7 Ancrés dans l’espérance. (c)
Le jugement dernier
Si nous parlons du salut et des fins derniers, il nous faut entrevoir le jugement dernier. Or le jugement est une révélation du Christ Juge et Rédempteur pour faire la vérité des vies dans l’histoire des hommes. « La perspective du Jugement a influencé les chrétiens jusque dans leur vie quotidienne en tant que critère permettant d’ordonner la vie présente, comme appel à leur conscience et, en même temps, comme espérance dans la justice de Dieu. »[1] Un appel à la conscience pour prendre nos propres responsabilités, et redécouvrir sans cesse les sacrements de l’initiation afin de marcher sur le chemin du Christ, et avoir confiance dans la promesse du salut portée par l’espérance, pour être ainsi en vérité dans la relation, et nous abreuver à la source de la vie en surabondance.
En quelque sorte le jugement « doit être compris comme un rapport de vérité avec Dieu-amour et avec soi-même dans le mystère insondable de la miséricorde divine »[2] Le sens de l’amour prend son ampleur dans une compréhension nouvelle de nos responsabilités et de nos choix de vie. L’expérience de l’amour nous ouvre au pardon et à la capacité d’une nouvelle compréhension de la miséricorde qui se moque du jugement[3]. Alors ce choix de Dieu s’exprime tout au long de notre existence comme une joie de la rencontre, et à l’ultime moment comme une volonté propre de demeurer fidèle à la volonté de Celui qui nous a créés, le Père dans l’écoute du Verbe fait chair et au souffle de l’Esprit. En effet, la vérité de l’amour se fonde sur l’instant présent et le choix ultime qui nous est posé dans le face à face avec Dieu ou il nous faudra encore choisir de manière définitive et dans la confiance de notre histoire avec Lui. Le travail que nous avons à faire dans notre vie est d’orienter nos choix vers les fins dernières et prendre la mesure de Dieu dans toutes nos décisions.
Il est vain de bâtir sur le sable de l’inconstance porté par l’émotion. Au contraire, il est urgent de retrouver le roc de la vérité de l’amour afin de saisir ce qui est vraiment important, et surtout ce qui est ancré en Dieu. Si le reste n’est pas toujours secondaire, il est alors second, c’est-à-dire, doit être vécu à la lumière du jugement dernier, comme une marche d’espérance vers la communion en Dieu dans la réalité du quotidien. « Le Christ ressuscité est le lieu de la vraie vie… le Christ mène le temps à sa fin en l’introduisant dans l’instant de l’amour. Quand la vie humaine est vécue avec Jésus, elle entre du même coup dans le « temps de Jésus », c’est à dire dans l’amour qui métamorphose le temps et ouvre l’éternité »[4]. Peut-être nous faut-il insister sur la transformation de vie qu’occasionne la rencontre avec le Christ, une orientation des choix pour une meilleure vie avec Lui. C’est pourquoi le bonheur de la rencontre avec Dieu se vit dans la vérité de nos choix d’aimer, et dans cette dernière interrogation lors du face à face. M’aimes-tu vraiment ? « C’est par amour que Dieu juge et sauve ceux qu’Il a créés par amour et qu’Il aime ; partager leur existence et ses misères ; ce n’est que dans l’amour que peuvent se comprendre les critères au nom desquels ils seront jugés et sauvés.[5]Et il y a la dramatique possibilité de le refuser et de vivre un état d’enfermement pour l’éternité.
L’indulgence
Dans cette perspective du jugement, nous pouvons comprendre l’indulgence comme miséricorde de Dieu pour « exprimer la plénitude du pardon de Dieu, qui ne connaît pas de limites. »[6] Et une invitation à redécouvrir le sacrement de réconciliation par un appel pressant à approfondir la purification de tout notre être sous la grâce de l’Esprit Saint. « Le Sacrement de Pénitence nous assure que Dieu pardonne nos péchés »[7] Retrouver notre joie des origines, c’est accueillir la beauté du pardon et de marcher avec confiance pour nous réconcilier avec le Seigneur. N’attendons pas les grandes fêtes mais laissons-nous visiter par la grâce à chaque fois que c’est nécessaire pour nous réconcilier avec Dieu et avec nos frères puisque le sacrement de pénitence, mais également la démarche jubilaire touchent toutes les dimensions de nos relations. « Il reste donc, dans notre humanité faible et attirée par le mal, des “effets résiduels du péché”. Ceux-ci sont éliminés par l’indulgence, toujours par la grâce du Christ »[8] La démarche de transformation de notre vie à la lumière du Christ dans l’année sainte est accordée par pure grâce à ceux qui veulent la vivre pleinement et une réparation de toute brisure, tout désordre causé par le péché et qui pollue encore notre quotidien. Comme une réunification de tout notre être sous l’effet d’une grâce spécifique dans un temps donné, l’année jubilaire est une année de possible réunification dans notre vocation d’image de Dieu appelé à la ressemblance. La démarche de sanctification est pour l’homme intégral. Si la confession lave de tout péché, l’indulgence en efface les conséquences, un miracle de la miséricorde dans les temps bénis.
