La vocation de tout homme ordonné prêtre est de sanctifier sa vie à travers la vie sacramentelle qu’il donne et qu’il reçoit. Au cœur même de la vie de l’Esprit, tout chrétien doit redécouvrir le mystère de l’eucharistie que nous fêtons le deuxième dimanche après la pentecôte. La vie des prêtres doit être une vie eucharistique. Ils en sont les ministres. « Participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, ils offrent à Dieu la victime divine et s’offrent eux-mêmes avec elle »[1] Mais la vocation baptismale est une vie ancrée dans la grâce de Dieu et dans l’espérance du salut puisant dans les sacrements les ressources à une vie de sainteté. Or le sacrement de la charité, l’eucharistie, se vit dans la beauté de la liturgie com-munautaire et la piété rayonnée par tout baptisé. Jumelé au sacrement de réconciliation pour sans cesse dialoguer avec Dieu et Lui demander la grâce d’une sainte communion, le baptisé est appelé à s’élever au sommet de la joie de Dieu. Il ne s’agit pas de faire nombre, ou de question d’ambiance, mais bien d’un rassemblement d’un peuple qui fait Eglise et trouve en Jésus la récapitulation de toute chose. L’eucharistie est donc la joie du partage, un repas de fête où nous célébrons la mort et la résurrection du Christ jusqu’à ce qu’Il revienne[2]. Participer à la messe tous les dimanches est donc nécessairement vital à toute vie spirituelle comme témoin du Christ.
Une vie de transformation en Dieu qui se réalise tous les jours
La vie de foi se nourrit de l’eucharistie comme une grâce en déploiement en chaque instant de notre quotidien. Dieu est présent. Ne le rendons pas étranger par indifférence ou perversité. Le pape Léon XIV dans l’appel à la simplicité de vie nous rappelle l’importance d’être à l’écoute du souffle de l’Esprit pour entrer dans l’intelligence des Ecritures et vivre la communion. « Je souhaite vous proposer un itinéraire de vie chrétienne sobre et exigeant pour vivre ce changement d’époque à la lumière de l’Évangile. C’est un chemin qui naît de la contemplation du dessein de Dieu, vit l’unité ecclésiale en se nourrissant de la Parole et de l’Eucharistie, construit le monde dans le sens du bien et prie avec la Vierge Marie. »[3] Nous ne pouvons vivre un vagabondage spirituel faisant de l’eucharistie un banc de passage pour d’autres expériences. C’est pure folie ! Au contraire il faut recentrer toute son existence autour de l’adoration eucharistique comme prière par excellence de la manifestation de Dieu dans notre aujourd’hui. Chaque prière a son importance, et nous pouvons également vivre des combats spirituels, ou des expériences de louange. Néanmoins, rien ne remplacera l’adoration eucharistique comme révélation du mystère pascal et du don précieux du Fils à toute l’humanité. Et tous peuvent y participer quel que soit leur état de vie. L’adoration est bien ce dialogue de Dieu avec nous dans l’offrande de son corps et l’appel à une disponibilité de notre part pour y répondre et l’entendre nous appeler à Lui dans une vie réconciliée. A partir de l’adoration je comprends que le service de la charité demande de rechercher la communion comme lieu de vraie fraternité, et de vocation baptismale. Le Christ nous rend frères.
