Lors de la création du monde et avant toute vie, l’Esprit Saint était là, pour régénérer la terre entière du don de Dieu. « Au commencement le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. »[1] Avant toute chose, Dieu est présent pour se manifester dans le dynamisme de l’amour. Il donne vie à la création par le souffle de l’Esprit Saint, ainsi la parole se révèle créatrice. Toute vie spirituelle commence par la réception de l’Esprit Saint qui manifeste l’amour du Père et illumine la Parole du Verbe. L’alliance avec l’homme est de donner la vie en plénitude. L’homme est appelé à une relation dans la communion d’amour illuminé par la vérité des choix afin de poser un dialogue confiant au jardin d’espérance. Dans ce temps de grâce qui nous conduit de l’ascension à la Pentecôte, il nous faut être attentif à demander la vie de l’Esprit, la surabondance de la joie de Dieu dans notre histoire, l’illumination de la Parole qui fait de tous nos actes une hymne d’action de grâce. La source de toute vie se trouve dans le don de Dieu, et en serviteurs fiable nous avons à développer nos talents pour être fidèles aux Ecritures.
La responsabilité de l’homme dans l’écoute de la Parole de Dieu est de persévérer dans la confiance pour choisir librement l’amour en toute circonstance. La liberté est source de vie lorsqu’elle s’oriente vers l’amour dans une recherche de relation féconde comme le rappelle le Saint Pape. « L’homme est appelé à une plénitude de vie qui va bien au-delà des dimensions de son existence sur terre, puisqu’elle est la participation à la vie même de Dieu. »[2] Vivre humainement c’est participer à l’œuvre de Dieu. Aussi, le refus d’être en confiance avec Dieu est un détournement de notre vocation première à l’amour, et conduit à une impasse mortifère. Alors le choix évolue en aliénation et devient désespérance et tyrannie dans cette illusion de vouloir être comme des dieux. Hélas, l’orgueil spirituel est de se prendre pour des dieux, dans la folie des choix d’une culture de mort cynique et nihiliste. Au contraire, l’Esprit Saint nous conduit dans la foi au Christ à retrouver l’intelligence des Ecritures afin d’être promoteurs de la vraie vie, celle qui nous mène à la communion éternelle avec Dieu. . « Peu à peu, la Révélation fait saisir de manière toujours plus claire le germe de vie immortelle déposé par le Créateur dans le cœur des hommes »[3] Il y a la bénédiction de Dieu dans chaque vie humaine, comme une implication forte de sa présence, par l’image, et une volonté de nous conduire à Lui. En Jésus, au souffle de l’Esprit nous sommes vivifiés par la grâce pour répondre par notre témoignage de sa présence en nous et autour de nous. La croissance de la liberté se fait dans la vérité du discernement pour reconnaitre ce qui vient de Dieu et ce qui nous fait grandir, et refuser tout ce qui vient du mauvais.
