Homélie de Brigitte BELLUT

 « J’ai dit au Seigneur ; Tu es mon Dieu, je n’ai pas d’autre bonheur que toi » La foi est une rencontre avec Jésus Christ, une communion personnelle de l’amour de Dieu, dialogue du jaillissement de la grâce qui illumine notre vie de sa Vie. Brigitte a témoigné avec audace de cette rencontre merveilleuse d’un Dieu qui est Père. Comme elle l’avait écrit « Moi j’ai un papa qui s’occupe de mes affaires »[i]. Une redécouverte de paternité, à la suite des conversions d’un Dieu que j’ai osé appeler Père. L’espérance du salut est relation à la paternité de Dieu, elle nous invite à participer à la joie du Royaume en enfants libres dans la foi pour laisser passer la lumière et se rendre disponibles à sa présence. Oui, la foi est un partage d’une relation amoureuse, avec cette ardeur missionnaire pour le partager à tous, comme une rencontre à vivre pour chacun. Alors résonne l’appel de l’apôtre comme ligne de conduite baptismale. « L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas… mais trouve sa joie dans ce qui est vrai » Point de long discours ou de structuration de discours théologique, mais cette expérience fondamentale de l’amour qui transperce l’être pour pénétrer à l’intérieur et embraser l’âme de ce désir insatiable de Dieu.

 

L’émerveillement du dialogue avec Dieu

Ma mère, Brigitte était une femme de prière. Nul ne peut lui retirer cela. Parfois un peu trop, j’entends bien, mais une volonté d’être dans le souffle de l’Esprit et de se laisser guider par la voix du Seigneur pour lui rendre hommage de tout son cœur. Par le chapelet, ou le parler en langue, elle témoignait des merveilles de Dieu et dans une lecture attentive de la Parole méditait tout cela dans son cœur en réfléchissant comment le vivre au jour le jour. Nous avons à témoigner de notre foi par une vie de prière où nous faisons confiance en Dieu en toute circonstance et choisissons toujours la croissance de l’amour pour grandir avec le Seigneur. Toute prière m’ouvre les horizons de mon humanité pour vivre ma vocation baptismale au service du Seigneur dans ce dialogue où tout prend sens lorsque je suis disponible à la grâce. «  . Saint Jean de la Croix recommandait de « s’efforcer de vivre toujours en la présence de Dieu, soit réelle, soit imaginaire, soit unitive, selon que les actions commandées le permettent »[ii]. Au fond, c’est le désir de Dieu qui ne peut se lasser de se manifester de quelque manière dans notre vie quotidienne : « Efforcez-vous de vivre dans une oraison continuelle, sans l’abandonner au milieu des exercices corporels. Que vous mangiez, que vous buviez […], que vous parliez, que vous traitiez avec les séculiers, ou que vous fassiez toute autre chose, entretenez constamment en vous le désir de Dieu, élevez vers lui vos affections »[iii]. La mort de Brigitte, femme de prière nous montre comment vivre la prière dans le quotidien de la vie avec persévérance et quel que soit l’âge. Au dernier moment de sa vie, elle priait encore comme une supplication de l’action de Dieu dans sa vie jusqu’au dernier souffle. Rejoindre son Seigneur et entrer dans la communion des saints avec son époux et ceux qu’elle a rencontrés sur terre pour chanter les louanges du Seigneur.

 

Oui nous avons vu une vie de prière ancrée dans la tradition. Le pater noster que nous chanterons tout à l’heure, est d’abord une histoire familiale mais aussi une expérience de prière commune. Chanté lors de l’enterrement de mon grand-père avec tous les frères et sœurs de Brigitte, il rappelle l’importance d’une tradition que parfois nous avons trop vite oubliée sous prétexte de modernité autre nom d’une intolérance policée. Ma Mère avait une ouverture aimant l’ancien et le nouveau dans une recherche de se rapprocher de Dieu par la prière de louange et l’expression la plus juste de célébrer Dieu avec beauté. Elle aimait autant le Credo en latin, que le dernier chant charismatique sorti. Une diversité des chants pour se rapprocher de Dieu avec une volonté d’être tout à Lui pour toujours dans une forme de détachement de ce monde pour laisser Dieu se manifester pleinement. Le psaume nous invite à cette prière de louange « devant ta face débordement de joie ! A ta droite éternité de délices ! » qu’il nous faut cultiver dans le quotidien comme l’expression de cet amour pour Dieu qui se voit dans ma relation fraternelle. Une juste relation à l’amour de Dieu dans la vérité de nos actes et l’ardeur de notre foi. La prière est cette relation de complémentarité avec Dieu qui nous unifie et nous redonne une cohérence intérieure. En effet en contemplant l’amour nous sommes appelés à vivre d’amour et nous témoignons de cet amour dans toutes nos relations, c’est le fruit même de la prière. La vie intérieure introduit l’âme au désert et fait éprouver cette liberté d’image de Dieu appelée à laisser le feu de l’amour l’embraser sans la consumer, dans une communion avec le Fils pour rejoindre le Père dans le souffle de l’Esprit.

 

témoigner de la miséricorde du Seigneur

Lors d’un partage avec un paroissien, celui-ci me raconta plus tard, qu’en entendant ma mère Brigitte, parler de Dieu, il pouvait presque le toucher à ses côtés. En effet, comme une jeune fille amoureuse de son bien-aimé, Elle était dans ce désir de partager la grâce de Dieu, et de témoigner de sa foi vivante. Intrépide jusqu’à faire des pèlerinages, tant en Terre Sainte, qu’au Canada, ou à Rome avec l’ICCROS elle n’a pas cessé de raconter son bonheur d’avoir Dieu pour père et d’entrer dans la danse. « La danse de l’amour exalté, la danse de l’amour ressuscité, la danse de l’amour vainqueur, la danse de l’amour glorieux, la danse de l’amour croissance et vie, la danse de l’amour infini »[iv] Il y a un dynamisme de la foi dans ce partage de vie pour un monde meilleur. En disciple, elle a su être dans l’écoute de la Parole, mais aussi dans ce regard de bienveillance pour les frères et la capacité d’écouter parfois des heures, afin d’aider chacun à un chemin de croissance. La vie de disciple est de permettre une liberté féconde dans la croissance de chacun. Nous avons peut-être à réentendre cet appel de Dieu à vivre d’amour dans une recherche de communion en artisan de paix, et à garder un regard de bienveillance sur les autres. Certes, dans une Eglise un peu bousculée aujourd’hui, on est parfois plus dans la mort sociale que dans la bienveillance et l’ingérence intempestive de certains n’aident pas à un discernement prudentiel et juste. Qu’importe ! C’est à chacun de nous, en pierre de l’Eglise, d’appeler à la vérité de l’amour dans une recherche du meilleur bien, et d’aimer davantage pour vivre la miséricorde comme un don de Dieu pour nos frères.

 

Dans cette vie en profondeur, l’amour est bien ce jaillissement de la bénédiction de Dieu dans notre vie comme image de Dieu qui gouverne nos désirs et nous invite à lui ressembler dans des choix libres responsables pour une fécondité de la foi. Ne regardons pas autour de nous, mais bien en nous, comment nous sommes ouvriers du royaume en faisant germer l’amour autour de nous. Par notre baptême nous portons cette mission d’annoncer l’amour de Dieu pour chacun d’entre nous, comme la réalisation de la grande espérance du salut obtenu par le Christ. Plus nous aimons, plus nous savons pardonner, et plus nous répandons la bonne odeur de l’espérance du salut, un chemin de sainteté pour tous ceux qui y répondent. Le témoignage de l’amour s’enracine dans le pardon et répond à la foi par l’espérance. La miséricorde est un geste prophétique dans un monde de plus en plus violent et clivé. La résurrection nous fait entrer dans l’amour éternel. La mort est une pâque, un passage pour contempler Dieu face à face. L’espérance nous porte à vivre notre foi dans la force de l’amour parce que Dieu est amour. Pas d’autre logique que celle d’aimer dans la juste relation pour participer à l’héritage du royaume. « Le Christ en personne est le paradis, la lumière, le rafraichissement, la paix assurée que visent l’attente et l’espérance des hommes »[v]. Brigitte en  a témoigné, et nous avons à porter cet héritage de la foi ancré dans la tradition apostolique pour continuer d’amener au Père toutes les âmes. Dans ce moment de prière pour les défunts, retrouvons la logique de l’amour jusqu’au pardon et laissons-nous embraser par le désir de Dieu pour connaitre la vraie joie de demeurer en sa présence.

 

Une liberté de l’amour dans la fidélité des choix fondamentaux

S’il est une recherche de Dieu qui a porté ma mère, Brigitte, c’est cette volonté de vivre en fidélité à sa Parole et la volonté d’écouter la Parole de Dieu.. Et les nombreux passages, comme des étapes de vie, marquent aussi l’itinérance de la foi qui est faite de recherche, et d’affinement. Elle a fait du scoutisme, et même de la JAC, jeunesse agricole catholique. J’ai été un peu étonne de la voir dans ce mouvement de jeunesse, « Qu’as-tu été faire là-dedans », lui ai-je lâché ! Elle m’a témoigné de la grâce de ce mouvement dans son étape de vie, comme une belle expérience de maturation humaine. Elle a continué les mouvements, comme les équipes notre dame, et les foccolaris ! Un désir de Dieu tout azimut. Une liberté d’aller dans les mouvements pour continuer de chercher Dieu. Puis l’expérience du Renouveau en 1973 au Bec Hellouin et ce changement de regard où l’expérience de l’Esprit Saint faisait sens de manière nouvelle. Certes, il y a eu beaucoup d’incompréhension en paroisse, et elle s’est souvent sentie jugée. Mais « la miséricorde se rit du jugement » et avec fidélité elle a été à l’écoute de la Parole. Sans cesse elle a continué avec humilité d’avancer dans la confiance en Dieu et en son œuvre, tout en partageant cette expérience nouvelle. Le Renouveau c’est d’abord une guérison physique, et cet appel du Seigneur « Crois-tu que je peux te guérir », puis cette guérison inexpliquée dès le lendemain, et son action de grâce allant au groupe de prière en Normandie chaque semaine, pendant plus d’un an avant de fonder son propre groupe en paroisse. Pour la petite histoire, elle avait attaqué la sécurité sociale en justice, car elle trouvait que les indemnités de son handicap n’étaient pas assez forte, et elle avait gagné ! Mais voilà, maintenant guérie, il fallait faire la vérité. Donc elle écrit à la sécurité sociale pour dire que le Seigneur l’avait guéri et donc elle ne pouvait plus percevoir les indemnités mensuelles. La réponse de la sécurité sociale fut anthologique. Madame, la sécurité sociale est un organisme laïque qui ne croit pas au miracle, nous maintenons donc votre indemnité. Le groupe de prière, l’étoile radieuse du matin, et la volonté de faire une petite communauté de vie n’ont pas tenu dans le temps et au bout de vingt-cinq ans s’est arrêté. Néanmoins dans les fruits,  plusieurs ont demandé le baptême, d’autres ont été guéris de la dépression, puis il y a eu la réalités d’un accueil inconditionnel dans un accompagnement constant. Ce groupe a été source de grâce, référence parmi les multiples groupes de prière, comme une instance d’insertion ecclésiale des fruits de l’Esprit.

 

Cette liberté de la foi dans les multiples rencontres, ou elle a pu partager avec ardeur cette rencontre du Christ avec des grands noms de l’école biblique de Jérusalem, ou avec Jean Pliya et d’autres noms pour le renouveau. Un couple qui ne payait pas de mine mais partageait à tous la foi avec disponibilité et générosité. Les parents ont côtoyé aussi le Full Gospel, les hommes du Plein Evangile, avec enthousiasme, tout en percevant la fragilité d’un œcuménisme tirant vers le protestantisme et ils se retirèrent silencieusement pour continuer leur chemin de foi. Les expériences spirituelles demandent du discernement et ne sont pas toujours sans poser question, mais les orientations de vivre du Christ et d’être dans l’obéissance de l’Eglise, tout en maintenant un éveil sur le souffle de l’Esprit Saint leur ont permis de continuer de grandir dans la foi. Il est important de se dire que l’expérience humaine ne se faisait pas de certitude ou de perfection, mais bien d’une marche qui demande sans cesse un peu de discernement, beaucoup de conversion personnelle, de remise en question pour agir dans la vérité de la Parole et trouver le chemin de croissance qui sera le nôtre.

 

Conclusion

Nous prions pour le repos de l’âme de Brigitte et en même temps nous témoignons de la grande espérance du salut. La foi se manifeste par la confiance en Dieu et cette brulure intérieure de l’amour pour avancer dans la communion des saints, c’est-à-dire des vivants et des morts. En serviteur fiable, Brigitte entre dans la joie de son maitre, et nous avons à continuer notre chemin de foi avec confiance. Entendons là nous dire : J’entrerai dans la louange au ciel les bras levés vers mon Père pour chanter ma joie d’être enfin avec Lui pour l’éternité dans la civilisation de l’amour qui ne s’éteint jamais.

[i] Mon Père, Brigitte Bellut

[ii] &147 Gaudete et exsultate – François – Degrés de perfection, 2 (Œuvres complètes, Paris 1990, p. 313).

[iii] Id., Avis à un religieux pour atteindre la perfection, 9b (Op. cit., p. 311).

[iv] Mon Père, Brigitte Bellut

[v] P 133 La mort et l’au-delà – Joseph Ratzinger