Le brave Nicolas a connu quelques difficultés dans son identité profonde, et en a été blessé. Rajouter à cela des comportements inappropriés de certains spirituels et le voici en errance allant d’une Eglise à une autre dans ce vrai désir de demeurer en Dieu. Intellectuellement bien charpenté, il apprend une langue et s’investit dans la culture du pays qui entre en guerre, et le voici tout feu tout flamme dans un patriotisme assez désarmant. Tout chez lui est engagement jusqu’au bout avec une forme d’intransigeance radicale qui porte en elle-même la rupture.  Dix ans après, le voici toujours désabusé par cette nouvelle communauté spirituelle et claque une fois de plus la porte. Mais la foi communautaire n’est-elle pas d’abord un regard vers le Christ ? N’est-ce pas Lui qui nous conduit malgré les imperfections humaines et les vulnérabilités des uns et des autres ? Comment faire Eglise en refusant la dimension fraternelle dans l’épaisseur de la pâte humaine ? L’itinéraire de Nicolas n’est pas un cas isolé, mais reflète l’errance spirituelle suite à des difficultés réelles de vie communautaire et l’exigence d’une radicalité évangélique.

 

Le monde parfait est idolâtrique dans le contrôle de toutes les attentes, et tyrannique dans l’expression de la relation. L’Eglise est d’abord le visage du Christ qu’il nous faut sans cesse faire grandir par la sainteté de nos vies. Saint Irénée de Lyon « a appris à mieux penser, portant toujours plus profondément son attention sur Jésus. Il est devenu un chantre de sa personne, même de sa chair. Il a reconnu, en effet, qu’en Lui, ce qui nous semble opposé se recompose en unité. Jésus n’est pas un mur qui sépare, mais une porte qui nous unit. Il faut rester en lui et distinguer la réalité des idéologies. »[i] La foi est donc une relation à l’autre dans l’amour de Dieu qui demande de prendre en compte toutes les faiblesses pour progresser vers le meilleur bien, et non s’enfermer dans le jugement d’une part, et le repli sur soi d’autre part. On peut légitimement s’interroger sur des incohérences des chrétiens face à la foi, comme prier à l’Eglise et prôner l’amour de Dieu, et une fois la messe terminée critiquer les frères avec délectation. Sans parler de ceux qui se disent chrétiens et vivent en païens. Ainsi,  faire la vérité dans notre vie demande une véritable attention de cohérence dans nos choix et d’unification intérieure pour laisser la grâce de l’Esprit Saint agir afin que nous nous laissions modeler par la volonté de Dieu et que nous remplissions notre vocation baptismale de fils de lumière.

 

Une perfection de la relation n’existe pas dans un monde entaché par le péché originel, mais nous avons en Eglise à témoigner de la présence de Dieu dans l’amour que nous aurons les uns pour les autres. La recherche de communion entre nous est d’abord l’expression de la charité pour répondre en écho aux exigences de l’Evangile. « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux »[ii] Cela passe par la chose publique. Chrétiens au cœur de la cité nous avons à nous engager tant au niveau associatif que politique afin d’œuvrer à la construction de la civilisation de l’amour, et refuser toute forme d’idéologie pour rencontrer le frère et avec lui bâtir un monde nouveau. C’est l’appel qu’adresse le Pape Léon XIV aux hommes politiques du Val de marne.  « Vous retournerez à vos engagements quotidiens fortifiés dans l’espérance, mieux affermis pour œuvrer à la construction d’un monde plus juste, plus humain, plus fraternel, qui ne peut être rien d’autre qu’un monde davantage imprégné de l’Évangile.  »[iii] Il ne s’agit donc pas de se figer à chaque écueil, ou de retirer son épingle du jeu, mais d’avancer avec confiance en présence du Seigneur.

 

Nous aurons parfois à poser un acte de charité qui pourra être perçu comme un acte politique, mais qui est d’abord un choix prophétique dans l’annonce de l’Evangile. La communauté ecclésiale doit rendre compte au monde de la réception de l’Evangile. Et nul membre n’en est dispensé. Certes, la charité n’a pas de couleur politique, mais elle est bien une composante de notre foi chrétienne et demande la vérité de notre engagement. Alors l’agir moral devient un acte politique. Néanmoins le bon samaritain aide le souffrant, c’est d’abord un acte d’humanité et de fidélité à l’amour de Dieu pour tout homme quelle que soit sa foi. Nous sommes amenés à faire quelques entorses aux règlements pour mettre l’amour en premier, et le radicalisme intransigeant n’a jamais aidé au dialogue ni à la découverte d’une vérité de la relation avec Dieu et nos frères. Il ne s’agit pas tant de mettre de l’eau dans son vin, que d’accueillir le principe de réalité des uns et des autres et d’une recherche de communion qui demande certes une vraie conversion, mais demande un accompagnement bienveillant pour aller jusqu’au bout de la fraternité. « ¨portez les fardeaux les uns des autres »[iv] La communion est une relation fraternelle à rendre féconde. Tout est là. La relation doit permettre la fécondité dans la relation à Dieu et à nos frères dans un même amour. La pâte humaine est le signe tangible de l’amour à vivre dans toutes les réalités.

 

Néanmoins la charité est ancrée dans la grande espérance du salut. Faire Eglise demande beaucoup d’amour, mais aussi d’avoir confiance en Dieu et de puiser dans la grande espérance du salut, les raisons d’aimer davantage. D’ailleurs, la plus belle beauté de notre foi n’est-elle pas le Christ Rédempteur, Celui qui nous a sauvés par la mort sur la croix et la victoire de la résurrection ? Assurément la splendeur de l’amour dans la vérité du don que nous offre l’eucharistie nous plonge dans la richesse du salut. Le Christ mort et ressuscité révèle l’amour de Dieu dans la réalité de notre quotidien pour transfigurer notre vie dans la grâce de sa présence. Tout prend sens parce que le Christ nous a sauvés. L’Eglise c’est le corps du Christ, et nous rappelle qu’Il est au milieu de nous. Dans la Parole méditée, il réchauffe notre cœur et nous rend pleinement témoins de sa présence dans le monde de ce temps. Par l’Esprit Saint, il nous fait habiter la grâce du salut. En recevant la vie de Dieu et en communiant à son corps et à son sang Dieu nous vivifie entièrement. La participation à l’eucharistie « Source et sommet de toute la vie chrétienne »[v] nous recentre sur le Christ et Lui seul. Dans la vie de foi nous avons à nous rappeler sans cesse que c’est Lui qui est notre Seigneur, et que c’est vers Lui que nous devons sans cesse nous tourner, au cœur même de notre communauté. Nous n’avons pas à être des gyrovagues[vi] des communautés paroissiales ou ecclésiales. Au cœur de nos communautés nous avons à témoigner de l’amour de Dieu, et à conformer notre vie à l’Evangile dans une pratique de la conversion et de la prière.

 

Ensemble, peuple de Baptisés nous avons à annoncer la joie de la Bonne Nouvelle pour tout homme, et c’est dans la communion que nous pourrons le faire avec plus de force. Ne regardons pas nos faiblesses, mais laissons-nous embraser par l’Esprit Saint pour avancer avec assurance dans la foi et construire ensemble cette civilisation de l’amour. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis »[vii] La reconnaissance de notre fraternité vient d’un même Père qui est Dieu et répond à l’exigence du Christ d’aimer jusqu’au bout non dans l’émotion du moment mais la grâce de l’accueil de sa présence par le souffle de l’Esprit Saint. « L’Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de mettre dans une plus vive lumière… sa propre nature et sa mission universelle. »[viii] Le brave Nicolas aurait dû mieux comprendre cette union intime avec Dieu dans la prière et le service de la charité, tout en faisant la vérité en lui-même et autour de lui. C’est un appel baptismal pour chacun d’entre nous. Nous pouvons être tiraillés par « les événements de ces jours-ci » et comment nous pouvons être crucifiés par des aspects de la vie communautaire peu reluisants. Mais il nous faut aussi rechercher comment vivre la communion et à travers l’eucharistie vivre le sacrement de la charité avec audace dans l’accueil de la présence du Seigneur dans la pauvreté de nos fragilités humaines, et de celles de nos frères. Etre prophétique, c’est peut être aussi réveiller le message de l’Evangile, toujours dans l’humilité mais avec audace et  persévérance,. L’appel à la conversion est personnel et communautaire. Rappelons-le avec force « L’Esprit habite dans l’Église et dans le cœur des fidèles comme dans un temple, en eux il prie et atteste leur condition de fils de Dieu par adoption »[ix] La joie de Dieu se vit dans la communion fraternelle et notre capacité d’entrer en relation, c’est-à-dire de participer ensemble, avec la grâce première de Dieu à l’édification du royaume déjà là lorsque la charité est présente.

