La faute d’orthographe qui implique une confusion entre le « sa » comme adjectif possessif et le « Ca » comme pronom démonstratif (et qui peut se remplacer par cela) est tellement répandue que j’en suis resté dubitatif ? Derrière le possessif qui est devenu si commun dans la langue, quels que soient le contexte, n’y a-t-il pas la problématique d’un personnalisme en recul face à une possession qui en oublie le bien commun pour ‘sa’ satisfaction individuelle ? N’est-ce pas le symbole d’un basculement civilisationnel, en écho d’un mal profond d’une société en perte de sens car en perte de Dieu ?
L’individualisme est naufrage de fraternité. L’incapacité à vivre la gratuité dans la relation, pour être possessif sur tout, interroge notre relation à la maison commune, que ce soit dans l’abus de la nature, la distorsion de la relation fraternelle et la violence mimétique induite. La gestion des colères, et les emportements dans les manifestations où tout est propice à la barbarie sociale avec une révolte parfois fort discutable montrent cet esprit de possession ignorant le bien commun. Le « sa » devient le « à moi » de gré ou de force. Alors le ‘ça’ comme une partie inconsciente des désirs primitifs est devenu le « sa » dans une inconscience possessive jusqu’à la pathologie, en quelque sorte une appropriation désordonnée d’une soif de pouvoir et de possession ainsi que d’une intrusive relation à l’autre ?. Nous pourrions même y voir une dimension spirituelle où le « sa » oublie d’abord le don pour de l’appropriation. Dieu m’a promis, c’est un dû, et je vais l’acquérir à la force des poignets. Mais dans la toute-puissance, surgit la peur face aux murailles de Jéricho[1]. Néanmoins le combat, avec le Seigneur à nos côtés nous donne la victoire. Les possessifs, eux ont en héritage la déchéance et la mort dans un culte du néant.
Que se passe-t-il dans un appétit de possession sans maitrise de soi ? Nous entrons dans un culte idolâtrique, pour être comme des dieux. L’orgueil spirituel est justement ce refus de confiance en Dieu pour faire par soi-même. D’ailleurs le combat spirituel est parfois dû à notre envie de faire à la place de Dieu. Comme Abraham attentif à réaliser la promesse de Dieu, celle d’une abondante descendance, se tourne vers sa servante pour avoir un fils. Mais Dieu lui montre qu’Il peut agir quel que soit l’âge ! La démarche de foi demande la confiance, comme un abandon à la divine volonté, mais toujours dans une démarche responsable par l’entretien du dynamisme de l’amour pour nous rendre à chaque instant disponibles à agir selon le dessein de Dieu. Nous pouvons avoir une promesse de Dieu, mais il nous faut laisser le moment opportun se vivre afin de remplir notre mission première d’image de Dieu appelés à la ressemblance. Il ne s’agit donc pas de posséder, mais bien de servir dans l’humilité du cœur, pour une cohérence de la vie intérieure avec les actes que nous posons. Quels sont donc les signes que nous avons à vivre pour entendre le souffle de l’Esprit dans notre histoire ?
Nous le savons, devant Jéricho, le Seigneur montre sa puissance en demandant au peuple de la promesse, une confiance en sa parole par un signe engageant ; faire le tour de la ville. Ils doivent lâcher prise pour accueillir le don de Dieu. La foi demande de l’engagement. Elle n’est pas réduite à une pensée cérébrale mais pose des actes. Et les murailles s’écroulent. Hélas ! Combien d’expériences où personnellement nous accueillons la désespérance devant les situations parce que nous comptons sur nos propres forces, au lieu d’être des serviteurs du Verbe fait chair pour laisser la grâce agir. Combien de fois manquons-nous de foi ? L’esprit de possession nous aveugle sur la puissance de Dieu et dans un mouvement d’orgueil nous met en face de nos échecs ! « .À cause de l’orgueil et de l’égoïsme, l’homme découvre en lui des germes d’asocialité, de fermeture individualiste et d’humiliation de l’autre.[2] » La soif de possession nous fait oublier le partage et la relation, ce qui est vrai pour les relations humaines l’est également vis-à-vis de Dieu, où nous nous prenons parfois comme des dieux, où nous voulons faire à la place de Dieu. Un bon paradoxe d’une situation de pouvoir et de force arrogante, pour finalement se reconnaitre complètement faible.
