« En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes » Jn 1,4
Le mois de mai est traditionnellement nommé mois de Marie. Il commence par la fête de saint Joseph patron des travailleurs le 1er mai et se termine par la Visitation le 31 mai. Ce mois est l’occasion pour nous de confier nos prières à Marie pour qu’elle touche le cœur de son Fils tout en nous disant à chacun d’entre nous, « faites tout ce qu’Il vous dira ». Mais elle est la mère du Vivant. En disant oui à l’action de Dieu dans sa vie, par grâce de l’Esprit Saint elle a donné vie à l’homme Jésus. Elle répond à l’appel à la vie venu de Dieu par un oui à la vie. « Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde»
Jésus est la vie. « et la vie était la lumière des hommes ». En tant que disciples nous devons développer une culture de vie, non par obligation, ou par devoir, mais par amour de Dieu et de sa création, dans la logique de l’imitation du Christ, au souffle de l’Esprit qui nous oriente à une liberté féconde poussé par la recherche du meilleur bien. La vocation de disciple est de promouvoir la vie de Dieu en chaque personne rencontrée. Un appel à être des défenseurs de la vie au nom même de notre foi, mais dans une intelligence ancrée dans la raison. Foi et raison doivent coordonner nos propos d’enfants de Dieu appelés à témoigner de la lumière qui nous habite avec cohérence.
A la culture de vie s’oppose la culture de mort, telle que nous la connaissons, dans l’avortement et l’euthanasie, et les déclinaisons du suicide assisté comme toutes les autres formes de meurtre rassemblées dans l’intitulé « aide à mourir ». Si nous élargissons les propos, le changement de sexe entrainant une stérilité de fait, comme les méthodes physiques de stérilisation, entre dans cette culture de refus de la pleine vie, celle qui sait accueillir le don de Dieu et Lui faire confiance en toute circonstance. L’accueil et le développement de la vie se fondent sur l’avenir d’un bien commun que par la seule raison nous pouvons comprendre. « L’organisme humain n’appartient pas à l’individu dont il est la vie. La vie humaine n’est pas possédée en propre ; on peut la considérer comme une propriété étrangère appartenant, selon la vision du monde des uns et des autres, à Dieu ou bien à la nature »[1] Le philosophe décrit bien l’idée que la vie est un don et non une possession, et qu’il y a nul besoin d’être croyant pour en être conscient. Hélas J.Y Goffi ne semble pas voir l’évidence d’une pente fatale de l’euthanasie incapable de s’astreindre aux règles. « Argumentation très discutable d’un point de vue logique »[2] Néanmoins, il pose la question des dérives observées dans certains pays. L’euthanasie de toute personne le demandant quel que soit son contexte[3], et son âge[4] est-ce un bug ou une mise à jour de la loi ? Tous les pays ayant voté l’euthanasie sont tombés dans cette pente glissante[5], comme une logique de ski où l’on s’attend à descendre en bas de la piste, dans une fange d’humanité utilitariste et manipulatrice, qui donnerait les soins palliatifs aux riches, et l’euthanasie aux pauvres[6] Pour continuer l’analogie nous ne sommes pas dans des sorties de piste, mais bien dans une piste noire pour toute mort. A ce propos, la loi de 2023 aux Pays Bas donne le droit aux personnes âgées de demander l’euthanasie sur le critère de l’âge sans pathologie particulière[7]. Nous pouvons affirmer que ce n’est pas un bug du logiciel, mais une mise à jour logique des conséquences d’une culture de mort. L’euthanasie est un aboutissement de l’avortement et du droit de tuer, une simple suite logique au nom d’une qualité d’indifférence au mieux, ou d’une éthique conséquentialiste au pire. Protéger la vie devient non plus une option de la foi chrétienne ou un détail de notre quotidien, mais un appel à soutenir tout ce qui mène à une plus grande fraternité dans un accompagnement humain citoyen qui respecte vraiment la dignité de chacun dans la maison commune et non dans la manipulation des mots pour instaurer la tyrannie[8].
Le problème de la souffrance et de l’accompagnement du malade est un axe du débat sur l’euthanasie. La raison n’est-elle pas l’oxygène de la défense de la vie ? Alors, de quoi discutons-nous vraiment en chemin d’errance et de desespérance ? La confusion entre l’euthanasie, l’acharnement thérapeutique, et la problématique des douleurs entraine une désaturation de la raison pour l’idéologie[9]. D’autre part, vouloir qualifier la souffrance d’insupportable pour ce nouveau paternalisme[10] de l’euthanasie interroge grandement. Ajoutons que les soins palliatifs comme soulagement de la souffrance et accompagnement humain pour la fin de vie viennent d’un refus de « l’utilisation dans les années 1980 de pratiques euthanasiques alors très courantes »[11] Le centre Jeanne Garnier, spécialisé dans l’accompagnement de la fin de vie est une structure associative qui montre qu’avec l’accompagnement, il n’y a plus de demande d’euthanasie, alors qu’à l’entrée certains en sont partisans. La demande d’euthanasie vient très souvent d’une mort sociale de la personne[12]. L’accompagnement de la personne et le soulagement de la douleur, comme le refus de l’acharnement thérapeutique aide le malade à vivre les derniers moments dans la grâce de la relation et de la juste place de chacun. Mais cela coute cher, et ne sont pas toujours accessibles à cause du principe de proximité des personnes, et de plus avec des places limitées. La question de santé publique interroge sur le cynisme du manque de moyens et l’impensé économique liée à ce principe de demande de mort. De plus la question du « « mal mourir » parvenu au seuil d’une indécence et d’une incompétence que l’on ne parvient pas à comprendre aujourd’hui tant elles révèlent une indifférence ou une violence institutionnalisée qui maltraitent autant la personne malade, ses proches que les valeurs d’humanité »[13] Les demandes d’euthanasie ne viennent pas de nulle part, on observe un accompagnement des personnes parfois très discutable, d’un acharnement thérapeutique pour « guérir de vieillir » et une recherche médicamenteuse hasardeuse, dans une volonté d’exploit médical mettant à mal le code de Nuremberg[14], ou plus directement les principes éthiques du rapport Belmont[15].
Le prisme du religieux, ou à l’inverse son effacement voire son opposition interroge sur la question de la transcendance, face au don de la vie, et de son mystère. Peut-on faire fi du religieux ? Et l’argumentaire religieux nous empêche-t-il d’utiliser la raison ? D’abord, l’opposition à l’euthanasie est un argument rationnel comme nous l’avons vu, de dignité de la vie dans un accompagnement jusqu’au bout de la fraternité, dans une égalité de chaque citoyen à avoir une vraie prise en charge qui ne soit pas une démission de la relation, ou pire encore d’une équation économique. La liberté dans les demandes d’euthanasie est parfois gravement compromise, et l’entendre sans discernement est criminel. Néanmoins, dans la foi, avec Marie notre mère, nous sommes amenés à puiser à la source des eaux vives du Salut, le sens d’une humanité, d’abord image de Dieu appelée à la ressemblance. C’est l’appel du Pape Jean Paul II « sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine »[16] rappelant le don sacré du souffle de Dieu en nous. Dans un dialogue interreligieux il a été repris par le grand Rabbin d’Ukraine. « Que les maitres, les dirigeants et les gouvernants de tous les pays tiennent compte de l’appel du Pape à la moralité et au respect de la vie des enfants à naître, et au respect des êtres vivants »[17]. Là encore ce n’est pas la pensée d’une religion, mais bien celle de croyants liés à ce Dieu transcendant qui donne vie. Notre devoir est de mieux connaitre le sujet, et d’avoir un discernement clair, pour ne pas nous laisser subjuguer par l’émotion mais dans la vertu de prudence nous rappeler avec confiance la loi de Dieu « Tu ne tueras pas » source d’une joie libérant la reconnaissance du frère. « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire »
Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen
[1] JY Goffi ; philosophe français, proche du courant sur l’euthanasie, mais citant Carlberg philosophe suédois – in Repères chrétiens en bioéthique – F. Niessen et O. de Dinechin p 409
[2] Le monde « Le dilemme sans fin de l’euthanasie, 5 avril 2008
[3] Belgique autorisation d’euthanasie même pour des malades psychiques
[4] Canada autorisation d’euthanasie pour les mineurs
[5] L’exception de l’Etat d’Oregon, faisant partie des USA est à relire dans un contexte très particulier. C’est un état contraint par l’union.
[6] « Les soins palliatifs qui coûtent cher seront pour les riches et l’euthanasie qui ne coûte rien sera pour les pauvres » Jean Marie Le Mené – Assemblée nationale 2 avril 2025
[7] Loi de 2023 au Pays Bas, droit à l’euthanasie pour les personnes âgées de plus de 75 ans pour « vie accomplie » (cette loi fait suite à la loi pour l’euthanasie des mineurs moins de 12 ans)
[8] Avec un délit d’entrave pour ceux qui s’oppose à l’euthanasie
[9] Sans parler de la question de la nutrition et l’hydratation comme soin ou comme confort, ni de la sédation intermittente ou permanente ou du double effet (tous les actes ayant un bénéfice mais aussi un risque).
[10] Souffrance insupportable et nouveau paternalisme – Euthanasie, l’envers du décors p 78
[11] Journal de la fin de vie – Claire Fourcade, p 213
[12] Euthanasie l’envers du décors – Collectif Edition mols
[13] Devoir Mourir digne et libre – Emmanuel Hirsch p 52
[14] Code de Nuremberg, comme principe d’éthique médical à la sortie des expériences nazies demandant notamment le consentement de la personne, la prévention des souffrances et la question du risque proportionné
[15] Rapport de Belmont 1979 et les 4 principes – Autonomie, respecter la libre volonté de la personne – Bienfaisance (agir en vue de son bien) – Non malfaisance (éviter de lui nuire) – Justice (répartir les couts et bénéfices des activités médicales p 35 – repères chrétiens en bioéthique
[16] Evangelium vitae du 25 mars 1995 – citation en exergue de l’encyclique
[17] Yaakov Dov Bleich, Grand rabbin de la communauté juive d’Ukraine rencontre interreligieuse 2001 in Nous lui devons la liberté ; Denis Lensel Edition Salvator, p 134

