne saint Grégoire le Grand — il peut aller jusqu’à « aimer les difficultés de ce monde en vue des récompenses éternelles »[1]. »[2] Ce chemin prend toute la vie pour s’affermir dans la Parole de Dieu et rechercher comment être ouvrier de communion et instrument d’évangélisation. L’impact que nous aurons n’est pas d’être parfaits, mais de montrer les changements de vie qui s’opèrent lorsque nous sommes avec le Christ. L’humain devient divin lorsque la grâce nous accompagne et que nous reflétons par notre obéissance la lumière de Dieu autour de nous.

Il y a des questions fermées, comme de savoir si nous devons être des saints ou des héros. « Deux biens ne s’opposant pas », nous devons être des saints et vivre notre vie de manière héroïque à la suite du Christ, pas après pas, à l’école de sainte Thérèse de Lisieux. Encore faut-il s’entendre sur le terme de héro, certains le confondant avec les super-héros des films, alors qu’il nous faut juste être des hérauts de la Parole de Dieu par l’accomplissement de la volonté de Dieu dans notre vie. « Les martyrs et, plus généralement, tous les saints de l’Église, par l’exemple éloquent et attirant d’une vie totalement transfigurée par la splendeur de la vérité morale, éclairent toutes les époques de l’histoire en y réveillant le sens moral. »[3] Dans la crise qui nous touche aujourd’hui il ne faut pas nous tromper de héro, mais entendre le Christ sur la croix nous rappeler la vulnérabilité humaine et l’appel à le suivre, dans une conversion de plus en plus profonde, un retournement du cœur et l’appel à vivre sous la lumière de l’Esprit Saint. Rien ne sert de tourner en boucle et de ruminer contre nos frères, c’est de notre conversion qu’il s’agit et d’un appel à approfondir la Parole par l’exemple de notre vie. Tout se remettra droit par la venue de l’Esprit Saint, n’en doutons pas.

Nous ne pouvons pas parler de conversion si nous ne voyons pas la sainteté à laquelle nous sommes tous appelés. « La vie des saints, reflet de la bonté de Dieu — Celui qui « seul est le Bon » —, constitue une véritable confession de la foi et un stimulant pour sa transmission aux autres, et aussi une glorification de Dieu et de sa sainteté infinie. »[4] C’est dans les profondeurs de la personne humaine, que l’appel de Dieu doit se manifester et non dans la superficie des paroles. C’est un changement de vie avec une adhésion du cœur pour nous laisser habiter par la grâce de l’Esprit Saint. « A l’Esprit de Jésus, accueilli dans le cœur humble et docile du croyant, on doit donc l’épanouissement de la vie morale chrétienne et le témoignage de la sainteté dans la grande diversité des vocations. »[5] Le chemin de Pâques commence par le mercredi des cendres et la prise de conscience de nos fragilités et des chutes qu’occasionne le péché. Mais c’est aussi un appel à se relever en Dieu, à retrouver notre liberté intérieure pour choisir à nouveau de marcher sur le chemin de sa grâce et nous raccrocher à Lui malgré nos petitesses.

Tout au long de notre vie, nous sommes appelés à faire retentir de manière renouvelée l’appel de l’évangile et à retrouver le sens de Dieu en marchant vers la maison du Père. La route est difficile, parce qu’il y a les attaques de l’adversaire, nos propres faiblesses et le peu de dispositions à prendre la lumière de l’Esprit. Et pourtant, à chaque chemin vers Pâques, il nous faut retrouver notre vocation baptismale pour rendre compte de l’image de Dieu qui habite en nous et qui resplendit par grâce de l’Esprit. Alors nous pourrons chanter avec le psalmiste : « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange. »

 

Père Grégoire BELLUT -Curé – Doyen

[1] Moralia in Job, VII, 21, 24 : PL 75, 778

[2] &93 Veritatis Splendor – JP II

[3] &93 Veritatis Splendor

[4] &107 Veritatis Splendor

[5] &108 Veritatis Splendor

 

