La Pâques du Seigneur est joie pour l’humanité, car le Rédempteur nous a sauvés par sa mort et sa résurrection, et nous réintroduit à la promesse de la vie éternelle auprès de Dieu. Une joie de la rencontre du Sauveur par une présence qu’on n’espérait plus et qui réchauffe les cœurs, ravive la foi, ranime le zèle. Le Christ nous sauve : qu’est-ce que cela change pour nous, réellement, aujourd’hui ?
Comment témoignons-nous de cet amour prévenant ? Que disons-nous de notre foi ? Comment la vivons-nous de manière prophétique dans ce monde ? En quoi, pour tout dire, la résurrection du Christ transfigure-t-elle notre existence ?
Peut-être faut-il revenir au péché originel et à la faute d’Adam et Ève pour comprendre que la joie de la résurrection est d’abord une « purification de la mémoire » 1 et relire ainsi l’histoire, la nôtre, à la lumière de Pâques. Alors nous pourrons revisiter toute notre existence pour amorcer les conversions nécessaires et retrouver cette liberté de fils de Roi. Il y a un vrai défi qu’il nous faut vivre à Pâques, dans la joie de la restauration du Salut, du pardon à accueillir, à vivre et à donner, ainsi que d’une invitation à nous laisser toucher par la grâce, pour ne pas se laisser enfermer dans les souvenirs, mais accueillir la transformation des cœurs et faire ainsi toute chose nouvelle dans le souffle de l’Esprit Saint.
La joie de la résurrection est révélation de l’amour dans la vérité la plus lumineuse du dessein créateur. Or, « le signe de la purification de la mémoire […] demande à tous un acte de courage et d’humilité pour reconnaître les fautes commises par ceux qui ont porté et portent le nom de chrétien » 2 ; mais ce signe demande aussi de repartir sur une nouvelle base où le Christ est notre chemin. Un espace de liberté où nous progressons dans la relation avec l’autre par un appel constant à la conversion et à une volonté de communion de plus en plus forte, afin de bâtir la civilisation de l’amour. Un appel, donc, à la sainteté pour reconnaitre dans la réalité de notre quotidien le courant de grâce, et l’accueillir dans la joie d’une véritable relation féconde. Le salut de Dieu nous restaure dans notre dignité de fils de lumière et, par la purification de la mémoire, nous amène à redonner une cohésion à toute notre histoire personnelle et communautaire, l’un étant toujours lié à l’autre dans ce principe de liberté interrelationnelle.
1 « La purification de la mémoire », Anton Strukelj, traduit de l’allemand par Françoise Brague (paru dans Communio, 2018/2 (N° 256), pp. 69-75. 2 &11 Bulle pontificale Incarnatio Mysterieum – JPII.
Si tout le chemin de Carême nous apprend à repousser les tentations et à faire pénitence pour nous tenir prêts lorsque le maitre viendra, le chemin de Pâques est celui d’une joie de la conversion pour aller à sa rencontre, et proclamer la vérité du Christ ressuscité. Il nous renouvelle et nous appelle sans cesse à l’imiter, dans l’obéissance à la volonté du Père et l’accueil du souffle de l’Esprit. Il nous est demandé, comme les femmes lors de la rencontre du tombeau et les disciples d’Emmaüs, de revenir sur nos pas pour proclamer cette joie de la présence de Dieu dans notre histoire, et vivre notre foi en Église, dans la communion avec les uns et les autres, fidèles à la fraction du pain, à l’enseignement des apôtres et au service de la charité. La simplicité de vie, et la confiance en Dieu nous aide à une juste relation à Dieu, comme nous le fait expérimenter l’Eglise. « Qu’à travers l’humilité de l’Épouse 3 puisse resplendir davantage encore la gloire et la force de l’Eucharistie, qu’elle célèbre et conserve en son sein ! Dans le signe du Pain et du Vin consacrés, le Christ Jésus ressuscité et glorifié, lumière des nations 4 révèle la
continuité de son Incarnation » 5 La joie de Noël est d’abord la joie de Pâques retrouvée dans le Christ Rédempteur. La résurrection est comme en écho à la prophétie de Siméon « Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples ; lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël » 6 Toute vie plongée dans le mystère eucharistique est l’occasion d’une communion avec Dieu et d’un cœur à cœur ou Il est vraiment présent. Le salut de Dieu est cette présence dans l’aujourd’hui et qui nous est promis pour l’éternité lorsque nous faisons sa volonté. Cette lumière de l’amour de Dieu réalisée dans la grande espérance du Salut par la résurrection du Christ, nous ouvre à une radicalité de l’engagement pour témoigner, en lumière, la foi de la rencontre avec le Ressuscité, dans le discernement communautaire des apôtres. En partageant notre foi et dans un partage des Saintes Écritures, nous devenons prophétiques dans ce monde parfois en perte de sens et désorienté dans une modernité superficielle et clivante.