Les pasteurs évangéliques, notamment en Afrique noire ou en Amérique du Sud sont dans un pouvoir de charisme qui s’apparente souvent à du charlatanisme. L’ignorance crasse de certains sur des articles de foi pourtant établis dans la communion œcuménique, les marginalise dans des sectes, quand bien même sont-ils populaires. Les suivre devient alors dangereux voire diabolique, même s’ils ont un fort impact de séduction, surtout si vous êtes entravés dans la séduction. De plus, notons les assemblées menées dans l’hystérie démonstrative d’une volonté d’emprise et les fruits de désordre que cela induit. Tout cela est couronné par un rapport à l’argent dans une vision de l’évangile de la prospérité, et la suffisance d’eux-mêmes, avec presque toujours des contradictions flagrantes. Nous ne parlerons pas des formes de gourou intervenant dans la liberté des consciences, ni des scandales d’une vie fortement débridée. Les fidèles deviennent des esclaves, adulant une idole au lieu de recentrer leur vie sur le Christ. Certes, Dieu agit, toutefois le discernement devient prudent lorsque nous observons le désordre d’une vie. Il n’empêche pas la grâce de passer, mais cela ne dit rien de la sainteté de la personne, et la vertu de prudence doit éclairer nos décisions dans un ensemble qui mène au Christ. La puissance de Dieu se manifeste pleinement dans l’obéissance de la foi. L’attrait possessif de « son » pasteur sans discernement est peccamineux. Les alertes des frères et des sœurs doivent trouver un écho dans l’intelligence de la foi pour trouver les points d’attention à soulever et vérifier la conformité à la Parole de Dieu. La puissance de Dieu se vit dans la raison, et trouve son rayonnement dans la prière et la communion. La prière m’ouvre t-elle à un espace de liberté ? Suis-je vraiment dans la joie de Dieu ? La rencontre de Dieu me fait-elle grandir ? Le combat spirituel n’est pas une fin en soi, mais le désert nécessaire pour franchir la terre promise en fils et non en esclave. Un vent de liberté souffle lorsque l’Esprit Saint entre dans notre vie, pour nous faire gouter à la vraie joie.
Le problème du combat spirituel est de laisser Dieu agir, et savoir passer sur l’autre rive en toute confiance. Il y a donc un vrai danger à s’égarer dans une forme de possession qui nous sort de nous-mêmes. « Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus. »[3] En effet, l’amour irradie nos cœurs, mais l’individualisme le dessèche et le vide. L’appel à l’euthanasie et au suicide dit assisté n’entre-t-il pas dans une telle démarche ? Comment répondre au vide pour ceux qui ont oublié Dieu, si ce n’est par le suicide et une culture de mort ? . Or nous tous, baptisés, et confirmés dans l’Esprit Saint, nous sommes pour la civilisation de l’amour en rappelant la beauté de toute vie, et l’unité de toutes nos actions vers un seul but, être témoins du Christ. Point d’idéologie, mais une écoute au souffle de Dieu pour nous laisser guider avec confiance. L’attention aux frères, et notamment aux plus pauvres, c’est-à-dire aux marginalisés, et ce n’est pas qu’une question d’argent, nous remémore la traversée du désert comme une contemplation de l’action de Dieu tout au long du chemin, qui agit et nous fortifie. Faire mémoire de l’action de Dieu dans notre histoire nous oriente à saisir une unité humaine de l’histoire, comme une construction de l’ensemble où chacun a une place. Ce qui fait sens, c’est Dieu et Lui seul ! A nous de ne pas nous laisser accaparer par de multiples occupations, mais bien de nous attacher à la réalité du moment pour aller à l’essentiel. La hiérarchie des valeurs passe alors par un discernement contextuel pour saisir ce qui importe vraiment au temps précis. La prière ne supplante pas l’action, et l’action ne dispense pas de la prière. Laisser Dieu agir, avec confiance en sa Parole nous fait remémorer son action dans notre histoire, et l’héritage des saints comme modèle de foi.
