« Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. »

La Pâques du Seigneur est joie pour l’humanité, car le Rédempteur nous a sauvés par sa mort et sa résurrection, et nous réintroduit à la promesse de la vie éternelle auprès de Dieu. Une joie de la rencontre du Sauveur par une présence qu’on n’espérait plus et qui réchauffe les cœurs, ravive la foi, ranime le zèle. Le Christ nous sauve : qu’est-ce que cela change pour nous, réellement, aujourd’hui ?
Comment témoignons-nous de cet amour prévenant ? Que disons-nous de notre foi ? Comment la vivons-nous de manière prophétique dans ce monde ? En quoi, pour tout dire, la résurrection du Christ transfigure-t-elle notre existence ?

Peut-être faut-il revenir au péché originel et à la faute d’Adam et Ève pour comprendre que la joie de la résurrection est d’abord une « purification de la mémoire » 1 et relire ainsi l’histoire, la nôtre, à la lumière de Pâques. Alors nous pourrons revisiter toute notre existence pour amorcer les conversions nécessaires et retrouver cette liberté de fils de Roi. Il y a un vrai défi qu’il nous faut vivre à Pâques, dans la joie de la restauration du Salut, du pardon à accueillir, à vivre et à donner, ainsi que d’une invitation à nous laisser toucher par la grâce, pour ne pas se laisser enfermer dans les souvenirs, mais accueillir la transformation des cœurs et faire ainsi toute chose nouvelle dans le souffle de l’Esprit Saint.

La joie de la résurrection est révélation de l’amour dans la vérité la plus lumineuse du dessein créateur. Or, « le signe de la purification de la mémoire […] demande à tous un acte de courage et d’humilité pour reconnaître les fautes commises par ceux qui ont porté et portent le nom de chrétien » 2  ; mais ce signe demande aussi de repartir sur une nouvelle base où le Christ est notre chemin. Un espace de liberté où nous progressons dans la relation avec l’autre par un appel constant à la conversion et à une volonté de communion de plus en plus forte, afin de bâtir la civilisation de l’amour. Un appel, donc, à la sainteté pour reconnaitre dans la réalité de notre quotidien le courant de grâce, et l’accueillir dans la joie d’une véritable relation féconde. Le salut de Dieu nous restaure dans notre dignité de fils de lumière et, par la purification de la mémoire, nous amène à redonner une cohésion à toute notre histoire personnelle et communautaire, l’un étant toujours lié à l’autre dans ce principe de liberté interrelationnelle.

1 « La purification de la mémoire », Anton Strukelj, traduit de l’allemand par Françoise Brague (paru dans Communio,
2018/2 (N° 256), pp. 69-75.
2 &11 Bulle pontificale Incarnatio Mysterieum – JPII.

Si tout le chemin de Carême nous apprend à repousser les tentations et à faire pénitence pour nous tenir prêts lorsque le maitre viendra, le chemin de Pâques est celui d’une joie de la conversion pour aller à sa rencontre, et proclamer la vérité du Christ ressuscité. Il nous renouvelle et nous appelle sans cesse à l’imiter, dans l’obéissance à la volonté du Père et l’accueil du souffle de l’Esprit. Il nous est demandé, comme les femmes lors de la rencontre du tombeau et les disciples d’Emmaüs, de revenir sur nos pas pour proclamer cette joie de la présence de Dieu dans notre histoire, et vivre notre foi en Église, dans la communion avec les uns et les autres, fidèles à la fraction du pain, à l’enseignement des apôtres et au service de la charité. La simplicité de vie, et la confiance en Dieu nous aide à une juste relation à Dieu, comme nous le fait expérimenter l’Eglise. « Qu’à travers l’humilité de l’Épouse 3 puisse resplendir davantage encore la gloire et la force de l’Eucharistie, qu’elle célèbre et conserve en son sein ! Dans le signe du Pain et du Vin consacrés, le Christ Jésus ressuscité et glorifié, lumière des nations 4 révèle la
continuité de son Incarnation » 5   La joie de Noël est d’abord la joie de Pâques retrouvée dans le Christ Rédempteur. La résurrection est comme en écho à la prophétie de Siméon « Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples ; lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël » 6 Toute vie plongée dans le mystère eucharistique est l’occasion d’une communion avec Dieu et d’un cœur à cœur ou Il est vraiment présent. Le salut de Dieu est cette présence dans l’aujourd’hui et qui nous est promis pour l’éternité lorsque nous faisons sa volonté. Cette lumière de l’amour de Dieu réalisée dans la grande espérance du Salut par la résurrection du Christ, nous ouvre à une radicalité de l’engagement pour témoigner, en lumière, la foi de la rencontre avec le Ressuscité, dans le discernement communautaire des apôtres. En partageant notre foi et dans un partage des Saintes Écritures, nous devenons prophétiques dans ce monde parfois en perte de sens et désorienté dans une modernité superficielle et clivante.

