« Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils »

Lors de la création du monde et avant toute vie, l’Esprit Saint était là, pour régénérer la terre entière du don de Dieu. « Au commencement le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. »[1]  Avant toute chose, Dieu est présent pour se manifester dans le dynamisme de l’amour. Il donne vie à la création par le souffle de l’Esprit Saint, ainsi la parole se révèle créatrice. Toute vie spirituelle commence par la réception de l’Esprit Saint qui manifeste l’amour du Père et illumine la Parole du Verbe. L’alliance avec l’homme est de donner la vie en plénitude. L’homme est appelé à une relation dans la communion d’amour illuminé par la vérité des choix afin de poser un dialogue confiant au jardin d’espérance. Dans ce temps de grâce qui nous conduit de l’ascension à la Pentecôte, il nous faut être attentif à demander la vie de l’Esprit, la surabondance de la joie de Dieu dans notre histoire, l’illumination de la Parole qui fait de tous nos actes une hymne d’action de grâce. La source de toute vie se trouve dans le don de Dieu, et en serviteurs fiable nous avons à développer nos talents pour être fidèles aux Ecritures.

 

La responsabilité de l’homme dans l’écoute de la Parole de Dieu est de persévérer dans la confiance pour choisir librement l’amour en toute circonstance. La liberté est source de vie lorsqu’elle s’oriente vers l’amour dans une recherche de relation féconde comme le rappelle le Saint Pape. « L’homme est appelé à une plénitude de vie qui va bien au-delà des dimensions de son existence sur terre, puisqu’elle est la participation à la vie même de Dieu. »[2] Vivre humainement c’est participer à l’œuvre de Dieu. Aussi, le refus d’être en confiance avec Dieu est un détournement de notre vocation première à l’amour, et conduit à une impasse mortifère. Alors le choix évolue en aliénation et devient désespérance et tyrannie dans cette illusion de vouloir être comme des dieux. Hélas, l’orgueil spirituel est de se prendre pour des dieux, dans la folie des choix d’une culture de mort cynique et nihiliste. Au contraire, l’Esprit Saint nous conduit dans la foi au Christ à retrouver l’intelligence des Ecritures afin d’être promoteurs de la vraie vie, celle qui nous mène à la communion éternelle avec Dieu. . « Peu à peu, la Révélation fait saisir de manière toujours plus claire le germe de vie immortelle déposé par le Créateur dans le cœur des hommes »[3] Il y a la bénédiction de Dieu dans chaque vie humaine, comme une implication forte de sa présence, par l’image, et une volonté de nous conduire à Lui. En Jésus, au souffle de l’Esprit nous sommes vivifiés par la grâce pour répondre par notre témoignage de sa présence en nous et autour de nous. La croissance de la liberté se fait dans la vérité du discernement pour reconnaitre ce qui vient de Dieu et ce qui nous fait grandir, et refuser tout ce qui vient du mauvais.

 

Accueillir cette fraternité dans la fécondité de l’amour pour une communion éternelle, demande de refuser le cynisme d’une souffrance. Surtout lorsque celle-ci semble selon les cyniques escamoter la dignité propre d’image de Dieu de l’homme dans son lien à la vie. « La vie que Dieu donne à l’homme est bien plus qu’une existence dans le temps. C’est une tension vers une plénitude de vie »[4] Le temps a une dimension divine dans l’accomplissement de sa Parole dans nos vies, et un appel à prendre le bon rythme pour accueillir la grande espérance du salut. L’appel à vivre cette plénitude demande la confiance dans le quotidien et la persévérance à l’écoute de la Parole à apprendre de toute situation sous le regard du Christ crucifié et ressuscité. La source de toute vie est en Dieu. L’homme la reçoit comme une offrande. « L’homme qui vit en plénitude sa dignité rend gloire à Dieu, qui la lui a donnée. »[5]  La réalité du moment doit être pour nous un lieu de louange, et de manifestation de notre fidélité à Dieu, que ce soit Job sur le fumier, ou David dansant devant l’arche. L’Esprit Saint dans son action vivifiante, affermit cette dignité inaliénable de la personne humaine, et permet à chacun de redécouvrir sa vocation première de communion dans la relation à l’autre et au Tout Autre. Il y a une responsabilité face à la création, cette « maison commune », pour œuvrer à la grande espérance du salut.  « En se découvrant aimé de Dieu, l’homme comprend sa dignité transcendante, il apprend à ne pas se contenter de soi et à rencontrer l’autre dans un tissu de relations toujours plus authentiquement humaines »[6] La dignité de l’homme est donc le développement de la vie en Dieu, sur terre comme au ciel, et dans l’obéissance à sa volonté en nous rendant disponible au moment présent, sans vouloir mettre la main dessus, dans une toute-puissance déplacée. Pour comprendre l’homme il faut contempler le Christ « Étant donné que le mystère du Christ illumine le mystère de l’homme, la raison donne sa plénitude de sens à la compréhension de la dignité humaine et des exigences morales qui la protègent »[7] Parler donc de dignité de l’homme est regarder les exigences morales pour l’aider à murir les choix pour une vraie fraternité. L’Esprit Saint nous y aide, et nous avons à travailler à son œuvre.

 

En effet,  dans notre vocation propre de fils à l’image de Dieu, nous pouvons comprendre qu’il nous faut être en communion de personnes dans l’accueil des altérités, et la complémentarité des personnalités. Une communion qui est accompagnement de l’autre dans tous ses trajets de vie, et non tueur à gages lorsque l’autre devient gênant par ce qu’il est ou ce qu’il vit. L’homme, image de Dieu est communion avec Dieu mais aussi avec son frère dans une même famille où tous ensemble nous devons travailler à la fraternité comme logique de la relation d’amour. La vie de l’homme est « une participation à la vie intérieure de Dieu lui-même, à sa sainteté »[8] par pure grâce. Il nous faut continuer cet échange en toute circonstance pour laisser Dieu nous parler et continuer de nous faire grandir dans cette communion avec Lui. Le regard de bienveillance de Dieu sur sa création est merveilleux. « Malgré toutes les expériences de sa propre vie, malgré les souffrances, les déceptions de lui-même, son état de pécheur, malgré, pour finir, la perspective inévitable de la mort, l’homme continue cependant toujours à mettre la « connaissance » à « l’origine » de la « procréation » ; ainsi il semble participer à cette première « vision » de Dieu lui-même : Dieu, le Créateur « vit tout… et voilà que c’était  bien ». »[9]  L’homme contribue à cette vie dans une volonté d’aller de l’avant dans ce dynamisme du vivant. La puissance de la vie malgré les vents contraires qui peuvent surgir du quotidien demande donc beaucoup de discernement pour laisser résonner la parole à la lumière d’une vie relationnelle ou chacun peut exprimer ses propres angoisses, comme ses joies. Goutons la vie comme un chant de louange au Créateur. La lumière de la foi peut ouvrir à la raison d’une connaissance qui œuvre pour la beauté de la vie en toute occasion. L’Esprit Saint qui est la Personne Don continue de souffler en nous le principe de vie, et de joie de la relation en Dieu. Tout notre être continue de crier cet appétit de vie dans la connaissance de Dieu, pour se développer dans la recherche de la vie éternelle, promesse de la grande espérance du salut. Dans notre vocation première d’être de relation avec Dieu par alliance et avec la première bénédiction qui est d’être fait à son image, nous sommes envoyés pour faire reconnaitre cet amour pour tous les hommes.

 

L’alliance de Dieu avec les hommes se vit dans l’amour que nous révèle le Christ à la croix. Elle est vécue à la Pentecôte par l’envoie de l’Esprit Saint et le torrent de grâce inépuisable, (et c’est vrai encore aujourd’hui n’en doutons pas). Dans l’amour nous sommes appelés à la joie du salut. « L’Esprit Saint ne cesse [pas] d’être le gardien de l’espérance dans le coeur de l’homme: de l’espérance de toutes les créatures humaines et spécialement de celles qui « possèdent les prémices de l’Esprit » et qui « attendent la rédemption de leur corps »[10]. »[11] Corps et âme nous sommes appelés à rendre compte de notre foi, et de notre expérience de la vie de l’Esprit. Soyons toujours attentifs à travers nos rencontres à témoigner de cette vie de Dieu en nous, comme dans la relation fraternelle à soutenir ceux qui en ont besoin pour les accompagner sur le chemin d’une humanité solidaire dans la rencontre et le dialogue. En tout cela nous accompagnons chacun avec persévérance dans la promotion de la vie. Peut-être pouvons-nous réentendre l’appel de Dieu à travers la méditation des Ecritures « Sans « le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint, [que Dieu] a répandu sur nous à profusion, par Jésus-Christ notre Sauveur »[12], tous les hommes sont « des insensés, des rebelles, des égarés, esclaves d’une foule de convoitises et de plaisirs, vivant dans la malice et l’envie, odieux et [se] haïssant les uns les autres »[13]. »[14] La vertu de prudence demandera alors de se laisser toucher par la grâce et de témoigner de sa vie de l’Esprit dans la disponibilité du cœur. « Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre. »

[1] Gn 1,2

[2] &2 Evangelium Vitae – Jean Paul II

[3] &31 Evangelium Vitae – op cité

[4] &34 Evanglium vitae – op cité

[5] P 12 Présentation du Compendium

[6] &4 Compendium de la doctrine Sociale de l’Eglise

[7] &75 Compendium de la doctrine Sociale de l’Eglise

[8] TDC 16-3 Jean Paul II

[9] TDC 22-7 Jean Paul II

[10] Cf. Rm 8,23

[11] &67 Dominum et vivificantem – JP II

[12] Tt 3, 5-6

[13] Tt 3, 3

[14] &381 Compenduim de la Doctrine sociale de l’Eglise