Nous voici appelés à témoigner de notre foi, dans la confiance en Dieu et parallèlement une disponibilité à l’Esprit Saint pour agir au moment opportun. Certes il y a des demandes de responsabilité qui peuvent se transformer en démission de la foi. Cependant il nous faut faire confiance à Dieu et demander le secours de sa grâce. Restons des serviteurs de la Parole et non des possesseurs de la grâce, et veillons en artisans de paix à avoir toujours la plus juste relation avec nos frères et toute la création. Sans cesse il nous faut être dans une conversion intérieure pour vraiment entrer dans l’intelligence de la foi et s’ouvrir pleinement au souffle de l’Esprit Saint. Alors nous pourrons comprendre que l’humilité est chemin de sainteté pour être comme des serviteurs à disposition du maitre afin d’écouter la voix du Seigneur et le laisser agir au moment opportun. « Sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. »[4]
[1] Josué 6
[2] &150 CDSE citant Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 25: AAS 58 (1966) 1045-1046.
[3] &2 Evangelii gaudium – François
[4] Ps 26,14
Il nous faut prolonger notre réflexion sur les aidants et les familiers d’une personne demandant l’euthanasie. Comment devons-nous nous positionner ? En rappelant notre responsabilité du don de Dieu et la vérité de l’amour jusqu’à redécouvrir à chaque instant la volonté de Dieu. Nous sommes responsables de nos frères devant Dieu qui continue de nous interroger : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »[1] Dans l’humilité, il nous faut relire notre propre expérience de la relation dans la vérité de la personne humaine et de sa dignité propre. Si un jeune homme de 20 ans décide de se jeter du pont par désespoir amoureux, et parce que c’est une trop grande souffrance de supporter cela. Naturellement chacun fera en sorte de l’en dissuader. Mais lorsque c’est un vieux dans un lit d’hôpital, ou une personne avec une pathologie grave, alors là, tout est permis. N’allons pas dans l’hypocrisie relativiste qui cherchera à dire que ça n’a rien à voir. « Ça » a justement tout à voir.
L’accompagnement des personnes est de rappeler le don précieux de la vie comme une occasion de cheminer ensemble dans une relation plus forte car plus vraie lorsqu’on est proche de la mort. La fin de vie s’accompagne d’une relation de vie et non d’une forme de terrorisme par la possibilité d’accélérer la mort. La vie de l’homme est relation et l’accompagnement de chacun dans tous les aspects de la réalité quotidienne ouvre d’autres horizons. « Chaque vie conçue est un grand bien et la destruction et l’interruption de la grossesse sont un mal énorme »[2] disait le cardinal Wojtyla, et c’est aussi vrai pour l’euthanasie. La destruction de toute vie est un mal pour toute l’humanité, et sa conscience. Nous pouvons parler d’une conscience commune abimée par des actes insensés. La liberté interpersonnelle implique une responsabilité de tous, dans les choix d’un. Rien n’est neutre dans ces domaines, surtout si socialement nous en faisons un acquis. Comment les générations futures pourront comprendre ce néobarbarisme ? Non, l’euthanasie n’est pas la dernière liberté à conquérir, mais la énième tyrannie à établir. Déjà d’ailleurs certains attaquent la liberté de conscience pour obliger à la pratique des actes euthanasiques sans parler des abusifs délits d’entrave. Tout est dit dans l’application mortifère et liberticide de telles mesures.
Derrière la question de l’euthanasie, c’est toute la dignité de la personne qui est en cause. Or la dignité de la personne est signifiée entre autres par la fraternité. Toute personne est digne car elle est d’abord mon frère. Dans la devise républicaine, on peut aisément le comprendre. La dignité est liée à la reconnaissance d’une même fraternité, d’une même humanité. Elle n’est donc pas liée à la liberté, mais à la relation et à cette égale dignité face à toutes les réalités. « La dignité humaine ressemble plus à un appel à un postulat qu’à un fait accompli ou bien élaboré par les hommes au plan aussi bien collectif qu’individuel. »[3] La dignité de la personne comme postulat demande ainsi de relayer cette fraternité dans la réalisation de la place de chacun au cœur de la société. Ce qui se comprend de manière républicaine se comprend encore mieux avec la définition religieuse d’homme créé à l’image de Dieu. Personne ne peut porter atteinte à cette image, et la valeur de don de la vie reste à respecter dans une cohérence des contingences. La dignité de l’homme à la lumière du Christ Rédempteur est bien une « dignité de la grâce de l’adoption divine et en même temps la dignité de la vérité intérieure de l’humanité ».[4] L’accueil d’une relation à l’autre qui accompagne, et soutient avec persévérance pour un meilleur bien, est compagnon d’humanité. Un artisan de la vie pour la dignité de la personne humaine et de son histoire afin d’aider à trouver une juste place, prendre conscience de sa valeur et faire mémoire de ce qu’il y a de beau et de vrai. La vraie liberté de l’homme est d’abord un accueil de l’histoire de l’autre et sa véritable dignité. Ni euthanasie, ni acharnement thérapeutique, impliquent alors le respect du corps en premier face à l’invasion des technologies. « La dignité de l’homme signifie qu’il faut placer l’être humain plus haut que tout ce qui a été conçu par lui dans le monde visible… L’homme ne vit pas pour la technique, pour la civilisation, et même pas pour la culture. »[5] L’homme vit pour la relation dans la construction d’une civilisation où chacun a toujours sa place, quel que soit son état, et ne peut en aucun cas être abandonné à son propre sort, ou vouloir accélérer son sort. La transcendance de la vie humaine rappelle chacun à son propre devoir de responsabilité de vie dans les actes à poser.
