Témoin de la grande espérance du salut car Dieu est amour.

Nous voici dans l’année sainte en pèlerins d’espérance et prêts pour une nouvelle année. Suite à l’expérience du deuil, affermis dans la foi, il nous faut continuer de faire confiance au Seigneur en toute occasion. Voici que se profile l’ouverture d’un concile provincial sur la question du catéchuménat et le renouvellement d’une approche pastorale pour dire la vérité de l’Evangile dans le monde de ce temps. Sur la vingtaine de baptêmes de cette année, trois quarts sont des jeunes du catéchisme, c’est un renversement de tendance plein d’espérance. Le Christ continue d’appeler et de se manifester dans la vie des personnes. Mais se pose pour nous de manière très factuelle la question de l’engagement baptismal personnel.  Quel est le témoignage de notre foi dans cette nouvelle entrée scolaire ?

 

La reprise des activités doit nous concentrer sur l’annonce de la Bonne Nouvelle, car elle fait de nous des témoins par les choix de vie que nous posons et les orientations que nous prenons à la lumière de la charité et au souffle de l’Esprit Saint dans l’intelligence des Ecritures. Nous voici donc engagés dans un discernement prudentiel, seul chemin de synodalité possible pour vivre l’Eglise dans l’exigence de la Parole et l’engagement responsable enraciné dans la tradition apostolique et l’impulsion de la réalité quotidienne. Point de changement de paradigme, mais cette volonté de répondre au souffle de l’Esprit dans la vérité des situations et des transformations à opérer. Un chemin de conversion pour une sanctification personnelle et communautaire à la suite de la Parole. .  «  Mais vous, vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. »[1] Ce temps de reprise scolaire demande à ce que nous soyons toujours missionnaires dans les engagements que nous prenons au cœur de la paroisse, et une attention à vivre pleinement notre foi dans une cohérence du témoignage qui nous rend lumineux, parce que le Christ habite en nous. Le cri de Paul VI est toujours actuel. « Le monde réclame des évangélisateurs qui lui parlent d’un Dieu qu’ils connaissent et fréquentent comme s’ils voyaient l’invisible[2]. Le monde réclame et attend de nous simplicité de vie, esprit de prière, charité envers tous, spécialement envers les petits et les pauvres, obéissance et humilité, détachement de nous-mêmes et renoncement »[3]. Or les critères de Paul VI sont assez précis pour que nous puissions en retirer des choix pour nos vies

  • La simplicité de vie, comme un appel à aller à l’essentiel, dans une vie en profondeur où nous sommes à l’écoute du souffle de Dieu. La vie intérieure est un défi aujourd’hui dans un espace quotidien mangé par l’ogre de la sollicitation interminable, à travers les écrans, les musiques en toute occasion dans les courses, comme dans les transports et les lieux quotidiens. Retrouver le silence intérieur devient un combat pour une juste relation à Dieu, à nous-mêmes et à nos frères. La simplicité est donc de refuser de vivre au ras du sol, mais de prendre de la hauteur aux propositions pour choisir ce qui nous fait grandir et fuir toute forme d’aliénation. Ne recherchons pas le clinquant ou le populaire, mais ce qui la bonne odeur de l’Evangile. Or la tentation de la vanité est parfois très grande, le fruit a l’air si bon….
  • Esprit de prière. Retrouver la ferveur des premiers chrétiens dans nos engagements familiaux, et remettre la prière familiale au cœur de nos activités. Mais aussi, l’appétit spirituel à vivre les temps de prières en semaine à l’Eglise, comme le dimanche en étant en avance aux offices pour se préparer à la rencontre de notre Rédempteur, comme à la sortie en restant devant le tabernacle à prier. L’esprit de prière ne se déclame pas, il se vit, et il nous fait bruler du désir de Dieu pour avancer avec confiance dans la foi et avoir le regard pénétrant pour discerner avec justesse la vie de Dieu et reconnaitre le mal pour fuir le péché et toute forme de concupiscence.
  • La charité envers tous, ne doit pas se réduire à quelques-uns ni vider le centre sous prétexte des périphéries. La charité est de mettre la réalité de Dieu dans notre quotidien que ce soit Lazare à notre porte, ou les cinq frères dans la maison. Une charité liée à la relation du quotidien, nul besoin de parcourir le monde, mais la volonté d’être dans la réalité du quotidien rayonnant de cet amour pour tous. Cela demande un lien privilégié avec les petits et les pauvres pour que chacun trouve sa place, et une attention particulière pour laisser à chacun les moyens de développer ses propres talents. La charité devient donc solidarité pour permettre à chacun de grandir dans sa vocation d’image de Dieu, et d’aller vers le Père pour célébrer les louanges du Seigneur. Pas de charité sans simplicité de vie nous rendant disponible d’une part, et d’intimité avec Dieu d’autre part. La méditation des Ecritures nous aide à progresser dans un rapport juste, à l’écoute de l’Esprit.
  • L’obéissance est une liberté tournée vers les meilleurs choix afin de grandir ensemble. Elle est donc une logique de l’amour dans le renoncement à soi-même dans le but de la construction de l’Eglise. En effet l’obéissance est fruit de croissance pour qui sait faire confiance en Dieu et discerner ce qui est bon. « L’obéissance à Dieu est libératrice parce qu’elle n’enferme jamais, elle éclaire le chemin. La fidélité à la Parole doit toujours être disposée à aller plus loin que l’on avait imaginé au départ »[4] Or la médiation des frères loin d’être un obstacle sert la volonté de Dieu dans une orientation nouvelle afin qu’elle porte du fruit.
  • L’humilité est première dans toutes les vertus, parce que nécessaire pour la vie spirituelle, comme une reconnaissance de la beauté de la création de Dieu et de notre juste place de créature. Opposée à l’orgueil spirituel, et donc à l’idolâtrie, l’humilité nous renvoie à notre condition d’image de Dieu appelée à grandir par la Parole de vie et la charité active. Elle est cette lucidité d’âme qui reconnait la puissance de Dieu agissant dans notre histoire, et dans l’obéissance vit la confiance pour avancer avec Lui jusqu’au bout du chemin dans la vérité de sa présence, et la vie de grâce proposée. « S’il y a quelque bien en vous, croyez qu’il y en a plus dans les autres, afin de conserver l’humilité. Vous ne hasardez rien à vous mettre au-dessous de tous, mais il vous serait très nuisible de vous préférer à un seul. L’homme humble jouit d’une paix inaltérable, la colère et l’envie troublent le cœur du superbe. »[5] La méditation de l’auteur nous révèle l’humilité comme chemin de sagesse dans un juste rapport au monde et être pleinement artisan de paix afin de reconnaitre la joie de Dieu en toute chose. Le témoignage de foi passe par l’humilité et montre le chemin de la croix et de la résurrection. Ni triomphalisme, ni force arrogante, mais la joie de Dieu qui illumine notre vie et rayonne dans toutes nos relations. Telle est l’humilité qui se propose comme chemin de sanctification simple, sans fanfaronnade mais dans un ancrage de vie intérieur où souffle l’Esprit Saint.
  • Cela implique le détachement de nous-mêmes pour s’offrir aux autres dans un don désintéressé, afin de montrer le visage de Dieu dans la gratuité de l’amour. Un renoncement à vivre comme motif de conversion intérieure incessant pour reconnaitre l’essentiel et fuir le superficiel. Conformer sa vie à la Parole de Dieu demande des conversions pour ne pas être négligent dans notre vocation baptismale ni laisser l’esprit d’acédie nous remplir de tiédeur.

 

Nous avons besoin de témoin, et c’est des choix opérants qui nous rendront vraiment efficaces. Certes il nous faut mettre de l’engrais dans notre vie intérieure, par la prière et la méditation de la Parole, mais il nous faut être docile à l’Esprit pour croitre sous l’arrosage de la grâce. Il y a un désir urgent à évangéliser pour annoncer la grande espérance du salut. C’est le devoir de chaque chrétien de s’engager à professer le Christ Seigneur. Mais plus encore, il nous faut être attentifs dans nos choix de vie à faire émerger la vérité dans cet amour de Dieu, et trouver la juste relation au frère pour être pleinement artisans de paix. Que ce temps de rentrée soit celui du témoignage de notre foi dans des résolutions personnelles fécondes pour notre communauté. Soyons donc à l’invitation du Pape Grégoire le grand « Une armée en marche, et l’on entend bien comme « la rumeur d’une armée en campagne », car leurs rangs résonnent, à la louange du Dieu Tout-Puissant, du cliquetis du glaive des vertus et de l’arme des miracles. »[6]

 

 

[1] 1 P 2,9

[2] Cf. He 11, 27.

[3] &76 Evangelii Nuntiandi – Paul VI

[4] P 208 Obeir en homme libre, Laurent Camiade

[5] Livre I,V, 2 Imitation de Jésus Christ

[6] Homélie VIII, 11 p 291 – Homélie sur Ezechiel, Grégoire le Grand