La transformation que nous avons à vivre à la lumière de l’Evangile passe par des actes concrets pour dire la vérité de notre foi. Ce n’est pas une idéologie mais une rencontre avec Dieu qui se vit, se témoigne et se partage. Comme une saine contagion de la charité afin de construire la civilisation de l’amour où nous sommes tous acteurs, et tous attendus. La transformation communautaire est d’abord un chemin personnel. « pour que la charité, comme un bon grain, croisse dans l’âme et fructifie, chaque fidèle doit s’ouvrir volontiers à la Parole de Dieu et, avec l’aide de sa grâce, mettre en œuvre sa volonté, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions sacrées, s’appliquer avec persévérance à la prière, à l’abnégation de soi-même, au service actif de ses frères et à l’exercice de toutes les vertus »[4] Il y a bien un chemin d’abnégation et de pénitence pour nous défaire de nous-mêmes et des brèches fragiles pour les tentations. La confession est nécessaire pour s’approcher de la table du Seigneur. Mais c’est un chemin de la recherche du meilleur bien où nous travaillons à une vie vertueuse et demandons la grâce au Seigneur de progresser sous son regard pour un témoignage riche d’espérance. L’engagement dans les vocations tournées vers Dieu n’est pas une annexe du mariage mais fait partie d’une vraie proposition. La vie religieuse et la vie sacerdotale sont des trésors de l’Eglise qu’Il ne faut pas négliger, et dont chacun doit sérieusement discerner l’appel dans la vérité de sa vocation propre. Tout baptisé est appelé à une vie de prière ancrée dans assemblée ecclésiale. Alors la joie de l’eucharistie est la joie de ma présence devant Dieu. Ce témoignage se réalise pleinement dans l’humilité du cœur et la simplicité de vie à la suite du Christ Rédempteur. La volonté de Dieu rayonne dans les béatitudes et l’appel à se laisser guider par le bonheur. Il y a un renversement des valeurs de ce monde afin de s’enraciner dans la volonté de Dieu et laisser la grâce nous habiter pour répondre à cet appel à la sainteté afin de nous rapprocher de Lui sans cesse. C’est une vie de transformation en Dieu où nous nous laissons modeler par sa présence pour travailler au meilleur bien dans une recherche de communion.
Une vie de communion entre témoin du Christ
La foi catholique (comme orthodoxe d’ailleurs) se vit dans la tradition apostolique. Depuis les douze apôtres nous pouvons remonter notre histoire spirituelle dans le temps et le sacrement de l’ordre. Le baptême reçu par chaque catholique puise dans l’eucharistie une source de joie ineffable et nous pouvons en faire mémoire depuis l’origine. Mais plus nous la vivons, plus nous témoignons de cet amour jour après jour. Or cela nous demande de rechercher l’unité. « . La spiritualité dont nous avons besoin est une spiritualité eucharistique, c’est-à-dire une spiritualité de l’unité ecclésiale dans l’amour. »[5] L’engagement baptismal est donc un engagement de l’action de grâce à travers le temps que nous passons ensemble pour célébrer le Seigneur et vivre la fraternité par les liens tissés. On se rend vite compte que ce n’est pas une heure dans la semaine, ou un rendez-vous dans un agenda blindé qui fera l’affaire. C’est l’occasion de vivre la relation à travers la recherche de paix entre nous et de communion en faisant les choses ensemble, chacun selon son charisme. D’ailleurs cette complémentarité de la grâce reçue et partagée se vit avec Dieu qui donne, mais avec nos frères dans un juste partage des sacrements. « Les sacrements, surtout la sainte Eucharistie, communiquent et entretiennent cette charité envers Dieu et les hommes, qui est l’âme de tout l’apostolat. »[6] Nous ne parlons plus d’une communion des deux espèces, mais d’une communion du corps entier de l’Eglise. Employer le même mot pour signifier le corps du Christ sous l’une des deux espèces et le corps du Christ qu’est l’Eglise nous ramène à cet appel du Christ « Que tous soient un » La vie de communion est une exigence de l’Evangile et doit se voir dans une fraternité renouvelée. Ce n’est pas évident, et parfois il peut y avoir des combats terribles, certes, mais c’est un appel à être fidèle à la Passion du Christ pour vivre la résurrection. La fraction du pain dans l’amour fraternel est la première marque de l’Eglise naissante. « Ce don reste présent et agissant dans l’Eucharistie où le Seigneur se communique et rassemble l’Église, afin que son offrande devienne principe d’unité et source de vie nouvelle. »[7] Trop souvent nous faisons de la foi une affaire personnelle et privée au lieu d’en témoigner autour de nous dans l’audace d’une joie intérieure à partager sans modération. Témoin du Christ dans le rayonnement du mystère eucharistique est une belle vocation.
Nous faut-il insister sur l’aspect de la communion fraternelle pour rappeler aussi que nous parlons dans le credo de la communion des saints. Or chaque messe est l’occasion d’une véritable union avec le ciel. « La célébration du sacrifice eucharistique est le moyen suprême de notre union au culte de l’Église du ciel, tandis que, « unis dans une même communion, nous vénérons d’abord la mémoire de la glorieuse Marie toujours vierge, de saint Joseph, des bienheureux Apôtres et martyrs, et de tous les saints »[8]. Vivre en communion fraternelle est donc le reflet de ce que nous serons appelés à vivre au ciel sous le regard de Dieu notre Père, dans la bienveillance du Christ notre frère et dociles au souffle de l’Esprit Saint. Le culte eucharistique nous rapproche de la communion des saints et nous aide par grâce à une vie prière et de charité active.
La fête Dieu est donc l’occasion pour nous de rappeler l’importance de vivre l’eucharistie comme source et sommet de notre vie baptismale, parce qu’elle nous entraine à nous laisser sanctifier par la présence du Christ et dans l’écoute de la Parole à opérer les changements nécessaires à offrir notre vie en réponse à l’amour de Dieu qui se donne. « L’Eucharistie, sacrement de l’unité, nourrit notre appartenance au Corps du Christ et nous éduque au partage. Les différentes sensibilités présentes dans l’Église, les convictions fortes qui animent chacun, sont une richesse si elles restent ancrées dans la certitude de l’unité comme don reçu et tâche à assumer. »[9] Cela ne peut demeurer sans fruit, et cette transformation progressive de notre vie nous pousse dans l’adoration et la vie sacramentelle à faire un seul corps dans le service de la charité. Que nous en soyons les témoins crédibles !
[1] &11 Lumen Gentium – Vatican II
[2] Annonce kerygmatique
[3] &229 Magnifica humanitas – Léon XIV
[4] &42 Lumen Gentium – Vatican II
[5] &234 Magnifica Humanitas Léon XIV
[6] &33 Lumen Gentium – Vatican II
[7] 234 Magnifica Humanitas Léon XIV
[8] &50 Lumen Gentium – Vatican II – Canon de la messe romaine.
[9][9] &88 Magnifica Humanitas
Reconnaissons-le, parler du mystère de la Trinité n’est jamais très facile et rarement abordé. D’ailleurs même le dimanche de la Trinité, c’est souvent par des analogies, ou une perception théologique forte parlant d’une même substance plutôt que de nature, pour rappeler le principe d’un seul et même Dieu en trois personnes qui font l’objet d’une réflexion nous paraissant lointaine. La complexité de notre foi dans le mystère trinitaire affirmée à chaque signe de croix demande ainsi une expérience pratique de l’amour de Dieu. La croix est le signe de rédemption de l’homme par le Christ. Elle nous ouvre les portes du salut. Or, par le signe de croix j’invoque le Père, et le Fils et le Saint Esprit comme puissance de restauration de l’homme dans sa vocation d’image de Dieu, et je reçois l’appel à Lui ressembler dans la familiarité de la rencontre obtenue d’abord par la prière et le dialogue de louange avec confiance en son œuvre aujourd’hui. Point de prière qui ne soit pas une action de grâce trinitaire, d’ailleurs à la fin de tous les psaumes, et des oraisons liturgiques, ne rendons-nous pas gloire à Dieu, le Père, et Le Fils et le Saint Esprit ?