Il n’y a pas de supermarché de la foi, il y a un chemin de conversion qui nous demande d’accueillir toutes les réalités de la révélation, et de ne pas choisir ce qui nous arrange, relativiser ce qui nous dérange, ou le contextualiser pour mieux le mettre à distance. L’affirmation du Credo chaque dimanche, chaque solennité à la messe, comme la lecture du catéchisme de l’Église catholique, sont autant de voies pour mieux comprendre la révélation dans son ensemble et ne pas s’en tenir aux seules Écritures, ni à une expérience de l’Esprit Saint comme principe de la seule autorité. L’expérience spirituelle personnelle se vit dans le discernement ecclésiale, et notre chemin de foi ne peut pas étranger à la vie de l’Eglise. La véritable rencontre avec le Dieu vivant ne me rend pas infaillible, et demande l’humilité du discernement fraternel pour progresser dans la foi ensemble. Nous ne pouvons témoigner de l’amour du Seigneur qu’en approfondissant notre foi dans la raison, et rechercher à travers l’expérience cette logique de l’amour avec une grande humilité et un discernement prudentiel, pour l’étayer de notre intelligence, don de Dieu, certes, mais responsabilité de l’homme dans sa participation. Dieu nous engage à vivre la fraternité dans les personnalités qui sont nôtres, c’est-à-dire dans une approche personnelle, mais vraie, du prochain, tout en travaillant cependant et par là à la même direction de l’avènement du règne de Dieu.
3 Précisons que l’épouse du Christ c’est l’Eglise, et dans l’eucharistie, c’est la relation nuptiale entre le Christ et l’Eglise, puisqu’Il se donne dans son corps et dans son sang. 4 cf. Lc 2, 3. 5 &11 Bulle pontificale Incarnatio Mysterieum – JPII. 6 Lc 2,31-31
D’ailleurs, ne nous y trompons pas : la confession de notre foi par acclamation à la veillée pascale, est bien le signe de notre communion au sein d’une même foi catholique, et chaque approfondissement de la vérité de l’amour et de l’expérience spirituelle d’être sauvé par Dieu nous amène à progresser en Eglise dans la fidélité à la Parole. Il nous faut être soucieux de toujours mieux connaitre le Christ à travers l’enseignement de l’Église dans la tradition apostolique, et d’en témoigner autour de nous comme une richesse de vie, une joie du quotidien, un bonheur existentiel. Il ne s’agit pas tant de proposer la foi que d’aider chacun à vivre cette foi dans une recherche de fécondité relationnelle et de croissance spirituelle.
L’éducation à la foi est d’abord la rencontre avec une personne, le Christ, l’expérience du courant de grâce à travers l’Esprit Saint, et la joie d’accueillir l’amour du Père Créateur. La dimension Trinitaire de la foi exactement présente au cœur de la résurrection nous éclaire sur la manière de la partager autour de nous, c’est-à-dire faire l’expérience de Jésus, et vouloir l’imiter dans la lecture des évangiles ; se laisser bercer par la joie de sa rencontre dans l’intelligence des Écritures, à travers les lettres apostoliques, que ce soit Saint Paul, ou tout autre auteur du Nouveau Testament, et recueillir ainsi la fidélité de l’amour de Dieu dès l’origine, comme un trésor. Nous disons une foi dynamique, dans le souffle de l’Esprit et la communion fraternelle, par une recherche de partage de l’expérience de vie comme d’effort de retrouver le sens de Dieu.
