« J’ai dit au Seigneur ; Tu es mon Dieu, je n’ai pas d’autre bonheur que toi » La foi est une rencontre avec Jésus Christ, une communion personnelle de l’amour de Dieu, dialogue du jaillissement de la grâce qui illumine notre vie de sa Vie. Brigitte a témoigné avec audace de cette rencontre merveilleuse d’un Dieu qui est Père. Comme elle l’avait écrit « Moi j’ai un papa qui s’occupe de mes affaires »[i]. Une redécouverte de paternité, à la suite des conversions d’un Dieu que j’ai osé appeler Père. L’espérance du salut est relation à la paternité de Dieu, elle nous invite à participer à la joie du Royaume en enfants libres dans la foi pour laisser passer la lumière et se rendre disponibles à sa présence. Oui, la foi est un partage d’une relation amoureuse, avec cette ardeur missionnaire pour le partager à tous, comme une rencontre à vivre pour chacun. Alors résonne l’appel de l’apôtre comme ligne de conduite baptismale. « L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas… mais trouve sa joie dans ce qui est vrai » Point de long discours ou de structuration de discours théologique, mais cette expérience fondamentale de l’amour qui transperce l’être pour pénétrer à l’intérieur et embraser l’âme de ce désir insatiable de Dieu.

 

L’émerveillement du dialogue avec Dieu

Ma mère, Brigitte était une femme de prière. Nul ne peut lui retirer cela. Parfois un peu trop, j’entends bien, mais une volonté d’être dans le souffle de l’Esprit et de se laisser guider par la voix du Seigneur pour lui rendre hommage de tout son cœur. Par le chapelet, ou le parler en langue, elle témoignait des merveilles de Dieu et dans une lecture attentive de la Parole méditait tout cela dans son cœur en réfléchissant comment le vivre au jour le jour. Nous avons à témoigner de notre foi par une vie de prière où nous faisons confiance en Dieu en toute circonstance et choisissons toujours la croissance de l’amour pour grandir avec le Seigneur. Toute prière m’ouvre les horizons de mon humanité pour vivre ma vocation baptismale au service du Seigneur dans ce dialogue où tout prend sens lorsque je suis disponible à la grâce. «  . Saint Jean de la Croix recommandait de « s’efforcer de vivre toujours en la présence de Dieu, soit réelle, soit imaginaire, soit unitive, selon que les actions commandées le permettent »[ii]. Au fond, c’est le désir de Dieu qui ne peut se lasser de se manifester de quelque manière dans notre vie quotidienne : « Efforcez-vous de vivre dans une oraison continuelle, sans l’abandonner au milieu des exercices corporels. Que vous mangiez, que vous buviez […], que vous parliez, que vous traitiez avec les séculiers, ou que vous fassiez toute autre chose, entretenez constamment en vous le désir de Dieu, élevez vers lui vos affections »[iii]. La mort de Brigitte, femme de prière nous montre comment vivre la prière dans le quotidien de la vie avec persévérance et quel que soit l’âge. Au dernier moment de sa vie, elle priait encore comme une supplication de l’action de Dieu dans sa vie jusqu’au dernier souffle. Rejoindre son Seigneur et entrer dans la communion des saints avec son époux et ceux qu’elle a rencontrés sur terre pour chanter les louanges du Seigneur.

 

Oui nous avons vu une vie de prière ancrée dans la tradition. Le pater noster que nous chanterons tout à l’heure, est d’abord une histoire familiale mais aussi une expérience de prière commune. Chanté lors de l’enterrement de mon grand-père avec tous les frères et sœurs de Brigitte, il rappelle l’importance d’une tradition que parfois nous avons trop vite oubliée sous prétexte de modernité autre nom d’une intolérance policée. Ma Mère avait une ouverture aimant l’ancien et le nouveau dans une recherche de se rapprocher de Dieu par la prière de louange et l’expression la plus juste de célébrer Dieu avec beauté. Elle aimait autant le Credo en latin, que le dernier chant charismatique sorti. Une diversité des chants pour se rapprocher de Dieu avec une volonté d’être tout à Lui pour toujours dans une forme de détachement de ce monde pour laisser Dieu se manifester pleinement. Le psaume nous invite à cette prière de louange « devant ta face débordement de joie ! A ta droite éternité de délices ! » qu’il nous faut cultiver dans le quotidien comme l’expression de cet amour pour Dieu qui se voit dans ma relation fraternelle. Une juste relation à l’amour de Dieu dans la vérité de nos actes et l’ardeur de notre foi. La prière est cette relation de complémentarité avec Dieu qui nous unifie et nous redonne une cohérence intérieure. En effet en contemplant l’amour nous sommes appelés à vivre d’amour et nous témoignons de cet amour dans toutes nos relations, c’est le fruit même de la prière. La vie intérieure introduit l’âme au désert et fait éprouver cette liberté d’image de Dieu appelée à laisser le feu de l’amour l’embraser sans la consumer, dans une communion avec le Fils pour rejoindre le Père dans le souffle de l’Esprit.