Aujourd’hui encore il nous faut vraiment témoigner de la vie de l’Esprit en préparant nos cœurs à la rencontre, c’est-à-dire à vivre les conversions nécessaires pour opérer les bons changements La
conversion est lieu de réconciliation avec Dieu et de transformation de notre vie à l’écoute de sa Parole. C’est ainsi que nous serons une communauté attractive. Il s’agit de remporter la victoire sur la rupture radicale du péché et faire advenir, par grâce, un jardin intérieur où Dieu se présente pour dialoguer avec nous. Dieu a l’initiative, mais nous devons exprimer notre volonté pour vivre cette transformation,
porter du fruit et vivre notre vocation prophétique du baptême. Dans une prise de conscience personnelle et la volonté de laisser Dieu entrer dans nos vies, jaillit la communion fraternelle. Nous sommes alors au service des uns et des autres, sans penser à nous-mêmes, ni regarder nos propres forces, mais laissant le Père céleste gérer nos affaires en Lui faisant confiance. Faisons tout ce qui dépend de nous et, en même temps, accueillons le dessein de Dieu et sa sainte
volonté. C’est un combat quotidien, où il nous faut lutter contre la tentation pour prendre de la hauteur et accueillir l’esprit du Seigneur.
« "On prépare le cheval pour le jour du combat, mais c’est le Seigneur qui donne le salut" 1 En effet, certes l’esprit se dispose à lutter contre la tentation, mais s’il n’est aidé d’en haut, il ne combat
pas avec efficacité. » 2 Sans cesse il nous faut œuvrer en utilisant notre volonté et notre connaissance, pour vivre de l’Esprit et faire mémoire de son œuvre dans nos vies, et, en même temps, accueillir
le moment propice où l’Esprit Saint nous révèle l’aujourd’hui de la rencontre. L’œuvre de conversion communautaire nous amène à une réconciliation entre frères, dans un regard de bienveillance à développer sans cesse, sans mesure, et dans un pardon toujours à vivre, jusqu’à sept fois soixante-dix fois.

Le changement intérieur est lieu de témoignage autour de nous, l’un étant lié à l’autre. N’allons pas sur des pastorales de surface, en surfant sur l’émotion, de la belle musique ou de l’ambiance. La conversion du regard, au nom-même de l’amour, est une « victoire sur le péché, que ce soit l’égoïsme ou l’injustice, la domination orgueilleuse ou l’exploitation d’autrui, l’attachement aux biens matériels ou la recherche effrénée du plaisir. » 3 Ne plus vouloir vivre ensemble les réalités de la foi, comme le témoignage de la prière par la messe dominicale voire quotidienne, comme le manque de zèle à vivre ensemble des moments de formation ou de prière proposés par la communauté est un vrai problème. L’attachement aux biens matériels qui empêche un véritable partage des ressources, refusant de contribuer aux besoins de la paroisse, voire parfois avec défiance et récrimination sur les dépenses, laissant vagabonder dans toute la cité et aux alentours des paroles malhonnêtes et clivantes, ne rend pas gloire à Dieu, dessert l’Église et est un contre-témoignage. La domination orgueilleuse, dans l’accaparement des services de
l’Eglise, ou la volonté de jouir des biens sans participation financière juste sont aussi de l’ordre de la conversion. « L’unité doit être le résultat d’une vraie conversion de tous, du pardon réciproque, du
dialogue théologique et des relations fraternelles, de la prière, de la pleine docilité à l’action de l’Esprit Saint, qui est aussi Esprit de réconciliation. » 4 Aucun témoignage, aucune attractivité ne pourra se
faire si nous ne travaillons pas ensemble pour le bien de la communauté. Les familles auront du mal à amener des jeunes à vivre l’expérience spirituelle, si nous vivons dans les tranchées de
nos opinions et vivons la guerre par nos mots.