Notre foi s’exprime certes de manière pratique par le signe de croix dans l’affirmation du mystère trinitaire mais elle se prolonge dans la capacité à prier chacune des trois personnes divines pour me laisser embraser par la manifestation d’un seul et même Dieu. Au cœur de la foi le Christ nous révèle la paternité de Dieu et nous envoie l’autre défenseur, l’Esprit Saint, la Personne don. Ce même Esprit qui prodigue la joie de l’amour dans l’expression d’une liberté de la création. Il nous demande aussi une réponse où chacun est amené à la vérité des choix et aux conséquences pour grandir en Dieu ou bien s’en éloigner. Ce même Esprit encore qui dans le sacrement de réconciliation nous redonne la communion avec Dieu Un et Trine.
Ensemble, il nous faut retrouver « Le mystère du Dieu vivant, révélé en Jésus-Christ comme communion de Personnes, Père, Fils et Saint-Esprit, amour en relation qui se donne réciproquement et se communique au monde.[1] » L’amour est donc l’expression d’une liberté interrelationnelle où Dieu s’exprime et attend une réponse de notre part. Ce qui est vrai tant dans la vie de l’Esprit, que dans notre cheminement spirituel. Elle l’est aussi dans nos relations fraternelles par la recherche de communion pour porter témoignage de la grâce baptismale. L’appel à la sainteté est donc une lumière à rayonner personnellement et à éclairer dans sa dimension communautaire notamment par l’appel à développer les charismes pour manifester au monde l’amour de Dieu. La révélation du Dieu Trinitaire est donc un rayonnement d’amour à exprimer dans tous nos choix de vie. Mais elle est aussi un éclairage de la dignité humaine.
La foi chrétienne comprend pleinement l’amour dans le mystère de la Trinité. Nul ne peut se dire chrétien s’il ne croit pas en cette révélation d’un seul Dieu en trois personnes En effet, l’amour de Dieu s’exprime dans l’autorité du Père et son accompagnement dans notre vie de croissance. La fraternité du Christ nous invite au service de la charité à l’imiter pour être pleinement disciple. Quant à la grâce de l’Esprit elle nous fait gouter la joie de Dieu dans l’aujourd’hui de notre histoire et expérimenter par sa présence l’amour de Dieu personnel qui me transforme en débordement de joie. La grâce, dans une conversion du cœur, nous donne d’agir en conséquence. L’amour de Dieu se vit dans les trois personnes distinctes entre elles mais de même substance divine. Une seule volonté, une seule manifestation que nous voyons à travers diverses expressions dans notre histoire : un seul Dieu et pourtant trois personnes distinctes. En effet, « par leurs relations d’origine. C’est le Père qui engendre, le Fils qui est engendré, le Saint Esprit qui procède »[2] En fait le Fils révèle le Père comme la grâce ultime de la rencontre avec Dieu, et l’Esprit Saint comme procession de l’amour de Dieu dans le don. Dieu Un et Trine comme le dit l’expression la plus juste.
L’accueil d’une foi trinitaire oriente ma vie spirituelle de manière très pratique ; notamment par l’accueil du service de l’autorité comme lieu de croissance. Je découvre la paternité de Dieu et ma propre paternité humaine et spirituelle dans l’exercice de mon baptême et l’appel à la sainteté passe par un service du frère pour la croissance avec humilité et douceur. Tous, nous sommes concernés par cette liberté qui ouvre à la croissance que l’on peut vivre dans la maternité et la paternité, dans la relation d’un don de Dieu qui ouvre à une autonomie pour un meilleur bien. L’accueil de la foi trinitaire se vit à travers la révélation du salut comme une libération de l’esclavage du péché et me fait habiter ce lieu de rédemption dans la joie d’être sauvé. La joie retrouvée en Dieu par la présence de l’Esprit Saint est pure grâce de communion et le lieu de relation comme un espace de partage, je deviens artisan de paix. L’amour d’un Dieu Un et Trine m’entraine personnellement à redécouvrir dans mon quotidien de tous les jours les implications concrètes. Ma vie prend sa source dans l’amour trinitaire.
