6. Ancrés dans l’espérance. (b)

L’année sainte est donc l’occasion de retrouver le sens de Dieu dans notre vie par des actes positifs et efficaces[1]. Le témoignage des saints est le désir de se conformer à la volonté de Dieu dans un cycle du temps ordonné à Dieu. Peut-être est-ce l’occasion pour nous d’examiner le but de notre vie, de manière sérieuse ?

 

Le moment est venu en ce temps de marche vers Pâques de prendre une pause dans les activités superficielles, pour réfléchir sur ma relation à Dieu, et sur l’espace de nos rencontres, avec Dieu par la prière dans le souffle de l’Esprit, la méditation des Ecritures, et avec mes frères dans le service de la charité et la gratuité d’une présence. « La prière modifie tout. Elle recrée. Elle agit irrésistiblement… Priez jusqu’à ne presque plus formuler de prière, parce que vous serez établis sur le roc de la foi absolue »[2] Trop souvent la prière est perçue comme une perte de temps ou l’inutilité du dialogue, jusqu’à opposer parfois le service de la charité à la messe, nonobstant le principe moral « deux biens ne s’opposent pas ». Or la prière est le chant de tout notre être vers Dieu dans la gratuité de la rencontre, et la disponibilité du cœur à laisser le Seigneur agir. L’année Sainte nous rappelle d’une manière particulière cette sanctification du temps avec Dieu, et l’importance de prier par le corps et par l’âme.

 

Ainsi le pèlerinage est l’espace de la rencontre avec nos frères et avec Dieu dans le lieu saint à visiter. Prendre le temps d’un pèlerinage au lieu de projeter un voyage de la vanité, de l’entre soi familial ou de la paresse. La rencontre du Christ fait de nous des témoins, et le monde aujourd’hui plus qu’hier en a besoin. « Le monde réclame des évangélisateurs qui lui parlent d’un Dieu qu’ils connaissent et fréquentent comme s’ils voyaient l’invisible[3]. »[4]Marcher dans ce pèlerinage d’espérance c’est rendre la Parole du Christ audible à tous par le témoignage de vie. S’engager dans une démarche de dialogue avec Dieu et avec le frère, comme prendre la résolution de consacrer un temps pour Dieu dans l’espace et le temps sont les signes d’une même démarche de progression, pour aller du désert à la Terre Promise

 

Pourquoi demandons-nous le baptême ? Pour la vie éternelle répondent les catéchumènes. Au seuil de la vie nouvelle avec Dieu, et de cette communion d’amour, nous sommes appelés dans cette responsabilité de nos choix vers le bien et la fécondité de l’amour à refonder notre bonheur d’être image de Dieu au service de l’amour. « Nous avons besoin d’un bonheur qui s’accomplisse définitivement dans ce qui nous épanouit, c’est-à-dire dans l’amour, afin que nous puissions dire, dès maintenant : Je suis aimé, donc j’existe ; et j’existerai toujours dans l’Amour qui ne déçoit pas et dont rien ni personne ne pourra jamais me séparer. »[5] La rencontre avec Dieu est la conscience de l’amour qui vient dans la vérité de notre vie faire toute chose nouvelle. Elle est aussi une promesse de bonheur pour l’éternité pour qui fait le choix d’écouter la Parole, de la mettre en pratique et de la partager aux frères. Dès le commencement, à l’origine du monde, la volonté du Père se révèle dans l’amour, Il se manifeste par le don de l’Esprit Saint et la réalisation de la Parole qui tire la création du néant. La création est une œuvre trinitaire et l’homme apprend qu’il est aimé parce qu’à l’image de son Créateur. Il existe dans l’amour de Dieu et il est appelé pour l’éternité par la promesse du salut. Une des conséquences de l’amour est la fidélité à la Parole, comme une assurance d’une fiabilité de la relation jusqu’au bout. Alors nous aussi nous sommes appelés sur le chemin de la sainteté à être des serviteurs fiables pour entrer dans la joie du seul et vrai Maitre qui nous fait grandir en sa présence.