Aujourd’hui, dans la culture de mort, qui a dramatiquement assimilé l’avortement à un bien, nous voici confrontés à l’euthanasie. Un État qui légifère sur un « droit à mourir » est un "État-nazi". Pour nous chrétiens, sauvés par le Christ, il n’y a pas trente-six discours, mais une position commune de rejet d’une prescription à mourir et d’affirmation de la dignité de l’homme jusqu’au dernier souffle, car
c’est bien de cela qu’il s’agit. La communion que nous devons vivre et la conversion du regard passent aussi par une prise de conscience de chacun à l’écho de la Parole « Je suis le Chemin, la vérité, la vie ». Il nous faut dénoncer les discours totalitaires notamment venant de la culture de mort, la violence induite, et dire clairement notre opposition. Une fois que cela est fait, nous devons entrer dans le jeûne et la prière pour demander que le Seigneur nous aide à avoir l’attitude ajustée pour permettre la venue de l’Esprit Saint et la conversion du cœur des propagandistes. « Il y a encore le chemin souvent si difficile et ardu de l’action pastorale pour ramener chaque homme – quel qu’il soit et où qu’il se trouve – sur la route, parfois longue, du retour vers le Père dans la communion avec tous les frères. » 5
Alors commençons par nous-mêmes, travaillons notre volonté pour nous inscrire dans une démarche volontaire de changement et vivons la communauté dans la joie des rencontres afin de construire ensemble la civilisation de l’amour.

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

jesus pardonne adultere

Me voici confronté en ce temps de carême à des personnes qui refusent de se convertir. Elles savent bien que ce qu’elles font ne les sert pas, qu’elles s’enferment dans des relations sans lendemain et viennent d’ailleurs demander le pardon de Dieu pour cela, mais refusent en même temps d’aller jusqu’au bout de la démarche, dans une irrésolution surprenante. « Je changerai demain »… plus tard…

Certes vous avez ceux qui tardent pour donner le baptême à l’enfant, repoussant parfois jusqu’aux calendes grecques parce que cela doit être fait avec les parents au pays, ou lorsqu’on aura assez d’argent pour faire la fête, sans vraiment comprendre que la première grâce du baptême est l’accueil du Salut et de la foi en Jésus Sauveur… Le sacrifice de la croix est-il si négligeable pour attendre ? Si l’on continue avec le mariage, d’autres préfèrent mettre leur vie de foi entre parenthèses plutôt que de vivre concrètement la relation matrimoniale comme un appel à un bonheur fidèle et fécond parce que vécu dans la liberté de l’amour et l’engagement d’aller jusqu’au bout pour le meilleur bien. Comme si la relation à deux ne valait pas la peine d’une pleine implication de chacun dans une construction de la civilisation de l’amour. Et viennent toujours les mêmes arguments, « tant de couples divorcent autour de nous », comme si je refusais le permis de conduire parce qu’il y a trop d’accidents de la route… Or, l’appel à un changement de vie au nom du Christ est pour maintenant et ne peut se vivre dans une attitude pusillanime Il nous faut écouter dans l’intime de notre être l’appel du Seigneur à venir à la lumière. Cependant cela touche avec exigence tous les aspects de notre vie. Il y a plusieurs axes pour suivre une vraie réorientation de vie : « la conversion du cœur et la victoire sur le péché, que ce soit l’égoïsme ou l’injustice, la domination orgueilleuse ou l’exploitation d’autrui, l’attachement aux biens matériels ou la recherche effrénée du plaisir. »1 C’est dans l’écoute de la Parole de Dieu, la prière et la vie ecclésiale que nous pouvons avancer sur le chemin de sainteté.

Nous le savons, le péché peut nous entraîner dans une certaine illusion de la facilité, mais reste toujours une voie sans issue. Lorsque nous en prenons conscience nous reprenons le chemin de Dieu. Et la relation à Dieu doit toujours être privilégiée au gaspillage de l’immédiateté du temps, à travers les loisirs et autres attractions médiatiques. Vivre un recentrement sur soi, que ce soit au désert ou en présence du Christ en Galilée, nous entraîne à vouloir cette transformation intérieure pour porter du fruit. Il nous faut rappeler que « toute rencontre doit être une chance de progrès spirituel et de vraie rencontre avec le Christ »2. La conversion nous permet de retrouver l’élan missionnaire d’une vie chrétienne renouvelée par la présence du Ressuscité. Il nous faut retrouver en nous les racines du péché, pour les extirper de notre vie et refuser la source contaminée des enfermements et les mers mortes de ces fausses apesanteurs de la réussite. Le péché mène à la mort. La conversion est lieu de recréation dans l’alliance entre Dieu et l’homme, une joie renouvelée par la grâce du Salut. Peut-être nous faut-il le rappeler dans ces temps agités par les débats politiques, la crise sanitaire qui semble sans fin et la guerre à nos portes, car il y a une nécessité urgente de transformation de notre vie. «L’unité doit être le résultat d’une vraie conversion de tous, du pardon réciproque, du dialogue théologique et des relations fraternelles, de la prière, de la pleine docilité à l’action de l’Esprit Saint, qui est aussi Esprit de réconciliation. »3