Alors comment accompagner une personne fatiguée de la vie, et dans une position de détresse telle qu’elle demande la mort ? D’abord lui rappeler qu’elle a de l’importance à nos yeux, et que nous sommes encore heureux de passer du temps avec elle. Que nous l’accompagnons dans sa démarche de partage d’histoires, et de valorisation de ce qui a été accompli. D’une recherche de relation riche de rencontres où le lendemain est attendu avec ardeur. « La personne est un tel bien que l’attitude juste et riche, porteuse de valeurs, ne peut être envers elle que l’amour. »[6] Une personne qui se sait aimer, dans la juste relation à l’autre, et la vérité du partage ouvre à d’autres réalités. Dans les demandes d’euthanasie, il faut entendre les détresses et les solitudes, comme parfois les désarrois suicidaires, et certainement pas prendre la demande comme argent comptant. Sans cesse rappeler qu’il ne faut jamais perdre confiance, et avancer dans sa propre histoire pour gouter à tout ce qu’il nous faut vivre. Déployer aussi ce qu’il faut pour aider à accompagner la souffrance, notamment en prenant du personnel compétent et formé. Savoir retrouver dans l’histoire, malgré les faiblesses du moment, les forces qui nous ont accompagnés jusque-là. Et pour nous chrétiens, la première force c’est le Christ Rédempteur qui nous dévoile par son incarnation la véritable dignité humaine jusqu’à l’agonie de la croix. Ne nous détachons pas du Christ. Par la foi il nous rend véritablement libres et nous apprend que l’amour se vit dans la vérité de nos actes et la juste relation aux autres pour construire un monde meilleur. L’amour s’est vraiment manifesté par la croix et redonne à toute vie humaine ses racines et son sens. « L’homme n’est pas capable de se comprendre lui-même à fond sans le Christ. Il ne peut saisir ni ce qu’il est, ni quelle est sa vraie dignité, ni quelle est sa vocation ni son destin final »[7]. Le débat de l’euthanasie a forcément une dimension spirituelle et tout baptisé doit donc réfléchir à la lumière de son baptême et de la tradition apostolique. La foi est commune et cohérente. Elle ne peut être une affaire d’option personnelle ou de sentiment issu d’une expérience souvent émotive et peu rationnelle. Retrouver le dialogue avec la personne, c’est lui rappeler l’amour de Dieu, mais aussi de notre présence fraternelle dans un témoignage de notre foi. « Une Église qui construit les ponts, le dialogue, toujours prête à accueillir …avec les bras ouverts tous ceux qui ont besoin de notre charité, de notre présence, de dialogue et d’amour. »[8] Cet appel général du nouveau pontife romain prend une coloration particulière dans la problématique de la fin de vie. Là plus qu’ailleurs il nous faut témoigner de l’audace de la foi missionnaire, et de cette présence du Christ qui illumine toute vie. Tenir les bras ouverts pour accueillir toutes les histoires et articuler l’ensemble dans la grande espérance du salut, où Dieu dans sa miséricorde accueille tout pénitent pour son royaume. Les besoins dans ces étapes ultimes de la vie ne sont pas une proposition de mort, mais bien un accompagnement de vie pour la vie éternelle.
Non, l’euthanasie n’est pas une bonne aide active à mourir, mais bien un meurtre avec préméditation. Il nous faut protéger le langage des avatars vaseux pour faire passer des notions étrangères à la raison et à la vérité. Défendre avec clarté la vie, c’est refuser le brouillard des situations pas souvent explicites pour trouver prétexte à la transgression de la loi de toute société : « Tu ne tueras pas. » Souvent nous aurons à répondre avec précision sur les positions pour ne pas répondre à des slogans mais effectivement recentrer le débat sur l’essentiel et refuser tout ce qui pourrait être un déracinement du bien commun et de ce qui fait la civilisation. Nous avons à réfléchir sur la personne humaine avec un devoir de lucidité pour ne pas entendre les sirènes des possibles, et d’un « puisque c’est possible, faisons-le ». La construction des Babel de la mort dans une volonté de recherche technique et d’accompagnement par des substances de plus en plus précises est l’agonie de la raison. Encore faut-il réentendre que la personne humaine est un sujet pour une relation et non un objet à ranger dans un cercueil. « La personne est un tel bien qu’on ne peut pas l’utiliser, elle ne peut pas être traitée comme objet et donc comme moyen pour atteindre un but. »[9] La volonté d’une régulation économique et démographique doit nous rendre opposés à cette proposition au nom même de la dignité humaine et de sa valeur intrinsèque.
Le naufrage d’une humanité réclamant l’euthanasie est patrie en perte d’âme. Elle est cette épave de la raison dans la mer des émotions, et les tempêtes de l’actualité et de la technique sans réflexion sur le sens et ce que cela induit de notre notion d’être ensemble et la vision d’espérance. Soyons une Église de communion où chacun a sa place, et où nous allons à la rencontre de chacun dans toutes les occasions afin d’aider à la croissance humaine et à la révélation de la vérité de l’amour dans le Christ, source de toute vie. Comme le rappelle si justement le saint pape, « aucune circonstance, aucune finalité, aucune loi au monde ne pourra jamais rendre licite un acte qui est intrinsèquement illicite, parce que contraire à la Loi de Dieu, écrite
[1] Gn 4,10
[2] p. 236, notre ami Karol Wojtyła de M. Maliński, le centurion 1980, ouverture du 8 février sur le colloque L’interruption de la grossesse dans tous ses aspects.
[3] p. 174 Mon ami Karol Wojtyła de M. Malinski le centurion 1980 Radio Vatican 10 octobre 1964
[4] &11 Redemptor Hominis – Jean-Paul II
[5] p. 174 Mon ami Karol Wojtyła de M. Malinski le Centurion 1980 Radio Vatican 10 octobre 1964
[6] p. 252 Mon ami Karol Wojtyła op. cité Référence au livre Les fondements du renouveau, l’étude sur la réalisation du concile Vatican II 1972
[7] p. 358 Mon ami Karol Wojtyła de M. Maliński le Centurion 1980 fin du premier voyage de JP II en Pologne
[8] Discours du 8 mai 2025 – Loggia – Léon XIV
[9] p. 252, mon ami Karol Wojtyła, op. cit. Référence au livre Les fondements du renouveau, l’étude sur la réalisation du concile Vatican II 1972
Dans une recherche sur le sens de la vie, il nous faut discerner l’histoire de vie de chacun et relire dans le contexte les positions. Une étude belge montrant que les mêmes personnes ayant une pleine santé sont pour l’euthanasie, avec ce qu’elles refusent, et quelques années plus tard, lorsqu’elles sont atteintes justement des maux décrits, refusent l’euthanasie. L’argument du validisme, comme posture idéologique, décrié par les opposants est tout à fait légitime. De même l’imposture financière dans un cynisme assumé doit être dénoncée au nom même de la raison, voyant en l’autre un frère, et de notre foi en disciple du Christ sachant reconnaitre en l’autre l’image de Dieu, la valeur sacrée de la bénédiction.
Les affres du validisme[1]
L’argument de l’euthanasie est posé par des personnes souvent non concernées, mais extrapolant l’avenir. « Au cas où » dans la souffrance, ils puissent y avoir un recours. L’argument est stupide, puisque la douleur peut être traitée par le déploiement des soins palliatifs dans presque la totalité des cas, et la souffrance étant liée à un état psychique, demande un accompagnement, lui aussi déployé par les soins palliatifs et l’accompagnement psychologique. . Que reste t’il à l’argument « au cas où » ? Rien ! Finalement, l’euthanasie n’est pas une question médicale mais une question de société qui renvoie à la dignité de l’homme dans l’accompagnement de sa vie et du sens de la fraternité par une relation proche et bienveillante. Hélas ! Nous sommes dans une forme d’idéologie stérile déployée par les « validistes » nous disent ceux qui souffrent de pathologies invalidantes. Le validisme étant donc le point de vue discriminant de personnes valides et qui s’oppose au point de vue de la personne porteuse d’un handicap invalidant et subissant l’exclusion au nom de ses pathologies.