 

Vivre en Eglise est un appel pour chacun à rechercher la communion et prendre sa place pour accueillir la vie de Dieu. Après tout, la grande espérance du salut ouvre les portes du ciel pour entrer dans la joie du maitre et glorifier Dieu pour tous ses bienfaits, et Ils sont nombreux. Toute notre histoire devient alors un langage des signes de Dieu dans notre vie, et un itinéraire de connaissance progressive pour grandir en son amour et trouver une foi adulte et responsable afin de témoigner de notre espérance qui nous anime. C’est parfois un chemin de croix, mais toujours orienté vers la lumière de la résurrection. « Plus l’âme monte haut vers Dieu, plus elle descend profondément en elle ; l’union se réalise au cœur de l’âme, au plus profond d’elle-même »[x] Soyons conscients de notre vocation baptismale et construisons l’unité entre nous au pied de la croix pour rayonner en disciples du Christ de la promesse du salut.

[i] Espérer c’est relier, Saint Irénée de Lyon – Léon XIV 14 juin 2025

[ii] Mt 18,20

[iii] Discours à une délégation d’élus – Diocèse de Créteil Jeudi 28 aout

[iv] Ga 6,2

[v] §11 Lumen Gentium – Vatican II

[vi] Gyrovagues, terme employé par St Benoit pour fustiger les moines passant d’Abbaye en Abbaye. L’importance de l’enracinement est au cœur de la pratique bénédictine

[vii] Jn 15,16

[viii] §1 Lumen Gentium – op cité

[ix] §4 Lumen Gentium – op cité

[x] P 112 La puissance de la croix Edith Stein

Nous voici dans l’année sainte en pèlerins d’espérance et prêts pour une nouvelle année. Suite à l’expérience du deuil, affermis dans la foi, il nous faut continuer de faire confiance au Seigneur en toute occasion. Voici que se profile l’ouverture d’un concile provincial sur la question du catéchuménat et le renouvellement d’une approche pastorale pour dire la vérité de l’Evangile dans le monde de ce temps. Sur la vingtaine de baptêmes de cette année, trois quarts sont des jeunes du catéchisme, c’est un renversement de tendance plein d’espérance. Le Christ continue d’appeler et de se manifester dans la vie des personnes. Mais se pose pour nous de manière très factuelle la question de l’engagement baptismal personnel.  Quel est le témoignage de notre foi dans cette nouvelle entrée scolaire ?

 

La reprise des activités doit nous concentrer sur l’annonce de la Bonne Nouvelle, car elle fait de nous des témoins par les choix de vie que nous posons et les orientations que nous prenons à la lumière de la charité et au souffle de l’Esprit Saint dans l’intelligence des Ecritures. Nous voici donc engagés dans un discernement prudentiel, seul chemin de synodalité possible pour vivre l’Eglise dans l’exigence de la Parole et l’engagement responsable enraciné dans la tradition apostolique et l’impulsion de la réalité quotidienne. Point de changement de paradigme, mais cette volonté de répondre au souffle de l’Esprit dans la vérité des situations et des transformations à opérer. Un chemin de conversion pour une sanctification personnelle et communautaire à la suite de la Parole. .  «  Mais vous, vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. »[1] Ce temps de reprise scolaire demande à ce que nous soyons toujours missionnaires dans les engagements que nous prenons au cœur de la paroisse, et une attention à vivre pleinement notre foi dans une cohérence du témoignage qui nous rend lumineux, parce que le Christ habite en nous. Le cri de Paul VI est toujours actuel. « Le monde réclame des évangélisateurs qui lui parlent d’un Dieu qu’ils connaissent et fréquentent comme s’ils voyaient l’invisible[2]. Le monde réclame et attend de nous simplicité de vie, esprit de prière, charité envers tous, spécialement envers les petits et les pauvres, obéissance et humilité, détachement de nous-mêmes et renoncement »[3]. Or les critères de Paul VI sont assez précis pour que nous puissions en retirer des choix pour nos vies

