« Cette année doit donc être et sera une année utile. » voeux du président /31/12/2025
Si nous continuons notre réflexion sur l’explication de l’impondérable et la place du sens face à ce qui parait déstabilisant, nous retrouvons la question de l’homme au cœur de l’univers. La crise d’être de chacun d’entre nous se pose « sur la place et le rôle de l’homme dans l’univers, sur le sens de ses efforts individuels et collectifs »[1] Un questionnement qu’il faut accompagner avec humanité dans la délicatesse des relations et non se défausser dans l’imposture de la volonté manipulée. Retrouver le sens pousse à prendre conscience de la beauté de la vie et des choix à poser pour explorer pleinement les relations dans la complémentarité des situations et la richesse des échanges. Peut-être est-ce pour nous, dans cette recherche de l’incompréhensible, le temps de retrouver le sens de Dieu dans l’histoire des hommes et dans notre histoire personnelle comme une traversée vers la Terre promise.
Un projet commun dans un patchwork de proposition
On peut légitimement s’interroger sur les vœux présidentiels et cette volonté d’une année utile, comme si la demande n’était pas de retrouver du sens pour les agriculteurs battant le pavé, et les demandes sociétales surgissant ici ou là. D’ailleurs comment comprendre l’année utile, dans le fatras des propositions sans le minimum de discernement prudentiel. Lorsqu’on parle de service national pour renforcer la notion de patrie pour le bien commun à travers l’engagement, quels sont les moyens que l’on s’offre pour ne pas aboutir aux précédents naufrages ? Une ébauche d’une cohésion sociale à retrouver par un biais alors que les enveloppes allouées au soin, la prise en charge de la précarité voire de l’isolement social sont nettement insuffisantes pour ne pas dire plus et entachent le contrat social ? Pourtant il faut reconnaitre dans la même veine que l’isolement créé par la société des écrans et l’impossibilité des relations ajustées demandent de trouver des pistes de cohésion patriotique et réorienter le temps libre comme un temps de construction de relation réelle peuvent être un bon projet. Par contre, il faut accompagner l’angoisse de la mort et « la destinée ultime des choses et de l’humanité »[2] avec un regard d’espérance un accompagnement dans la relation pour relever ensemble les défis sans oublier les questions de fond et non se perdre dans une course en avant œuvrant pour l’utile dans un comment faire avant d’en percer le sens de la demande et la souffrance sociétale qui résonne de la demande. La légitimité n’est-elle pas d’abord de retrouver le sens de la communion fraternelle ?
En approfondissant, si l’utile est d’œuvrer pour la fin de vie dans une prétendue dignité qui masque le cynisme économique et le « dégagisme »[3] sociétal, alors on ne peut que reconnaitre une perte de sens pour ce qui est utile dans une pensée conséquentialiste[4]. D’ailleurs on notera le paradoxe sur la volonté d’une fin de vie programmée liée à la mort sociale et le vœu d’unité. Comme un écho sinistre à l’expression « Tuez-les tous, Dieu reconnaitra les siens ». Il y a comme un retour de la généralisation d’une mort programmée comme allant de soi et de plus dans l’anesthésie des consciences ! Les vœux d’unité sur la construction d’un mort comme programme national est une farce tragique. A quoi bon lutter contre toutes les formes de discriminations lorsque le projet est de chercher à discriminer la vie selon l’état de santé des personnes ? Au demeurant la vie est-elle un contrat à durée déterminée conditionné à l’arbitraire de nos sentiments, comme un commerce d’être ? Ou bien est-elle une assurance sociale d’un accompagnement jusqu’au bout dans une providence du temps au nom d’une vraie dignité qui n’oublie jamais la fraternité[5] ? L’unité ne peut se vivre que dans la responsabilité fraternelle de l’amour et la volonté de bâtir ensemble une civilisation de l’amour pour la liberté de la vie, optique d’un état providence qui accompagne et non une culture de mort dans une tyrannie qui ne dit pas son nom. En outre, l’histoire d’un choix ne peut réduire la volonté à un acte terminal sans une vérification de son propre parcours personnel et une reconnaissance de sa fragilité, qui pourra paraitre comme une hésitation[6]. Toute décision est accompagnement d’une conscience de vie et de relation sociale. Rien d’autre. Rappelons-le. Du vin aigre s’appelle du vinaigre et n’a pas la dignité du vin de table. Il faut retrouver le vrai sens des mots et ne pas tordre les définitions au nom d’idéologies moribondes. Il n’y a pas de dignité à donner la mort et ce n’est pas un soin mais un meurtre. Certes la guillotine était un acte technique à administrer par le bourreau, suivant une décision collégiale, mais cela reste l’absurde de la mort dans l’exclusion de ce qui dérange. Se rendre utile[7] devient la lie de la tyrannie.
La marchandisation de l’utilité est perte de sens
Dans un autre ordre, pouvons-nous interroger les demandes d’euthanasie dans une volonté de mettre la main sur son futur ? « Le futur est ce que je ne peux ni hâter, ni retarder ; il conditionne l’impatience du désir, l’anxiété de la crainte, l’attente de la prévision et finalement subordonne l’échéance du projet à la grâce de l’événement »[8] L’illusion de mettre la main sur sa mort, comme anticipation d’un avenir est par définition un manque d’espérance et un refus d’une vision d’ensemble où le témoignage passe d’abord par la relation à l’autre et non dans un carcan individualiste d’un choix qui n’en est pas un. Sommes-nous encore frères ? Les crises actuelles sont liées à une perte de sens pour se vautrer dans de l’utile et marchander dans une absence, parfois lourde de conséquence, d’une conscience droite. Les mots sont là pour ébaucher une réalité des choses sans pourtant la posséder[9]. Je peux réfléchir sur les conséquences du temps sans pourtant faire le tour de la question, ni prétendre répondre à des situations particulières par des lois qui se veulent universelles. La distorsion entre le droit et la justice s’engouffre dans cet interstice et fait des ravages. La liberté n’est autre qu’un choix de croissance à vivre dans la relation à l’autre pour construire un monde nouveau où nous renonçons à nos propres enfermements pour nous ouvrir à la diversité dans la reconnaissance de la fraternité à préserver comme un trésor.
La perte du sens nous guette tous dans une société consumériste où nous demandons le baptême mais sans vouloir de pratique religieuse ni d’éducation chrétienne à travers le catéchisme, et sans même se préoccuper de la foi des parrains marraines !!! Nous voulons vivre la première communion, la profession de foi et la confirmation, comme des étapes finales sans percevoir les ouvertures à d’autres traversées dans la foi qui demandent une plus grande compréhension de l’alliance et une confiance en Dieu par la persévérance dans la prière et l’intelligence des Ecritures. Nous exigeons une vie de l’Esprit Saint dans un but magique sans prendre conscience qu’il nous faut garder son âme dans la paix et en communion avec les autres. Nous demandons le mariage comme une étape importante mais sans la responsabilité spirituelle qui nous incombe. Nous nous engageons dans l’appel religieux ou sacerdotal, pour être utiles à la communauté, tout en oubliant d’être donnés aux autres, et préférant plutôt rester dans son propre confort comme des mercenaires. Retrouver le sens de nos actions c’est puiser au cœur de Dieu l’amour nécessaire pour entrer dans la vérité du don et témoigner de sa présence en toute occasion. Le dessein de Dieu dans l’infini de son amour rend l’homme interdépendant dans la relation afin de lui permettre un vrai choix et de le mettre face à ses responsabilités. Le témoignage se vit dans l’espérance d’un salut, comme une« lumière que cette vie divine irradie, notamment en guérissant et en élevant la dignité de la personne humaine, en affermissant la cohésion de la société et en procurant à l’activité quotidienne des hommes un sens plus profond, la pénétrant d’une signification plus haute »[10]. Retrouver du sens dans la foi de l’Eglise s’est construire cette civilisation de l’amour en confiance avec la Parole de Dieu et dans la persévérance de la prière. Nous ne sommes plus dans l’utilité du sacrement mais dans la grâce de son action dans nos vies par la présence du Seigneur et la volonté de le suivre jusqu’au bout.
Pour aller plus loin
La discussion sur ce qui fait sens, notamment en parlant de la fin de vie, mais tout au long du contrat social nous oblige en tant que témoins du Christ à resituer nos valeurs à la lumière des Ecritures pour y discerner nos façons de vivre et répondre de la grâce de l’Esprit Saint agissante en nous. La crise exerce notre conscience droite pour faire des choix importants pour notre vie dans une croissance personnelle et communautaire. « Renouvelés intérieurement par la grâce de l’Esprit, « qui est Seigneur et qui donne la vie », nous sommes devenus un peuple pour la vie et nous sommes appelés à nous comporter en conséquence. »[11] Le sens de Dieu redit le sens de l’homme et ouvre d’autres horizons pour toute la création ; à nous donc, d’en témoigner tout au long de cette année dans l’audace de l’annonce de notre foi et une vie ancrée dans le Christ Sauveur. La destinée n’est pas une distorsion de la volonté, comme l’explication de notre histoire, une question d’utilité (ou non). En Dieu nous sommes appelés à vivre cette conscience droite dans l’accueil de l’Esprit Saint. Entre le débat sur ce qui est utile et ce qui fait sens, la question de la fin de vie est pour nous un appel à un témoignage de la source de la vie. Dieu. Foi et raison charpentent notre réflexion pour laisser la lumière de la vérité briller dans les ténèbres de l’ignorance et du péché lies aux concupiscences.
[1] ²3-1 Gaudium et Spes – Vatican II
[2] &3-1 Gaudium et Spes – Vatican II
[3] Néologisme employé pour dégager par l’activisme politique mais ici dans le sens : dégager de la société pour la tombe.
[4] L’utilisation de l’utilitarisme ici va à ce qui est utile sans notion morale, et la visée conséquentialiste, est de faire une loi et de voir « suivant les conséquences » comment l’ajuster, comme le préconisait le sénateur Touraine.
[5] Comme le proposent les soins palliatifs par exemple – ou l’accompagnement social pour ceux qui sont en errance.
[6] Philosophie de la Volonté, Paul Ricoeur,T1 p 179
[7] Sous entendue pour ce que nous considérons comme votre bien
[8] Philosophie de la Volonté, Paul Ricoeur,T1 p 77
[9] John Locke – Essai sur l’entendement humain En résumé, la parole nomme « une réalité des choses » sans pourtant « embrasser leur signification ». Autrement dit : Parler d’amour n’est pas l’amour, ni le réduire dans une définition.
[10] &40-3 Gaudium et Spes – Vatican II
[11] &79 Evangelium Vitae – Jean Paul II