Il n’y a pas de supermarché de la foi, il y a un chemin de conversion qui nous demande d’accueillir toutes les réalités de la révélation, et de ne pas choisir ce qui nous arrange, relativiser ce qui nous dérange, ou le contextualiser pour mieux le mettre à distance. L’affirmation du Credo chaque dimanche, chaque solennité à la messe, comme la lecture du catéchisme de l’Église catholique, sont autant de voies pour mieux comprendre la révélation dans son ensemble et ne pas s’en tenir aux seules Écritures, ni à une expérience de l’Esprit Saint comme principe de la seule autorité. L’expérience spirituelle personnelle se vit dans le discernement ecclésiale, et notre chemin de foi ne peut pas étranger à la vie de l’Eglise. La véritable rencontre avec le Dieu vivant ne me rend pas infaillible, et demande l’humilité du discernement fraternel pour progresser dans la foi ensemble. Nous ne pouvons témoigner de l’amour du Seigneur qu’en approfondissant notre foi dans la raison, et rechercher à travers l’expérience cette logique de l’amour avec une grande humilité et un discernement prudentiel, pour l’étayer de notre intelligence, don de Dieu, certes, mais responsabilité de l’homme dans sa participation. Dieu nous engage à vivre la fraternité dans les personnalités qui sont nôtres, c’est-à-dire dans une approche personnelle, mais vraie, du prochain, tout en travaillant cependant et par là à la même direction de l’avènement du règne de Dieu.

3 Précisons que l’épouse du Christ c’est l’Eglise, et dans l’eucharistie, c’est la relation nuptiale entre le Christ et l’Eglise, puisqu’Il se
donne dans son corps et dans son sang.
4 cf. Lc 2, 3.
5 &11 Bulle pontificale Incarnatio Mysterieum – JPII.
6 Lc 2,31-31

D’ailleurs, ne nous y trompons pas : la confession de notre foi par acclamation à la veillée pascale, est bien le signe de notre communion au sein d’une même foi catholique, et chaque approfondissement de la vérité de l’amour et de l’expérience spirituelle d’être sauvé par Dieu nous amène à progresser en Eglise dans la fidélité à la Parole. Il nous faut être soucieux de toujours mieux connaitre le Christ à travers l’enseignement de l’Église dans la tradition apostolique, et d’en témoigner autour de nous comme une richesse de vie, une joie du quotidien, un bonheur existentiel. Il ne s’agit pas tant de proposer la foi que d’aider chacun à vivre cette foi dans une recherche de fécondité relationnelle et de croissance spirituelle.
L’éducation à la foi est d’abord la rencontre avec une personne, le Christ, l’expérience du courant de grâce à travers l’Esprit Saint, et la joie d’accueillir l’amour du Père Créateur. La dimension Trinitaire de la foi exactement présente au cœur de la résurrection nous éclaire sur la manière de la partager autour de nous, c’est-à-dire faire l’expérience de Jésus, et vouloir l’imiter dans la lecture des évangiles ; se laisser bercer par la joie de sa rencontre dans l’intelligence des Écritures, à travers les lettres apostoliques, que ce soit Saint Paul, ou tout autre auteur du Nouveau Testament, et recueillir ainsi la fidélité de l’amour de Dieu dès l’origine, comme un trésor. Nous disons une foi dynamique, dans le souffle de l’Esprit et la communion fraternelle, par une recherche de partage de l’expérience de vie comme d’effort de retrouver le sens de Dieu.

Il nous faut réentendre l’invitation de Saint Jean Paul II : « Que nos yeux soient donc fixés sur l’avenir ! Le Père des miséricordes ne tient pas compte des péchés dont nous nous sommes vraiment repentis 7 . Il accomplit maintenant quelque chose de nouveau et, dans l’amour qui pardonne, il anticipe les cieux nouveaux et la terre nouvelle. » 8 La joie de la Résurrection est et doit être cette continuité de l’amour
dans notre histoire, cette fidélité de Dieu à son alliance afin de nous amener à la communion avec Lui pour l’éternité. La civilisation de l’amour est non seulement un projet, mais également une réalité à vivre dès ici-bas. Nous sommes appelés à nous défaire de la culture de mort, notamment à travers le matérialisme et l’utilitarisme, et nous avons à retrouver notre dignité de fils de lumière, appelé dans
une cohésion de tout notre être sexué, à rendre gloire à Dieu et à retrouver la signification de communion dans la relation au prochain. La fraternité ne doit pas être un vain mot, mais un saint sceau de la grâce de l’Esprit opérant dans notre vie. Le Christ est ressuscité et m’appelle à une conversion du regard pour attendre l’action de l’Esprit Saint dans ma vie et participer, par ma propre disponibilité, à
œuvrer pour le règne de Dieu. L’expérience postpascale fait de nous des disciples, et nous demande de témoigner de notre propre rencontre avec le Seigneur. « La résurrection du Christ est l’ultime et [une] pleine parole de l’auto-révélation du Dieu vivant comme ‘‘Dieu non pas des morts mais des vivants’’ » 9 . Elle est l’ultime et la […] pleine confirmation de la vérité sur Dieu qui dès le début s’exprime à travers cette révélation. » 10 Il est vivant, ce Christ Jésus, pour nous et aujourd’hui, Il nous appelle à la vie d’enfant de Dieu pour témoigner de l’amour, afin d’atteindre le prochain dans cette nouvelle alliance éternelle.

7 cf. Is 38, 17.
8 Bulle pontificale Incarnatio Mysterieum – JP

Que la joie de la résurrection appelle à la conversion pour recevoir pleinement le pardon et continue de nous enseigner aujourd’hui la vérité de l’amour et l’impératif d’un ajustement dans une relation bonne vers la recherche du meilleur bien. « Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen