Quelle est notre joie ?
La joie est l’expression de l’Esprit Saint dans notre vie. Ce don de la grâce arrive avec la paix pour nous amener à gouter des fruits de sa présence en nous et à porter un témoignage que nous partageons autour de nous. En tant que disciples du Christ et dans l’accueil de sa présence, la joie authentifie notre transformation intérieure et nous envoie vers les autres comme missionnaires de la miséricorde du Seigneur et de sa bonté pour chacun. Nous parlons d’une joie contagieuse, ni grave ni fébrile, mais d’une intériorité qui se témoigne avec audace par la profusion des manifestations dans la juste distance. Elle n’est pas introvertie ni excentrique, mais l’expression même de la reconnaissance d’une relation vraie par l’amour du Rédempteur dans le souffle de l’Esprit. Une bonne saveur de Dieu par le gout de la contemplation de son œuvre « Gloire au Seigneur à tout jamais ! Que Dieu se réjouisse en ses œuvres ! » 1 Elle est une expression de tout notre être devant la Toute Puissance de Dieu dans la beauté de son amour et la vérité de ses œuvres, nous poussant à rechercher ce qui est bien dans la gratuité de la rencontre.
Dieu fait notre joie et nous répondons en écho à sa révélation en vivant cette allégresse. Telle est la définition de la joie spirituelle avec les pieds sur terre. L’évangile de saint Luc que nous allons lire dans la prochaine année liturgique est plein de joie, parce que le Dieu de l’Alliance, dans la fidélité de sa présence, nous procure un ajustement d’être, une cohérence d’histoire, une unification personnelle et une communion fraternelle dans la joie de ceux qui le cherchent. « … réjouissez-vous de ce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux » 2 La communion des saints, que nous fêtons de façon particulière le 1 er novembre, est communion de joie et nous devons la découvrir, non avec des critères entachés du
péché originel, mais avec la grande espérance du Salut et la révélation du dynamisme de l’amour dans toute la Création. Tel est le chemin des béatitudes que nous poursuivons dans l’espérance, lors du jour des défunts, à travers le prolongement d’une prière de communion pour les vivants et pour les morts. Parler de joie dans la célébration des défunts, est bien autre chose que la frivolité du temps qui passe, ou
l’exubérance de sentiments souvent décalés. La joie durant la célébration des défunts est « une joie espérante » 3 . En toute circonstance vivre la joie de Dieu, c’est s’ouvrir dans la réalité du temps présent à sa présence agissante, lui qui est la source de la vie, le chemin du bonheur, la vérité de notre histoire. « Ce qui procure de la joie, c’est le triomphe de la vie et l’effacement de la mort, c’est la mobilisation des forces vitales et l’oubli de la finitude, mais ce n’est plus l’acceptation sereine de la vie et de la mort, du bonheur et de la peine. La réalité que l’homme approuve avec joie est donc une vie désertée par la mort, une vie qui a refoulé la mort » 4 La vie en Dieu est profusion d’amour reçu par révélation, vécu dans la méditation des Ecritures et de la promesse d’Alliance, à partager dans la joie communicative. Le fait qu’il vienne nous sauver et nous libérer de nos esclavages, pour nous faire connaitre l’amour pour l’éternité, n’est-il pas la source de toutes nos joies ? Nous savons que le Seigneur est présent en toute occasion et nous avons confiance en sa parole, pour le jour de notre mort, et sa promesse de la vie éternelle. Telle est notre joie et la paix intérieure qu’elle infuse en nous pour accéder à la promesse du Salut.
1 Ps 104, 31 2 Lc 10,20 3 Article de Laurent Lavaud, communion XXIX,4 juillet – aout 2004 la joie espérante p 15-29
Nous allons en Eglise ouvrir le Jubilé 5 et peut être pouvons-nous méditer l’appel de saint Paul VI dans son encyclique sur la joie de l’année sainte 1975 « Notre invitation appelle essentiellement, vous le savez, au renouvellement intérieur et à la réconciliation dans le Christ. Il y va du salut des hommes, il y va de leur bonheur plénier. Au moment où, dans tout l’univers, les croyants s’apprêtent à célébrer la venue de l’Esprit Saint, nous vous invitons à implorer de lui ce don de la joie. » 6 Nous comprenons bien que la joie est d’abord un retournement intérieur pour laisser le Seigneur nous transformer et nous modeler à son image selon sa ressemblance, mais par grâce de l’Esprit Saint, faire de nous des témoins crédibles de sa grâce, et accueillir la communion avec Dieu avec reconnaissance. Si le pape actuel lance un appel à retrouver la grande espérance du Salut et à en vivre, c’est pour continuer
l’œuvre de l’amour dans la joie de la rencontre. « Mais chacun, en réalité, a besoin de retrouver la joie de vivre car l’être humain, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu 7 , ne peut se contenter de survivre ou de vivoter, de se conformer au présent en se laissant satisfaire de réalités uniquement matérielles » 8 La dimension spirituelle de l’homme redonne sens à ce qu’il doit vivre, à ce qu’il doit faire, à ce qu’il est vraiment aimé de Dieu, et appelé à témoigner de cet amour autour de Lui dans la fidélité à la Parole, la gratuité de sa présence et le service fraternel auprès de tous. La joie de tous les saints est joie de l’Eglise et notre joie, en tant que fidèles du Christ. Orientée vers l’espérance, l’année jubilaire nous fait redécouvrir cette joie de la rencontre avec Dieu et nos frères, dans une nouvelle dimension du temps et une césure de vie nécessaire à un réaménagement de l’espace des rencontres et des conversions à vivre.