Or l’argument d’une posture idéologique par des personnes n’ayant pas à se poser la question dans le quotidien, face à d’autres ayant des pathologies nécessitant à chaque fois des choix de vie pour gouter à l’extrême moelle de la vie, interroge pertinemment la position. Déjà le cas Vincent Humbert suppliant le droit de mourir avec une demande répété de sa part et finalement tué par sa mère « par compassion », a déclenché une salve de demandes d’autres malades dans des pathologies similaires suppliant qu’on ne le débranche pas. Or l’argument des valides est d’être extérieur à la souffrance vécue et de prendre des positions pour le bien des autres, dans une perversion compassionnelle. L’homme doit être accompagné, et non laissé dans l’abime décisionnel de sa propre solitude. La solitude ontologique dans le livre de la Genèse[2] renvoie à un impératif du relationnel, d’abord avec les animaux dans l’échange, et puis avec la femme dans la complémentarité. Face à la mort, et à l’absurdité du mal, l’accompagnement de la dignité humaine est bien de tenir la main pour vivre avec l’autre le passage. L’argumentaire doit tenir compte de l’histoire de chacun, et ceux qui sont concernés, notamment ceux qui vivent des pathologies invalidantes sont bien prédominants face à ceux qui parlent ex nihilo.
De plus, à travers une volonté de pacte social, il faut être attentif à ce que l’on véhicule dans la société. Si le fait d’être en parfaite santé est perçu comme une vraie liberté, faisant croquer la vie à pleines dents, avec l’insolente chance d’être sain et une recherche d’épanouissement à perte de sens, sans oublier la fascination d’une perfection physique que les salles de sport fabriquent de plus en plus, et l’illusion d’une recherche de performance pour la beauté du corps, on voit bien une vision superficielle et très matérialiste de la relation à l’autre. Tout étant dans l’apparence ! Ainsi les pathologies invalidantes, et la triste condition humaine dans le misérabilisme du moment dépendant renvoient à l’échec comme une perte de chance d’être pleinement, et avec l’horreur de la souffrance, comprenant parfois des difformités repoussantes. Alors pour le bien du peuple, éradiquons tout cela dans l’euthanasie, comme l’ont voulu certains régimes totalitaires ! L’euthanasie autorise ainsi à confier le travail aux médecins plutôt qu’au soldat ! Notons le progrès ! (C’est cynique mais très factuel). L’euthanasie est donc une condescendance à leurs propres maux, et une aide active à mourir pour une telle indignité ! Comment ne pas se révolter en tant que disciple du Christ face à de telles visions nous privant de la juste fraternité !
L’homme est créé à partir de la poussière du sol. Cela renvoie à une approche de ceux qui sont atteints dans leur vulnérabilité par un mal les rendant invalides. La vulnérabilité exerce une position sur le sens de la vie particulière. D’ailleurs sont-ils encore des personnes ou un tas de cellules à exciser ? Le problème profond d’une loi autorisant à tuer sur des critères discutables, est l’exemplarité d’un tel comportement et du relativisme de l’acte. Toute la question de la dépression – ou plutôt de la dépréciation de soi dans le handicap – devrait être abordée, mais également, une volonté de faire place nette sur tout ce qui pourrait être perçu comme des produits défectueux. Parler de dignité dans le droit de mourir est un non-sens. La dignité de l’homme est bien dans la croissance de vie, et les personnes dans des situations invalidantes en ont une conscience aigüe et vérifiée dans la réalité du quotidien. Proposer l’euthanasie, orientée vers toutes pathologies invalidantes, est discriminant d’une part, et d’un paternalisme confondant d’autre part. Cette forme de discrimination par la pathologie invalidante et ceux qui sont valides est infamante. Mais de telles positions sont liées aussi à la facture économique qui devient point de fracture
L’impensé économique
Relevons la problématique économique dans le système de santé, et l’étranglement budgétaire actuel qui pourrait justifier des choix douteux sur l’accompagnement de la vie. Comme est douteuse la volonté des organismes de santé et de retraite d’ouvrir le choix à la mort comme solution de vie…. Les promoteurs entrent dans ce courant de gestion démographique mondiale, avec une maitrise du vivant au nom d’une viabilité de confort et de maitrise des ressources.