 

témoigner de la miséricorde du Seigneur

Lors d’un partage avec un paroissien, celui-ci me raconta plus tard, qu’en entendant ma mère Brigitte, parler de Dieu, il pouvait presque le toucher à ses côtés. En effet, comme une jeune fille amoureuse de son bien-aimé, Elle était dans ce désir de partager la grâce de Dieu, et de témoigner de sa foi vivante. Intrépide jusqu’à faire des pèlerinages, tant en Terre Sainte, qu’au Canada, ou à Rome avec l’ICCROS elle n’a pas cessé de raconter son bonheur d’avoir Dieu pour père et d’entrer dans la danse. « La danse de l’amour exalté, la danse de l’amour ressuscité, la danse de l’amour vainqueur, la danse de l’amour glorieux, la danse de l’amour croissance et vie, la danse de l’amour infini »[iv] Il y a un dynamisme de la foi dans ce partage de vie pour un monde meilleur. En disciple, elle a su être dans l’écoute de la Parole, mais aussi dans ce regard de bienveillance pour les frères et la capacité d’écouter parfois des heures, afin d’aider chacun à un chemin de croissance. La vie de disciple est de permettre une liberté féconde dans la croissance de chacun. Nous avons peut-être à réentendre cet appel de Dieu à vivre d’amour dans une recherche de communion en artisan de paix, et à garder un regard de bienveillance sur les autres. Certes, dans une Eglise un peu bousculée aujourd’hui, on est parfois plus dans la mort sociale que dans la bienveillance et l’ingérence intempestive de certains n’aident pas à un discernement prudentiel et juste. Qu’importe ! C’est à chacun de nous, en pierre de l’Eglise, d’appeler à la vérité de l’amour dans une recherche du meilleur bien, et d’aimer davantage pour vivre la miséricorde comme un don de Dieu pour nos frères.

 

Dans cette vie en profondeur, l’amour est bien ce jaillissement de la bénédiction de Dieu dans notre vie comme image de Dieu qui gouverne nos désirs et nous invite à lui ressembler dans des choix libres responsables pour une fécondité de la foi. Ne regardons pas autour de nous, mais bien en nous, comment nous sommes ouvriers du royaume en faisant germer l’amour autour de nous. Par notre baptême nous portons cette mission d’annoncer l’amour de Dieu pour chacun d’entre nous, comme la réalisation de la grande espérance du salut obtenu par le Christ. Plus nous aimons, plus nous savons pardonner, et plus nous répandons la bonne odeur de l’espérance du salut, un chemin de sainteté pour tous ceux qui y répondent. Le témoignage de l’amour s’enracine dans le pardon et répond à la foi par l’espérance. La miséricorde est un geste prophétique dans un monde de plus en plus violent et clivé. La résurrection nous fait entrer dans l’amour éternel. La mort est une pâque, un passage pour contempler Dieu face à face. L’espérance nous porte à vivre notre foi dans la force de l’amour parce que Dieu est amour. Pas d’autre logique que celle d’aimer dans la juste relation pour participer à l’héritage du royaume. « Le Christ en personne est le paradis, la lumière, le rafraichissement, la paix assurée que visent l’attente et l’espérance des hommes »[v]. Brigitte en  a témoigné, et nous avons à porter cet héritage de la foi ancré dans la tradition apostolique pour continuer d’amener au Père toutes les âmes. Dans ce moment de prière pour les défunts, retrouvons la logique de l’amour jusqu’au pardon et laissons-nous embraser par le désir de Dieu pour connaitre la vraie joie de demeurer en sa présence.

 