Nous ne sommes pas dans une construction théorique, ou la définition d’une notion pour élite intellectuelle. Mais l’affirmation de notre foi trinitaire irrigue toute notre vie comme nous le rappelle Saint Jean « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. » La foi trinitaire est l’accueil de l’amour personnel d’un seul et même Dieu qui s’exprime à travers les trois personnes d’une manière singulière tout en manifestant pleinement la substance divine. Nous avons à explorer dans notre vie l’orientation trinitaire de l’amour dans l’expression de chaque personne divine. C’est de l’ordre d’une expérience intime dans la relation avec le Père et redécouvrir cette paternité comme lieu d’enracinement et de refuge en toute occasion. Avec le Christ nous avons à retrouver cette liberté de la grâce qui s’exprime dans la méditation des Ecritures et le service de la charité. Par grâce de l’Esprit Saint nous sommes habités de Dieu et retrouvons l’intelligence des Ecritures pour demeurer dans la joie de la relation et la partager à tous dans le souffle de vie.
Ainsi, retrouver le sens de l’homme demande à redécouvrir le mystère trinitaire. Dans des sujets de sociétés actuelles développés par une culture de mort, il nous faut, comme citoyens de la civilisation de l’amour, rappeler avec force et véhémence dans la radicalité de la vérité et la rectitude de notre foi le don de la vie qui vient de Dieu source d’un bonheur promis pour l’éternité. « Je peux réagir à partir de la foi et de la charité, et reconnaître en elle un être humain doté de la même dignité que moi, une créature infiniment aimée par le Père, une image de Dieu, un frère racheté par Jésus-Christ. C’est cela être chrétien ! »[3] nous rappelle le Pape. Retrouver le sens de l’homme c’est redécouvrir dans la dimension trinitaire la pluralité de l’expression de l’amour dans la relation aux personnes. L’homme dans la découverte d’une liberté interrelationnelle reconnait son frère dans toutes ses dimensions, même celle de la souffrance ou celle de son péché, mais pour toujours l’aider à se relever et à retrouver cette liberté intérieure de choisir Dieu pour l’éternité. « La libération des prisonniers est une expression de l’amour trinitaire : un Dieu qui libère non seulement de l’esclavage spirituel, mais aussi de l’oppression concrète. »[4] Cet exemple nous aide à comprendre que la dimension trinitaire a un impact spirituel certain dans nos manières d’être et d’agir.
Finalement, la vie spirituelle baignée dans le mystère trinitaire nous fait grandir dans des relations où nous devons nous mettre au service de la communion pour révéler l’amour de Dieu qui a été déposé dans notre vie et témoigner à nos frères de la joie de la vie dans l’Esprit. La Parole de Dieu est un lieu de croissance et j’y redécouvre l’appel à un bien commun dont le Seigneur est à l’origine. La vie sacramentelle m’aide à grandir dans cet appel à la sainteté promis à tous et que nous devons poursuivre malgré nos vulnérabilités. Toute la révélation est une progression de la vie intérieure pour nous ouvrir au mystère de Dieu et au monde. Soyons en les témoins !
[1] &48 Magnifica humanitas – Léon XIV Cf. Conseil pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, Cité du Vatican 2004, n. 32.
[2] &CEC &254
[3] &106 EA Delexi Te
[4] &60 Dilexi Te Léon XIV
La foi est une relation avec une personne. Dans le dynamisme de l’amour trinitaire, l’Esprit Saint procède du Père et du Fils (filioque) pour souffler dans nos vies la grâce de la rencontre. Il nous abreuve de la vie de Dieu par pure grâce et nous rend pleinement libres pour choisir l’amour. La Personne Don nous introduit à l’amour de Dieu dans la réalité de notre histoire. Au quotidien, Il nous accompagne pour ajuster notre vie à la volonté du Père et nous fait entrer dans l’intelligence des Ecritures pour imiter le Fils. Ainsi dans une proximité agissante, Il nous accompagne pour faire la vérité dans notre vie et Il nous donne une mission nouvelle dans la grâce baptismale. Ce n’est donc pas seulement une expérience personnelle mais aussi une expérience communautaire dont le signe est la capacité de vivre en communion. La diversité des dons et des charismes est pour construire le peuple de Dieu dans son ensemble.