  • La simplicité de vie, comme un appel à aller à l’essentiel, dans une vie en profondeur où nous sommes à l’écoute du souffle de Dieu. La vie intérieure est un défi aujourd’hui dans un espace quotidien mangé par l’ogre de la sollicitation interminable, à travers les écrans, les musiques en toute occasion dans les courses, comme dans les transports et les lieux quotidiens. Retrouver le silence intérieur devient un combat pour une juste relation à Dieu, à nous-mêmes et à nos frères. La simplicité est donc de refuser de vivre au ras du sol, mais de prendre de la hauteur aux propositions pour choisir ce qui nous fait grandir et fuir toute forme d’aliénation. Ne recherchons pas le clinquant ou le populaire, mais ce qui la bonne odeur de l’Evangile. Or la tentation de la vanité est parfois très grande, le fruit a l’air si bon….
  • Esprit de prière. Retrouver la ferveur des premiers chrétiens dans nos engagements familiaux, et remettre la prière familiale au cœur de nos activités. Mais aussi, l’appétit spirituel à vivre les temps de prières en semaine à l’Eglise, comme le dimanche en étant en avance aux offices pour se préparer à la rencontre de notre Rédempteur, comme à la sortie en restant devant le tabernacle à prier. L’esprit de prière ne se déclame pas, il se vit, et il nous fait bruler du désir de Dieu pour avancer avec confiance dans la foi et avoir le regard pénétrant pour discerner avec justesse la vie de Dieu et reconnaitre le mal pour fuir le péché et toute forme de concupiscence.
  • La charité envers tous, ne doit pas se réduire à quelques-uns ni vider le centre sous prétexte des périphéries. La charité est de mettre la réalité de Dieu dans notre quotidien que ce soit Lazare à notre porte, ou les cinq frères dans la maison. Une charité liée à la relation du quotidien, nul besoin de parcourir le monde, mais la volonté d’être dans la réalité du quotidien rayonnant de cet amour pour tous. Cela demande un lien privilégié avec les petits et les pauvres pour que chacun trouve sa place, et une attention particulière pour laisser à chacun les moyens de développer ses propres talents. La charité devient donc solidarité pour permettre à chacun de grandir dans sa vocation d’image de Dieu, et d’aller vers le Père pour célébrer les louanges du Seigneur. Pas de charité sans simplicité de vie nous rendant disponible d’une part, et d’intimité avec Dieu d’autre part. La méditation des Ecritures nous aide à progresser dans un rapport juste, à l’écoute de l’Esprit.
  • L’obéissance est une liberté tournée vers les meilleurs choix afin de grandir ensemble. Elle est donc une logique de l’amour dans le renoncement à soi-même dans le but de la construction de l’Eglise. En effet l’obéissance est fruit de croissance pour qui sait faire confiance en Dieu et discerner ce qui est bon. « L’obéissance à Dieu est libératrice parce qu’elle n’enferme jamais, elle éclaire le chemin. La fidélité à la Parole doit toujours être disposée à aller plus loin que l’on avait imaginé au départ »[4] Or la médiation des frères loin d’être un obstacle sert la volonté de Dieu dans une orientation nouvelle afin qu’elle porte du fruit.
  • L’humilité est première dans toutes les vertus, parce que nécessaire pour la vie spirituelle, comme une reconnaissance de la beauté de la création de Dieu et de notre juste place de créature. Opposée à l’orgueil spirituel, et donc à l’idolâtrie, l’humilité nous renvoie à notre condition d’image de Dieu appelée à grandir par la Parole de vie et la charité active. Elle est cette lucidité d’âme qui reconnait la puissance de Dieu agissant dans notre histoire, et dans l’obéissance vit la confiance pour avancer avec Lui jusqu’au bout du chemin dans la vérité de sa présence, et la vie de grâce proposée. « S’il y a quelque bien en vous, croyez qu’il y en a plus dans les autres, afin de conserver l’humilité. Vous ne hasardez rien à vous mettre au-dessous de tous, mais il vous serait très nuisible de vous préférer à un seul. L’homme humble jouit d’une paix inaltérable, la colère et l’envie troublent le cœur du superbe. »[5] La méditation de l’auteur nous révèle l’humilité comme chemin de sagesse dans un juste rapport au monde et être pleinement artisan de paix afin de reconnaitre la joie de Dieu en toute chose. Le témoignage de foi passe par l’humilité et montre le chemin de la croix et de la résurrection. Ni triomphalisme, ni force arrogante, mais la joie de Dieu qui illumine notre vie et rayonne dans toutes nos relations. Telle est l’humilité qui se propose comme chemin de sanctification simple, sans fanfaronnade mais dans un ancrage de vie intérieur où souffle l’Esprit Saint.
  • Cela implique le détachement de nous-mêmes pour s’offrir aux autres dans un don désintéressé, afin de montrer le visage de Dieu dans la gratuité de l’amour. Un renoncement à vivre comme motif de conversion intérieure incessant pour reconnaitre l’essentiel et fuir le superficiel. Conformer sa vie à la Parole de Dieu demande des conversions pour ne pas être négligent dans notre vocation baptismale ni laisser l’esprit d’acédie nous remplir de tiédeur.

 

Nous avons besoin de témoin, et c’est des choix opérants qui nous rendront vraiment efficaces. Certes il nous faut mettre de l’engrais dans notre vie intérieure, par la prière et la méditation de la Parole, mais il nous faut être docile à l’Esprit pour croitre sous l’arrosage de la grâce. Il y a un désir urgent à évangéliser pour annoncer la grande espérance du salut. C’est le devoir de chaque chrétien de s’engager à professer le Christ Seigneur. Mais plus encore, il nous faut être attentifs dans nos choix de vie à faire émerger la vérité dans cet amour de Dieu, et trouver la juste relation au frère pour être pleinement artisans de paix. Que ce temps de rentrée soit celui du témoignage de notre foi dans des résolutions personnelles fécondes pour notre communauté. Soyons donc à l’invitation du Pape Grégoire le grand « Une armée en marche, et l’on entend bien comme « la rumeur d’une armée en campagne », car leurs rangs résonnent, à la louange du Dieu Tout-Puissant, du cliquetis du glaive des vertus et de l’arme des miracles. »[6]

 

 

[1] 1 P 2,9

[2] Cf. He 11, 27.

[3] &76 Evangelii Nuntiandi – Paul VI

[4] P 208 Obeir en homme libre, Laurent Camiade

[5] Livre I,V, 2 Imitation de Jésus Christ

[6] Homélie VIII, 11 p 291 – Homélie sur Ezechiel, Grégoire le Grand

La faute d’orthographe qui implique une confusion entre le « sa » comme adjectif possessif et le « Ca » comme pronom démonstratif (et qui peut se remplacer par cela) est tellement répandue que j’en suis resté dubitatif ? Derrière le possessif qui est devenu si commun dans la langue, quels que soient le contexte, n’y a-t-il pas la problématique d’un personnalisme en recul face à une possession qui en oublie le bien commun pour ‘sa’ satisfaction individuelle ? N’est-ce pas le symbole d’un basculement civilisationnel, en écho d’un mal profond d’une société en perte de sens car en perte de Dieu ?

 

L’individualisme est naufrage de fraternité. L’incapacité à vivre la gratuité dans la relation, pour être possessif sur tout, interroge notre relation à la maison commune, que ce soit dans l’abus de la nature, la distorsion de la relation fraternelle et la violence mimétique induite. La gestion des colères, et les emportements dans les manifestations où tout est propice à la barbarie sociale avec une révolte parfois fort discutable montrent cet esprit de possession ignorant le bien commun. Le « sa » devient le « à moi » de gré ou de force. Alors  le ‘ça’ comme une partie inconsciente des désirs primitifs est devenu le « sa » dans une inconscience possessive jusqu’à la pathologie, en quelque sorte une appropriation désordonnée d’une soif de pouvoir et de possession ainsi que d’une intrusive relation à l’autre ?. Nous pourrions même y voir une dimension spirituelle où le « sa » oublie d’abord le don pour de l’appropriation. Dieu m’a promis, c’est un dû, et je vais l’acquérir à la force des poignets. Mais dans la toute-puissance, surgit la peur face aux murailles de Jéricho[1]. Néanmoins le combat, avec le Seigneur à nos côtés nous donne la victoire. Les possessifs, eux ont en héritage la déchéance et la mort dans un culte du néant.

 

Que se passe-t-il dans un appétit de possession sans maitrise de soi ? Nous entrons dans un culte idolâtrique, pour être comme des dieux. L’orgueil spirituel est justement ce refus de confiance en Dieu pour faire par soi-même. D’ailleurs le combat spirituel est parfois dû à notre envie de faire à la place de Dieu. Comme Abraham attentif à réaliser la promesse de Dieu, celle d’une abondante descendance, se tourne vers sa servante pour avoir un fils. Mais Dieu lui montre qu’Il peut agir quel que soit l’âge ! La démarche de foi demande la confiance, comme un abandon à la divine volonté, mais toujours dans une démarche responsable par l’entretien du dynamisme de l’amour pour nous rendre à chaque instant disponibles à agir selon le dessein de Dieu. Nous pouvons avoir une promesse de Dieu, mais il nous faut laisser le moment opportun se vivre afin de remplir notre mission première d’image de Dieu appelés à la ressemblance. Il ne s’agit donc pas de posséder, mais bien de servir dans l’humilité du cœur, pour une cohérence de la vie intérieure avec les actes que nous posons. Quels sont donc les signes que nous avons à vivre pour entendre le souffle de l’Esprit dans notre histoire ?

 

Nous le savons, devant Jéricho, le Seigneur montre sa puissance en demandant au peuple de la promesse, une confiance en sa parole par un signe engageant ; faire le tour de la ville. Ils doivent lâcher prise pour accueillir le don de Dieu. La foi demande de l’engagement. Elle n’est pas réduite à une pensée cérébrale mais pose des actes. Et les murailles s’écroulent. Hélas ! Combien d’expériences où personnellement nous accueillons la désespérance devant les situations parce que nous comptons sur nos propres forces, au lieu d’être des serviteurs du Verbe fait chair pour laisser la grâce agir. Combien de fois manquons-nous de foi ? L’esprit de possession nous aveugle sur la puissance de Dieu et dans un mouvement d’orgueil nous met en face de nos échecs ! « .À cause de l’orgueil et de l’égoïsme, l’homme découvre en lui des germes d’asocialité, de fermeture individualiste et d’humiliation de l’autre.[2] » La soif de possession nous fait oublier le partage et la relation, ce qui est vrai pour les relations humaines l’est également vis-à-vis de Dieu, où nous nous prenons parfois comme des dieux, où nous voulons faire à la place de Dieu. Un bon paradoxe d’une situation de pouvoir et de force arrogante,  pour finalement se reconnaitre complètement faible.

 

Les pasteurs évangéliques, notamment en Afrique noire ou en Amérique du Sud sont dans un pouvoir de charisme qui s’apparente souvent à du charlatanisme. L’ignorance crasse de certains sur des articles de foi pourtant établis dans la communion œcuménique, les marginalise dans des sectes, quand bien même sont-ils populaires. Les suivre devient alors dangereux voire diabolique, même s’ils ont un fort impact de séduction, surtout si vous êtes entravés dans la séduction. De plus, notons les assemblées menées dans l’hystérie démonstrative d’une volonté d’emprise et les fruits de désordre que cela induit. Tout cela est couronné par un rapport à l’argent dans une vision de l’évangile de la prospérité, et la suffisance d’eux-mêmes, avec presque toujours des contradictions flagrantes. Nous ne parlerons pas des formes de gourou intervenant dans la liberté des consciences, ni des scandales d’une vie fortement débridée. Les fidèles deviennent des esclaves, adulant une idole au lieu de recentrer leur vie sur le Christ. Certes, Dieu agit, toutefois le discernement devient prudent lorsque nous observons le désordre d’une vie. Il n’empêche pas la grâce de passer, mais cela ne dit rien de la sainteté de la personne, et la vertu de prudence doit éclairer nos décisions dans un ensemble qui mène au Christ. La puissance de Dieu se manifeste pleinement dans l’obéissance de la foi. L’attrait possessif de « son » pasteur sans discernement est peccamineux. Les alertes des frères et des sœurs doivent trouver un écho dans l’intelligence de la foi pour trouver les points d’attention à soulever et vérifier la conformité à la Parole de Dieu. La puissance de Dieu se vit dans la raison, et trouve son rayonnement dans la prière et la communion. La prière m’ouvre t-elle à un espace de liberté ? Suis-je vraiment dans la joie de Dieu ? La rencontre de Dieu me fait-elle grandir ? Le combat spirituel n’est pas une fin en soi, mais le désert nécessaire pour franchir la terre promise en fils et non en esclave. Un vent de liberté souffle lorsque l’Esprit Saint entre dans notre vie, pour nous faire gouter à la vraie joie.

 

Le problème du combat spirituel est de laisser Dieu agir, et savoir passer sur l’autre rive en toute confiance. Il y a donc un vrai danger à s’égarer dans une forme de possession qui nous sort de nous-mêmes. « Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus. »[3] En effet, l’amour irradie nos cœurs, mais l’individualisme le dessèche et le vide. L’appel à l’euthanasie et au suicide dit assisté n’entre-t-il pas dans une telle démarche ? Comment répondre au vide pour ceux qui ont oublié Dieu, si ce n’est par le suicide et une culture de mort ? . Or nous tous, baptisés, et confirmés dans l’Esprit Saint, nous sommes pour la civilisation de l’amour en rappelant la beauté de toute vie, et l’unité de toutes nos actions vers un seul but, être témoins du Christ. Point d’idéologie, mais une écoute au souffle de Dieu pour nous laisser guider avec confiance. L’attention aux frères, et notamment aux plus pauvres, c’est-à-dire aux marginalisés, et ce n’est pas qu’une question d’argent, nous remémore la traversée du désert comme une contemplation de l’action de Dieu tout au long du chemin, qui agit et nous fortifie. Faire mémoire de l’action de Dieu dans notre histoire nous oriente à saisir une unité humaine de l’histoire, comme une construction de l’ensemble où chacun a une place. Ce qui fait sens, c’est Dieu et Lui seul ! A nous de ne pas nous laisser accaparer par de multiples occupations, mais bien de nous attacher à la réalité du moment pour aller à l’essentiel. La hiérarchie des valeurs passe alors par un discernement contextuel pour saisir ce qui importe vraiment au temps précis. La prière ne supplante pas l’action, et l’action ne dispense pas de la prière. Laisser Dieu agir, avec confiance en sa Parole nous fait remémorer son action dans notre histoire, et l’héritage des saints comme modèle de foi.

 

Nous voici appelés à témoigner de notre foi, dans la confiance en Dieu et parallèlement une disponibilité à l’Esprit Saint pour agir au moment opportun. Certes il y a des demandes de responsabilité qui peuvent se transformer en démission de la foi. Cependant il nous faut faire confiance à Dieu et demander le secours de sa grâce. Restons des serviteurs de la Parole et non des possesseurs de la grâce, et veillons en artisans de paix à avoir toujours la plus juste relation avec nos frères et toute la création. Sans cesse il nous faut être dans une conversion intérieure pour vraiment entrer dans l’intelligence de la foi et s’ouvrir pleinement au souffle de l’Esprit Saint. Alors nous pourrons comprendre que l’humilité est chemin de sainteté pour être comme des serviteurs à disposition du maitre afin d’écouter la voix du Seigneur et le laisser agir au moment opportun. « Sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. »[4]

[1] Josué 6

[2] &150 CDSE citant Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 25: AAS 58 (1966) 1045-1046.

[3] &2 Evangelii gaudium – François

[4] Ps 26,14

 

Janvier 2022

 

EDITO 1 SEPTEMBRE 2021