Il nous faut réentendre l’invitation de Saint Jean Paul II : « Que nos yeux soient donc fixés sur l’avenir ! Le Père des miséricordes ne tient pas compte des péchés dont nous nous sommes vraiment repentis 7 . Il accomplit maintenant quelque chose de nouveau et, dans l’amour qui pardonne, il anticipe les cieux nouveaux et la terre nouvelle. » 8 La joie de la Résurrection est et doit être cette continuité de l’amour
dans notre histoire, cette fidélité de Dieu à son alliance afin de nous amener à la communion avec Lui pour l’éternité. La civilisation de l’amour est non seulement un projet, mais également une réalité à vivre dès ici-bas. Nous sommes appelés à nous défaire de la culture de mort, notamment à travers le matérialisme et l’utilitarisme, et nous avons à retrouver notre dignité de fils de lumière, appelé dans
une cohésion de tout notre être sexué, à rendre gloire à Dieu et à retrouver la signification de communion dans la relation au prochain. La fraternité ne doit pas être un vain mot, mais un saint sceau de la grâce de l’Esprit opérant dans notre vie. Le Christ est ressuscité et m’appelle à une conversion du regard pour attendre l’action de l’Esprit Saint dans ma vie et participer, par ma propre disponibilité, à
œuvrer pour le règne de Dieu. L’expérience postpascale fait de nous des disciples, et nous demande de témoigner de notre propre rencontre avec le Seigneur. « La résurrection du Christ est l’ultime et [une] pleine parole de l’auto-révélation du Dieu vivant comme ‘‘Dieu non pas des morts mais des vivants’’ » 9 . Elle est l’ultime et la […] pleine confirmation de la vérité sur Dieu qui dès le début s’exprime à travers cette révélation. » 10 Il est vivant, ce Christ Jésus, pour nous et aujourd’hui, Il nous appelle à la vie d’enfant de Dieu pour témoigner de l’amour, afin d’atteindre le prochain dans cette nouvelle alliance éternelle.
7 cf. Is 38, 17. 8 Bulle pontificale Incarnatio Mysterieum – JP
Que la joie de la résurrection appelle à la conversion pour recevoir pleinement le pardon et continue de nous enseigner aujourd’hui la vérité de l’amour et l’impératif d’un ajustement dans une relation bonne vers la recherche du meilleur bien. « Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »
Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen
« Dès maintenant j’ai dans les cieux un témoin »
Avec l’entrée en semaine sainte et l’attente de l’annonce de Pâques, nous voici pèlerins sur un chemin de foi fait de confiance en Dieu dans toutes les réalités de notre quotidien, de persévérance dans la prière pour lui confier les questions de notre cœur et d’audace dans le service de la charité, portée par une espérance invincible. La foi se reçoit, s’annonce, se vit. Les témoins des Rameaux et de la Passion sont appelés dans la réalité pascale à proclamer cette réalisation de la grande espérance du Salut. Dans le Christ, tout est lié à l’amour dans une relation complète du don à travers la gratuité du partage. « C’est lui qui nous a fait passer de l’esclavage à la liberté, des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, de la tyrannie à la royauté éternelle, lui qui a fait de nous un sacerdoce nouveau, un peuple choisi, pour toujours. C’est lui qui est la Pâque de notre salut. »[1].L’annonce du Royaume tout au long de l’évangile prends corps dans la passion et la résurrection, comme un signe efficace d’une parole de vérité. Nous quittons nos esclavages pour retrouver une cohésion de tout notre être à la ressemblance de Dieu. Nous devons grandir dans cette intériorité de la foi pour porter du fruit et partager avec nos frères cette lumière qui vainc toutes nos ténèbres dans un éclairage de vérité vécu dans l’amour purificateur. Etre disciple du Christ nous demande d’en témoigner et de faire nous aussi des disciples à la suite de notre maître.
Néanmoins, il y a bien une conversion du cœur à effectuer, pour refuser d’être le tyran et se rendre disponible dans la royauté éternelle en serviteur fiable. Dans le mystère douloureux, la méditation de la flagellation de Jésus fait écho à notre propre positionnement : suis-je celui qui flagelle, ou celui qui est flagellé ? Et tout notre être peut chanceler dans ce questionnement de fond où se pose la question de la souffrance et de notre propre responsabilité. Or, retrouver l’eau de notre baptême et entrer dans ce peuple de la longue marche vers la vie du Royaume nous poussent à vivre des transformations pour nous laisser modeler par le souffle de l’Esprit. La contemplation de la vie du Christ est une école de vie. « Le Seigneur, étant Dieu, revêtit l’homme, souffrit pour celui qui souffrait, fut enchaîné pour celui qui était captif, fut jugé pour le coupable, fut enseveli pour celui qui était enseveli. »[2] De fait rien de ce qui est humain n’est étranger à Dieu, hormis le péché. A nous d’être acteurs d’une foi qui se reçoit, d’être témoins d’un amour qui se vit, d’être prophètes de la grande espérance du Salut. Nous entendrons l’appel de Dieu comme un chemin de sainteté. La sainteté pour tout chrétien est une prescription baptismale comme le rappel le concile. « Aussi dans l’Église, tous, qu’ils appartiennent à la hiérarchie ou qu’ils soient régis par elle, sont appelés à la sainteté selon la parole de l’apôtre : « oui, ce que Dieu veut c’est votre sanctification »[3] Accueillir le quotidien en entrant par la porte de la semaine sainte, c’est retrouver la vocation de l’homme dans sa vulnérabilité et sa souffrance et s’attacher au Christ, modèle de vie.
L’appel à la sainteté n’est donc pas exempt de la condition humaine et de la vulnérabilité de notre être, mais rappelle qu’en toute réalité humaine Dieu est présent. « C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet. L’homme n’est pas seulement tourmenté par la souffrance et la déchéance progressive de son corps, mais plus encore, par la peur d’une destruction définitive. »[4] Le débat sur l’euthanasie ou la fallacieuse expression lexicale d’aide à mourir, couvrant une même réalité dans une hypocrite distinction, nous montre la peur de la mort et la volonté de mettre la main sur le dessein de Dieu. C’est choisir une certaine forme d’indépendance dans la folie d’un éloignement du commandement du Dieu le plus important pour notre société, « Tu ne tueras pas », qui se révèle dans la violence mimétique de Caïn sur Abel : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » Toute tentative technique de nous éloigner des hasards de la vie et d’un passage déterminé vers la mort est une impasse infernale vers le non-sens, loin de Dieu, là où il y a des grincements de dents. La réalité de la souffrance est aussi une étape vers l’oblation à Dieu de notre vie dans une recherche d’humanité toujours première, notamment à travers la relation et l’accompagnement dans l’obligation morale de prendre soin par une présence aimante. La corrélation entre l’euthanasie et la presque disparition des soins palliatifs dans tous les pays qui ont voté cette loi de la culture de mort, offre un clivage inextricable de la fraternité et fragmente la confiance dans la relation du prochain et, par conséquent, en Dieu. Cette loi du plus fort contre le plus faible fragilise le pacte social et met un terme à plus ou moins longue échéance à la capacité de vivre ensemble. A contrario lorsque la cohésion sociale se vit alors le respect de la dignité humaine et l’impératif de la fraternité en sont le ciment. « Plus la solidarité avec les personnes les plus fragiles progressera, plus notre pays avancera sur un chemin renouvelé de fraternité, de justice, d’espérance et de paix »[5] Sans cesse nous devons l’affirmer avec foi et persévérance.
Pourquoi donc passer par la passion pour accueillir la résurrection ? Peut-être pour nous apprendre à accueillir le don de Dieu en toute circonstance et comprendre que la rédemption nous demande un changement de vie et un engagement à vivre en communion de plus en plus forte avec Dieu et, en Eglise, avec nos frères. Cela doit passer par des actes concrets dans les rencontres et les actes de charité. La croissance et la fécondité de nos relations comme fils de Dieu appelés à la ressemblance, ainsi que l’accueil de la promesse de la vie éternelle sont une réalité tangible qui s’exprimera par l’amour que nous aurons les uns pour les autres. À partir de cela nous pourrons entrer dans la joie de Dieu réalisant la promesse de création que nous retrouvons dans les paraboles du Jugement dernier. « ‘Entre dans la joie de ton maître’. Bien que la joie de l’éternelle béatitude entre dans le cœur, le Seigneur a préféré dire : ‘Entre dans la joie de ton maître’, pour faire comprendre mystérieusement que cette joie ne sera pas seulement en lui, mais qu’elle l’enveloppera et l’absorbera de tous côtés, qu’elle le submergera comme un abîme infini. »[6] Que ce temps mystérieux de la Passion et de la résurrection soit l’occasion pour chacun d’entre nous d’expérimenter cet appel à la sainteté dans la pleine communion de la vie en Dieu, et que nous puissions en rayonner par notre vie dans tous les actes que nous posons. « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? »
Père Grégoire BELLUT -Curé – Doyen
[1] Homélie de Méliton de Sardes sur la Pâque
[2] Homélie de Méliton de Sardes sur la Pâque
[3] &39 Lumen Gentium – Vatican II –1 Th 4, 3 ; cf. Ep 1, 4
[4] &18 Gaudium et Spes – Vatican II
[5] Déclaration de Lourdes du 19 mars 2024 CEF
[6] Saint Bernardin de Sienne
« Braconniers de la foi »
L’annonce du kérygme demande la liberté de l’amour par la gratuité du don. La foi s’annonce dans l’audace de la rencontre du Seigneur, mais aussi dans la ferveur de proclamer le Règne de Dieu et la grande espérance du Salut. Dieu est amour, et, par cette vérité, nous entraîne sur un chemin de liberté pour Le choisir pour toujours. La prière est alors au cœur de notre vie en Dieu, et constitue la trame de notre engagement à l’écoute de sa Parole ; mais, pour la même raison, elle débouche inévitablement sur l’impériosité de l’annonce, dans un témoignage sincère de la vie dans l’Esprit et, de l’expérience des dons de Dieu par l’immensité de Son amour pour nous, pour moi, et pour chacune des personnes que je rencontre.
L’appel missionnaire pour témoigner du Christ auprès de mon prochain et faire des disciples, demande cependant beaucoup de prudence dans nos intentions. Il faut nous laisser guider par le souffle de l’Esprit et non par d’autres considérations, moins bonnes, et moins encore par des sortes d’instrumentalisations, comme si nous étions, ou devions être, des braconniers de la foi. Assurément, nous ne pouvons pas nous taire : c’est un Christ mort et ressuscité, et qui reviendra au dernier temps, que nous annonçons. Tel est le kérygme. Mais il ne peut pas être question d’évangile de prospérité, de son corolaire, la théologie de la libération ; pas non plus de culte de la personnalité ; pas davantage de nombre d’heures de prière et d’histoire de jeûne rigoureux, trop peu souvent ajusté ; moins encore, enfin d’une volonté propre ou, peut-être pis encore, d’idéologie : c’est, et ce doit être, la présence de l’Esprit Saint qui m’envoie annoncer le bonheur d’être aimé par Dieu, et de marcher dans la grande espérance du Salut.
Le braconnier, lui, ne se soucie ni de l’équilibre de la nature, ni même des réalités du terrain. Il chasse pour ses propres désirs : forme de brigandage de la nature pour assouvir des appétits obscurs. Tels sont dans la foi ceux qui choisissent de pareilles perspectives ; mais ils vivent alors une forme d’incohérence, ou bien se servent de la foi pour assoir leur pouvoir. Le risque de brigandage spirituel existe, et c’est toujours au moyen des mêmes points de vigilance qu’il nous faut tâcher de le dissiper. Faisons appel à du discernement prudentiel pour reconnaitre le mercenaire du bon pasteur ! Comment se vit l’autorité du Christ en moi et en mon frère, (notamment en pourchassant toute forme idolâtrique) ? Quel est mon rapport à l’argent et, surtout, la manière dont je m’en sers (est-ce une fin ou un moyen) ? En ce temps de carême, plus spécifiquement, nous pouvons nous interroger sur notre lien avec la communauté paroissiale et la volonté de faire Église, dans la disponibilité gratuite de notre temps et l’investissement dans la relation fraternelle. Enfin, posons-nous la question de savoir comment nous nourrissons notre foi dans la tradition de l’Église, par la science de Dieu et des Écritures, mais aussi par la participation aux activités qui nous font travailler la vie spirituelle à la lueur de la raison.
Cependant, la question première est et reste : pourquoi sommes-nous chrétiens ? Il nous faut inlassablement nous rappeler et rappeler à nos frères, que le Christ nous libère de toute forme d’enfermement, notamment, et avant tout, du premier type d’enfermement qui nous atteint : le péché. Comme le rappelle saint Paul VI « Comme noyau et centre de sa Bonne Nouvelle, le Christ annonce le Salut, ce grand don de Dieu qui est libération de tout ce qui opprime l’homme mais qui est surtout libération du péché et du Malin, dans la joie de connaître Dieu et d’être connu de Lui, de Le voir, d’être livré à Lui. »[1] La vie en Dieu demande de goûter à cette libération comme lieu de cohérence intérieure dans l’obéissance de la foi, et le refus du péché ; mais également d’un bonheur à redécouvrir sans cesse, dans toutes les possibilités nouvelles qui nous tournent vers Dieu, et ce dans un acte de louange et d’action de grâce. Être livrés à l’amour, c’est reconnaître que le souffle vient de Lui et nous sentir non seulement aimés, mais aussi rassurés dans la confiance en Sa Parole de vie. L’engagement est donc bien de connaître Dieu, dans l’apprentissage des Écritures et leur méditation dans notre cœur ; de nous laisser pétrir par la volonté de Dieu pour agir en enfants de lumière, et aussi de recevoir l’Esprit Saint et de l’accueillir dans notre vie comme un courant de grâce d’où jaillissent la vie en abondance, étanchant notre soif.
Alors, le zèle missionnaire se fait voir, apparaît et brille dans le témoignage de vie, et notamment par notre implication dans la vie de la cité, œuvrant pour la construction d’un monde meilleur, d’une civilisation de l’amour. Et comme le souligne saint Jean Paul II, c’est en Église, dans la participation active de chacun des baptisés, que nous sommes vraiment crédibles. « La première forme de témoignage est la vie même du missionnaire, de la famille chrétienne et de la communauté ecclésiale, qui rend visible un nouveau mode de comportement. Le missionnaire qui, malgré toutes ses limites et ses imperfections humaines, vit avec simplicité à l’exemple du Christ est un signe de Dieu et des réalités transcendantes »[2] Or, la recherche de sens dans la vocation de l’homme image de Dieu puise justement dans le témoignage l’annonce explicite d’un renouvellement de notre vie à la lumière du Christ. Nous partageons la vie de Celui qui nous nourrit, nous transforme et nous envoie. Nous rendons visible dans nos engagements la présence du Christ et nous partageons par notre histoire l’appel de tout homme à ressembler à Dieu, dans la volonté de Le suivre sur le chemin de l’amour.
La ferveur de la foi, redisons-le, demande un appétit des Écritures, une volonté non seulement de les apprendre, mais également de les connaitre, de les méditer tout au long de nos journées. L’Écriture est source de vie. « Il y a un rapport étroit entre le témoignage de l’Écriture, comme attestation que la Parole de Dieu donne d’elle-même, et le témoignage de vie des croyants. L’un implique l’autre et y conduit. Le témoignage chrétien communique la Parole attestée dans les Écritures »[3] Le témoignage, ainsi donc, est bien d’accueillir la réalité des Écritures dans notre vie ; et l’intervention de Dieu dans l’histoire des hommes est également une rencontre merveilleuse de Dieu dans notre propre histoire, notre propre vie. L’Écriture devient alors chant d’un bonheur en toute occasion, car Il est là, près de moi, comme Il l’a été de tout homme depuis le commencement. Il est mon berger, mon gardien, reste toujours présent à mes côtés et m’aide à continuer de recueillir tout ce qui est vie comme un don de sa grâce.
Ainsi, par ce chemin de sainteté à parcourir chaque jour malgré nos faiblesses et nos vulnérabilités et sûr de sa grâce, nous devons fuir les braconniers de la foi qui servent leurs propres intérêts et oublient d’annoncer la salut de Dieu dans la gratuité de sa présence parmi nous. Par le témoignage de notre vie, comme nous le rappelle le Pape François. « Le disciple sait offrir sa vie entière et la jouer jusqu’au martyre comme témoignage de Jésus-Christ ; son rêve n’est pas d’avoir beaucoup d’ennemis, mais plutôt que la Parole soit accueillie et manifeste sa puissance libératrice et rénovatrice. »[4] L’accueil de la Parole se voit, disons-le de nouveau, dans notre manière de nous comporter et de participer à l’œuvre de création : témoignage d’une libération du péché, d’une volonté de participer au royaume des cieux ; témoignage réellement possible et réellement causé, pour peu que nous nous laissions chaque matin renouveler, à l’écoute de la Parole et la laissions nous guider tout au long de notre journée.
Père Grégoire BELLUT -Curé – Doyen
[1] &9 Evangelii Nuntiandi, Paul VI
[2] &42 Redemptoris Missio, Jean-Paul II
[3] &97 Verbum Domini, Benoit XVI
[4] &24 Evangelii Gaudium, François
Janvier 2022

Lettre des fiancés
Fraternité renouvelée
Rivalité et scandale
Ecoute Israël
Elle a pris sur son indigence
Jésus parlait à ses disciples
Parrain sous X
Parrain sous X
EDITO 1 SEPTEMBRE 2021

