L’amour de Dieu éclaire notre liberté.

Dieu nous aime. Il se manifeste dans notre vie pour nous amener à Lui. Il est la source de vie pour toujours. Ainsi nous expérimentons pleinement la responsabilité de la liberté de l’amour. A la suite des témoins du Christ nous sommes appelés à vivre la manifestation du salut à travers la joie de la résurrection. « Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui.»[1] La bénédiction de Dieu se reçoit dans la Parole du Fils et grandit par grâce de l’Esprit, avec ce prolongement de l’œuvre créatrice du Père de qui vient toute autorité. Alors nous retrouvons cette confiance en la providence de Dieu qui nous conduit sur un chemin de vérité dans la juste relation. Voici notre joie, le jardin d’Eden s’est de nouveau ouvert par grâce, et la résurrection du Christ éclaire notre avenir

 

La vie d’enfant de lumière nous incite à rechercher cette relation à Dieu d’un grand désir, pour nous laisser entraîner dans la joie de la communion en contemplant Dieu d’un cœur pur. Les saints «  étaient les plus éclairés par la lumière authentique qui reflète la vérité divine et approche la réalité même de Dieu, parce qu’ils abordaient cette vérité avec vénération et amour: amour avant tout pour le Christ, Verbe vivant de la vérité divine, et en même temps amour envers son expression humaine dans l’Evangile, dans la tradition, dans la théologie »[2] L’amour demande à être connu (connaissance), et reconnu (Volonté) pour en témoigner autour de nous (mémoire). L’alliance avec Dieu pour le peuple élu est une révélation du buisson ardent où Dieu se fait connaitre, comme Celui qui agit dans l’existence, et demande à ce que nous marchions à sa suite pour être libérés du péché et de toute forme d’esclavage. C’est une aventure dont il faut faire mémoire. Ce n’est pas une histoire de vieux combattant, mais d’émerveillement des signes de Dieu dans l’histoire des hommes et d’un entrainement à l’adoration pour sa plus grande gloire.

 

 

Notre vie humaine s’enracine dans l’accompagnement avec Dieu et par la vérité de la relation de confiance qui s’enracine au cœur de la charité. C’est pourquoi, toute histoire spirituelle est avant tout la rencontre  par les sens de notre corps[3] mais aussi par les sens de notre perception humaine – l’âme[4]. La vérité divine illumine donc tout notre être dans son âme et dans son corps pour nous faire expérimenter la grâce de la réalisation de la grande espérance du salut. « Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu nous donner l’intelligence pour que nous connaissions Celui qui est vrai »[5] La vie d’enfant de Dieu est une promesse pour un amour d’éternité en Dieu et nous savons par la résurrection que cela est vrai. A nous d’entrer librement dans cette connaissance qui nourrit notre humanité d’un sens nouveau dans l’inclination à vivre de la grâce.

 

Une joie de la connaissance de Dieu

En effet la résurrection nous transfigure dans la joie de la rencontre du Christ vivant. Il est la vraie connaissance. Et entrer dans l’intelligence de la foi à la source de la résurrection c’est retrouver l’éternelle sagesse qui est de contempler Dieu. La démarche personnelle de chacun à connaitre Dieu et de vouloir le suivre est la première démarche de cohérence de notre humanité. L’errance de l’homme loin de Dieu est toujours diabolique. D’ailleurs plus que de cohérence de la relation, nous devrions parler d’unification de tout notre être dans l’accomplissement de la vie humaine par le Christ Rédempteur. Le tentateur des origines essaye de nous éloigner de Dieu et de nous faire perdre la réalité d’une communion confiante. L’homme se retrouve face à sa nudité et la désespérance de sa situation. Au contraire à l’aube de Pâques, la réalité de la vocation humaine se réalise parfaitement dans le Christ, et devient pour nous la norme d’une vie à sanctifier dans le souffle de l’Esprit Saint. Dans cette intelligence de la dignité humaine, nous comprenons que faire mémoire pour persévérer sur le chemin de vie fait partie de tout notre être. La volonté humaine se fonde sur la liberté fortifiée par la connaissance et dans la mémoire de l’action de Dieu dans notre vie pour croitre en sa présence.

 

L’amour nécessite  un retournement intérieur pour contempler Dieu

Le Verbe s’est fait chair pour endosser notre humanité. Il nous montre le chemin de joie dans la relation au Père. Christ est ressuscité et il dévoile à l’homme ce chemin de transfiguration en Dieu. L’incarnation est l’éternité de Dieu dans le temps de l’homme. La résurrection est le salut de l’homme dans l’éternité de Dieu. Le Rédempteur illumine notre vie de sa présence. Il est Dieu et dans un véritable amour au service de l’homme et il se révèle à chacun d’entre nous, n’en doutons pas. Il nous faut le reconnaitre dans cette expérience d’une conversion personnelle « Mon Seigneur et mon Dieu. ». Une relation de l’homme qui reconnait l’amour donné et manifesté par son Sauveur et prend conscience qu’Il est le maitre de la vie. Alors il s’agit de vouloir être avec Lui pour toujours et de sans cesse faire mémoire de sa manifestation dans notre histoire.

 

De fait, au retournement extérieur d’un vrai désir de Dieu, il est demandé un retournement intérieur pour gouter à la radicalité du chemin de l’amour dans un engagement fiable afin d’entrer dans la joie de Celui qui nous a créés. D’ailleurs le véritable amour n’est pas dans ce qui est utile mais dans ce qui fait sens, et Marie Madeleine nous édifie par cette disposition du cœur à aller jusqu’au bout dans l’humanité. Cet amour de Marie Madeleine qui accomplit son service malgré la douleur de la perte, et la mort du Messie. De bon matin, sans perdre de temps elle va vers le tombeau pour embaumer le corps. Néanmoins, cela demande une dépossession du service pour entrer dans la rencontre. C’est un chemin spirituel pour tout baptisé. « ’S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! ». Un retournement de tout son être d’où jaillit la familiarité du langage de l’amour. Elle reconnait le maitre. Une expérience spirituelle qui conduit à vénérer le Christ, en d’autres termes à le reconnaitre dans notre réalité quotidienne comme une relation vivante. La rencontre où nous voulons le suivre en l’imitant chaque jour dans les choix de vie que nous opérons tout au long du parcours de foi. Dieu est fidèle, et nous avons à le suivre fidèlement avec assurance et dans une volonté ferme d’aller jusqu’au bout dans le don de sa vie. Il y a bien un moment dans notre vie où nous devons le reconnaitre dans notre histoire et de vouloir marcher avec Lui jusqu’au bout.

[1] 1 Jn 4,9

[2] &19 Redemptor Hominis – Jean Paul II

[3] Vue, Audition, toucher, odorat et goût

[4] Connaissance, volonté, mémoire

[5] 1 Jn 5

(….)Il nous faut comprendre que le combat est une réalité à vivre avec humilité. Nous ne devons compter que sur Dieu avec confiance et fidélité. Le jeûne est un moyen d’en prendre conscience dans notre corps et dans notre âme. En effet nous attendons le secours de sa grâce en travaillant de notre côté sur nos propres responsabilités. « Si un roi veut s’emparer d’une ville ennemie, il commence par tenir l’eau et les vivres ; ainsi, mourant de faim, les ennemis se soumettent à lui. Ainsi en va-t-il pour les passions de la chair ; si l’homme vit dans le jeûne et la faim, ses ennemis perdent leur force dans son âme »[1]  Le combat spirituel demande donc du temps et surtout de la persévérance, mais en gardant droite cette volonté d’avoir le Seigneur à nos côtés. Si l’Esprit envoie le Christ au désert c’est pour montrer à toute personne humaine qu’il nous faut sans cesse nous défaire de la superficialité pour entrer en profondeur. L’appel à la vie intérieure en avançant au large[2]  est un appel à la transformation de vie pour ne choisir que Dieu, et Lui seul. «  Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. »[3] Dès lors, le jeûne devient une arme efficace contre les séductions de la superficialité et l’appétit du monde. Il nous engage à lutter contre le détournement de Dieu par un signe de notre part. Toute vie intérieure comprend aisément que la vraie lumière est le Christ. Elle nous amène à fuir la ténèbre pour nous laisser habiter la vérité de l’amour dans une réponse juste à sa grâce prévenante. « Dieu seul suffit ». Le jeûne est donc un acte de foi où nous mettons Dieu à la première place car c’est de Lui que vient le salut[4]. Notre force vient de Dieu et Il nous guide vers le chemin de communion dans la simplicité de nos relations. L’humilité est une forme de liberté exercée dans la simplicité du rapport avec les biens de ce monde afin d’accueillir le salut de Dieu. Par la confiance aux Ecritures, le témoin du Christ apprend à travers le jeûne la liberté de l’amour d’où rayonne la présence du Seigneur. L’humilité transfigure notre vie dans les actes posés comme retour vers Dieu de qui vient tout bien.