Accueillir cette fraternité dans la fécondité de l’amour pour une communion éternelle, demande de refuser le cynisme d’une souffrance. Surtout lorsque celle-ci semble selon les cyniques escamoter la dignité propre d’image de Dieu de l’homme dans son lien à la vie. « La vie que Dieu donne à l’homme est bien plus qu’une existence dans le temps. C’est une tension vers une plénitude de vie »[4] Le temps a une dimension divine dans l’accomplissement de sa Parole dans nos vies, et un appel à prendre le bon rythme pour accueillir la grande espérance du salut. L’appel à vivre cette plénitude demande la confiance dans le quotidien et la persévérance à l’écoute de la Parole à apprendre de toute situation sous le regard du Christ crucifié et ressuscité. La source de toute vie est en Dieu. L’homme la reçoit comme une offrande. « L’homme qui vit en plénitude sa dignité rend gloire à Dieu, qui la lui a donnée. »[5] La réalité du moment doit être pour nous un lieu de louange, et de manifestation de notre fidélité à Dieu, que ce soit Job sur le fumier, ou David dansant devant l’arche. L’Esprit Saint dans son action vivifiante, affermit cette dignité inaliénable de la personne humaine, et permet à chacun de redécouvrir sa vocation première de communion dans la relation à l’autre et au Tout Autre. Il y a une responsabilité face à la création, cette « maison commune », pour œuvrer à la grande espérance du salut. « En se découvrant aimé de Dieu, l’homme comprend sa dignité transcendante, il apprend à ne pas se contenter de soi et à rencontrer l’autre dans un tissu de relations toujours plus authentiquement humaines »[6] La dignité de l’homme est donc le développement de la vie en Dieu, sur terre comme au ciel, et dans l’obéissance à sa volonté en nous rendant disponible au moment présent, sans vouloir mettre la main dessus, dans une toute-puissance déplacée. Pour comprendre l’homme il faut contempler le Christ « Étant donné que le mystère du Christ illumine le mystère de l’homme, la raison donne sa plénitude de sens à la compréhension de la dignité humaine et des exigences morales qui la protègent »[7] Parler donc de dignité de l’homme est regarder les exigences morales pour l’aider à murir les choix pour une vraie fraternité. L’Esprit Saint nous y aide, et nous avons à travailler à son œuvre.
En effet, dans notre vocation propre de fils à l’image de Dieu, nous pouvons comprendre qu’il nous faut être en communion de personnes dans l’accueil des altérités, et la complémentarité des personnalités. Une communion qui est accompagnement de l’autre dans tous ses trajets de vie, et non tueur à gages lorsque l’autre devient gênant par ce qu’il est ou ce qu’il vit. L’homme, image de Dieu est communion avec Dieu mais aussi avec son frère dans une même famille où tous ensemble nous devons travailler à la fraternité comme logique de la relation d’amour. La vie de l’homme est « une participation à la vie intérieure de Dieu lui-même, à sa sainteté »[8] par pure grâce. Il nous faut continuer cet échange en toute circonstance pour laisser Dieu nous parler et continuer de nous faire grandir dans cette communion avec Lui. Le regard de bienveillance de Dieu sur sa création est merveilleux. « Malgré toutes les expériences de sa propre vie, malgré les souffrances, les déceptions de lui-même, son état de pécheur, malgré, pour finir, la perspective inévitable de la mort, l’homme continue cependant toujours à mettre la « connaissance » à « l’origine » de la « procréation » ; ainsi il semble participer à cette première « vision » de Dieu lui-même : Dieu, le Créateur « vit tout… et voilà que c’était bien ». »[9] L’homme contribue à cette vie dans une volonté d’aller de l’avant dans ce dynamisme du vivant. La puissance de la vie malgré les vents contraires qui peuvent surgir du quotidien demande donc beaucoup de discernement pour laisser résonner la parole à la lumière d’une vie relationnelle ou chacun peut exprimer ses propres angoisses, comme ses joies. Goutons la vie comme un chant de louange au Créateur. La lumière de la foi peut ouvrir à la raison d’une connaissance qui œuvre pour la beauté de la vie en toute occasion. L’Esprit Saint qui est la Personne Don continue de souffler en nous le principe de vie, et de joie de la relation en Dieu. Tout notre être continue de crier cet appétit de vie dans la connaissance de Dieu, pour se développer dans la recherche de la vie éternelle, promesse de la grande espérance du salut. Dans notre vocation première d’être de relation avec Dieu par alliance et avec la première bénédiction qui est d’être fait à son image, nous sommes envoyés pour faire reconnaitre cet amour pour tous les hommes.