A travers les joies de nos vies, nous pouvons retrouver la promesse d’Alliance et le bonheur de reconnaitre le Seigneur pour accueillir sa Bonne Nouvelle. C’est la dimension des disciples d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » 9 Tout joyeux, libérés de toute peur, dans une vie nouvelle ils retournent à Jérusalem témoigner de la rencontre. . Habiter à nouveau notre foi, c’est sortir des torpeurs familiales et culturelles et de la tiède acédie, pour laisser l’Esprit Saint agir dans nos vies et nous rendre disponibles à sa grâce. Certes nous pouvons connaitre des difficultés, mais Dieu est toujours présent. Comme le rappelle si bien l’introduction de la constitution pastorale « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. » 10 Or si nous communions aux réalités humaines, dans l’histoire de chacun la grâce nous ouvre à d’autres dimensions, où la joie est celle de la communion avec Dieu, et connait un autre essor, sans pourtant être étrangère à notre réalité adamique. Une différenciation entre les choses de la terre et celles du ciel, en termes de sentiment, lorsqu’on parle d’amour, de paix, de joie, n’est pas correcte lorsqu’on les oppose ou que l’on transforme les définitions en des incompatibilités. La joie que nous éprouvons sur terre dans la communion avec Dieu est un avant-gout de ce que nous connaitrons au ciel, d’une manière complète et extraordinaire, mais certainement pas étrangère…. L’altérité est pour la complémentarité. Que nous soyons des personnes différentes, c’est pour une communion d’amour plus dynamique dans l’échange et l’usage des charismes spécifiques de chacun. La communion des saints est une page d’histoire pour nous édifier aujourd’hui sur l’appel à actualiser son témoignage de foi dans la société à laquelle nous appartenons et dans le temps qui est le nôtre. Le souffle de l’Esprit nous conduit à diffuser la Bonne Nouvelle.
4 Ibid p 21 5 Les années jubilaires, d’abord tous les 50 ans puis tous les 25 ans, sont l’expression d’une action de grâce pour Dieu et d’une sanctification du peuple de Dieu dans un esprit de louange et de témoignage de foi. 6 Gaudete Domino – Paul VI 7 cf. Gn 1, 26 &9 Spes non confundit – Pape François
L’invitation à la joie est d’abord celle de la rencontre, où l’ange Gabriel dit à Marie « Réjouis-toi » 11 et où Marie répond par un tressaillement « de joie en Dieu mon sauveur » 12 Une rencontre avec le Seigneur promis aux bergers comme « une grande joie » 13 parce que le Salut est une aventure personnelle à partager avec tous dans une démarche d’invitation à suivre le chemin qui conduit vers le Père. Le Christ, Verbe fait chair, découvre la joie du Royaume pour ceux qui ont entendu la Parole de
Dieu 14 et la mettent en pratique. « La Parole de Dieu écoutée et célébrée, surtout dans l’eucharistie, alimente et fortifie intérieurement les chrétiens et les rend capables d’un authentique témoignage évangélique dans la vie quotidienne. » 15 Dieu agit dans notre vie et tressaille de joie 16 sous l’action de l’Esprit Saint lorsqu’il voit l’homme agir en conformité à sa vocation, pour la louange du Père et l’imitation du Fils. L’homme entre dans la joie de Dieu lorsqu’il se manifeste dans son histoire 17 .
9 Lc 24,32 10 &1 Gaudium et Spes – Vatican II 11 Lc 1,14 avec la nuance que le mot joie est l’interpellation en grec du mot bonjour en français, ou salut en latin et paix (shalom) en hébreu 12 Lc 1,14 13 Lc 2,10 14 Lc 8,13 15 &174 Evangelii Gaudium - François 16 Lc 10,21
Vivre notre foi demande de laisser Dieu habiter notre histoire, et donc le rendre participant à nos décisions, notamment dans la prière, l’accompagnement spirituel et le discernement des Écritures. L’écoute de la Parole et agir en responsabilité donnent une vraie joie de vivre l’instant présent. C’est pourquoi nous devons sans cesse nous convertir et transformer notre vie en présence du Seigneur pour nous laisser habiter par sa grâce 18 . La résurrection donne l’avant-gout d’une joie sans fin, à travers la rencontre du Christ vivant 19 . Il faut que nous sachions redécouvrir la joie de la présence de Dieu dans notre vie et que nous la cultivions pour la laisser grandir dans le souffle de l’Esprit Saint et porter témoignage. « Nous sommes tous appelés à offrir aux autres le témoignage explicite de l’amour salvifique du Seigneur, qui, bien au-delà de nos imperfections, nous donne sa proximité, sa Parole, sa force, et donne sens à notre vie. » 20
Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen

