« Ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui. »
Le temps du carême ? C’est une marche vers Pâques pour se purifier de tout ce qui nous encombre, toute espèce de mensonge, toute forme d’idolâtrie, toute blessure d’amour afin de nous unifier en Dieu et répondre de la grâce qu’il nous partage à travers le salut pour tous et dans la responsabilité de chacun à la recevoir pleinement et entièrement. Hélas ! le péché peut nous mener à une forme d’indifférence du « on a toujours fait comme ça… ce n’est pas si grave » à une forme de résignation « je suis comme ça je n’y peux rien ». C’est ainsi que nous sommes maintenus en esclavage. Dans le bruit de ce monde et les sollicitations permanentes, il nous faut faire silence, éteindre de manière durable tous les écrans pour nous laisser habiter par la présence de Dieu et nourrir notre vie intérieure à l’écoute de la Parole de vie.
Un temps de transformation intérieure qui passe par un témoignage de vie
Trop souvent nous nous contentons d’écouter la Parole de Dieu sans vraiment la traduire dans nos actes de vie. « Tout cheminement de conversion commence lorsque nous nous laissons rejoindre par la Parole et que nous l’accueillons avec docilité d’esprit. Il existe donc un lien entre le don de la Parole de Dieu, l’espace d’hospitalité que nous lui offrons et la transformation qu’elle opère. »[1] Il nous faut insister sur la réalité d’une Parole qui transforme et qui porte du fruit, comme le révèle le prophète Isaïe « ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. »[2] L’écoute de la Parole de Dieu porte du fruit lorsque nous laissons notre cœur être labouré et que nous développons ce désir de Dieu dans le souffle de la grâce. Dieu se donne, à nous de l’accueillir. En effet, la vie de l’Esprit Saint demande de laisser agir la Parole comme une lumière dans tous les choix que nous opérons pour rendre gloire à Dieu et témoigner ainsi de sa présence dans notre histoire. « L’Évangile n’est pas seulement à réfléchir ou à remémorer dans ses différents aspects, mais à vivre, tant dans les œuvres d’amour que dans l’expérience intérieure »[3] La proposition de lecture continue de l’Evangile de Saint Marc durant ce carême est un appel à approfondir sa vie au regard du Christ. Le carême est un chemin de transformation opéré par l’attention à la présence de Dieu en nous et à la volonté d’entrer dans l’intelligence des Ecritures. D’ailleurs cela rejoint l’appel au jeûne et au partage. « Personne ne jeûne vraiment s’il ne sait pas se nourrir de la Parole de Dieu ».[4] Ouvrir sa Bible et la méditer chaque jour est un appel à entendre le Seigneur nous parler. Et rien ne sert de se dire chrétien si nous ne nous conduisons pas selon la Parole de vie et que nous ne témoignons pas de la joie de la rencontre. Comment être témoin de l’invisible si nous n’essayons pas de tendre à une vie de grâce ? Certes nous sommes vulnérables, et parfois nous chutons. Cela est vrai. Mais. Car il y a un mais, Dieu est fidèle à son amour et nous attend toujours pour une réconciliation avec Lui et dont l’un des signes sera la qualité fraternelle que nous pourrons développer. Le changement personnel est la première pierre à l’édifice du bien commun. « Les Pères de l’Église insistent sur la nécessité de la conversion et de la transformation des consciences des croyants, plus que sur les exigences de changement des structures sociales et politiques de leur époque »[5] Important d’en prendre conscience avant d’avoir un regard sur le frère ou sur la société dans laquelle nous vivons posons-nous la question des transformations que nous avons personnellement à vivre. C’est vrai en famille lorsqu’on reproche aux autres des faits sans se remettre en question. Mais c’est vrai aussi dans toutes les situations où finalement nous murmurons contre nos frères et parfois contre Dieu sans entrer dans l’humilité de sa promesse et la confiance en sa grâce sanctifiante. La vie intérieure est d’abord une prise de conscience de la grâce du baptême et de cet appel au salut pour choisir le Christ en toute chose et marcher avec droiture.
Oui, nous avons à répondre de notre foi. Or la conversion de ce temps de carême qui nous mène vers Pâques est le lieu d’un changement de vie dans le rythme certes, mais un appel à reprendre conscience de l’essentiel, c’est-à-dire de ce qui fait sens. « La transformation intérieure de la personne humaine, dans sa conformation progressive au Christ, est le présupposé essentiel d’un réel renouveau de ses relations avec les autres personnes »[6] Si je vis du Christ alors cela se témoigne auprès de ceux qui s’approchent de moi. Point de relativisme sur nos fautes ou d’indifférence sur les situations qui nous entourent, mais cette volonté d’avancer avec la grâce du Seigneur dans le partage du bonheur de Dieu pour tous. L’appel à la communion comme témoignage de foi est d’abord une demande du Christ « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. »[7] La foi s’annonce dans un témoignage de vie où il est bon pour des frères de vivre ensemble dans l’unité, la prière et l’échange avec le prochain et maintenir un dialogue de charité. Face à nos lourdeurs nous sommes appelés à vivre des passages ou Dieu nous renvoie à nous-même pour s’engager dans la vraie charité.
Or le paraclet se vit au désert comme une grâce agissante à travers l’épreuve pour dévoiler en nous l’appel à ce désir de Dieu au plus profond de soi-même. « Seul l’Esprit Saint peut ouvrir devant nous cette plénitude de “l’homme intérieur” qui se trouve dans le Cœur du Christ. Lui seul peut introduire progressivement la force de cette plénitude dans nos cœurs humains »[8]. La traversée de la pénitence à travers la prière, le jeûne et le partage est un accompagnement pour vivre la beauté de la rencontre pascale afin d’accéder à la promesse du salut. Toute conversion est un appel à la liberté pour retrouver son premier amour et prendre soin de l’exigence de la promesse du salut qui demande une certaine radicalité. Rappelons-nous, chaque jour, dans ce temps de pénitence à mettre Dieu en premier et refuser tout lien d’esclavage.
Pourquoi la pénitence demande le jeûne ?
Le jeûne est une forme de dépouillement corporel de tout ce qui n’est pas essentiel au corps. Une pénitence qui passe par une abstinence de nourriture afin d’entrer dans un chemin de conversion ou nous allons vers l’essentiel, dans cette vigilance à vivre la volonté de Dieu notamment dans la communion fraternelle, d’où l’importance du jeûne qui doit se traduire par un partage auprès des plus fragiles. Peut-être nous faut-il insister sur l’humilité et la douceur pour vivre ce temps du dépouillement ? Ce n’est ni une contrainte, ni une violence à imposer, mais une disposition du cœur afin de laisser grandir ce désir de Dieu. « Cependant, pour que le jeûne conserve sa vérité évangélique et échappe à la tentation d’enorgueillir le cœur, il doit toujours être vécu dans la foi et l’humilité. »[9] Une conscience personnelle des efforts à faire sans comparaison avec d’autres, mais dans une démarche intérieure de vérité du cœur avec le Christ et de dépouillement afin de signifier cet engagement intérieur à se rendre disponible à la grâce. L’appel des béatitudes entre dans la disponibilité à acquérir pour témoigner de Dieu. En effet, « Heureux les pauvres en esprit » implique une sobriété dans nos modes de vie, et un appel à la simplicité pour nous rendre plus accessibles à nos frères. A travers le jeûne et le temps de pénitence, nous nous rendons dépendants des autres, et nous exprimons aux autres, notamment au plus pauvres un réel souci de communion pour trouver ensemble un chemin de justice et de paix. Mais le jeûne de nourriture peut être aussi à une forme de privation dans la critique des frères. Il y a un vrai problème dans les manques de communion insiste le pape : « Je voudrais donc vous inviter à une forme d’abstention très concrète et souvent peu appréciée, celle des paroles qui heurtent et blessent le prochain. Commençons par désarmer le langage en renonçant aux mots tranchants, aux jugements hâtifs. .. Alors, nombre de paroles de haine laisseront place à des paroles d’espoir et de paix. »[10] Le jeûne est une introduction à la communion fraternelle et à souhaiter se retrouver ensemble pour prier et partager. « Demandons la force d’un jeûne qui passe aussi par la langue, afin que diminuent les paroles qui blessent et que grandisse l’espace pour la voix de l’autre. ». La conversion n’est donc pas une affaire de nourriture ou d’argent, mais d’abord de disposition du cœur pour se laisser habiter par l’Esprit et se conduire en disciple du Christ.
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Que ce temps de pénitence soit aussi un temps de louange pour les bienfaits du Seigneur. Qu’à travers la prière nous sachions reconnaitre la grandeur de notre Dieu. Qu’à la lecture de la Parole nous puissions méditer sur le projet d’amour qu’Il a pour chacun d’entre nous, et sa fidélité quelle que soit nos vies. Qu’à travers le jeûne et la pénitence nous sachions toujours le reconnaitre comme notre Seigneur et marchions avec Lui dans ce désir d’être tout en Lui. Et que tout cela soit traduit dans un effort de communion fraternelle pour construire ensemble la civilisation de l’amour dans la vie de l’Esprit Saint.
[1] Ecouter et jeûner, le carême comme temps de conversion Message du carême de Léon XVI du 5 février 2026
[2] Is 55,11
[3] &156 Dilexit nos François
[4] Benoît XVI, Catéchèse (9 mars 2011).
[5] & 328 CDSE
[6] &42 CDSE
[7] Jn 17,21a
[8] &75 Dilexit nos – François Id ., Angelus, 8 juin 1986, n. 4 : L’Osservatore Romano, 9-10 juin 1986, p. 5.
[9] Ecouter et jeûner, le carême comme temps de conversion Message du carême de Léon XVI du 5 février 2026
[10] ibid

