« Souvenez-vous comment il vous a parlé »
La joie de la résurrection du Christ se fonde sur la fidélité de la Parole et l’émerveillement de la grâce que Dieu nous fait vivre. La Parole de Dieu, promesse réalisée est un témoignage de la fidélité de l’alliance de Dieu avec son peuple. Dieu se révèle Père dans le Fils et par l’Esprit Saint souffle la vie.
Le don de l’amour gratuit se manifeste, malgré l’adversité du péché notamment dans le refus d’être à l’écoute de la Parole qui de plus est signifié paradoxalement par la crucifixion du Messie. Le refus dramatique d’une transformation du cœur pour y laisser irradier l’amour de Dieu nous entraine dans une spirale de violence et de disharmonie alors que nous sommes appelés à une juste fraternité dans la complémentarité des vocations. Certes, les prophètes ont annoncé la révélation du serviteur souffrant. Mais la crucifixion voudrait mettre un point final à la révélation. Heureusement, le Christ marche avec nous sur la route d’Emmaüs, il fait entrer les disciples dans l’intelligence des Ecritures[1], et aux apôtres[2] il enseigne encore une méditation de la loi, de l’enseignement des prophètes et de la prière des psaumes. Alors nous pouvons nous écrier ; « Jésus Christ, lumière véritable qui illumine tout homme »[3]En effet l’Alliance nouvelle est pour le monde entier, et il nous faut proclamer dans toutes les nations la Bonne Nouvelle du Salut. Le Christ est Seigneur, notre lumière. Une rencontre de vérité qui nous rend libres. Ne désespérons pas du péché, ne refusons pas le service dans le don sincère de soi-même, mais dans la confiance en l’œuvre de Dieu témoignons de sa présence dans notre aujourd’hui. Il est vivant !
La joie de Dieu nous illumine et donne un sens nouveau à tout ce que nous faisons, car nous sommes nourris de la grande espérance du Salut et nous savons que tout passe par la charité inventive. Dieu seul suffit, ne restons pas à l’instant mais vivons le moment. La résurrection change notre vision des choses, car avec le Christ l’amour pour toujours est possible, réalisable, palpable dans le langage de Dieu et dans la réalité de ce monde. Notons-le bien, cette joie se redécouvre dans la profondeur de la vie intérieure. « Toute la multiplicité que nous avons dans les choses extérieures se transforme en unité dans les choses les plus intérieures »[4] La joie de l’incarnation réconcilie Dieu avec l’homme, et la joie de la résurrection réintègre l’homme au salut de Dieu. Alors dans cette communion retrouvée, nous sommes appelés à cheminer avec humilité vers la splendeur de la vérité. En effet, une vie orientée vers le Christ, toujours attentive à faire la volonté de Dieu en toute circonstance, nous fait grandir dans la vie de Dieu et nous rend pleinement féconds. Tout prend du sens lorsque Dieu est présent.
Pourtant il ne faut pas s’arrêter sur le seuil, que cela soit le seuil de la loi dans une rigidité empêchant l’écoute du souffle de Dieu, que cela soit le seuil de l’émotion dans un relativisme empêchant toute radicalité dans les conversions nécessaires à vivre. « Beaucoup d’Églises ont l’air magnifiques à l’extérieur, mais sont mortes là où cela compte le plus, c’est à dire à l’intérieur. Si vous voulez vraiment voir Dieu agir, les deux choses principales à faire sont d’apprendre la Parole de Dieu et d’entrer dans l’obéissance à ce que Dieu vous demande de faire »[5] La vie baptismale conduit à une mise en pratique de la Parole de vie. C’est un appel à dialoguer avec la Parole, comme nous le montre Marie à travers son Magnificat, manducation d’une parole révélée qui est une hymne personnelle d’action de grâce. L’intériorité se vit dans la méditation des Écritures, et l’approfondissement dans notre propre histoire, comme un prolongement de l’œuvre de Dieu en ce monde. Trop de fois nous laissons le Seigneur être loin de notre vie ou nous sommes dans une espèce de fatalisme, où les choses sont implacablement comme ça[6]…. La résurrection du Christ réoriente notre regard vers d’autres horizons où Dieu est toujours présent, dans le souffle de l’Esprit Saint, il nous invite à être inventifs dans l’amour pour rejoindre chacun de nos frères et annoncer le règne de Dieu afin d’amener le plus d’âmes au Ciel. La vraie joie est bien une communion avec Dieu à laquelle nous faisons participer le plus de monde possible.
Se pose la question de notre engagement dans la responsabilité de la transmission de la foi. Sommes-nous des agents de la foi secrète, ou devons-nous entrer dans ce zèle dynamique du témoignage de la rencontre du Christ et de sa manifestation dans notre histoire ? Le zèle missionnaire provient d’un dialogue confiant avec Jésus qui nous fait déborder d’amour dans un besoin irrésistible de témoigner du règne de Dieu à tous ! Tout baptisé porte une responsabilité dans l’annonce de la Parole, comme disciple du Christ, tant de manière explicite, que dans sa manière de vivre. « « La mission d’annoncer la Parole de Dieu est le devoir de tous les disciples de Jésus-Christ, comme conséquence de leur baptême »[7]. Aucun croyant dans le Christ ne peut se sentir étranger à cette responsabilité qui provient de l’appartenance sacramentelle au Corps du Christ. »[8] Chacun doit être responsable de sa vocation baptismale à l’écoute de l’Esprit Saint pour aller travailler à la vigne. Nous y puiserons la vraie joie, de faire la volonté du Père, et d’amener les âmes à la contemplation de Dieu.
Dans une culture résolument tournée vers l’utile en oubliant le sens, et tournée vers la mort en supprimant des vies, il nous faut sans cesse témoigner de notre joie de Dieu et de la dignité de chacun pour un monde meilleur. Concrètement promettre les soins palliatifs pour les riches, et l’euthanasie pour les pauvres, dans une instrumentalisation de la Parole demande des prophètes pour redire la valeur de chaque frère en tout contexte. Evaluer la vie sur ce qui vaut d’être vécu ou pas à l’aune d’appréciation très discutable de la souffrance, et la première d’entre elle, de la solitude, doit interroger sur notre capacité à discerner avec prudence et vivre avec le Christ-frère, dans la multiplication des pains, la Passion et la Résurrection. Le tout est indissociable. La résurrection est un appel à retrouver le sens de Dieu dans la personne humaine, et à intérioriser notre expérience de vie pour y puiser le sens profond de la rencontre. « C’est à la lumière de la dignité de la personne humaine, qui doit être affirmée pour elle-même, que la raison saisit la valeur morale spécifique de certains biens auxquels la personne est naturellement portée »[9] Nos actions, nos choix de vie, notre façon d’être, doivent irradier de la présence du Christ. Pâques est œuvre de rédemption pour l’homme et d’accomplissement du Salut pour tous ceux qui le veulent, à travers cette fidélité inébranlable de la promesse de Dieu. Oui il est vraiment ressuscité !
[1] Lc 24, 19-27
[2] Lc 24,44-47
[3] &1 Veritatis Splendor JP II
[4] Sermon 51 Maitre Eckhart trad Louis Jouvet p 511
[5] P 276 Citoyen du ciel
[6] Certains parlent de Karma, comme d’une fatalité, sans y voir la main de Dieu, et sa Toute puissance dans notre histoire.
[7] Proposition 38.
[8] &94 Verbum Domini – Benoit XVI
[9] &48 Veritatis Plendor JP II