Avec Marie, première des disciples
Marie, la Théotokos[9], est témoin de cette espérance, qui est don de grâce dans la réalité d’un quotidien ordinaire. En étant disponible à l’annonce de l’ange et en répondant à la révélation de Dieu d’un oui libérateur, elle nous montre en première des disciples comment emprunter le chemin de grâce qui s’ouvre pour toujours. « Ce n’est pas un hasard si la piété populaire continue à invoquer la Sainte Vierge comme Stella Maris, un titre qui exprime l’espérance sûre que, dans les vicissitudes orageuses de la vie, la Mère de Dieu vient à notre aide, nous soutient et nous invite à avoir confiance et à continuer d’espérer. »[10] La prière mariale nous guide vers le chemin de Dieu avec l’expérience d’un mère pour toute l’humanité, pleine de prévenance et de grâce pour nous conduire au Fils et nous inviter à vivre la volonté de Dieu en toute occasion. Elle parle à son Fils pour nous introduire auprès de Lui.
Le chemin que nous avons à parcourir dans cette année sainte, est celui de la grâce agissante de Dieu dans notre vie. Nous avons besoin de le signifier, c’est-à-dire vivre d’engagement de notre part, pour nous tenir prêt à la rencontre. A l’invitation du pape il nous faut approfondir la vertu d’espérance comme une joie de la promesse de Dieu qui se réalise dans notre vie et pour l’éternité. « Cette espérance, nous la tenons comme une ancre sûre et solide pour l’âme ; elle entre au-delà du rideau, dans le Sanctuaire où Jésus est entré pour nous en précurseur »[11]. C’est une invitation forte à ne jamais perdre l’espérance qui nous a été donnée, à nous y agripper en trouvant refuge en Dieu. »[12]A la suite de Marie méditons les Ecritures et faisons notre la parole du Seigneur avec confiance et persévérance, afin de retrouver une stabilité et une sécurité dans les eaux agités de notre vie[13]. En première des disciples, elle nous ouvre la compréhension d’un parcours avec Jésus ou nous avons juste à être disponible, et se mettre à l’écoute pour vivre la volonté du Père.
En effet, passer sur l’autre rive, après avoir vu les signes, demande une vraie confiance au Verbe de vie. « L’image de l’ancre évoque bien la stabilité et la sécurité que nous possédons au milieu des eaux agitées de la vie si nous nous en remettons au Seigneur Jésus. Les tempêtes ne pourront jamais l’emporter parce que nous sommes ancrés dans l’espérance de la grâce qui est capable de nous faire vivre dans le Christ en triomphant du péché, de la peur et de la mort. »[14] Développer la prière mariale dans notre vie et demander à Marie de nous accompagner vers son Fils, est le plus sûr moyen de marcher sur le chemin de la vérité et de reconnaitre l’amour quand il parait.
Synthèse
La méditation des Ecritures, comme une véritable scrutation nous aide à reconnaitre ce chemin de joie d’éternité auquel nous sommes tous appelés. Prendre du temps un peu plus chaque jour pour lire la Bible est donc une démarche jubilaire intéressante, parce que sanctifiante. Car la Parole nous fait entrer en communion avec la vie divine par la manifestation de l’Esprit Saint et nous aide à faire toute chose nouvelle[15] en sa présence. Par grâce, nous devons l’annoncer à tout homme comme un don de Dieu afin de susciter en ce monde une faim et une soif de Dieu et un désir de le rejoindre. « Laissons-nous dès aujourd’hui attirer par l’espérance et faisons en sorte qu’elle devienne contagieuse à travers nous, pour ceux qui la désirent. Puisse notre vie leur dire : « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur »[16] . »[17]
[1] &41 Spe Salvi – Benoit XVI
[2] &22 Spes non confundit
[3] Jc 2,13
[4] P 166 La mort et l’au-delà – Joseph Cardinal Ratzinger
[5] P 179Le jugement dernier – Louis-Jean Frahier
[6] &23 Spes non confundit – op cite
[7] ibid
[8] ibid
[9] Théotokos L’enfanteuse de Dieu, concile d’Ephèse
[10] &24 Spes non confundit
[11] He 6, 18-20
[12] &24 Spes non confundit
[13] &25 Spes non confundit
[14] ibid
[15] Ap 21,5
[16] Ps 27, 14
[17] Spes non confundit