L’alliance de Dieu avec les hommes se vit dans l’amour que nous révèle le Christ à la croix. Elle est vécue à la Pentecôte par l’envoie de l’Esprit Saint et le torrent de grâce inépuisable, (et c’est vrai encore aujourd’hui n’en doutons pas). Dans l’amour nous sommes appelés à la joie du salut. « L’Esprit Saint ne cesse [pas] d’être le gardien de l’espérance dans le coeur de l’homme: de l’espérance de toutes les créatures humaines et spécialement de celles qui « possèdent les prémices de l’Esprit » et qui « attendent la rédemption de leur corps »[10]. »[11] Corps et âme nous sommes appelés à rendre compte de notre foi, et de notre expérience de la vie de l’Esprit. Soyons toujours attentifs à travers nos rencontres à témoigner de cette vie de Dieu en nous, comme dans la relation fraternelle à soutenir ceux qui en ont besoin pour les accompagner sur le chemin d’une humanité solidaire dans la rencontre et le dialogue. En tout cela nous accompagnons chacun avec persévérance dans la promotion de la vie. Peut-être pouvons-nous réentendre l’appel de Dieu à travers la méditation des Ecritures « Sans « le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint, [que Dieu] a répandu sur nous à profusion, par Jésus-Christ notre Sauveur »[12], tous les hommes sont « des insensés, des rebelles, des égarés, esclaves d’une foule de convoitises et de plaisirs, vivant dans la malice et l’envie, odieux et [se] haïssant les uns les autres »[13]. »[14] La vertu de prudence demandera alors de se laisser toucher par la grâce et de témoigner de sa vie de l’Esprit dans la disponibilité du cœur. « Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre. »
[1] Gn 1,2
[2] &2 Evangelium Vitae – Jean Paul II
[3] &31 Evangelium Vitae – op cité
[4] &34 Evanglium vitae – op cité
[5] P 12 Présentation du Compendium
[6] &4 Compendium de la doctrine Sociale de l’Eglise
[7] &75 Compendium de la doctrine Sociale de l’Eglise
[8] TDC 16-3 Jean Paul II
[9] TDC 22-7 Jean Paul II
[11] &67 Dominum et vivificantem – JP II
[12] Tt 3, 5-6
[13] Tt 3, 3
[14] &381 Compenduim de la Doctrine sociale de l’Eglise
La question de l’euthanasie et du suicide assisté délivré sous le doux terme « d’aide active à mourir »[1] pose la question d’une sémantique éludant la réalité des faits. Une aide active à mourir en droit pénal cela s’appelle un meurtre. De plus, l’appellation d’aide à mourir met sur le même niveau l’euthanasie, et le suicide assisté, ce qui est déjà choquant dans l’indifférenciation des actes, et le nivellement des responsabilités. En effet, si l’aseptisation du mot renvoie à une forme d’irresponsabilité de la vie face à la fatalité, comme un endormissement de la conscience, dans une volonté de Toute-puissance sur la direction de la vie « vous serez comme des dieux connaissant le bien et le mal »[2] le refus de nommer l’acte dans la vérité d’une réalité bien concrète, et le déni de s’y opposer rappelle clairement une forme de tyrannie. Orwell l’avait bien compris dans son roman dystopique[3] « 1984 » La dictature commence par un changement de langage pour faire passer les mensonges comme véridique dans une volonté d’imposer une idéologie en changeant le sens des mots et en jouant sur la peur, notamment dans le cas présent la peur de la souffrance et l’impossibilité d’y faire face. La rareté des structures de soins palliatifs entretient efficacement cette peur[4]. Ajoutons à cela des cas d’obstination déraisonnable de soin (acharnement thérapeutique), et nous faisons éclore une société réclamant la mort.
De plus, nous ne sommes pas dans un projet politique avec une discussion ouverte et respectueuse, mais bien dans une idéologie clivante et indigne de la démocratie avec une forme de relation terroriste entre les modernes et les autres, et fait aggravant l’indifférenciation inégalement traités par les mass médias. Le barbarisme de notre société est en marche, et le recul de la transcendance programmé. La manipulation des mots devient le ferment de nos maux. Comme nous le rappelait le saint pape, « La capacité de connaître la vérité se trouve alors obscurcie et sa volonté de s’y soumettre, affaiblie. Et ainsi, en s’abandonnant au relativisme et au scepticisme[5], l’homme recherche une liberté illusoire en dehors de la vérité elle-même »[6] Remettre le Christ au cœur de notre vie demande une vision plus globalisante ou l’homme à toute sa place dans toutes les réalités de son quotidien, et non pas simplement quand tout va bien. « Au contraire, par la manifestation de la vérité, nous nous recommandons à toute conscience humaine devant Dieu »[7] La conscience humaine est dans ce désir de Dieu et de cette liberté à le reconnaitre dans notre propre croissance d’être.