 

De l’humilité en toute chose

Nous devons vivre notre humanité dans l’humilité par une recherche de purification qui demande une démarche pénitentielle et passe par l’ascèse. Face aux trois concupiscences[5] le fidèle témoin du Christ sera vigilant sur la grâce de la parole en refusant toute forme de blasphème et toute forme de paroles négatives et ce qui empêche de grandir, avec pour signe la maitrise de soi et promouvoir le jeûne et l’abstinence comme effort personnel pour participer à la grâce première de l’Esprit Saint. « Celui qui maitrise son ventre peut maitriser sa fornication et sa langue »[6] De même la grâce des mains accompagne la personne humaine dans toutes ses réalités, sans les fuir, mais en les guidant vers la lumière de la vie en Dieu, ce qui induit l’interdit du meurtre et le respect de toute vie, mais également dans un signe efficace, le partage des biens et la gratuité du temps  passé ensemble dans une recherche de communion. Enfin la grâce du corps est un appel à la chasteté afin d’avoir toujours une vie de gratuité dans une juste relation à l’autre et manifester ainsi son attachement au Tout Autre. Or l’un des signes est l’espace de gratuité dans la prière et la recherche de communion avec Dieu que nous partageons avec nos frères. C’est un appel au discernement de l’Eglise avec une vertu de prudence pour rechercher ce qui contribue au meilleur bien dans le souffle de l’Esprit. Vivons une vie sanctifiée et corolairement une vie unifiée avec Dieu et avec nos frères en ouvrier de communion et artisan de paix. Rien n’est jamais acquis, et chaque jour nous avons à progresser pour mieux contempler Dieu et le signifier par une fraternité toujours plus ajustée.

 

Hélas, même dans le jeûne, si nous manquons d’humilité alors peut survenir l’orgueil et une attitude de supériorité, comme le pharisien devant le publicain[7]. Il jeûne deux fois par jours mais il méprise son frère. Si l’un des surnoms du diable est le malin, c’est qu’il trouve plaisir à nous fourvoyer de manière parfois très subtile. « Jeûne avec intelligence et exactitude. Veille à ce que l’ennemi ne s’immisce pas dans l’affaire de ton jeûne… Reçois donc avec sécurité la croix du Seigneur marquée dans les vertus, c’est-à-dire une foi droite avec des œuvres saintes »[8]. Or la pénitence est à relier à la croix du Christ comme une participation à l’annonce de la bonne nouvelle du Salut. A travers le jeûne ce n’est pas sur nos propres forces que nous comptons mais sur l’action de Dieu de qui vient toute gloire. Recevoir la croix du Christ c’est accueillir sa volonté dans notre vie et le jeûne nous détourne de ce qui est superficiel pour gagner en intériorité dans la construction d’une conscience droite éclairée par la grâce de l’Esprit Saint toujours premier dans le dynamisme de l’amour. Nous délaissons les distractions de ce monde, et les penchants mauvais pour nous approcher de Dieu[9] et mieux l’aimer à l’écoute de l’Esprit Saint[10]. Cet acte de pénitence nous ramène à Dieu en reconnaissant nos fautes, mais nous détourne de tout ce qui nous éloigne de Dieu. C’est bien le chemin des témoins de la foi. « Les saints et les amis de Jésus-Christ ont servi Dieu dans la faim et dans la soif, dans le froid et dans la nudité, dans le travail et dans la fatigue, dans les veilles et dans les jeûnes, dans les prières et dans les saintes méditations, dans une infinité de persécutions et d’opprobres. »[11] Ce n’est donc pas sur l’apparence des valeurs de ce monde, mais bien sur l’appel à vivre de la grâce et rechercher le Royaume de Dieu que nous serons jugés. La grande espérance du salut est de rechercher les biens du ciel et de refuser tout ce qui vient du Mauvais. L’humilité est la voie étroite d’une âme qui désire Dieu et le sert avec tendresse et componction.

 

Conclusion

Le combat spirituel demande de s’aguerrir chaque jour face aux tentations du démon. Si le diable existe bien, cela ne retranche en rien notre responsabilité baptismale de combattre avec fermeté mais jamais seul car nous sommes avec le Seigneur afin de marcher vers la victoire de Pâques. « Si je retranche les plaisirs, c’est pour supprimer les prétextes de l’emportement. Je sais, en effet qu’il me combat toujours à l’occasion des plaisirs, qu’il trouble mon esprit et en chasse la connaissance »[12] Le temps du carême nous ouvre à une autre gestion du temps où par la prière je saisis l’immédiateté de la familiarité avec Dieu et la grâce que cela produit. C’est un exercice pour une pratique ensuite dans le quotidien d’une vie tournée vers Dieu. C’est pourquoi le spirituel demande toujours un témoignage probant. « Il est bien de manger de la viande et de boire du vin et de ne pas manger la chair de ses frère en parlant contre eux »[13] Ce n’est pas juste une période de l’année, mais toute notre vie que la foi doit se voir. En effet nous sommes appelés à rayonner de la lumière du Christ. L’exemplarité des vies demande aussi une exemplarité de notre communauté à vivre la communion et à ne pas être des mercenaires de la foi, pour faire le juste nécessaire et être indifférents aux autres réalités de l’Eglise. « la vie commune… a besoin de trois pratiques ; celle de l’humilité, celle de l’obéissance et celle d’un zèle ardent et stimulant pour l’œuvre commune »[14]  L’importance de la communion paroissiale et ecclésiale dans une recherche de discernement sous le souffle de l’Esprit Saint nous entraine au désert à un regard purifié dans une bienveillance naturelle sur le frère et une recherche du bien commun en toute justice dans la sincérité du don de soi. « Voilà le jeûne que Dieu approuve : un jeûne qui élève à ses yeux des mains remplies d’aumônes, un jeûne réalisé dans l’amour du prochain et imprégné de bonté »[15]

 

L’appel à la prudence dans le combat spirituel nous aide à comprendre le jeûne comme une arme efficace lorsqu’il est vécu dans une vie de prière et dans la réalité du partage fraternel. Le Christ doit être au cœur de notre vie, et c’est Lui que nous suivons dans la réalité de toutes nos relations et l’obéissance de la foi dans la tradition apostolique et le bon sens des fidèles. Peut-être pouvons-nous conclure avec cet appel du Pape à trouver dans l’ascétisme un chemin toujours actuel de transformation du cœur et de renouvellement de l’âme. « Si le Carême est un temps d’écoute, le jeûne constitue une pratique concrète qui dispose à l’accueil de la Parole de Dieu. L’abstinence de nourriture est, en effet, un exercice ascétique très ancien et irremplaçable dans le chemin de conversion. »[16]

[1] Apophtegmes des pères &20 la maitrise de soi Abba Jean Colobos

[2] Luc 5, 1-11

[3] Ex 20,3

[4] Ps 62

[5] La concupiscence du regard, la concupiscence de la chair et l’orgueil 1Jn 2,16

[6] Apophtegmes des pères &81 la maitrise de soi

[7] Lc 18,1-14

[8] Apophtegmes des pères & 102 la maitrise de soi

[9] Jc 4,8

[10] Ac 13,2-3

[11] LI, 18-1 Imitation de Jésus Christ

[12] Apophtegmes des pères &14 la maitrise de soi

[13] Apophtegmes des pères &59 la maitrise de soi

[14][14] &677 les sentences des pères du désert

[15] Homélie 16 St Grégoire le Grand

[16] Ecouter et jeuner – message du carême 5 fevrier 2026

De comment jeûner nous devons poser la question pourquoi jeûner ? Il y a bien une dimension spirituelle dans la grâce du jeûne. Elle est d’abord de l’ordre du combat spirituel comme nous le rappelle le Christ « Mais cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne. »[1]. Elle est également de l’ordre de la purification personnelle à travers l’apprentissage de la maitrise de soi pour la vie du royaume. Avec la prière et le partage, le jeûne forge notre vie de foi dans la confiance en Dieu et une vraie fraternité.

 

Trois piliers pour une même conversion

L’attitude chrétienne face au jeûne est d’abord une cohérence de démarche à travers la dimension spirituelle du jeûne, du partage et de la prière. Trois piliers d’une même action de conversion. « Le jeûne est l’âme de la prière, la miséricorde est la vie du jeûne. Que personne ne les divise »[2]  Trois espaces de rencontre où nous sommes appelés à laisser la lumière du Christ briller dans notre vie. Dieu est toujours premier dans la grâce, mais nous demande une participation active et non le nomadisme spirituel ou l’indolence sentimentale ou pire encore la paresse pleine d’acédie. A travers le jeûne et la prière nous prenons conscience de ce qui vient de Dieu et de comment réjouir notre cœur de la grâce de sa présence. La charité devenant le signe de notre conversion envers tous.

 

Trop souvent le combat spirituel est vu comme une attaque du démon avec l’impossibilité de s’améliorer dans le dynamisme de vie qui nous habite. Or l’écharde dans notre chair[3] est là pour nous rappeler que l’humilité est la meilleure relation à Dieu et la prise de conscience de notre vulnérabilité face aux attaques de l’ennemi. Ainsi le combat spirituel n’est pas une possession et ne demande pas d’exorcisme, mais une participation de tout notre être dans un cheminement vers l’acceptation de la grâce à travers la purification des sens. « Celui qui prie et qui jeûne comme nous disons, n’a plus besoin de tous les faux biens de la terre, et celui qui n’a plus besoin de ces biens en est d’ordinaire fort détaché, et est toujours prêt à faire l’aumône. Celui qui jeûne a l’esprit fervent, toujours élevé au ciel. Il prie avec application. Il éteint en lui les mauvais désirs. …. Il humilie son âme et réprime son orgueil. »[4] Le travail de conversion demande une cohérence de notre vie de foi dans l’espérance du salut avec une charité inventive. C’est une invitation à la conversion intégrale.

 

Aucune action n’a de sens isolée, ni le jeûne pour soi-même, ni la prière comme une espèce de mantra, qui d’ailleurs peut exclure le frère, ni le partage sans responsabilité de la vérité de l’amour. Si nous pouvons être tentés par le monde ou par le tentateur des origines, le pire ennemi se trouve en nous-même et le combat spirituel peut être éprouvant tant il faut remettre de l’ordre dans la maison. « Le diable, rôde comme un lion rugissant »[5].pour trouver nos failles et s’y engouffrer. Le jeûne nous permet de refuser tout ce qui dévoie le sens, le partage ce qui détourne nos yeux des vraies valeurs, et la prière pour lutter contre l’orgueil et accueillir la Parole de Dieu qui nous réunifie. Dans cette démarche de carême, qui se prolonge lors des périodes de discernement pour faire des choix de vie, c’est tout notre être qui est appelé à une communion avec Dieu signifiée dans la relation ajustée à nos frères.