 

En effet, le choix de Dieu est chemin de bonheur c’est-à-dire de communion d’amour pour l’éternité. Parce que Dieu est amour, le Père a créé le monde, et dans le souffle de l’Esprit se fait don par l’incarnation du Christ. Il se réjouit de son œuvre. « Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon »[6]. Il est dans le don gratuit à vivre en partage avec l’homme dans une coresponsabilité et qui exprime la dignité de l’homme[7]. Un don gratuit et total de l’amour qui embrase nos cœurs et nous fait devenir meilleur. Il nous transforme pour nous purifier afin de répondre librement à la gratuité de la grâce pour vivre d’amour en vérité. « Celui qui pratique la charité …sait que l’amour, dans sa pureté et dans sa gratuité, est le meilleur témoignage du Dieu auquel nous croyons et qui nous pousse à aimer. »[8] L’épanouissement dans l’amour nous fait espérer une joie sans fin avec Dieu, parce qu’Il est toujours fidèle et nous entraine dans la grande espérance du salut à faire de même. Si la fidélité est une autre manifestation de l’amour gratuit de Dieu dans un juste rapport de la relation, nous avons bien à imiter cette vertu dans toute notre vie, avec humilité et confiance certes, mais dans un effort constant de vouloir nous rapprocher de Dieu et de nous rendre disponible à la prodigalité de la grâce. Ainsi nous nous accomplissons dans l’amour en répondant à notre vocation première d’image de Dieu, et dans la réponse à l’amour toujours premier du Créateur.

 

L’amour nous unifie, et nous donne une cohérence de vie dans les choix pour Dieu et pour nos frères. Une unification de tout notre être appelé à la relation avec Dieu pour toujours à travers la louange. « Louer Dieu sans cesse fait progressivement diminuer notre « moi » et fait grandir Christ en nous, jusqu’au point où, avec Pierre, nous nous réjouissons d’une joie ineffable et glorieuse… et une voix sortit du trône ; Louez notre Dieu vous tous ses serviteurs, vous qui le craignez les petits et les grands « Alléluia ! Car le Seigneur notre Dieu Tout Puissant a établi son règne » [9] L’année sainte fait entrer le pèlerin d’espérance dans une jubilation du cœur, car la transformation de notre vie redonne cette cohérence de l’amour dans la joie de la rencontre profonde et sincère et enrichit notre vie intérieure d’un dialogue harmonieux. L’invitation à vivre cette fécondité de l’amour est d’abord de regarder le Christ et de faire appel à Lui pour l’unification de tout notre être et une réponse adéquate dans la relation à l’autre et au Tout Autre. Se tourner vers le Christ est boire à la source d’eau vive d’où jaillit la louange« Chaque fois que vous le faites, votre foi grandit et sa présence et sa joie deviendront de plus en plus réels en vous »[10] pour devenir le jour du grand appel une joie de l’éternité. Et comme nous le rappelle si justement Jean Pliya « La prière de louange s’ouvre sur une relation continue avec le Seigneur qui nous amène à le louer pour toute choses même dans nos difficultés et dans nos épreuves… car la puissance de Dieu se manifeste dans la louange de ses enfants lorsque celle-ci exprime leur confiance en Lui…Quand on ne possède pas d’autre ressource que de se confier dans la louange, celle-ci se révèle à elle seule plus que suffisante pour accomplir l’’impossible »[11] Le bonheur se vit dans la louange à Dieu et la présence de l’Esprit Saint. La prière de louange nous excentre pour vraiment nous tourner vers Dieu en vérité, et en toute circonstance lui faire confiance ; une confiance absolue. Il est Dieu. Il sait.

[1] Acte positif, qui est fait avec conscience et volonté – Efficace, qui produit de l’effet

[2] P 27 Prier comme un enfant de roi – Jean Pliya

[3] Cf. He 11, 27.

[4] &76 Evangelii Nuntiandi – Paul VI

[5] &21 Spes non confundit op cité

[6] Gn 1,31b

[7] Théologie du Corps – Jean Paul II – TDC 101-5 et 6

[8] &31c Dieu est amour – Benoit XVI

[9] P 124 de la prison à la louange – Merlin Carothers – citant Ap 19,5-6

[10] P 102 De l’enfer au paradis d – Merlin R CarothersEt

[11] P 36 Prier comme un enfant de roi – Jean Pliya