Une liberté de l’amour dans la fidélité des choix fondamentaux

S’il est une recherche de Dieu qui a porté ma mère, Brigitte, c’est cette volonté de vivre en fidélité à sa Parole et la volonté d’écouter la Parole de Dieu.. Et les nombreux passages, comme des étapes de vie, marquent aussi l’itinérance de la foi qui est faite de recherche, et d’affinement. Elle a fait du scoutisme, et même de la JAC, jeunesse agricole catholique. J’ai été un peu étonne de la voir dans ce mouvement de jeunesse, « Qu’as-tu été faire là-dedans », lui ai-je lâché ! Elle m’a témoigné de la grâce de ce mouvement dans son étape de vie, comme une belle expérience de maturation humaine. Elle a continué les mouvements, comme les équipes notre dame, et les foccolaris ! Un désir de Dieu tout azimut. Une liberté d’aller dans les mouvements pour continuer de chercher Dieu. Puis l’expérience du Renouveau en 1973 au Bec Hellouin et ce changement de regard où l’expérience de l’Esprit Saint faisait sens de manière nouvelle. Certes, il y a eu beaucoup d’incompréhension en paroisse, et elle s’est souvent sentie jugée. Mais « la miséricorde se rit du jugement » et avec fidélité elle a été à l’écoute de la Parole. Sans cesse elle a continué avec humilité d’avancer dans la confiance en Dieu et en son œuvre, tout en partageant cette expérience nouvelle. Le Renouveau c’est d’abord une guérison physique, et cet appel du Seigneur « Crois-tu que je peux te guérir », puis cette guérison inexpliquée dès le lendemain, et son action de grâce allant au groupe de prière en Normandie chaque semaine, pendant plus d’un an avant de fonder son propre groupe en paroisse. Pour la petite histoire, elle avait attaqué la sécurité sociale en justice, car elle trouvait que les indemnités de son handicap n’étaient pas assez forte, et elle avait gagné ! Mais voilà, maintenant guérie, il fallait faire la vérité. Donc elle écrit à la sécurité sociale pour dire que le Seigneur l’avait guéri et donc elle ne pouvait plus percevoir les indemnités mensuelles. La réponse de la sécurité sociale fut anthologique. Madame, la sécurité sociale est un organisme laïque qui ne croit pas au miracle, nous maintenons donc votre indemnité. Le groupe de prière, l’étoile radieuse du matin, et la volonté de faire une petite communauté de vie n’ont pas tenu dans le temps et au bout de vingt-cinq ans s’est arrêté. Néanmoins dans les fruits,  plusieurs ont demandé le baptême, d’autres ont été guéris de la dépression, puis il y a eu la réalités d’un accueil inconditionnel dans un accompagnement constant. Ce groupe a été source de grâce, référence parmi les multiples groupes de prière, comme une instance d’insertion ecclésiale des fruits de l’Esprit.

 

Cette liberté de la foi dans les multiples rencontres, ou elle a pu partager avec ardeur cette rencontre du Christ avec des grands noms de l’école biblique de Jérusalem, ou avec Jean Pliya et d’autres noms pour le renouveau. Un couple qui ne payait pas de mine mais partageait à tous la foi avec disponibilité et générosité. Les parents ont côtoyé aussi le Full Gospel, les hommes du Plein Evangile, avec enthousiasme, tout en percevant la fragilité d’un œcuménisme tirant vers le protestantisme et ils se retirèrent silencieusement pour continuer leur chemin de foi. Les expériences spirituelles demandent du discernement et ne sont pas toujours sans poser question, mais les orientations de vivre du Christ et d’être dans l’obéissance de l’Eglise, tout en maintenant un éveil sur le souffle de l’Esprit Saint leur ont permis de continuer de grandir dans la foi. Il est important de se dire que l’expérience humaine ne se faisait pas de certitude ou de perfection, mais bien d’une marche qui demande sans cesse un peu de discernement, beaucoup de conversion personnelle, de remise en question pour agir dans la vérité de la Parole et trouver le chemin de croissance qui sera le nôtre.

 

Conclusion

Nous prions pour le repos de l’âme de Brigitte et en même temps nous témoignons de la grande espérance du salut. La foi se manifeste par la confiance en Dieu et cette brulure intérieure de l’amour pour avancer dans la communion des saints, c’est-à-dire des vivants et des morts. En serviteur fiable, Brigitte entre dans la joie de son maitre, et nous avons à continuer notre chemin de foi avec confiance. Entendons là nous dire : J’entrerai dans la louange au ciel les bras levés vers mon Père pour chanter ma joie d’être enfin avec Lui pour l’éternité dans la civilisation de l’amour qui ne s’éteint jamais.

[i] Mon Père, Brigitte Bellut

[ii] &147 Gaudete et exsultate – François – Degrés de perfection, 2 (Œuvres complètes, Paris 1990, p. 313).

[iii] Id., Avis à un religieux pour atteindre la perfection, 9b (Op. cit., p. 311).

[iv] Mon Père, Brigitte Bellut

[v] P 133 La mort et l’au-delà – Joseph Ratzinger

Comment vivre le débat sur la fin de vie sans s’interroger sur l’essence de la vie, et sa valeur propre, indépendamment des circonstances et des accidents ? La vie comme mystère de la profusion de la relation féconde doit se raisonner. Comment regarder l’enjeu principal, qui est d’accueillir la vie de Dieu en nous et d’en être dépositaire et non propriétaire ? Le sens de la vie introduit à la dimension eucharistique par l’oblation et l’appel à la nouveauté de la relation à Dieu.   En effet, à travers le sacrifice de la croix et la proclamation de la résurrection un nouvel horizon d’alliance se fait jour, où tout est possible puisque Dieu est présent. A travers l’eucharistie, Jésus nous donne le don de la vie en Dieu, et à travers ce partage, nous fait reconnaitre l’amour pour le vivre en esprit et en vérité. Nous le savons, « L’homme ne peut vivre sans amour »[1] L’amour est un chemin d’humanité qui révèle nos vulnérabilités et parallèlement toutes ses richesses.

 

Le principe de la vie nouvelle oriente nos choix de société dans une recherche du vrai bien, qui est relation à l’autre et accompagnement, mais certainement pas l’abandon souvent cynique et de la mort comme solution finale. L’existence chrétienne est un chant d’action de grâce pour les bienfaits du Seigneur en toute circonstance, un choix de confiance en sa providence pour continuer de vivre sa foi, en cohérence avec la Parole de Dieu. Le mal et la souffrance sont bien une réalité de l’existence humaine, et plutôt que de l’effacer, il lui faut faire face pour trouver les thérapies nécessaires à une amélioration somatique et un développement de la relation pour accompagner chacun dans son histoire. Oui, il nous faut continuer de tenir la main, même si c’est celle d’un mourant, surtout si c’est celle d’un mourant. La souffrance et la réalité de la mort nous confrontent à nos propres vulnérabilités.  « Accepter de demeurer dans cette situation de fragilité est l’occasion de nous approcher du lieu intime et mystérieux où la force de vie coule en nous comme un don gratuit »[2]  Or l’accompagnement de la vie est la clé de toute fraternité, comme être de relation. Souvent, les demandes de mort sont des appels au secours. Ce qui est vrai pour certaines tentatives de suicide est également vrai pour des demandes d’euthanasie, voire d’avortement. Il n’y a pas seulement une mort sociale et une demande de renaissance, mais également une demande d’attention d’être pour accompagner la fatigue d’être soi en pétillement de joie à retrouver dans ce cri d’être une personne aimée, reconnue et qui a toute sa place malgré sa grande vulnérabilité. « Aucun homme n’est un échec, la vie humaine garde toute sa dignité, même lorsqu’elle est marquée par la souffrance »[3] La vie a de la valeur humaine, comme source de relation et d’interaction. Alors les horizons changent pour continuer ce lien d’humanité jusqu’au bout de la relation. Une volonté de dépassement de soi pour être en communion et reconnaitre l’importance de sa place dans la communauté humaine.

 

L’appel à l’attention aux plus pauvres passe, par l’accompagnement des mourants, et l’impératif à être présent, parfois dans le silence lorsque la Parole devient de trop, mais toujours dans la prière et l’imitation du Christ présent à chacun. La souffrance nous fait peur, et Jean-Dominique Bauby[4] raconte comment l’isolement social s’est fait peu à peu, certains prenant le train de Paris jusqu’au seuil de sa chambre à l’hôpital de Berck pour finalement refuser d’entrer et repartir. L’enjeu de l’accompagnement des plus faibles au nom d’un principe d’humanité semble aujourd’hui remis en cause par une loi qui ferme toute discussion par le délit d’entrave. L’investissement des soignants dans les services de soins palliatifs est un engagement pour la dignité humaine et l’accompagnement de la relation afin de révéler le sens de l’humanité. La lâcheté du choix de la mort est un refus d’être en relation. Nous ne pouvons pas en être solidaires, ni de près, ni de loin. L’homme dans sa vulnérabilité a besoin de fraternité comme de liberté de croissance pour grandir en relation et s’épanouir pleinement dans sa nature propre.

 

Nous sommes en Eglise le corps du Christ et nous avons à prendre soin de ce corps dans la communion que nous vivons les uns avec les autres en artisans de paix. Nous ne sommes pas des légionnaires de la mort. Ainsi, le témoignage de notre communion ecclésiale et le discernement nécessaire aux situations demandent impérativement d’obéir à la tradition apostolique, non de manière servile, mais dans la responsabilité baptismale et notre vocation prophétique à la compréhension de la Parole du Christ formulée par le saint Pape de manière rigoureuse.  « … en conformité avec le Magistère de mes Prédécesseurs[5] et en communion avec les Evêques de l’Eglise catholique, je confirme que l’euthanasie est une grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d’une personne humaine. Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu écrite; elle est transmise par la Tradition de l’Eglise et enseignée par le Magistère ordinaire et universel..[6] » Cela ne supporte aucun relativisme, même s’il faut une définition claire de l’euthanasie sans confusion avec l’acharnement thérapeutique ni des moyens disproportionnés. L’importance de rappeler ce qui fait notre communion ecclésiale et la norme morale qui en découle sur un tel sujet doit orienter notre connaissance pour approfondir les Écritures et entrer dans l’intelligence de la foi afin de se mettre véritablement au service de la charité.