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

1 &8 Reconciliatio et Penitentiae – Jean Paul II

2 P 97 Libère-nous du mal – P JC Thibaut

3 &9 Reconciliatio et Penitentiae

L’éthique a une autre logique que nos émotions. En effet, deux biens ne
s’opposent pas, deux maux ne s’additionnent pas, un bien et un mal ne s’annulent
pas. C’est assez simple à comprendre. Le bien spirituel d’aller à la messe ne s’oppose
pas au bien spirituel du service de la charité auprès du frère. Ainsi, dire que je
préfère plutôt servir les pauvres que d’aller à la messe est un non-sens, pire un
illogisme de l’amour parce que cela s’oppose à la communion et à l’unification de la
personne dans la cohésion de ses choix. Deux maux ne s’additionnent pas, en effet
quand bien même mon frère m’a volé, rien ne justifie que je le vole. Le relativisme
dans le mal est accroissement de division et de désespérance. C’est une logique de
culture de mort. Un bien que je fais ne remplace pas le mal que j’ai pu faire et
inversement. On n’enferme pas la personne dans son acte, mais l’acte dit la
personne, comme l’a écrit Karol Wotjyla dans Personne et acte. Dans la logique de
l’amour, seul le pardon peut effacer le mal et, dans la gratuité de la relation
retrouvée, instaurer une nouvelle liberté dans nos actions en retrouvant un climat
de paix et de communion.

Concrètement, la guerre en Ukraine est un scandale et la violence ne peut en
aucun cas être justifiée par l’histoire ou la situation socioculturelle. Ceux qui sont
dans une telle logique sont dans l’addition des maux pour justifier leurs propres
turpitudes. Le chrétien, lui, devra discerner, en artisan de paix, comment sortir de
l’impasse de la violence et restaurer une situation de justice, certes, mais ne pourra
jamais cautionner la guerre et les maux qui vont avec. La violence est toujours un
échec du rapport. La force gagne à un moment donné, mais se révèle d’une faiblesse
incalculable dans le temps comme un effondrement complet et total. N’oublions pas
que notre premier devoir est de prier et de refuser toute forme de violence, que ce
soit dans les propos ou les gestes. Nous devons aussi affirmer la primauté de la vie
et le respect de tout être humain, de sa conception à son dernier souffle. La dignité
n’est pas un choix, mais une réalité à vivre dans tout notre être.

Le carême est lieu de conversion pour cheminer vers Pâques et la pleine
connaissance de notre foi par l’Esprit Saint à la Pentecôte. Pour nous, il y aura des
choix politiques à faire pour privilégier les candidats qui œuvrent pour la
civilisation de l’amour. « Ces échéances électorales sont une occasion de débattre et
de discerner dont les catholiques ne sauraient se désintéresser. » 1 Aucun candidat
ne peut se prévaloir d’un vote pleinement catholique, mais ça ne doit pas pour
autant être l’occasion pour nous de fuir nos responsabilités et de ne pas voter.
Saint Grégoire le Grand parle du moindre mal comme une décision à prendre,
sachant bien qu’aucune n’est satisfaisante. Benoît XVI rappelle que nous ne
pouvons pas conditionner notre bulletin de vote sur une seule question, mais c’est
bien dans l’ensemble du programme politique du candidat qu’en conscience nous
devons discerner ce qui nous semble juste. En termes de valeurs dans la foi, suivant
nos personnalités et nos histoires personnelles et générationnelles, nous
effectuerons des choix prioritaires. Les évêques rappellent 7 points d’attention,
comme lieu de réflexion sur le discernement. Vivre la paix ensemble, le respect de la
personne humaine intégrale, promouvoir la liberté, l’équité et une fraternité
responsable, retrouver le sens de Dieu dans la pluralité des expressions religieuses,
s’éveiller à la dimension écologique authentiquement intégrale et non partisane,
réfléchir sur la communauté humaine dans les interactions à vivre entre pays, et
enfin la transmission comme lieu d’échange et de fécondité. Ce sont des vrais sujets
qu’il nous faut traiter dans l’ensemble et non comme un cahier des charges à cocher
en partie.
Deux biens ne s’opposent pas, deux maux ne s’additionnent pas, vivons ce
temps comme lieu de cohésion intérieure pour mieux dialoguer avec notre Seigneur
et laisser l’Esprit Saint nous aider à discerner ce que nous devons vivre au moment
présent. Ouvre nos yeux, Seigneur, à la lumière de ta présence.

