Année sainte 2025
Le pape a ouvert l’année sainte le 24 décembre 2024 sur le thème du Salut en nous invitant à être des « pèlerins d’espérance ». Qu’est-ce qu’une année sainte et comment vivre concrètement cette année sainte ?
L’année sainte, année jubilaire, est une année de grâce pour les croyants. Nous la voyons dans le judaïsme tous les 50 ans[1] comme source de libération et de sanctification du temps pour rétablir la juste place de Dieu, et l’équitable relation fraternelle. Le pape Boniface VIII a commencé, sous l’impulsion du bon sens des fidèles[2], à promulguer une année de bénédiction qui au cours des siècles s’est faite tous les 25 ans[3]. L’année sainte invite le peuple à une sanctification de l’espace et du temps. Elle fait écho à la parole d’Isaïe « 01 L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, 02 proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur, et un jour de vengeance pour notre Dieu, consoler tous ceux qui sont en deuil, »[4] La vengeance de Dieu étant la revanche de l’amour qui vient jusqu’à pardonner tous nos péchés .Nous comprenons que l’année sainte est un appel pour nous à grandir dans la liberté pour accueillir la grâce dans notre vie et prendre conscience des conversions à effectuer pour discerner avec prudence le quotidien et cultiver notre familiarité avec Dieu dans l’accueil de sa providence.
La porte sainte
Le signe de l’année sainte est l’ouverture de la porte sainte, que nous sommes appelés à franchir pour entrer dans ce dynamisme de renouvellement de notre foi, et d’accueil de la grâce. La mise en route vers Rome, puisque tous les chemins y mènent, est l’occasion de franchir la porte sainte en communion avec tout le peuple de Dieu dans une démarche filiale. Ce temps de pèlerinage est un temps de liberté à retrouver en mettant Dieu au premier rang. Un pèlerinage d’espérance nous dit le pape François, dans cette démarche toute simple de conversion pour accueillir pleinement la grande espérance du salut. La porte sainte de Saint-Pierre n’est ouverte que pour ces occasions et murée lors de la fermeture de ce temps de grâce. Les cathédrales du monde entier ont reproduit cette ouverture le 29 décembre, comme à Créteil, avec une diffusion dans les paroisses et la possibilité dérogatoire de pouvoir franchir une porte sainte soit dans la cathédrale, soit dans un lieu de pèlerinage identifié et nommé comme tel.
Le sacrement de réconciliation
Le pape François rappelle la grâce d’ l’indulgence pour être illuminé par la miséricorde du Seigneur et recevoir « la plénitude du pardon de Dieu qui ne connait pas de limites »[5] Il nous faut donc recourir au sacrement de réconciliation autant de fois que nous le pouvons pour nous purifier tout au long de l’année, et reconnaitre la grâce agissante du sacrement qui produit de l’effet dans notre vie. « Pardonner ne change pas le passé et ne peut modifier ce qui s’est déjà passé. Mais le pardon permet de changer l’avenir et de vivre différemment, sans rancune, sans ressentiment et sans vengeance. L’avenir éclairé par le pardon permet de lire le passé avec des yeux différents, plus sereins, même s’ils sont encore embués de larmes »[6] Si nous le retrouvons déjà comme une demande pratique pour vivre l’indulgence, le fait de mettre en exergue cet aspect précis nous fait comprendre l’importance de nous réconcilier avec Dieu pour transformer notre regard fraternel.
Obtenir l’indulgence
L’année sainte nous fait obtenir l’indulgence qui est une remise de nos péchés sur Terre comme au Ciel, mais aussi par l’action de l’Esprit Saint d’être restaurés dans la communion des saints. Le pèlerinage et la traversée de la porte sainte sont un signe concret de notre volonté de changement. Viennent ensuite les points à mettre en œuvre :
- Le sacrement de réconciliation
- Les œuvres de piété et la prière notamment en priant pour les intentions du pape émises lors de cette année sainte. Le temps diocésain du 9 juin pour l’année sainte entre dans la dynamique de cette démarche jubilatoire.
- Participer à une eucharistie et communier dans le désir d’être tout à Dieu.
- Les œuvres de charité dans la purification de la relation fraternelle et la solidarité, retrouvées dans la reconnaissance d’un même père.