La tyrannie de la mort dans l’irrationalité de la peur

La base de l’adhésion se fait pour beaucoup sur une idéologie de la peur comme déclencheur d’un assentiment. La manipulation est en marche. L’instrumentalisation des situations dans un sentimentalisme débordant de générosité fraternelle, pour couper tout lien avec l’autre, situe bien le paradoxe du positionnement. Mais la peur de la souffrance, l’absence des soins palliatifs et l’isolement des personnes tant social qu’économique engendrent une volonté de ne pas être un poids pour la société. La norme utilitaire devient alors le principe premier de toute décision. Au nom de la liberté, nous voici dans le règne de l’arbitraire sous-tendant l’individualisme, mais glissant dans une tyrannie qui ne dit pas son nom.

 

La peur est mauvaise conseillère, dit le proverbe. Elle est surtout un instrument efficace d’assujettissement de toute politique totalitaire. Lors de la pandémie du Covid Wuhan, certaines dispositions absurdes comme le confinement à géométrie variable, et sans distinction de l’espace nous montrent dans une forme de solidarité nationale mal aiguillée les dérives despotiques jusqu’à interdire le culte religieux. La peur fonctionne comme un catalyseur d’angoisse pour orienter nos décisions sur ce qui parait le plus vital sans discernement préalable pour anticiper un mal. L’injonction du « je ne veux pas souffrir », sous-entendu parce que ce n’est pas humain, enjoint à vouloir la mort comme unique issue. C’est absurde ! Nous ne pouvons pas réfléchir ex nihilo à une situation. La souffrance n’est pas un projet d’avenir, ni quelque chose qui peut se penser en amont. La vraie liberté est de choisir en connaissance de cause dans une compréhension du contexte et une participation de tout notre être. Refuser la peur, c’est refuser d’être maitre de tout, et de tout décider par avance. Au moment opportun nous aurons à faire des choix humains, chacun de nous exerçant son discernement avec prudence au plus profond de sa conscience pour répondre avec sérénité à l’instant présent.

 

Certes, la difficulté de voir notre finitude, s’exprime dans les enterrements comme un rappel à la fugacité de nos jours. Et si nous étions le prochain que souhaiterions-nous de notre vie ? Alors se produit une forte réaction de maitrise dans de tels moments afin de choisir même l’insaisissable. Cela parait bien illusoire. « Je veux contrôler comment je vais mourir. » comme un appel lointain d’être « comme des dieux » On sait bien que parfois la mort nous surprend, mais lors de l’apparition de la maladie, tout d’un coup, nous voulons être les maitres, et le déploiement d’une mort annoncée, loin de rassurer, réactive un mécanisme de défense en parlant de liberté pour choisir sa mort. Tout cela n’est pas bien rationnel. Or le Christ nous a libéré de la mentalité d’esclave qui fonctionne sur la peur, pour faire de nous des hommes libres en Dieu notre Sauveur. Sans cesse, il nous faut approfondir les changements de vie qu’opère l’accueil du salut de Dieu, et les repositionnements que nous avons à vivre, en chassant toute peur au nom du Christ et de son Evangile.

Un âgisme qui ne dit pas son nom

Le débat sur la loi de la fin de vie est en fait un débat sur la fraternité et l’accueil de l’autre dans toutes ses réalités ? Doit-on accompagner, ou doit-on tuer ? Le cas du suicide étant assez éloquent, si un jeune de vingt ans décide de se jeter du pont, dois-je lui faire entendre raison ou le conforter dans son choix ? Si la réponse vient spontanément pour la préservation de la vie, pourquoi en serait-il autrement d’une personne de cent ans ?

 

En fait, L’euthanasie est d’abord la cible des vieux laissés pour compte. En dehors du lien social du travail, certains s’isolent peu à peu. Le suicide des personnes âgées est une réalité, comme le syndrome de glissement observé dans certaines situations de vieillissement. D’autre part, il est vrai que la perte d’autonomie et des repères, ainsi que parfois la précarité, n’aident pas à la rencontre, et nous entendons régulièrement parler de ces morts découvertes dans leurs appartements plusieurs mois après le décès, voire des années après, sans que personne ne s’en soit préoccupé. Alors ? Doit-on continuer à laisser vivre ceux qui grèvent les caisses des retraites ? Ne doit-on pas faire un âge limite, comme 75 ans aux Pays-Bas pour vie accomplie ? Que dire de ce jeune trentenaire, acteur économique reconnu, qui déclarait de manière péremptoire « il faut tuer les vieux à partir de 65 ans », et une fois l’âge atteint, répond aux détracteurs ; c’est une erreur d’appréciation, une erreur de jeunesse. Les propositions absurdes touchant l’âge sont nombreuses. Retrouver une conscience de l’homme dans toute sa dimension, demande d’accepter aussi sa vulnérabilité, et ce qui est de l’ordre de l’imprévisible. Les vieux nous l’apprennent chaque jour, dans la sagesse d’une juste distance et la prudence des âges.

 

Ne soyons pas hypocrites, l’euthanasie concerne en grande partie les vieux, et la pensée magique de l’indécence de les laisser vivre. Euthanasiez-vous comme les autres, pourrait-on leur dire à travers la nouvelle loi votée. Dans des contextes manipulatoires, on pourrait entendre ; « Vous avez mal, vous souffrez ? La mort est la solution ! » L’âgisme, concept du racisme sur l’âge, est un fléau du mercantilisme. La vie n’a pas de prix parce qu’elle parle d’amour en devenir. « La société doit respecter et promouvoir la dignité des personnes âgées. Elles ont encore une mission »[7]. C’est cela, la recherche relationnelle. La dignité de l’homme se vit dans  nous faut changer les mentalités et refuser de voir l’âge comme une décrépitude de vie, ou un déshonneur, voire l’encombrement d’un espace de charge psychique. Un tas d’humanité à réduire à néant. La perception utilitariste des relations humaines, et le refus de la vulnérabilité sont le naufrage de la dignité humaine. Rappelons-nous que nous sommes tous appelés à vieillir, tous n’y arrivent pas.

 

Ainsi, accompagnons chacun dans cette richesse du temps qui se déroule avec quiétude, même s’il y a des turbulences. Soigner l’aiguë c’est aider au passage vers un meilleur bien, et non pas une recherche à rendre inéluctable la mort, jusqu’à la provoquer. Les attentes des vieux, dans le service des urgences, comme la prise en charge chez certains soignants, voire dans les véhicules d’urgence comme les régulateurs de SAMU, font scandale. Parce qu’on est vieux, l’injonction sociétale serait « crève en silence ! ». La crudité des réalités demande un sursaut de la conscience pour démasquer les impostures sentimentalistes « c’est pour votre bien » ou, pire encore, « puisque vous le demandez-vous le valez bien », proposant ainsi la culture de mort en hommage. La résistance est de refuser le mensonge de l’utile pour conjuguer le sens de l’homme et sa dignité propre. Le prophétisme est de laisser l’Esprit Saint souffler dans nos vies pour nous montrer l’ancrage de la Parole, et la force du témoignage pour aller jusqu’au bout du don sincère de soi-même. Dieu sait, à nous d’être disponible à la grâce du temps.

[1] &10 Redemptor Hominis – JP II

[2] P. 60 Euthanasie, l’envers du décor, chapitre L’instrumentalisation du médecin – Catherine Dopchie (oncologue médical, spécialisée en soins palliatifs)

[3] &65 Evangelium Vitae JPII

[4] Le scaphandre et le papillon, l’auteur raconte son attaque cérébrale et les conséquences dans une communication limitée au clignement de son œil gauche, situation connue sous le nom de locked in syndrome

[5] Cf. Pie XII, Discours à un groupe international de médecins (24 février 1957): AAS 49 (1957), pp. 129-147 ; Congrégation du Saint-Office, Decretum de directa insontium occisione (2 décembre 1940) : AAS 32 (1940), pp. 553-554 ; Paul VI, Message à la télévision française : »Toute vie est sacrée » (27 janvier 1971): Insegnamenti IX (1971), pp. 57-58 (La Documentation catholique, 1971, p. 156) ; Discours à l’International College of Surgeons (1er juin 1972): AAS 64 (1972), pp. 432-436; GS 27

[6] LG 25.

[7] &191 Christus Vivit – François

Euthanasie, naufrage républicain pour orphelin spirituel

 

La loi sur l’euthanasie et le suicide assisté, sobrement appelée aide à mourir, serait selon le quotidien Le Monde  « la réforme sociétale la plus importante depuis le mariage pour tous »[1]  Que dire de la référence pour amorcer une impasse anthropologique ?A défaut d’en voir une évolution moderne, il nous faut voir un barbarisme sauvage dans un refus d’accompagnement et une optique utilitariste saupoudrée d’injonction sociétale,  « cachez cette souffrance que je ne saurais voir »[2]. Une hypocrisie d’une régression appelée avancée sociétale, optant pour un changement anthropologique majeur, et une brisure d’un interdit fondateur qui est le meurtre[3]. La loi est-elle encore républicaine ? Elle dénie la fraternité dans un refus d’accompagnement des personnes. Elle est un manque de liberté dans le délit d’entrave, mais aussi dans une possibilité d’instrumentalisation des positions. Enfin elle est un refus d’égalité dans l’accompagnement, les plus riches pouvant profiter de soins d’accompagnement alors que pour les autres l’euthanasie sera l’excellente porte de sortie ? Nous y voyons une escroquerie sociétale dans un rapport de force trafiqué. L’égalité dépend du portefeuille. De plus, résonne l’adage « La vie n’a pas de prix, mais elle a un coût. » A coup sûr, il y a  bien une indignité à proposer la mort comme porte de sortie à l’accompagnement de la vie ! Mais la loi votée par les députés va à l’encontre des commandements de Dieu, et notamment du sixième  « Tu ne tueras pas »[4] obligeant à la résistance et à une prise de conscience de nos responsabilités prophétiques pour annoncer la grande espérance du salut. La vérité de l’amour est relation féconde à l’autre, et certainement pas un effacement par la mort et l’appel au néant.

Une approche spirituelle

Ne nous y trompons pas, il y a bien une dimension spirituelle dans la question de l’euthanasie, comme du suicide assisté, regroupée sous la fallacieuse expression Aide ‘active’ à mourir. Toutes les religions monothéistes et même le bouddhisme sont contre une telle iniquité. Nous, judéo-chrétiens, nous réaffirmons que l’homme est créé à l’image de Dieu. Et nous sommes appelés à la vie éternelle, dans une disposition au don de Dieu et non dans une volonté de toute puissance afin de tout maitriser. L’orgueil technologique entraine un refus de la vulnérabilité et une vision utilitariste de la vie, avec une évaluation quantitative de la dignité ou pas de la personne, ce qui est le propre des tyrannies, et dans cette appréciation subjective de l’être humain, une justification abjecte de l’esclavage et de toute forme de domination sur les plus faibles. Certes, d’autres formes de religion ésotérique comme la franc-maçonnerie[5] sont assurément dans d’autres considérations, notamment à cause d’un rapport de fraternité tronqué par l’initiation et une hiérarchie de l’inégalité et de l’arbitraire ouvrant d’ailleurs à toutes les absurdités possibles.

Vraiment digne ?

Le principe de la dignité, discutablement invoqué pour ceux qui nous assomment de la liberté de choix à mourir et qui paradoxalement sont justement les promoteurs d’une tyrannie dans le délit d’entrave et le refus d’être en désaccord, interroge. La loi votée en est un exemple. L’orientation malsaine de la culture avec les films et les documentaires allant dans un même sens, montre une information tronquée, partiale et manipulatoire. De plus, l’équivalence des positionnements, pour ou contre,  mettent à mal une prise de conscience respectueuse des choix de chacun dans un pacte social cohérent et d’une réflexion ancrée dans la raison et l’expérience d’une recherche de bien commun. Comme le dit le Saint Pape, qui a connu deux dictatures, le nazisme et le communisme : « Tout semble se passer dans le plus ferme respect de la légalité, au moins lorsque les lois qui permettent l’avortement ou l’euthanasie sont votées selon les règles prétendument démocratiques. En réalité, nous ne sommes qu’en face d’une tragique apparence de légalité et l’idéal démocratique, qui n’est tel que s’il reconnaît et protège la dignité de toute personne humaine, est trahi dans ses fondements mêmes:  Comment peut-on parler encore de la dignité de toute personne humaine lorsqu’on se permet de tuer les plus faibles et les plus innocentes? »[6] Rien ne peut justifier une demande de mort. Cela entraine une vision désespérante des situations et enclenche souvent un refus de fraternité dans un renfermement sur soi. Or la réflexion du saint Pape est une critique des faux droits « nous ne sommes qu’en face d’une tragique apparence de légalité et l’idéal démocratique » et un refus affirmé d’y adhérer. Ce droit est une trahison de vie et notamment des plus petits. De fait, c’est un appel à prendre conscience de la fracture instaurée dans la négation de toute vulnérabilité. Certes, il y a bien un fondement religieux pour nous, mais il y a d’abord un débat sur la raison et la capacité à vivre ensemble un chemin d’humanité où chacun est à sa place et est accompagné jusqu’au bout, et non abandonné à ses propres affres. L’avertissement du saint Pape illumine avec d’autant plus d’acuité aujourd’hui le débat :  « Revendiquer le droit à l’avortement, à l’infanticide, à l’euthanasie, et le reconnaître légalement, cela revient à attribuer à la liberté humaine un sens pervers et injuste, celui d’un pouvoir absolu sur les autres et contre les autres. Mais c’est la mort de la vraie liberté »[7] La perversion d’une telle pensée trouve sa pointe dans l’impensée économique et la volonté de faire des économies sur la vie des citoyens d’une part, et le cynisme d’avoir un corps correspondant à ses rêves et de refuser toute forme de vulnérabilité d’autre part. La dignité n’est pas dépendante du contexte de vie, mais bien de la nature même de la personne.