Dans un débat sur la maitrise des dépenses de soins, la proposition de l’euthanasie fait économiser « 1,4 milliard d’euros par an »[3] comme le souligne Le Point. Il y a bien une rupture de fraternité que rappellent les études sur ce qui est déjà commis dans d’autres pays ayant accepté cette loi régressive. « Si l’on rapportait à la France les chiffres de « l’aide à mourir65 » … on enregistrerait 46.000 euthanasies par an, soit 177 euthanasies par jour ouvrable. En appliquant à ce nombre de décès le coût annuel de 26.000 euros de la dernière année de vie …, on arriverait approximativement à terme à 1,4 Md d’euros d’économies annuelles de dépenses de santé, si l’on transposait la législation du Québec. » L’article du Point cité fait froid dans le dos, par une approche utilitariste si éloignée de tout lien fraternel. L’autre est perçu comme un ticket à valider ou à rejeter. Le cout de la vie, et le cout sociétal de la prise en charge des personnes, comme un paquet d’humanité à charge de l’ensemble, posent la question de la dignité humaine et du sens même d’être en relation. Les anthropologues parlent de civilisation, lorsqu’on enterre les morts c’est-à-dire de porter souci vers l’autre jusqu’au dernier souffle. Avoir une vision purement économique est donc refuser l’accompagnement du dernier souffle. Les ratios proposés par le journal marquent aussi une autre réalité de l’approche de l’euthanasie beaucoup moins sympathique, parce que moins empathique. Signalons une fois de plus ; les premiers promoteurs de l’euthanasie sont les mutuelles de santé ! Il n’y a plus rien à ajouter une fois que l’on part de ce constat, même si un concert d’idiots utiles se joint à l’impensé économique pour justifier de telles positions !
Ajoutons la réflexion du psychiatre An Haekens citant son confrère : « Il constate par ailleurs un lien entre le nombre croissant des demandes d’euthanasie et le « déshabillage financier des soins » qui porte atteinte à la qualité de vie des personnes souffrant d’une maladie psychiatrique de longue durée »[4] Il y a bien une volonté de rationalisation économique avec l’absence de l’humain pour un meilleur rendement. Dans un autre domaine l’utilisation de l’Intelligence Artificielle (IA) peut mener vers les mêmes impasses dans une utilisation perverse de l’outil. L’homme est au cœur de la relation dans le pacte social, et l’accompagnement des plus vulnérables un choix de conscience pour partager la dignité humaine. Elle n’est pas et ne peut pas être un choix de mort, et encore moins l’accompagnement dans la mort. Derrière ces propositions de mort n’y a-t-il pas une crucifixion de l’homme au nom d’un intérêt économique ? Soigner coûte cher, éradiquer la vulnérabilité de l’homme en proposant la mort parait être une solution à moindre frais ! Mais que construisons-nous comme société ? Quelle est cette violence que nous introduisons comme une horde barbare de postures idéologiques pratiquant la politique de la terre brûlée pour une plus grande perte d’humanité ? L’euthanasie est une marche vers la déshumanisation, et l’argument économique en est une arme bien réelle. Seule une conscience droite puisant d’abord dans la raison, et la loi naturelle, et se prolongeant dans la foi et le discernement prudentiel, pourra trouver des parades efficaces à un tel fléau sociétal.