En conclusion, vivre l’année sainte demande pour chacun d’entre nous un travail de conversion et d’écoute en communauté du souffle de l’Esprit pour resplendir de la grâce de l’Esprit. Le pèlerinage et la traversée de la porte sainte sont des moments spécifiques de communion ecclésiale et d’expression par son corps et son âme de la volonté d’union à Dieu. La foi passe aussi par nos pieds. La demande d’indulgence a aussi les quatre exigences nommées, comme principe de réalité dans la vie spirituelle. « il ne suffit pas de me dire : « Seigneur ! Seigneur ! », il faut accomplir la volonté du Père qui est aux cieux »[7] Le sacrement de réconciliation restaure le juste amour avec Dieu, la prière en communion avec le Saint-Père est unité de l’Eglise, et vivre l’eucharistie nous fait mettre Jésus au milieu de nous par les œuvres de charité. Chacun d’entre nous, regardons ce que nous pouvons faire pour vivre pleinement cette année sainte en pèlerins d’espérance.
Par la suite, il nous faudra continuer de réfléchir sur les axes concrets que propose le Pape dans sa bulle d’indiction notamment la place du temps et être artisan de paix, veiller au bien commun, particulièrement dans le respect de toute vie, une recherche de juste rapport à l’argent dans une relation solidaire et développer le don de la grande espérance du salut.
Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen
[1] Lv 25,8-55 – « 10 Vous ferez de la cinquantième année une année sainte, et vous proclamerez la libération pour tous les habitants du pays. Ce sera pour vous le jubilé : chacun de vous réintégrera sa propriété, chacun de vous retournera dans son clan. »
[2] Sensus Fidei – Les fidèles venant à Rome, il organisa l’événement de piété.
[3] D’autres années saintes se sont intercalées, en 1933 pour célébrer la résurrection du Christ, en 1983 par le pape JP II, et en 2016 pour un jubilé de la miséricorde. Mais cela n’empêche pas la périodicité des 25 ans, au siècle et aux 25,50,75 ans du siècle, permettant à chaque génération d’avoir au moins une occasion de vivre ce temps de grâce.
[4] Is 61,1-2
[5] &23 Spes non confundit – Pape François, Bulle pour le Jubilé
[6] ibid
[7] Mt 7,21
En entrant dans l’Avent, pour une nouvelle année liturgique, il nous faut cheminer vers la révélation pascale en accueillant le Sauveur dès sa naissance. Noel est une fête pascale par anticipation. Et en continuant notre parcours sur les réalités du Ciel, il nous faut vivre le changement du regard, pour entrer dans cette dynamique de l’émerveillement avec un cœur pur pour contempler Dieu.
Or, la difficulté à regarder son frère avec bienveillance vient du péché et de la concupiscence du regard. C’est-à-dire, dans son for intérieur, s’apprêter à laisser ses instincts grégaires dans son propre besoin d’assouvissement sans maitrise de soi, ni une volonté clairement exercée dans l’obéissance de la foi. En quelques mots, une ignorance de notre vocation d’image de Dieu pour développer une pulsion animale dans une désagrégation de tout notre être. La convoitise du regard va de pair avec l’expression d’un désir intérieur qui se manifeste dans l’imagination, et qui ne demande qu’à passer à l’acte si nous ne mettons pas les garde-fous nécessaires. D’ailleurs les maladies psychiques sont en général, un franchissement des garde-fous pour tomber dans le pathologique, que ce soit la bipolarité, la schizophrénie, ou encore la paranoïa… (sans prétendre donner une liste exhaustive). Un profond clivage de notre manière d’être qui a des répercussions désastreuses sur notre âme et sur notre corps, aggravant un mal-être profond. Le regard enferme, c’est vrai, mais parfois il tue dans une dislocation de l’autre provoquant une déflagration dans l’équilibre psychique. Le harcèlement scolaire dont nous parlons tant, commence par une concupiscence du regard, dans un mépris de l’autre et une volonté d’humilier pour le plaisir d’asseoir son propre pouvoir ou sa domination dans le clan. Il nous faut lutter, par le jeûne et la prière, contre le désir désordonné qui aboutit à un regard d’exclusion et de suffisance de soi-même. La dignité humaine se vit concrètement pour nous, à travers la capacité à voir en l’autre un frère à aimer et à accompagner pour une meilleure vie dans la recherche du bien commun et d’une vie bonne en Dieu. Nous avons des gestes forts à poser pour témoigner de notre foi et refuser l’écroulement du lien fraternel Notre vie spirituelle se concrétise par des actes prophétiques et porte du fruit même dans le martyr, car nous travaillons pour le Royaume des cieux. Mettre Dieu en dehors de notre vie et de notre société nous conduira inexorablement dans un monde sauvage, sans âme mais avec un appétit féroce pour dévorer l’autre. Les tyrannies se sont bâties sur la concupiscence du regard et une vision tronquée de l’humanité. Seuls la méditation des Ecritures et l’accompagnement spirituel nous aident à progresser pour une plus grande fécondité dans l’appel baptismal à la sainteté et à la construction de la civilisation de l’amour. La vie du citoyen du Ciel est d’être artisan de paix dans l’annonce de l’évangile et le témoignage de vie pour une communion fraternelle toujours plus forte dans le souffle de l’Esprit. Une réunification intérieure passe par l’éducation du regard à la compassion pour être dans un juste rapport. « Heureux ceux qui pleurent ils seront consolés ». Le partage d’une humanité vulnérable par l’incarnation du Christ nous montre le chemin de la réalité humaine de la vie, et la vérité de l’amour qui s’expérimente vraiment. Il faut pleurer pour comprendre la joie de la consolation.
La concupiscence du regard fait partie des affres du péché originel, énuméré dans la lettre de saint Jean. Il faut avoir un regard de compassion dans la relation fraternelle et vouloir la communion pour bâtir un dialogue fécond. Refuser le péché nous ouvre à la fraternité d’éternité. Mais le regard peut être enfermant, d’ailleurs le Christ, dans le contexte du désir de la chair, le définit comme « l’adultère du cœur », c’est-à-dire voir l’autre comme objet. « Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. » Avant l’acte, le regard pousse à la faute, lorsqu’il est mal orienté. L’histoire de Saül nous montre le péché du regard qui entraine la mort de l’âme dans la brisure du lien fraternel. « Saül regardait David avec méfiance. Le lendemain, un mauvais esprit envoyé par Dieu s’empara de Saül qui fut saisi de transe prophétique au milieu de la maison. David jouait de son instrument comme chaque jour, et Saül avait sa lance à la main. Saül la lança en se disant : « Je vais clouer David au mur ! » Mais par deux fois David échappa à Saül. » Le changement de regard sur celui qui avait gagné contre Goliath entraver une pensée libre de rencontre, pour la jalousie du rang et la soif du pouvoir. Cela est aussi vrai dans nos communautés lorsque nous marchons ensemble, répondant à l’appel de l’Esprit, puis nous sommes comme happés par une rivalité maladive, souvent dans des regards envieux et inadaptés, oubliant que nous sommes d’abord au service du Christ et pour la construction de l’Eglise avant de faire notre petit commerce personnel. La personne au regard désaxé oublie de savoir si elle vit pour la communion. Les tensions fraternelles sont souvent dues à un manque de simplicité dans les rapports des uns avec les autres et une volonté de partage, qui est certes un chemin de résurrection mais connait aussi des croix et des renoncements.
Si nous reprenons, la convoitise du regard est le premier pas de la convoitise de la chair dans ce contexte précis. Comme le précise d’ailleurs saint Jean Paul II « L’adultère commis « dans le cœur » n’est pas inscrit dans les limites de la relation interpersonnelle qui permet d’identifier l’adultère commis « dans le corps ». Ce ne sont pas exclusivement et essentiellement ces limites qui décident de l’adultère commis « dans le cœur », mais la nature même de la concupiscence, exprimée dans ce cas-ci par le regard, c’est-à-dire par le fait que l’homme, que le Christ cite à titre d’exemple, « regarde pour désirer ». L’errance du regard est cette chosification de la relation pour ne voir en l’autre qu’un garde-manger pour nos propres désirs. La dimension du regard dans l’appel à la sainteté exige la maitrise de soi et la volonté de suivre le Christ. Le point faible est signifié par l’appétit sexuel, comme nous le rappelle justement l’évangile, mais nous ne pouvons pas arrêter la concupiscence du regard seulement sur l’aspect libidineux. De plus, si nous avons vu l’aspect du morcellement intérieur, il nous faut regarder aussi la nécessaire justice dans l’échange avec le prochain.
Le rapport à l’argent et à sa finalité doit être aussi entrevu sous l’aspect de la vertu de justice et d’un discernement prudentiel quant aux moyens nécessaires. La vertu de justice impose que nous ayons un juste rapport à l’aspect financier et que nous ne fassions pas de l’argent une fin. Rien ne sert de courir le meilleur salaire ou de demander à Dieu la fortune, car l’amour n’a pas de prix. Nous sommes invités dans la simplicité de notre vie à rechercher ce qui nous est nécessaire, et non à vivre dans la superficialité. « J’ai des difficultés avec l’enseignement sur la « prospérité » qui dit que si nous suivons le Seigneur nous serons en sécurité et dans l’aisance matérielle. C’est en complète contradiction avec les Ecritures et aussi avec ce que nous expérimentons en Chine. Suivre Dieu est un appel non seulement à vivre pour Lui, mais aussi à mourir pour Lui » Le témoignage de ceux qui vivent la joie de croire dans un pays de persécution nous invite à retrouver de la prudence face à ce que nous recherchons comme essentiel et à séparer la bénédiction de Dieu de l’aisance financière. La bénédiction de Dieu ne tient pas à la grandeur du poste, ni à l’évolution de la position sociale, ni même aux longues années. Carlo Acutis, comme Thérèse de l’enfant Jésus nous montre que dans une vie courte, la richesse de la relation à Dieu comble toutes les attentes. La joie du témoignage, par la disponibilité du cœur à l’instant présent, démontre une simplicité de vie, pas après pas, juste pour aujourd’hui. Chacun doit vivre un chemin unique de complémentarité de la grâce, et non pas être une pale photocopie de la grâce entachée de l’esprit de ce monde et des dévoiements proposés. De fait, Dieu nous demande d’être saint, et non d’être riche. L’un ne s’oppose pas à l’autre, mais la vraie prière est une vie ancrée en Dieu et dans l’accueil de sa grâce pour témoigner de sa foi. Ensuite le Seigneur utilisera ce qui nous est le plus favorable pour déployer notre vocation personnelle d’enfant de Dieu pour la liberté de l’amour.
Père Gregoire BELLUT – Curé – Doyen
Le rapport à l’argent, entre autre, est un vrai questionnement, mais soyons vigilant, ce qui brille n’est qu’illusion. On pourrait par vanité avoir le meilleur téléphone portable, au coût d’un ordinateur plaqué or, mais pour quelle utilité ? La futilité de la mode nous montre bien qu’il faut discerner ce qui est nécessaire et refuser ce qui est insignifiant comme les honneurs ou la recherche d’un pouvoir éphémère lorsqu’il n’est pas fondé en Dieu. Nous pouvons prendre plaisir à paraitre, dans la superficialité du moment, mais il nous faut bien prendre conscience que nous aurons besoin de retrouver du sens par rapport à ce que nous sommes, et l’épreuve nous met face à l’urgence des réalités et à nos priorités. «Vanité des vanités disait Qohèleth. Vanité des vanités, tout est vanité ! » 1 La sagesse nous pousse à percevoir l’essentiel.
Si nous y regardons de près, certains chrétiens irakiens dans leurs témoignages disaient vivre de manière dilettante face à la guerre qui s’approchait, la guerre est pour les autres mais n’arrivera pas ici, lors de la prise de Mossoul, ils nous disent qu’ils ont, pris conscience d’un choix à poser et d’une réaffirmation de la foi à vivre pour retrouver le chemin de la communauté ecclésiale et de la prière. Dans nos sociétés occidentales, l’éparpillement des valeurs dans la superficialité de la mode et des idéologies en tout genre nous éloignent inexorablement de notre vocation d’image de Dieu appelé à la ressemblance. C’est le constat d’autres Eglises non européenne, qui voient la perte de transcendance pour le cynisme de l’apparence et ce qui est utile. « En occident de nombreux chrétiens ont une abondance de biens matériels, mais ils vivent dans un état de tiédeur. Ils ont de l’argent et de l’or, mais ils ne se lèvent pas pour marcher au nom de Jésus. » 2 Le tourisme spirituel de certaines personnes interroge : on passe de paroisse en paroisse sans être fidèle à une communauté, on change d’Église en Église, dans un vagabondage de la foi. On émigre d’une église capable de commémorer les défunts à un culte incapable de vivre la communion des saints. Et n’oublions pas l’invention de spiritualités ancestrales revues et corrigées dans une marchandisation culturelle abjecte 3 . La fluidité spirituelle, dans une recherche de foi correspondant à nos vies, sonne comme un refus de conversion et de transformation intérieure à opérer dans le Christ Jésus. C’est une vaine course idolâtrique d’une spiritualité adaptée à nos valeurs et, dans une contextualisation à outrance, on en oublie la radicalité de la Parole. Il y a bien une vanité idéologique dans le relativisme des situations pour distordre le sens profond des Ecritures et l’appel à la conversion. La propre glorification du changement, pour penser et agir autrement appelé paradigme, est un refus de l’appel des Écritures à aller au large et interroge fortement aujourd’hui. La foi se vit dans la tradition apostolique et l’accomplissement de l’esprit de la loi, et non un affranchissement de la parole à cause d’une culture particulière qui se veut ouverte et universelle mais se révèle si vaine. Quant à nous, l’appel à retrouver le chemin qui mène vers Dieu nous invite à fuir les suffisances de cette vie qui passe, pour nous enraciner dans ce qui est essentiel : le Christ notre Seigneur. « Que rien ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe, Dieu ne change pas,…Dieu seul suffit. » 4 La vérité de notre foi se fonde sur les Ecritures, et trouve dans nos actes le témoignage de la confiance en Dieu et la volonté de continuer l’œuvre de Dieu, chacun selon ses propres talents. Il s’agit alors de se recentrer. Quelle est la personne la plus importante dans ta vie, demandait-on dans un jeu que des adultes faisaient pendant la fête du nouvel an. La femme allait répondre « mon mari et mon mariage dans l’année » mais, un enfant répondit avant elle « ça c’est facile, la personne la plus importante c’est Dieu ». Parfois, les petits nous remettent dans une bonne échelle de foi et nous font revoir notre hiérarchie des valeurs dans une spontanéité, signe du Royaume à venir. Nous devons retenir cette facilité du choix, comme le dit le sage : « tout est vanité, hors aimer Dieu et le servir lui seul » 5 Se rendre disponible à la grâce demande alors de laisser toute forme d’orgueil pour accueillir la promesse du Salut et se conformer à la Parole de vie, source de tout bien.
1 Ecl 1,2 2 P 273 Citoyen du Ciel, Brother Yun EdB 2023 3 La spiritualité est américaine – Jean Marie Gueullette Cerf 2021
La précarité de la vie nous éclaire sur nos propres vulnérabilités et les choix cruciaux qu’il nous faut faire parfois entre des réalités fondamentales, par exemple la vie et l’absurdité de la mort, parfois la maladie, ou encore ce qui importe dans la hiérarchie des valeurs et la réalité des ruptures familiales. Tout cela remet en perspective notre véritable désir dans une soif de l’action de Dieu et un engagement à le servir. L’apparence des situations que nous avons pu connaitre, non sans satisfaction à ces moments précis, devient d’une vanité sans fond. La mort nous rappelle à l’essentiel : qu’est-ce que je fais de ma vie pour servir Dieu en toute chose ? « Vanité donc, d’amasser des richesses périssables et d’espérer en elles. Vanité, d’aspirer aux honneurs et de s’élever à ce qu’il y a de plus haut. Vanité, de suivre les désirs de la chair et de rechercher ce dont il faudra bientôt être rigoureusement puni. Vanité, de souhaiter une longue vie et de ne pas se soucier de bien vivre. Vanité, de ne penser qu’à la vie présente et de ne pas prévoir ce qui la suivra. Vanité, de s’attacher à ce qui passe si vite et de ne pas se hâter vers la joie qui ne finit point. » 6 Dans un monde en turbulence, des propositions aussi absurdes les unes que les autres, comme le choix de la beauté dans un musée des horreurs, entre la déliquescence bioéthique et le positionnement de l’accueil de la vie dès sa conception et l’accompagnement de la fin de vie, l’errance de la corporéité à travers la théorie du genre et l’idéologie perverse du féminisme, sans oublier de pointer les formes de violence sociétale. Un inventaire non exhaustif d’une gangrène de l’expression de surpuissance, parfois dans la satisfaction de sa propre performance technique et scientifique, nous font errer dans le désert de l’être, abandonnant les plaines de la liberté créatrice et féconde. Nous, disciples kérygmatiques, sommes appelés à redire la Bonne Nouvelle du Salut, en refusant toute forme de satisfaction dans le paraitre et redire que l’homme est image de Dieu, bénédiction de Dieu pour toute la création lorsqu’il est en communion avec son Créateur. On peut avoir en Eglise des opinions politiques différentes, des approches théologiques dissemblables, des façons de prier manifestement décalées, chaque messe du dimanche nous rassemble dans la communion des croyants, pour témoigner en artisan de paix ce qui fait notre attachement au Christ et à sa Parole, par une communion en communauté kérygmatique capable de se parler dans la diversité des personnalités et de témoigner de la vie de l’Esprit.
4 Thérèse d’Avila – œuvres complètes - Poème 5 L I, 24&7 imitation de Jésus Christ 6 L I, 1,&2 imitation de Jésus Christ
La place du premier serviteur de la communauté paroissiale doit être rappelée avec force. Le prêtre est un serviteur de la civilisation de l’amour, témoin d’une présence en lui, fruit de l’Alliance et de la fécondité. Il vit dans la gratuité de la relation, toujours attentif à l’autre et non centré sur lui-même, attentif au cri du monde et à l’approfondissement du dialogue avec Dieu. Il répond à l’appel dans la
disponibilité de son être en faisant confiance à la Parole et au souffle de l’Esprit « Qu’il me soit fait selon ta volonté ». Il n’est ni dans une course médiatique, ni dans un marchandage émotionnel mais dans l’accomplissement de la croix pour rayonner de la grande espérance de la résurrection. Ni collabo de l’esprit de ce monde, ni déserteur du beau combat de la foi, ni super héros, ni déterminé par sa vulnérabilité, il est enfant de Dieu, enfant de Roi. Il entre dans le temps de Dieu et participe à la communauté pour la rendre plus fraternelle, plus juste dans la vérité des Ecritures. Ce qui fonde le ministère est la rencontre du Christ, la réponse à son appel et la volonté de lui être fidèle par amour pour le servir jusqu’au bout. Tout le reste est vanité. –
Le vrai défi pour chacun d’entre nous est d’aimer en vérité, et non dans une course vaniteuse de performance spirituelle : à celui qui fait le plus de convertis, se met le plus au service de la charité, quand cela ne passe pas par l’évaluation de la qualité de prière et de son efficacité ! Oui la glossolalie, comme la manipulation hystérique des masses n’est pas signe de sainteté. La vanité se glisse dans toute chose si nous ne sommes pas vigilants en développant la vertu de prudence pour discerner ce que nous devons vivre et comment rendre témoignage de la présence de l’Esprit Saint en nous. La louange est une porte d’entrée dans l’accomplissement de notre vie spirituelle. Une expérience de décentrement de soi-même pour nous refonder en Dieu seul. « Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu : si elle fut assujettie à la vanité, … à cause de celui qui l’y a soumise, c’est avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. » 7 La vocation de citoyen du Ciel, et nous le sommes, par les sacrements de l’initiation 8 , nous demande de fonder notre grande espérance du Salut sur l’humilité du cœur pour accueillir notre Seigneur. La liberté se vit en présence du Seigneur et dans la joie de sa grâce, pour agir en fonction de la volonté de Dieu et dans la ferme intention de lui rester fidèle. Tourné vers les fins dernières, nous désirons Dieu de tout notre cœur et de toute notre âme, dans une charité inventive pour vivre la communion en toute circonstance. Car c’est avec Dieu que la notion de liberté prend sens dans la recherche du meilleur bien, c’est-à-dire d’une communion d’amour pour l’éternité.
7 Rm 8 8 Baptême (et la grâce agissante), confirmation et eucharistie
Père Gregoire BELLUT – Curé –Doyen
Janvier 2022

Lettre des fiancés
Fraternité renouvelée
Rivalité et scandale
Ecoute Israël
Elle a pris sur son indigence
Jésus parlait à ses disciples
Parrain sous X
Parrain sous X
EDITO 1 SEPTEMBRE 2021