Un changement de regard
C’est pourquoi, l’expérience d’une vie dans l’Esprit se vérifie dans le changement du cœur et la capacité à être attentif aux réalités de chacun. Il y a bien une recherche d’humilité dans l’expérience spirituelle pour ne pas s’accaparer les dons, et s’octroyer des positions, mais en toute chose rester à sa juste place dans le souffle prophétique. La charité en sera le curseur. L’Esprit Saint nous conduit vers la connaissance de Dieu par grâce. Nous entrons dans la joie de Dieu à travers sa présence et nous profitons ainsi d’une paix indicible et pourtant si tangible…. « Son entrée en nous se fait avec douceur, on l’accueille avec joie, son joug est facile à porter. Son arrivée est annoncée par des rayons de lumière et de science. Il vient avec la tendresse d’un défenseur véritable, car il vient pour sauver, guérir, enseigner, conseiller, fortifier, réconforter, éclairer l’esprit : chez celui qui le reçoit, tout d’abord ; et ensuite, par celui-ci, chez les autres. »[1] Trop souvent promis aux grands saints et à ceux qui connaissent une expérience forte spécifique, le courant du renouveau charismatique a permis de mettre en lumière que l’expérience de la pentecôte est promise à tous dans la pauvreté de nos vies, pour un retournement complet, c’est-à-dire une conversion qui nous fait voir les choses autrement car Dieu est présent. Un changement du regard qui est un changement de retard dû au péché pour accueillir la grâce de la croissance. « Source de sanctification, lumière intelligible, il fournit par lui-même comme une sorte de clarté à toute puissance rationnelle qui veut découvrir la vérité. »[2] La vie dans l’Esprit est une expérience donc à acquérir d’une part, mais aussi à laisser croître dans la vie de prière, la communion ecclésiale (notamment à travers les sacrements) et le service de la charité auprès des frères les plus vulnérables.
Un Esprit de sanctification et de communion
Trop souvent, lorsque nous parlons de l’expérience de l’Esprit saint nous sommes dans l’imprécatoire et parfois distants dans le discernement fraternel et l’attention au souffle de vie. Aujourd’hui, dans des groupes souvent issus du milieu évangélique, nous observons une certaine hystérie dans l’appel de l’Esprit, avec une manipulation des émotions pour donner du spectacle dans l’appauvrissement de la vie intérieure. Néanmoins l’Esprit Saint est d’abord une relation de sanctification, et un appel à une conversion intérieure qui ne se vit pas une fois pour toutes, mais demande dans un humble cheminement une écoute à la réalité du quotidien pour laisser Dieu grandir dans notre vie et dans les choix que nous faisons afin de laisser s’épanouir les talents déposés. « L’Esprit Saint ne se borne pas à sanctifier et à conduire le peuple de Dieu par les sacrements et les ministères, ni à l’orner de vertus. En outre, il distribue à chacun ses dons selon sa volonté ; c’est-à-dire que, parmi les fidèles de toute catégorie, il répartit aussi des grâces particulières qui rendent capable et disponible pour assumer des entreprises et des fonctions diverses »[3] Il est vrai que dans nos communautés, nous n’avons pas toujours été attentifs au souffle prophétique. La marginalisation des charismes des uns, et l’indifférence aux dons des autres sont des péchés contre l’œuvre de Dieu. Par notre baptême, nous avons tous à participer à la vie de Dieu et à discerner ensemble ce que nous avons à vivre dans la réalité de notre quotidien là où nous sommes. Ne rêvons pas les oignons d’Egypte, ni les lendemains enchanteurs, mais soyons ancrés dans la foi à répondre par le témoignage de notre vie des dons qu’Il nous donne pour construire la civilisation de l’amour. La sanctification de chacun passe par la communion du corps de l’Eglise et la recherche de faire ensemble l’épouse du Christ. Nous avons une vraie responsabilité à vivre l’unité et à vouloir témoigner de notre joie de marcher ensemble. L’authenticité de nos charismes passera donc dans notre capacité à rendre compte de notre communion. Tout le reste n’est que bruit stérile, « cuivre qui résonne, cymbale retentissante »[4] Point de fanfaronnade dans la vie de l’Esprit, ni même de gestion parcimonieuse des activités pour finalement mettre la main sur Dieu, mais une recherche de faire ensemble une vraie fraternité dans la capacité à accueillir l’autre dans toutes ses réalités. On découvre alors que l’autorité dans l’Eglise est d’abord un service de la charité pour que chacun puisse exprimer sa vie en Dieu dans la juste place au frère.