Hélas, l’homme s’éloigne de l’arbre de la vie en développant la culture de mort. La proposition de loi déposée le 11 mars 2025 est soumise au parlement de l’Assemblée Nationale du 12 mai au 26 mai. Le 27 mai aura lieu les votes solennels. Nous voici entrainés dans une mascarade de la vérité amplifiée d’un sérum d’endormissement des consciences, qui demande des hommes et des femmes debout pour dénoncer l’imposture idéologique. Or le rejet par la commission des affaires sociales du 2 mai 2025 des amendements sur la fin de vie peuvent en creux nous dévoiler l’intentionnalité perverse d’un désenchantement de la vie, et le refus du don de la vie pleine d’être en relation.
L’imposture du consentement
En refusant la vérification du discernement de la personne, et qu’il ne soit pas altéré[8], nous pouvons donc soupçonner d’instrumentalisation la proposition de loi proposant que « la personne doit répondre à être apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée »[9]. En effet comment faire valoir cette volonté libre et éclairée sans vérification légale en cas de doute ?
D’ailleurs on peut s’interroger sur le rejet de l’amendement sur « l’interdiction d’appliquer l’euthanasie ou le suicide assisté aux personnes déficientes intellectuellement »[10]. Le questionnement est bien d’engager la liberté de la personne dans son expression, et la manifestation de sa liberté, quand bien même elle parait diminuée. Le champ d’interprétation est beaucoup trop large, et le refus de mettre des balises claires laisse entrevoir les glissements possibles quant à l’application de la loi. Ce droit à tous ouvert même aux clandestins[11] aura le mérite, dans un certain cynisme de régler d’autres problèmes sociaux-économiques. Mais que faisons-nous du frère, notamment le plus vulnérable ? Le refus de prendre en considération le handicap, ou l’extrême vulnérabilité est un mensonge de la relation. Nous ne sommes pas égaux dans les situations extrêmes !
De même il est douteux d’avoir rejeté l’amendement sur la vérification de la liberté de la personne, et la vérification qu’elle ne fait l’objet d’aucune pression. Ajoutons l’autre amendement rejeté sur le risque d’abus de faiblesse[12] pour y voir une possible instrumentalisation de la demande. D’autant plus qu’il y a un délit d’entrave adopté[13], pour qui voudrait dissuader une personne d’avoir recours à l’euthanasie. La liberté du consentement ne va que dans un sens, et instaure déjà une forme de tyrannie de la culture de mort, une faille dans la devise constitutionnelle de liberté, et une sortie du champ républicain dans un viol manifeste des libertés fondamentales. Nul autre pays n’a mis en place le délit d’entrave ! De fait un tel article rend à lui seul la loi illégitime. En effet, dans la violation des grandes libertés toute la loi devient inique (même si elle l’est déjà dans l’esprit et dans chacun des articles). Je passerais aussi sur le délit d’incitation au suicide assisté ou à l’euthanasie, amendement rejeté, pour des situations d’emprise en devenir. On peut pousser au suicide assisté ou à l’euthanasie en toute quiétude. Nous approchons du meilleur des mondes[14] ! A noter que cela reste cohérent avec la tyrannie qui n’impose qu’un choix, celui de l’effacement de l’autre.
La négation de l’altérité
La question du doute, et de l’éclairage par la modalité de la justice a été rejetée. Si le médecin à un doute sur la liberté du patient, et l’absence de pressions extérieures, il ne peut pas solliciter le procureur. Le rejet d’une telle proposition pose la question de l’altérité. Certes, en amont il doit y avoir un esprit de collégialité, mais dans l’acte même, le médecin est livré à lui-même. De plus, l’amendement sur la demande de décision d’euthanasie prise dans la collégialité a été également rejeté, ce qui laisse place à l’arbitraire sans possibilité d’un contrôle légalement prévu. D’ailleurs un amendement adopté stipule que l’avis de tous les professionnels qui interviennent auprès de la personne n’est plus requis. C’est ainsi que l’on pourra faire jaillir des vocations de fabriquant de mort[15] ou l’on pourra dire « la mort est mon métier »[16] et la dramatique possibilité de trafic d’organe. Dans le même esprit l’amendement sur le refus de faire valider la procédure par un magistrat, rejeté lui aussi, nous sort de l’état de droit. De surcroit un autre amendement rejeté qui demandait de passer par le juge des tutelles pour les majeurs protégés peut aussi gravement interroger sur l’intentionnalité des députés. Et quand bien même le médecin aurait besoin d’un avis médical du psychiatre pour qualifier le caractère libre et éclairé du patient, on reste coi sur l’amendement rejeté et le flou inquiétant dégagé par cette prise de décision. Aucun contrepoids, aucune garantie ; un soliloque pour seule prise de décision !
Le déni de conscience
L’application de la loi est une mise au pas des professionnels, ainsi les pharmaciens devront délivrer la substance létale, comme une obligation professionnelle (amendement sur la clause de conscience dans la préparation létale a été rejeté). De même les directeurs d’établissement seraient « tenus » d’organiser l’acte létal en leurs murs, et ce qui est vrai pour l’hôpital l’est tout aussi pour les établissements médico-sociaux dans une extension probable. D’ailleurs il est étonnant que la clause de conscience ne soit pas étendue aux infirmiers, aides-soignants et auxiliaires médicaux (amendement également rejeté). Toujours plus, un autre amendement sur la clause de volontariat pour les professionnels de santé voulant intervenir dans ce processus létal n’a pas été retenu. Point de volontariat donc mais bien une obligation d’appliquer cette loi injuste. Pourtant la conscience du frère, et de la nécessaire fraternité est non seulement une devise républicaine, pour tout citoyen français, mais également un appel du Christ à aimer son prochain en aimant Dieu. « Nous ne pouvons pas construire une société juste si nous rejetons les plus faibles, qu’il s’agisse de l’enfant dans le ventre de sa mère ou de la personne âgée dans sa fragilité, car ils sont tous deux des dons de Dieu. »[17] Le déni de la conscience personnelle est donc grave, et obère la liberté personnelle dans cette recherche du bien commun.
La mort arbitraire devenue mort naturelle
La proposition de loi indique que l’euthanasie ou le suicide assisté est définie comme une mort naturelle, ce qui va être compliqué pour les polices d’assurance vie. Mais au-delà de l’aspect contractuel, il y a là un mensonge sémantique. La mort provoquée ne peut être dite mort naturelle. C’est une imposture. Tout dans cette proposition de loi, tout parait absurde, dans l’instrumentalisation des mots, et des émotions afin de laisser le cynisme des situations quantifier les économies à faire dans le secteur de la santé.
Dans un même champ de pensée, on pourrait s’interroger sur la problématique du suicide assisté, et la proposition de mort, comme une facilitation d’une société pleine de désespérance et en pleine mélancolie. Qui offrirait un pistolet à son enfant aux idées suicidaires ? La proposition du suicide assisté, et sa mise en place, dans une philosophie proche d’Epicure[18], dans un cueillir la vie tant qu’elle est belle, et renoncer aux affres de l’âge dans la mort, est une philosophie antique dans une veine diabolique.
[1] Proposition de loi n° 3755 du 19 janvier 2021 devenue « aide à mourir » N 1100 du 11 mars 2025
[2] Gn 3,5
[3] Récit de fiction d’une société imaginaire organisée de telle façon qu’il soit impossible de lui échapper.
[4] 23 départements en France n’ont pas de structure de soin palliatif
[5] cf. Jn 18, 3
[6] &1 Veritatis Splendor Jean Paul II
[7] 2 Co 4,2
[8] Amendement rejeté au 2 mai 2025
[9] L 1111-12-2&5 N 1100 du 11 mars 2025
[10] Amendement rejeté au 2 mai 2025
[11] Proposition de Sandrine Rousseau Députée NUPES-ECO
[12] Amendement rejeté au 2 mai 2025
[13] L 1111-12-14
[14] Aldous Huxley – Roman dystopique sur une dérives possible de la science et des technologies
[15] Même si des médecins ayant exercé des euthanasies avouent avoir eu d’importants mal-être… sous le manteau du « tout va bien, je vais bien »…cf Euthanasie l’envers du décor – Timothée Devos
[16] Robert Merle, publié en 1952 sur la banalité du mal.
[17] Robert Cardinal Prevost – Homélie, Chiclayo, 2019
[18] Si une certaine école des épicuriens proposait la mort comme solution à la souffrance insupportable, les stoïciens, acceptaient aussi le suicide lorsque l’honneur ou la dignité était en jeu. Hegesias de Cyrnène (-290 av JC) proposait la mort lorsque la poursuite du bonheur devenait impossible.
Le mois de mai est traditionnellement nommé mois de Marie. Il commence par la fête de saint Joseph patron des travailleurs le 1er mai et se termine par la Visitation le 31 mai. Ce mois est l’occasion pour nous de confier nos prières à Marie pour qu’elle touche le cœur de son Fils tout en nous disant à chacun d’entre nous, « faites tout ce qu’Il vous dira ». Mais elle est la mère du Vivant. En disant oui à l’action de Dieu dans sa vie, par grâce de l’Esprit Saint elle a donné vie à l’homme Jésus. Elle répond à l’appel à la vie venu de Dieu par un oui à la vie. « Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde»
Jésus est la vie. « et la vie était la lumière des hommes ». En tant que disciples nous devons développer une culture de vie, non par obligation, ou par devoir, mais par amour de Dieu et de sa création, dans la logique de l’imitation du Christ, au souffle de l’Esprit qui nous oriente à une liberté féconde poussé par la recherche du meilleur bien. La vocation de disciple est de promouvoir la vie de Dieu en chaque personne rencontrée. Un appel à être des défenseurs de la vie au nom même de notre foi, mais dans une intelligence ancrée dans la raison. Foi et raison doivent coordonner nos propos d’enfants de Dieu appelés à témoigner de la lumière qui nous habite avec cohérence.
A la culture de vie s’oppose la culture de mort, telle que nous la connaissons, dans l’avortement et l’euthanasie, et les déclinaisons du suicide assisté comme toutes les autres formes de meurtre rassemblées dans l’intitulé « aide à mourir ». Si nous élargissons les propos, le changement de sexe entrainant une stérilité de fait, comme les méthodes physiques de stérilisation, entre dans cette culture de refus de la pleine vie, celle qui sait accueillir le don de Dieu et Lui faire confiance en toute circonstance. L’accueil et le développement de la vie se fondent sur l’avenir d’un bien commun que par la seule raison nous pouvons comprendre. « L’organisme humain n’appartient pas à l’individu dont il est la vie. La vie humaine n’est pas possédée en propre ; on peut la considérer comme une propriété étrangère appartenant, selon la vision du monde des uns et des autres, à Dieu ou bien à la nature »[1] Le philosophe décrit bien l’idée que la vie est un don et non une possession, et qu’il y a nul besoin d’être croyant pour en être conscient. Hélas J.Y Goffi ne semble pas voir l’évidence d’une pente fatale de l’euthanasie incapable de s’astreindre aux règles. « Argumentation très discutable d’un point de vue logique »[2] Néanmoins, il pose la question des dérives observées dans certains pays. L’euthanasie de toute personne le demandant quel que soit son contexte[3], et son âge[4] est-ce un bug ou une mise à jour de la loi ? Tous les pays ayant voté l’euthanasie sont tombés dans cette pente glissante[5], comme une logique de ski où l’on s’attend à descendre en bas de la piste, dans une fange d’humanité utilitariste et manipulatrice, qui donnerait les soins palliatifs aux riches, et l’euthanasie aux pauvres[6] Pour continuer l’analogie nous ne sommes pas dans des sorties de piste, mais bien dans une piste noire pour toute mort. A ce propos, la loi de 2023 aux Pays Bas donne le droit aux personnes âgées de demander l’euthanasie sur le critère de l’âge sans pathologie particulière[7]. Nous pouvons affirmer que ce n’est pas un bug du logiciel, mais une mise à jour logique des conséquences d’une culture de mort. L’euthanasie est un aboutissement de l’avortement et du droit de tuer, une simple suite logique au nom d’une qualité d’indifférence au mieux, ou d’une éthique conséquentialiste au pire. Protéger la vie devient non plus une option de la foi chrétienne ou un détail de notre quotidien, mais un appel à soutenir tout ce qui mène à une plus grande fraternité dans un accompagnement humain citoyen qui respecte vraiment la dignité de chacun dans la maison commune et non dans la manipulation des mots pour instaurer la tyrannie[8].
Le problème de la souffrance et de l’accompagnement du malade est un axe du débat sur l’euthanasie. La raison n’est-elle pas l’oxygène de la défense de la vie ? Alors, de quoi discutons-nous vraiment en chemin d’errance et de desespérance ? La confusion entre l’euthanasie, l’acharnement thérapeutique, et la problématique des douleurs entraine une désaturation de la raison pour l’idéologie[9]. D’autre part, vouloir qualifier la souffrance d’insupportable pour ce nouveau paternalisme[10] de l’euthanasie interroge grandement. Ajoutons que les soins palliatifs comme soulagement de la souffrance et accompagnement humain pour la fin de vie viennent d’un refus de « l’utilisation dans les années 1980 de pratiques euthanasiques alors très courantes »[11] Le centre Jeanne Garnier, spécialisé dans l’accompagnement de la fin de vie est une structure associative qui montre qu’avec l’accompagnement, il n’y a plus de demande d’euthanasie, alors qu’à l’entrée certains en sont partisans. La demande d’euthanasie vient très souvent d’une mort sociale de la personne[12]. L’accompagnement de la personne et le soulagement de la douleur, comme le refus de l’acharnement thérapeutique aide le malade à vivre les derniers moments dans la grâce de la relation et de la juste place de chacun. Mais cela coute cher, et ne sont pas toujours accessibles à cause du principe de proximité des personnes, et de plus avec des places limitées. La question de santé publique interroge sur le cynisme du manque de moyens et l’impensé économique liée à ce principe de demande de mort. De plus la question du « « mal mourir » parvenu au seuil d’une indécence et d’une incompétence que l’on ne parvient pas à comprendre aujourd’hui tant elles révèlent une indifférence ou une violence institutionnalisée qui maltraitent autant la personne malade, ses proches que les valeurs d’humanité »[13] Les demandes d’euthanasie ne viennent pas de nulle part, on observe un accompagnement des personnes parfois très discutable, d’un acharnement thérapeutique pour « guérir de vieillir » et une recherche médicamenteuse hasardeuse, dans une volonté d’exploit médical mettant à mal le code de Nuremberg[14], ou plus directement les principes éthiques du rapport Belmont[15].
Le prisme du religieux, ou à l’inverse son effacement voire son opposition interroge sur la question de la transcendance, face au don de la vie, et de son mystère. Peut-on faire fi du religieux ? Et l’argumentaire religieux nous empêche-t-il d’utiliser la raison ? D’abord, l’opposition à l’euthanasie est un argument rationnel comme nous l’avons vu, de dignité de la vie dans un accompagnement jusqu’au bout de la fraternité, dans une égalité de chaque citoyen à avoir une vraie prise en charge qui ne soit pas une démission de la relation, ou pire encore d’une équation économique. La liberté dans les demandes d’euthanasie est parfois gravement compromise, et l’entendre sans discernement est criminel. Néanmoins, dans la foi, avec Marie notre mère, nous sommes amenés à puiser à la source des eaux vives du Salut, le sens d’une humanité, d’abord image de Dieu appelée à la ressemblance. C’est l’appel du Pape Jean Paul II « sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine »[16] rappelant le don sacré du souffle de Dieu en nous. Dans un dialogue interreligieux il a été repris par le grand Rabbin d’Ukraine. « Que les maitres, les dirigeants et les gouvernants de tous les pays tiennent compte de l’appel du Pape à la moralité et au respect de la vie des enfants à naître, et au respect des êtres vivants »[17]. Là encore ce n’est pas la pensée d’une religion, mais bien celle de croyants liés à ce Dieu transcendant qui donne vie. Notre devoir est de mieux connaitre le sujet, et d’avoir un discernement clair, pour ne pas nous laisser subjuguer par l’émotion mais dans la vertu de prudence nous rappeler avec confiance la loi de Dieu « Tu ne tueras pas » source d’une joie libérant la reconnaissance du frère. « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire »
Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen
[1] JY Goffi ; philosophe français, proche du courant sur l’euthanasie, mais citant Carlberg philosophe suédois – in Repères chrétiens en bioéthique – F. Niessen et O. de Dinechin p 409
[2] Le monde « Le dilemme sans fin de l’euthanasie, 5 avril 2008
[3] Belgique autorisation d’euthanasie même pour des malades psychiques
[4] Canada autorisation d’euthanasie pour les mineurs
[5] L’exception de l’Etat d’Oregon, faisant partie des USA est à relire dans un contexte très particulier. C’est un état contraint par l’union.
[6] « Les soins palliatifs qui coûtent cher seront pour les riches et l’euthanasie qui ne coûte rien sera pour les pauvres » Jean Marie Le Mené – Assemblée nationale 2 avril 2025
[7] Loi de 2023 au Pays Bas, droit à l’euthanasie pour les personnes âgées de plus de 75 ans pour « vie accomplie » (cette loi fait suite à la loi pour l’euthanasie des mineurs moins de 12 ans)
[8] Avec un délit d’entrave pour ceux qui s’oppose à l’euthanasie
[9] Sans parler de la question de la nutrition et l’hydratation comme soin ou comme confort, ni de la sédation intermittente ou permanente ou du double effet (tous les actes ayant un bénéfice mais aussi un risque).
[10] Souffrance insupportable et nouveau paternalisme – Euthanasie, l’envers du décors p 78
[11] Journal de la fin de vie – Claire Fourcade, p 213
[12] Euthanasie l’envers du décors – Collectif Edition mols
[13] Devoir Mourir digne et libre – Emmanuel Hirsch p 52
[14] Code de Nuremberg, comme principe d’éthique médical à la sortie des expériences nazies demandant notamment le consentement de la personne, la prévention des souffrances et la question du risque proportionné
[15] Rapport de Belmont 1979 et les 4 principes – Autonomie, respecter la libre volonté de la personne – Bienfaisance (agir en vue de son bien) – Non malfaisance (éviter de lui nuire) – Justice (répartir les couts et bénéfices des activités médicales p 35 – repères chrétiens en bioéthique
[16] Evangelium vitae du 25 mars 1995 – citation en exergue de l’encyclique
[17] Yaakov Dov Bleich, Grand rabbin de la communauté juive d’Ukraine rencontre interreligieuse 2001 in Nous lui devons la liberté ; Denis Lensel Edition Salvator, p 134
Janvier 2022

Lettre des fiancés
Fraternité renouvelée
Rivalité et scandale
Ecoute Israël
Elle a pris sur son indigence
Jésus parlait à ses disciples
Parrain sous X
Parrain sous X
EDITO 1 SEPTEMBRE 2021