 

Le combat spirituel

L’annonce de la Bonne nouvelle nous livre deux aspects importants. Jésus guérit les malades et chasse les démons. En écho à la parole du prophète Isaie : « N’est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère:   défaire les chaînes injustes,   délier les liens du joug;   renvoyer libres les opprimés,   et briser tous les jougs?  N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé,   héberger chez toi les pauvres sans abri,   si tu vois un homme nu, le vêtir,   ne pas te dérober devant celui qui est ta propre   chair?  »[6] L’attention à la personne humaine comme œuvre de Dieu a guidé l’action du Christ vers l’annonce de la Bonne Nouvelle du salut. La guérison des malades participe à l’édification du peuple de Dieu qui voit les merveilles de Dieu, et à l’édification de la personne qui devient apte à rendre pleinement gloire à Dieu pour les bienfaits. La libération du mal participe à ce rétablissement de tout l’être pour accueillir la grâce de la présence de Dieu dans l’histoire de chacun.

 

Tout au long des Evangiles les deux aspects d’un rétablissement de l’homme tant extérieur par son corps qu’intérieur par la délivrance des emprises du démon nous ramènent à vivre une communion avec Dieu qui est réunification de tout notre être. La lutte de l’adversaire contre le Royaume de Dieu, pour nous détourner de la Parole de Vie entraine à regarder comment purifier le cœur pour être agréable au Seigneur. Le Christ nous libère du péché, et nous sauve en nous faisant entrer avec Lui au Paradis, mais il nous libère des chaines du tentateur pour faire de nous des hommes et des femmes vraiment libre, et capable d’aimer en vérité dans tous les choix que nous posons. Or nous avons un effort personnel à vivre pour marcher à la suite du Christ. « Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. »[7] nous dit Saint Paul. Partir au combat est donc de mettre sa confiance en Dieu, de pratiquer une vie vertueuse en recherchant le meilleur bien et de résister à tout ce qui nous conduit au mal : si facile à écrire et si difficile à vivre dans la réalité du quotidien ! Le baptême nous fait entrer dans la lumière du Christ et ouvre nos yeux au discernement à vivre pour lutter contre le mal. Mais la vie sacramentelle, notamment à travers les sacrements de réconciliation et l’eucharistie nous aide à continuer d’avancer dans l’accueil de la grâce. Comme le dit si bien le bon sens populaire devant le péché « courage, fuyons »

 

La mission du Christ commence par la traversée du désert poussé par l’Esprit et le combat avec le Tentateur des origines. La première étape dans la vie de disciple du Christ est donc d’aller puiser dans la prière la force du combat, par le jeûne montrer le signe de notre attachement à Dieu, et dans le partage l’appel à se donner entièrement pour la joie du Royaume. D’ailleurs les tentations proposent des possessions alors que la grâce est partage de la joie de Dieu pour chacun. Le jeûne a donc une dimension spirituelle forte, et le premier péché vient aussi de cet aspect de la concupiscence. « Adam trompé par la nourriture, dut demeurer hors du paradis »[8] L’impératif de prendre de la distance face à nos passions pour discerner ce qui nous fait grandir en Dieu et ce qui nous éloigne est primordial dans le discernement. Le combat spirituel est une réalité difficile à affronter, mais qui est également une école de la grâce dans la capacité à dire non au tentateur, et d’être disponible à la grâce. Toute vie spirituelle commence par cet exercice de conversion pour reconnaitre les bienfaits du Seigneur. Allié à la prière et au partage, le jeûne nous fait entrer dans une école de purification. « Celui qui joint la prière au jeûne, se fait comme deux ailes pour aller à Dieu, qui sont plus légères et plus vites que les vents. Il ne prie point avec tiédeur; il ne baille point, il ne s’étend point, il ne sommeille point en priant. Il est plus ardent que le feu; il s’élève au-dessus de toute la terre. »[9] L’attention à Dieu se vit à travers notre participation active à faire la volonté de Dieu en toute chose et à nous détacher de tout ce qui nous en éloigne. (… suite)

[1] Mt 17,21

[2] Homélie de St Pierre Chrysologue OL Mardi II

[3] 2 Co 12,7

[4] St Jean Chrysostome in Saint Matthieu XVII,21

[5] 1 ¨P 5,8

[6] Is 58,6-7

[7] Eph 6

[8] Apophtegmes des pères &23 la maitrise de soi

[9] St Jean Chrysostome in Saint Matthieu XVII,21

 

Janvier 2022

 

EDITO 1 SEPTEMBRE 2021