Les vulnérables « un tas de néant »[8]

Nous avons à développer une vigilance dans l’accueil des plus vulnérables, notamment dans la maladie et l’isolement social, vraies sources de pauvreté. Comme le rappelle le pape Léon XIV, « le marché est le lieu des affaires, où malheureusement s’achète et se vend autant l’affection que la dignité, en essayant d’en tirer profit.  « Et quand on ne se sent pas valorisé, reconnu, on risque même de se vendre au premier venu. »[9] En effet, nous avons à prendre garde aux sujets de fin de vie et à ne pas tout voir par le prisme de la douleur pour justifier une position mettant à mal la fraternité. La relation ne s’achète pas dans une forme d’utilitarisme des situations, mais demande au contraire de témoigner de la gratuité de l’amour comme don de Dieu pour chacun et partage solidaire d’une même expérience d’enfant de Dieu aimé par le Père, sauvé par le Fils, et vivant du don de l’Esprit dans la joie de la relation. La marche d’espérance de l’année jubilaire invite à reconnaitre le frère en toute situation pour faire un bout de chemin avec lui et développer un accompagnement ajusté à la réalité du moment, à travers une écoute active pour continuer d’être un frère en humanité pour une recherche du meilleur bien. Le sens de son existence se vit au cœur de la Parole de Dieu et dans l’exercice de l’amour pour témoigner de cette grande espérance du salut. Dieu vient à la rencontre de chacun afin de valoriser chaque histoire à travers un travail d’accompagnement et de bienveillance. Dans chaque situation, « il y a toujours la possibilité de trouver un sens, parce que Dieu aime notre vie »[10] et que nous ne sommes pas propriétaires de nos vies, mais dépositaires, avec la responsabilité pour chacun de porter du fruit et de rendre compte du don de Dieu en serviteur fiable des charismes partagés. Retrouver ce qui est juste pour nous et pour nos frères demande un discernement prudentiel pour ne pas entrer ni dans un relativisme empreint de compromission ni dans une rigidité excessive tuant la relation. L’appel du pape doit nous interroger : « Notre monde peine à trouver une valeur à la vie humaine, même en sa dernière heure : que l’Esprit du Seigneur éclaire nos intelligences, pour que nous sachions défendre la dignité intrinsèque de toute personne humaine. »[11] La dignité de la personne est fondée sur ce qu’elle est et non sur ce qu’elle fait. La valeur de la vie est donc liée à la dignité de la personne d’accueillir le don pour donner du sens au jour nouveau et retrouver les liens nécessaires à l’expression d’un dialogue où la fraternité s’exprime le plus intensément possible.

 

L’accueil de la vie demande au disciple du Christ une vigilance accrue, comme le rappellent les pères conciliaires : « Tout ce qui s’oppose à la vie elle-même, comme toute espèce d’homicide, le génocide, l’avortement, l’euthanasie et même le suicide délibéré ; tout ce qui constitue une violation de l’intégrité de la personne humaine ; … tout ce qui est offense à la dignité de l’homme ; … les conditions de travail dégradantes qui réduisent les travailleurs au rang de purs instruments de rapport, sans égard pour leur personnalité libre et responsable : toutes ces pratiques et d’autres analogues sont, en vérité, infâmes. Tandis qu’elles corrompent la civilisation, elles déshonorent ceux qui s’y livrent plus encore que ceux qui les subissent et insultent gravement à l’honneur du Créateur. »[12] Les sujets d’ailleurs sur la mort de l’homme ne sont pas séparés ; ce qui est vrai pour le début de la vie avec l’avortement et l’eugénisme qui s’ensuit a aussi des répercussions sur la fin de vie. Le rapport au travail et la relation sociale induisent toute la société dans une démarche cynique d’utilitarisme à outrance et la montée des burn out et des situations familiales de plus en plus complexe, comme les troubles de la santé mentale peuvent avoir un lien. La culture de mort étant la recherche d’une vie calculée selon les besoins économiques et le rapport de production. C’est une forme cynique de comprendre les rapports humains, et assez désespérante. Les maux de notre société actuelle y puisent leurs racines.

 

[1] Le Monde 28 mai 2025

[2] // Fourberie de Scapin – Molière, acte III scène 2

[3] Ce qui fonde toute société est l’interdit de l’inceste et du meurtre cf Levi Strauss, on y ajoute parfois le cannibalisme et la violence mimétique

[4] Ex 20

[5] NB la franc-maçonnerie est reçue par l’Etat avec les autres religions dans un même groupe d’échange. Le discours du Président Macron sur la mise en place de l’euthanasie en un tel lieu est éloquent.

[6] &19 Evangelii Vitae – Jean Paul II

[7] &20 Evangelii Vitae – Jean Paul II

[8] J. P Sartre

[9] Catéchèse du 4 juin La vie de Jésus, les paraboles  8 les ouvriers de la vigne Pape Léon XIV

[10] ibid

[11] ibid

[12] 27&3 Gaudium et Spes – Vatican II

 

Janvier 2022

 

EDITO 1 SEPTEMBRE 2021