Le débat éthique sur le fonctionnement de notre vie morale, passe effectivement sur le sens, et non la mathématique desséchante des chiffres. Ne nous y trompons pas, le lien économique est bien présent, et doit être souligné dans l’accompagnement, comme un surplus d’humanité et non un coût. Tout est question de point de vue. Cette histoire des Andes nous le rappelle. Une fillette de 6 ans portait sur son dos son frère de 4 ans. Un homme passant dit avec empathie à la fillette, « C’est là un bien lourd fardeau ». La fillette répondit « Ce n’est pas un fardeau, c’est mon frère ». Tout est dit dans la vision du monde et la demande de mort est souvent un appel à la vie relationnelle, une vie fraternelle et non un fardeau d’être. Le point de vue de l’un comme poids physique et contré par la vision de l’autre comme aide psychique. Pour l’accompagnement de la fin de vie, nous avons à regarder avec les yeux de la vraie fraternité. Tenir bon avec le souffrant pour ajouter du sens à sa vie. Mais voilà, l’économique persiste à se montrer tenace. « Mise à part une prétendue pitié face à la souffrance du malade, l’euthanasie est parfois justifiée par un motif de nature utilitaire, consistant à éviter des dépenses improductives trop lourdes pour la société »[5] Les fardeaux lourds d’une société anxiogène sur l’avenir est prête au désastre planétaire comme le révèlent tous les discours sur la crise du climat, ajoutons les guerres sporadiques et une forme insidieuse d’insécurité nationale et internationale. Toutes ces anxiétés alimentent le débat sur l’euthanasie comme une solution à prendre en compte. La foi nous rappelle notre propre responsabilité à déployer les talents pour travailler au bien commun et être attentif à la maison commune dans une écologie intégrale. « Une écologie intégrale est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme. En attendant, le monde de la consommation exacerbée est en même temps le monde du mauvais traitement de la vie sous toutes ses formes. »[6] La violence de la proposition d’euthanasie doit être également refusée dans son argumentation économique, comme une forme d’égoïsme du pacte social. La vie morale est la consécration de la vie fraternelle dans la vérité de l’amour et la gratuité du don. L’homme n’est pas une équation budgétaire ou une variable d’ajustement dans une pensée économique – de fait repliée sur elle-même.
Ajoutons à cela une forme d’hypocrisie dans le fait de voir que cela est discriminant. En effet, si nous sommes tous concernés, il y a bien une hiérarchie sur des échelles variées, suivant le contexte et la situation socio-économique. « Le chef médecin légiste de la province (Ontario – Canada) fait valoir que la pauvreté, la dépendance des patients vis-à-vis des prestations sociales et leur instabilité de résidence expliquent le recours à l’euthanasie pour ce public vulnérable, qui n’est pas en phase terminale78. Alors que l’isolement social concerne 15% des euthanasies en phase terminale, ce pourcentage monte à 39% pour les euthanasies qui ne visent pas des personnes en phase terminale79. »[7] L’euthanasie serait alors une solution pour cacher ces pauvres que l’on ne voudrait point voir. 39 % de personnes demandant l’euthanasie du fait de leur propre situation économique met à mal le bien-fondé d’une loi qui se révèle profondément inique et inhumaine. Et en France, s’il existe de vraies prestations sociales, qui par ailleurs grèvent le budget, la pauvreté reste un réel fléau bien présent, et les demandes d’euthanasie toucheront plus durement ceux qui sont dans le besoin économique ou social, aussi bien que ceux errants d’autres morts sociales.
[1] Le validisme – ou capacitisme – désigne un système de préjugés et de discriminations à l’égard des personnes en situation de handicap. Une société validiste considère les personnes sans handicap (« valides ») comme la norme, le handicap étant perçu comme un manque, et non comme une conséquence d’évènements de la vie ou d’une diversité au sein de l’humanité. Sciences humaines – 7 fevrier 2022 Qu’est-ce que le validisme ?
[2] Gn 2,18
[3] Le point, 8 fevrier 2025, Jérome cordelier « Le Dr Pascale Favre, autrice d’une note de la Fondapol, constate que les pays qui ont légalisé cette pratique ont élargi son champ d’application, provoquant l’explosion des demandes. » (Pascale Favre et Yves-Marie Doublet sont docteur en droit)
[4] P 93 Euthanasie l’envers du décor, article l’euthanasie pour souffrance psychique sans issue d’An Haekens étudiant dans le passage le psychiatre Boudewijn Chabot
[5] &15 Evanelii Vitae – Jean Paul II
[6] &225 Laudato Si – François
[7] Etude de Pasclae Favre et Yves-marie Doublet Janvier 2025, les nons-dits économiques et sociaux du débat sur la fin de vie – Fondation pour l’innovation politique – fondapol org
Janvier 2022

Lettre des fiancés
Fraternité renouvelée
Rivalité et scandale
Ecoute Israël
Elle a pris sur son indigence
Jésus parlait à ses disciples
Parrain sous X
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EDITO 1 SEPTEMBRE 2021