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen

 

Qu’est-ce que remplir notre rôle prophétique ? C’est témoigner de notre foi au
Christ, c’est-à-dire vivre la volonté de Dieu dans notre vie quelles que soient les
circonstances et rappeler cette fidélité aux Écritures en tout circonstance. Akash
Bashir, premier serviteur de Dieu pakistanais, l’a rappelé de manière radicale dans la
réalité de sa mission prophétique. Âgé de 20 ans, il a empêché le 15 mars 2015 un
terroriste musulman proche des talibans d’entrer dans l’Église avec son matériel de mort
en déclarant « Je mourrai mais je ne te laisserai pas entrer », sauvant ainsi des centaines de personnes dans l’Église. Il aurait pu ouvrir la porte, pensant à sa famille et à ceux qui l’aiment, il aurait pu s’enfuir. Au nom du Christ et de la fidélité à la Parole, par charité pour ses frères, il a refusé la compromission pour rappeler la radicalité de
l’amour et donner sa vie. Dans le nihilisme de ce monde, il a été prophétique en
rappelant que c’est le Christ, dans le sacrifice de la croix, qui nous montre l’exemple.

C’est un martyr de ce siècle, un jeune de notre époque, plein du désir de vivre la
civilisation de l’amour, qui s’est confronté à la culture de mort et à l’absurdité de la
violence. Il est mort, juste parce qu’il est chrétien et qu’il a assuré sa mission jusqu’au
bout. Notre peur hystérique du Covid, et les demandes surréalistes de vaccination et de
protection, doivent nous interroger vraiment sur le service de la charité et ce qui est
premier dans notre vie. Il en va de même pour nos demandes de libération et la peur de
l’impuissance de la prière, comme une espèce d’envoutement : notre foi serait-elle donc si
faible que nous ne soyons pas certains que Dieu agit ? Jésus n’est-il pas le prophète par
excellence, celui qui nous parle de Dieu, celui qui est Dieu et s’offre à nous dans l’amour
gratuit jusqu’à nous ouvrir les portes du Royaume, et ainsi régner pleinement dans
notre vie. Vivre de manière prophétique, c’est rappeler que la Parole de Dieu est la
boussole de notre vie, l’orientation de notre cœur, la carte de notre âme pour nous
diriger vers la demeure éternelle en Dieu. Jésus est notre Sauveur. Encore faut-il en
prendre pleinement conscience et nous enraciner en Lui, c’est-à-dire avoir foi.

Il nous faut rappeler sans cesse dans la prière, la méditation de la Parole et le
service communautaire l’impératif d’être disponibles à la volonté de Dieu. « Lorsque…
nous devenons conscients de la participation à la triple mission du Christ, …sacerdotale, prophétique et royale 1 , nous devenons également plus conscients de ce à quoi doit servir toute l’Église, en tant que société et communauté du peuple de Dieu sur la terre, et nous comprenons aussi quelle doit être la participation de chacun d’entre nous à cette mission et à ce service. » 2 L’incarnation du Christ est la promesse du Salut, qui
redonne sens à toute notre vie et donc invite à un changement du cœur, une
transformation de toute notre personne pour chaque jour cheminer en sa présence. Si
Dieu nous transforme dans notre personne, il faut le vivre dans nos actes. Soyons
attentifs à être missionnaires dans notre vocation prophétique, en permettant à chacun
de découvrir le grand mystère de la foi dans l’annonce du Salut et d’une régénération de
toute notre vie. Au service des uns et des autres, soyons prophétiques dans la gratuité
du don et l’accueil du Christ en toute circonstance. Il est Vivant et nous appelle à Le
suivre, alors exultons de joie.

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen