L’annonce de la Bonne Nouvelle se vit dans l’expérience de la rencontre du grand amour de Dieu pour nous personnellement et de la lumière qui brille dans notre conscience pour nous permettre de discerner ce qui nous fait grandir. Or parfois les chrétiens sont aphones dans notre société, jusqu’à se poser la question d’une identité personnelle et communautaire. Le chrétien existe-t-il vraiment, peut-on alors entendre ? Agissons-nous efficacement pour le Christ, c’est-à-dire rendons-nous compte de notre baptême dans l’annonce de la foi ? L’amour de Dieu est une grâce que nous recevons en tant qu’image de Dieu, mais qu’en faisons-nous ? Il ne s’agit pas de sombrer dans la victimisation ou la culpabilité morbide, mais de rebondir dans la foi pour éclairer notre vie de la Parole de Dieu.
Il y a un véritable combat aujourd’hui entre ce monde de ténèbres qui continue de s’étendre avec la complaisance de beaucoup. Or la lumière du Christ rappelle la dignité sacrée de chaque vie humaine, et Il nous appelle à retrouver un chemin de fraternité pour grandir dans cette liberté de l’amour. « Autour de nous, il y a les ténèbres : les ténèbres de l’incrédulité, de l’indifférence, du mépris, peut-être de la persécution. Néanmoins, nous devons témoigner et vaincre ces ténèbres grâce à la lumière du Christ, même si on ne nous écoute pas, même si on nous ignore. »[1] A l’obscurantisme d’un rien n’existe au sens absolu, voire d’une vision aveugle de la création du monde comme seule équation physique et mathématique pure, doublée de la croyance d’’explication de la science comme réponse absolue, nous entrons dans une négation de toute culture chrétienne dans une forme de déification de la laïcité.
Le refus de la RATP et de la SNCF, cette fois pour des affiches du Sacré-Cœur jugées trop religieuses (et trop chrétiennes), n’est qu’un signe fort de la logique de laïcisation à multiples critères très subjectifs et cyniquement sélectifs. Il nous faut percevoir une christianophobie volontaire. Mais la croix est une composante de notre fois et la possibilité dramatique de refuser l’amour de Dieu. Ajoutons à cela la volonté d’effacement de toute référence chrétienne pour les vacances de la Toussaint, de Noël et de Pâques, et nous entrons dans le désenchantement moral et la venue du cynisme d’État et d’un pessimisme sur le monde, dont les grèves à répétition révèlent la souffrance d’une société en perte de sens. C’est là que nous serons prophétiques, en témoignant de l’amour de Dieu en artisans de paix. En effet le combat pour la lumière de la vérité est de rappeler l’espérance du Christ et la valeur de l’amour comme don sincère de soi-même. La vie est à protéger contre une hiérarchie de la mort qui promeut l’avortement dans la négation des souffrances et l’euthanasie dans une vision radicale de la validation de la mort sociale. L’homme est-il utile à l’homme, est alors la question première ? Plus de référence à Dieu ou à la transcendance, un refus des valeurs morales, comme embrigadantes, et au nom d’une liberté où tout est permis selon nos propres critères du moment, et une hiérarchie des valeurs dans l’optique de la loi du plus fort et du moment de l’émotion.
A toute époque, nous pouvons voir apparaitre une forme de néo barbarisme dans l’évincement de la culture pour le néant de l’être et la négation de la personne douée d’une raison propre. Alors que ce soit dans l’Antiquité aujourd’hui, comme Paul, nous sommes encouragés dans le Seigneur à redoubler « d’audace pour annoncer sans crainte la Parole »[2]. L’évangélisation rayonne du témoignage de vie, et de notre capacité à rendre compte de notre vocation baptismale de fils et fille de la lumière. Le Christ est mon chemin de vie, et le tien aussi, nous devons le partager. Il est mort sur la croix pour nos péchés, il est ressuscité dans la gloire et il reviendra pour juger les vivants et les morts, tel est le kérygme de notre foi. La difficulté est justement de participer à cette annonce dans la tiédeur environnante, et l’accaparement de la réalité du quotidien qui parfois nous fait oublier l’essentiel. Or l’appel de l’apôtre Paul continue de nous travailler : « Menez une vie digne de l’Évangile du Christ, afin que, …, j’apprenne que vous tenez ferme dans un même esprit, luttant ensemble d’un même cœur selon la foi de l’Évangile. » L’acédie n’a pas sa place dans l’évangélisation, mais par une prière confiante, et une attitude disponible à l’Esprit Saint, nous sommes invités à continuer de cheminer avec audace dans la foi.
La communion dans la vie de tout baptisé est un appel à la sainteté. Nous devons fuir ceux qui annoncent le Christ par jalousie sur ce qui se fait, ou avec des intentions polémiques. Que dire de ceux qui sans cesse rappellent la volonté d’être un maitre spirituel dans l’enseignement et prennent position de manière désordonnée sur tout sans toujours de compétence dans le domaine, eussent-ils des formations universitaires ?. Nous avons à être des apotres de communion dans la recherche de faire l’unité pour la construction de la civilisation de l’amour, et dans la douceur déployer la paix entre nous pour répondre de notre vocation de disciples du Christ et ainsi mieux imiter le Christ. « Le disciple du Christ accepte de « vivre dans la vérité », c’est-à-dire dans la simplicité d’une vie conforme à l’exemple du Seigneur et demeurant dans sa Vérité. » Si nous disons que nous sommes en communion avec lui, alors que nous marchons dans les ténèbres, nous mentons, nous n’agissons pas selon la vérité. »[3] Faire la vérité entre nous est donc rechercher la communion pour ensemble bâtir la civilisation de l’amour. Or l’annonce explicite de notre foi, l’ardeur à la partager autour de nous comme don gratuit de Dieu est une expérience unique d’affermissement de la grâce reçue, et de fécondité spirituelle. Sans mettre la main sur Dieu, mais dans cette liberté unique de communiquer notre foi, nous permettons à d’autres d’accéder aux réalités du royaume. La communion est alors partage d’amour dans la gratuité du don pour contempler Dieu et l’adorer d’un seul cœur, d’une seule âme pour former qu’un seul corps. La recherche de l’unité est un prolongement de la foi comme condition propre du disciple du Christ. Une unité de vie dans les vocations particulières de consacrés au Seigneur pour l’annonce de l’Évangile et dans la cohérence des choix de vie. Une unité de vie pour la famille comme première cellule d’Église appelée dans le monde à être fécond. Une unité ecclésiale dans la recherche d’un cheminement avec l’ordinaire du lieu et le Pape.
Mais si la grâce de Dieu est bien présente dans notre vie, l’attaque du mauvais est tout aussi réelle. Et dans l’annonce de la foi, la confusion des genres avec l’argent, le pouvoir et l’esprit de séduction dans une forme de gourou à suivre sont tout aussi présents. Il nous faut être attentif à vivre la gratuité de notre vie dans la disponibilité de notre temps. « Le principe de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. Sachant donc que nous n’avons rien apporté dans le monde et que nous n’en pourrons rien emporter, armons-nous des armes de la justice et apprenons d’abord à suivre le commandement du Seigneur. »[4] L’amour de l’argent est la concupiscence de l’avoir. Vouloir posséder jusqu’à être possédé. C’est la célèbre pièce de théâtre de Molière « L’Avare », où l’homme est conditionné par son argent à s’en rendre bien réellement malade. Il agit comme un possédé, car il n’est plus maitre de lui-même, mais il est conditionné par son précieux trésor. Or l’argent n’est que le signe d’une vanité en des choses nécessaires à la surface mais sans aucun intérêt pour le fond. Pire encore, l’amour de l’argent nous entraine sur les pentes du pouvoir et de la domination, nous rendant totalement idolâtres dans la relation tyrannique. Une pente irrémédiable vers la désespérance et la mort, dans l’inutilité fondamentale de tout notre être, et l’irrémédiable vanité d’un rang social qui se désagrège avec l’âge et la perte des fonctions tant intellectuelles et économiques que corporelles. Or nous le savons, il n’y a pas d’âge pour annoncer la Bonne Nouvelle, et notre vie prend sens lorsque le Christ est vivant et que nous l’annonçons. La confusion des modes de vie dans l’annonce de l’Évangile et le rapport au matériel peuvent alors connaitre des dissonances et occasionner des contre-témoignages. La vie de célibat pour ceux qui annoncent l’Évangile est le ferment d’une grâce de sanctification qui demande un temps important à consacrer pour unifier sa vie à l’œuvre de Dieu et ne pas s’éparpiller dans d’autres devoirs d’État. Une vie orientée vers le Christ dans la congruence des choix entraine une unification d’être. Rappelons-le, « C’est en lui-même que l’homme est divisé. Voici que toute la vie des hommes, individuelle et collective, se manifeste comme une lutte, combien dramatique, entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres. »[5] Contre l’attaque, la cohérence de vie nous entraine alors à trouver un chemin d’équilibre dans l’appel au bonheur avec Dieu et nos frères, malgré notre péché et la tentation des choix qui enferment.
L’évangélisation est alors ce rapprochement avec chacun pour laisser l’Esprit Saint rendre brulant les cœurs dans le partage des Écritures. Le disciple du Christ partage « les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps »[6] mais dans la grande espérance du salut discerne avec sagesse comment vivre la réalité dans la confiance en Dieu, la prière et le partage fraternel. Accepter de faire un bout de chemin avec chacun pour discerner comment le Christ travaille en nous tous et continue de nous guider sur le chemin de communion avec Lui. La conversion est alors un chemin de transfiguration pour laisser la Parole rayonner pleinement dans les choix nouveaux que nous faisons à la lecture des Écritures. » Dieu est Lumière, en Lui point de ténèbres «
[1] Seul contre Hitler – Franz Jägerstätter de Francesco Comina
[2] Ph 1,14
[3] § 2470 CEC 1 Jn 1, 6
[4] Lettre de Saint Polycarpe aux Philippiens – L’idéal chrétien – Office des lectures Lundi 25 TO
[5] § 1607 CEC citant GS 13, § 2
[6] §1 Gaudium et Spes – Vatican II
Le brave Nicolas a connu quelques difficultés dans son identité profonde, et en a été blessé. Rajouter à cela des comportements inappropriés de certains spirituels et le voici en errance allant d’une Eglise à une autre dans ce vrai désir de demeurer en Dieu. Intellectuellement bien charpenté, il apprend une langue et s’investit dans la culture du pays qui entre en guerre, et le voici tout feu tout flamme dans un patriotisme assez désarmant. Tout chez lui est engagement jusqu’au bout avec une forme d’intransigeance radicale qui porte en elle-même la rupture. Dix ans après, le voici toujours désabusé par cette nouvelle communauté spirituelle et claque une fois de plus la porte. Mais la foi communautaire n’est-elle pas d’abord un regard vers le Christ ? N’est-ce pas Lui qui nous conduit malgré les imperfections humaines et les vulnérabilités des uns et des autres ? Comment faire Eglise en refusant la dimension fraternelle dans l’épaisseur de la pâte humaine ? L’itinéraire de Nicolas n’est pas un cas isolé, mais reflète l’errance spirituelle suite à des difficultés réelles de vie communautaire et l’exigence d’une radicalité évangélique.
Le monde parfait est idolâtrique dans le contrôle de toutes les attentes, et tyrannique dans l’expression de la relation. L’Eglise est d’abord le visage du Christ qu’il nous faut sans cesse faire grandir par la sainteté de nos vies. Saint Irénée de Lyon « a appris à mieux penser, portant toujours plus profondément son attention sur Jésus. Il est devenu un chantre de sa personne, même de sa chair. Il a reconnu, en effet, qu’en Lui, ce qui nous semble opposé se recompose en unité. Jésus n’est pas un mur qui sépare, mais une porte qui nous unit. Il faut rester en lui et distinguer la réalité des idéologies. »[i] La foi est donc une relation à l’autre dans l’amour de Dieu qui demande de prendre en compte toutes les faiblesses pour progresser vers le meilleur bien, et non s’enfermer dans le jugement d’une part, et le repli sur soi d’autre part. On peut légitimement s’interroger sur des incohérences des chrétiens face à la foi, comme prier à l’Eglise et prôner l’amour de Dieu, et une fois la messe terminée critiquer les frères avec délectation. Sans parler de ceux qui se disent chrétiens et vivent en païens. Ainsi, faire la vérité dans notre vie demande une véritable attention de cohérence dans nos choix et d’unification intérieure pour laisser la grâce de l’Esprit Saint agir afin que nous nous laissions modeler par la volonté de Dieu et que nous remplissions notre vocation baptismale de fils de lumière.
Une perfection de la relation n’existe pas dans un monde entaché par le péché originel, mais nous avons en Eglise à témoigner de la présence de Dieu dans l’amour que nous aurons les uns pour les autres. La recherche de communion entre nous est d’abord l’expression de la charité pour répondre en écho aux exigences de l’Evangile. « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux »[ii] Cela passe par la chose publique. Chrétiens au cœur de la cité nous avons à nous engager tant au niveau associatif que politique afin d’œuvrer à la construction de la civilisation de l’amour, et refuser toute forme d’idéologie pour rencontrer le frère et avec lui bâtir un monde nouveau. C’est l’appel qu’adresse le Pape Léon XIV aux hommes politiques du Val de marne. « Vous retournerez à vos engagements quotidiens fortifiés dans l’espérance, mieux affermis pour œuvrer à la construction d’un monde plus juste, plus humain, plus fraternel, qui ne peut être rien d’autre qu’un monde davantage imprégné de l’Évangile. »[iii] Il ne s’agit donc pas de se figer à chaque écueil, ou de retirer son épingle du jeu, mais d’avancer avec confiance en présence du Seigneur.
Nous aurons parfois à poser un acte de charité qui pourra être perçu comme un acte politique, mais qui est d’abord un choix prophétique dans l’annonce de l’Evangile. La communauté ecclésiale doit rendre compte au monde de la réception de l’Evangile. Et nul membre n’en est dispensé. Certes, la charité n’a pas de couleur politique, mais elle est bien une composante de notre foi chrétienne et demande la vérité de notre engagement. Alors l’agir moral devient un acte politique. Néanmoins le bon samaritain aide le souffrant, c’est d’abord un acte d’humanité et de fidélité à l’amour de Dieu pour tout homme quelle que soit sa foi. Nous sommes amenés à faire quelques entorses aux règlements pour mettre l’amour en premier, et le radicalisme intransigeant n’a jamais aidé au dialogue ni à la découverte d’une vérité de la relation avec Dieu et nos frères. Il ne s’agit pas tant de mettre de l’eau dans son vin, que d’accueillir le principe de réalité des uns et des autres et d’une recherche de communion qui demande certes une vraie conversion, mais demande un accompagnement bienveillant pour aller jusqu’au bout de la fraternité. « ¨portez les fardeaux les uns des autres »[iv] La communion est une relation fraternelle à rendre féconde. Tout est là. La relation doit permettre la fécondité dans la relation à Dieu et à nos frères dans un même amour. La pâte humaine est le signe tangible de l’amour à vivre dans toutes les réalités.
Néanmoins la charité est ancrée dans la grande espérance du salut. Faire Eglise demande beaucoup d’amour, mais aussi d’avoir confiance en Dieu et de puiser dans la grande espérance du salut, les raisons d’aimer davantage. D’ailleurs, la plus belle beauté de notre foi n’est-elle pas le Christ Rédempteur, Celui qui nous a sauvés par la mort sur la croix et la victoire de la résurrection ? Assurément la splendeur de l’amour dans la vérité du don que nous offre l’eucharistie nous plonge dans la richesse du salut. Le Christ mort et ressuscité révèle l’amour de Dieu dans la réalité de notre quotidien pour transfigurer notre vie dans la grâce de sa présence. Tout prend sens parce que le Christ nous a sauvés. L’Eglise c’est le corps du Christ, et nous rappelle qu’Il est au milieu de nous. Dans la Parole méditée, il réchauffe notre cœur et nous rend pleinement témoins de sa présence dans le monde de ce temps. Par l’Esprit Saint, il nous fait habiter la grâce du salut. En recevant la vie de Dieu et en communiant à son corps et à son sang Dieu nous vivifie entièrement. La participation à l’eucharistie « Source et sommet de toute la vie chrétienne »[v] nous recentre sur le Christ et Lui seul. Dans la vie de foi nous avons à nous rappeler sans cesse que c’est Lui qui est notre Seigneur, et que c’est vers Lui que nous devons sans cesse nous tourner, au cœur même de notre communauté. Nous n’avons pas à être des gyrovagues[vi] des communautés paroissiales ou ecclésiales. Au cœur de nos communautés nous avons à témoigner de l’amour de Dieu, et à conformer notre vie à l’Evangile dans une pratique de la conversion et de la prière.
Ensemble, peuple de Baptisés nous avons à annoncer la joie de la Bonne Nouvelle pour tout homme, et c’est dans la communion que nous pourrons le faire avec plus de force. Ne regardons pas nos faiblesses, mais laissons-nous embraser par l’Esprit Saint pour avancer avec assurance dans la foi et construire ensemble cette civilisation de l’amour. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis »[vii] La reconnaissance de notre fraternité vient d’un même Père qui est Dieu et répond à l’exigence du Christ d’aimer jusqu’au bout non dans l’émotion du moment mais la grâce de l’accueil de sa présence par le souffle de l’Esprit Saint. « L’Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de mettre dans une plus vive lumière… sa propre nature et sa mission universelle. »[viii] Le brave Nicolas aurait dû mieux comprendre cette union intime avec Dieu dans la prière et le service de la charité, tout en faisant la vérité en lui-même et autour de lui. C’est un appel baptismal pour chacun d’entre nous. Nous pouvons être tiraillés par « les événements de ces jours-ci » et comment nous pouvons être crucifiés par des aspects de la vie communautaire peu reluisants. Mais il nous faut aussi rechercher comment vivre la communion et à travers l’eucharistie vivre le sacrement de la charité avec audace dans l’accueil de la présence du Seigneur dans la pauvreté de nos fragilités humaines, et de celles de nos frères. Etre prophétique, c’est peut être aussi réveiller le message de l’Evangile, toujours dans l’humilité mais avec audace et persévérance,. L’appel à la conversion est personnel et communautaire. Rappelons-le avec force « L’Esprit habite dans l’Église et dans le cœur des fidèles comme dans un temple, en eux il prie et atteste leur condition de fils de Dieu par adoption »[ix] La joie de Dieu se vit dans la communion fraternelle et notre capacité d’entrer en relation, c’est-à-dire de participer ensemble, avec la grâce première de Dieu à l’édification du royaume déjà là lorsque la charité est présente.
Vivre en Eglise est un appel pour chacun à rechercher la communion et prendre sa place pour accueillir la vie de Dieu. Après tout, la grande espérance du salut ouvre les portes du ciel pour entrer dans la joie du maitre et glorifier Dieu pour tous ses bienfaits, et Ils sont nombreux. Toute notre histoire devient alors un langage des signes de Dieu dans notre vie, et un itinéraire de connaissance progressive pour grandir en son amour et trouver une foi adulte et responsable afin de témoigner de notre espérance qui nous anime. C’est parfois un chemin de croix, mais toujours orienté vers la lumière de la résurrection. « Plus l’âme monte haut vers Dieu, plus elle descend profondément en elle ; l’union se réalise au cœur de l’âme, au plus profond d’elle-même »[x] Soyons conscients de notre vocation baptismale et construisons l’unité entre nous au pied de la croix pour rayonner en disciples du Christ de la promesse du salut.
[i] Espérer c’est relier, Saint Irénée de Lyon – Léon XIV 14 juin 2025
[ii] Mt 18,20
[iii] Discours à une délégation d’élus – Diocèse de Créteil Jeudi 28 aout
[iv] Ga 6,2
[v] §11 Lumen Gentium – Vatican II
[vi] Gyrovagues, terme employé par St Benoit pour fustiger les moines passant d’Abbaye en Abbaye. L’importance de l’enracinement est au cœur de la pratique bénédictine
[vii] Jn 15,16
[viii] §1 Lumen Gentium – op cité
[ix] §4 Lumen Gentium – op cité
[x] P 112 La puissance de la croix Edith Stein
Nous voici dans l’année sainte en pèlerins d’espérance et prêts pour une nouvelle année. Suite à l’expérience du deuil, affermis dans la foi, il nous faut continuer de faire confiance au Seigneur en toute occasion. Voici que se profile l’ouverture d’un concile provincial sur la question du catéchuménat et le renouvellement d’une approche pastorale pour dire la vérité de l’Evangile dans le monde de ce temps. Sur la vingtaine de baptêmes de cette année, trois quarts sont des jeunes du catéchisme, c’est un renversement de tendance plein d’espérance. Le Christ continue d’appeler et de se manifester dans la vie des personnes. Mais se pose pour nous de manière très factuelle la question de l’engagement baptismal personnel. Quel est le témoignage de notre foi dans cette nouvelle entrée scolaire ?
La reprise des activités doit nous concentrer sur l’annonce de la Bonne Nouvelle, car elle fait de nous des témoins par les choix de vie que nous posons et les orientations que nous prenons à la lumière de la charité et au souffle de l’Esprit Saint dans l’intelligence des Ecritures. Nous voici donc engagés dans un discernement prudentiel, seul chemin de synodalité possible pour vivre l’Eglise dans l’exigence de la Parole et l’engagement responsable enraciné dans la tradition apostolique et l’impulsion de la réalité quotidienne. Point de changement de paradigme, mais cette volonté de répondre au souffle de l’Esprit dans la vérité des situations et des transformations à opérer. Un chemin de conversion pour une sanctification personnelle et communautaire à la suite de la Parole. . « Mais vous, vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. »[1] Ce temps de reprise scolaire demande à ce que nous soyons toujours missionnaires dans les engagements que nous prenons au cœur de la paroisse, et une attention à vivre pleinement notre foi dans une cohérence du témoignage qui nous rend lumineux, parce que le Christ habite en nous. Le cri de Paul VI est toujours actuel. « Le monde réclame des évangélisateurs qui lui parlent d’un Dieu qu’ils connaissent et fréquentent comme s’ils voyaient l’invisible[2]. Le monde réclame et attend de nous simplicité de vie, esprit de prière, charité envers tous, spécialement envers les petits et les pauvres, obéissance et humilité, détachement de nous-mêmes et renoncement »[3]. Or les critères de Paul VI sont assez précis pour que nous puissions en retirer des choix pour nos vies
- La simplicité de vie, comme un appel à aller à l’essentiel, dans une vie en profondeur où nous sommes à l’écoute du souffle de Dieu. La vie intérieure est un défi aujourd’hui dans un espace quotidien mangé par l’ogre de la sollicitation interminable, à travers les écrans, les musiques en toute occasion dans les courses, comme dans les transports et les lieux quotidiens. Retrouver le silence intérieur devient un combat pour une juste relation à Dieu, à nous-mêmes et à nos frères. La simplicité est donc de refuser de vivre au ras du sol, mais de prendre de la hauteur aux propositions pour choisir ce qui nous fait grandir et fuir toute forme d’aliénation. Ne recherchons pas le clinquant ou le populaire, mais ce qui la bonne odeur de l’Evangile. Or la tentation de la vanité est parfois très grande, le fruit a l’air si bon….
- Esprit de prière. Retrouver la ferveur des premiers chrétiens dans nos engagements familiaux, et remettre la prière familiale au cœur de nos activités. Mais aussi, l’appétit spirituel à vivre les temps de prières en semaine à l’Eglise, comme le dimanche en étant en avance aux offices pour se préparer à la rencontre de notre Rédempteur, comme à la sortie en restant devant le tabernacle à prier. L’esprit de prière ne se déclame pas, il se vit, et il nous fait bruler du désir de Dieu pour avancer avec confiance dans la foi et avoir le regard pénétrant pour discerner avec justesse la vie de Dieu et reconnaitre le mal pour fuir le péché et toute forme de concupiscence.
- La charité envers tous, ne doit pas se réduire à quelques-uns ni vider le centre sous prétexte des périphéries. La charité est de mettre la réalité de Dieu dans notre quotidien que ce soit Lazare à notre porte, ou les cinq frères dans la maison. Une charité liée à la relation du quotidien, nul besoin de parcourir le monde, mais la volonté d’être dans la réalité du quotidien rayonnant de cet amour pour tous. Cela demande un lien privilégié avec les petits et les pauvres pour que chacun trouve sa place, et une attention particulière pour laisser à chacun les moyens de développer ses propres talents. La charité devient donc solidarité pour permettre à chacun de grandir dans sa vocation d’image de Dieu, et d’aller vers le Père pour célébrer les louanges du Seigneur. Pas de charité sans simplicité de vie nous rendant disponible d’une part, et d’intimité avec Dieu d’autre part. La méditation des Ecritures nous aide à progresser dans un rapport juste, à l’écoute de l’Esprit.
- L’obéissance est une liberté tournée vers les meilleurs choix afin de grandir ensemble. Elle est donc une logique de l’amour dans le renoncement à soi-même dans le but de la construction de l’Eglise. En effet l’obéissance est fruit de croissance pour qui sait faire confiance en Dieu et discerner ce qui est bon. « L’obéissance à Dieu est libératrice parce qu’elle n’enferme jamais, elle éclaire le chemin. La fidélité à la Parole doit toujours être disposée à aller plus loin que l’on avait imaginé au départ »[4] Or la médiation des frères loin d’être un obstacle sert la volonté de Dieu dans une orientation nouvelle afin qu’elle porte du fruit.
- L’humilité est première dans toutes les vertus, parce que nécessaire pour la vie spirituelle, comme une reconnaissance de la beauté de la création de Dieu et de notre juste place de créature. Opposée à l’orgueil spirituel, et donc à l’idolâtrie, l’humilité nous renvoie à notre condition d’image de Dieu appelée à grandir par la Parole de vie et la charité active. Elle est cette lucidité d’âme qui reconnait la puissance de Dieu agissant dans notre histoire, et dans l’obéissance vit la confiance pour avancer avec Lui jusqu’au bout du chemin dans la vérité de sa présence, et la vie de grâce proposée. « S’il y a quelque bien en vous, croyez qu’il y en a plus dans les autres, afin de conserver l’humilité. Vous ne hasardez rien à vous mettre au-dessous de tous, mais il vous serait très nuisible de vous préférer à un seul. L’homme humble jouit d’une paix inaltérable, la colère et l’envie troublent le cœur du superbe. »[5] La méditation de l’auteur nous révèle l’humilité comme chemin de sagesse dans un juste rapport au monde et être pleinement artisan de paix afin de reconnaitre la joie de Dieu en toute chose. Le témoignage de foi passe par l’humilité et montre le chemin de la croix et de la résurrection. Ni triomphalisme, ni force arrogante, mais la joie de Dieu qui illumine notre vie et rayonne dans toutes nos relations. Telle est l’humilité qui se propose comme chemin de sanctification simple, sans fanfaronnade mais dans un ancrage de vie intérieur où souffle l’Esprit Saint.
- Cela implique le détachement de nous-mêmes pour s’offrir aux autres dans un don désintéressé, afin de montrer le visage de Dieu dans la gratuité de l’amour. Un renoncement à vivre comme motif de conversion intérieure incessant pour reconnaitre l’essentiel et fuir le superficiel. Conformer sa vie à la Parole de Dieu demande des conversions pour ne pas être négligent dans notre vocation baptismale ni laisser l’esprit d’acédie nous remplir de tiédeur.
Nous avons besoin de témoin, et c’est des choix opérants qui nous rendront vraiment efficaces. Certes il nous faut mettre de l’engrais dans notre vie intérieure, par la prière et la méditation de la Parole, mais il nous faut être docile à l’Esprit pour croitre sous l’arrosage de la grâce. Il y a un désir urgent à évangéliser pour annoncer la grande espérance du salut. C’est le devoir de chaque chrétien de s’engager à professer le Christ Seigneur. Mais plus encore, il nous faut être attentifs dans nos choix de vie à faire émerger la vérité dans cet amour de Dieu, et trouver la juste relation au frère pour être pleinement artisans de paix. Que ce temps de rentrée soit celui du témoignage de notre foi dans des résolutions personnelles fécondes pour notre communauté. Soyons donc à l’invitation du Pape Grégoire le grand « Une armée en marche, et l’on entend bien comme « la rumeur d’une armée en campagne », car leurs rangs résonnent, à la louange du Dieu Tout-Puissant, du cliquetis du glaive des vertus et de l’arme des miracles. »[6]
[1] 1 P 2,9
[2] Cf. He 11, 27.
[3] &76 Evangelii Nuntiandi – Paul VI
[4] P 208 Obeir en homme libre, Laurent Camiade
[5] Livre I,V, 2 Imitation de Jésus Christ
[6] Homélie VIII, 11 p 291 – Homélie sur Ezechiel, Grégoire le Grand
Janvier 2022

Lettre des fiancés
Fraternité renouvelée
Rivalité et scandale
Ecoute Israël
Elle a pris sur son indigence
Jésus parlait à ses disciples
Parrain sous X
Parrain sous X
EDITO 1 SEPTEMBRE 2021