Une vie nouvelle dans l’accueil de l’Esprit
L’une des grâces d’une vie ancrée dans l’Esprit Saint est le changement de regard qui est opéré pour servir Dieu et ne se tourner vers les mystères qui nous tournent vers les réalités célestes. Le changement n’est pas tant sur la capacité du langage que par les actes de liberté commandés par la foi. « Les hommes en qui l’Esprit est venu et a fait sa demeure sont transformés ; ils reçoivent de lui une vie nouvelle …Vous voyez comment l’Esprit transforme… Il fait passer facilement de la considération des choses terrestres à un regard exclusivement dirigé vers les réalités célestes ; d’une lâcheté honteuse à des projets héroïques. Nous constatons que ce changement s’est produit chez les disciples …ils se sont attachés au Christ par un amour invincible. »[5] L’engagement en Dieu ne se fait pas sur la pointe des pieds mais demande une implication de tout notre être en tout temps dans la disponibilité du cœur. La conversion du cœur opère une vie nouvelle car il y a des choses que nous ne faisons plus, puisque nous sommes habités par l’Esprit de Dieu, et d’autres choses que nous recherchons pour témoigner davantage de sa grâce en nos vies. La vie nouvelle se voit dans les changements que nous opérons et qui en même temps est prophétique. Etre chrétien signifie que nous ne nous conduisons pas en païens. Les commandements du Seigneur nous aident à progresser dans la foi, comme l’appel des béatitudes à réorienter notre vie dans la vraie joie qui ne se trouve qu’en Dieu que nous pourrons voir pleinement au ciel. Rechercher les réalités célestes c’est aller à l’essentiel et de fuir tout ce qui ne fait pas sens. En d’autres termes, refuser une vie superficielle, ou portée sur l’utilitarisme et rechercher la volonté de Dieu et ce qui nous fait grandir en humanité sous le regard de Dieu. Souvent dans l’errance humaine, face à l’absurde, certains se souviennent qu’ils sont baptisés et reviennent à l’Eglise, d’autres frappent à la porte lorsqu’ils sentent la splendeur de la vérité les atteindre. A nous, par notre vie renouvelée d’en être les témoins !
La charité comme source d’action de Dieu en nous
Le témoignage de notre vie dans l’Esprit est d’abord l’orientation à la vie intérieure plus profonde et à rechercher dans la fraternité à construire cette civilisation de l’amour en commençant par la sanctification de notre vie et la recherche de communion. « Ainsi Dieu a voulu manifester la présence du Saint-Esprit en faisant parler toutes les langues à ceux qui l’avaient reçu. Il faut comprendre en effet, frères très chers, qu’il s’agit bien du Saint-Esprit par qui l’amour est répandu dans nos cœurs »[6] L’Esprit Saint est promis à tous ceux qui le cherchent dans une expérience qui dépasse ce que l’on peut imaginer mais demande aussi à reconnaitre les fruits de sa présence par les réalités que nous vivons dans le quotidien. L’Esprit Saint est présent au monde, et se manifeste pour nous amener à la vie divine et gouter ainsi à l’amour véritable produit dans la gratuité du don. Que ce temps de pentecôte soit un temps de vie en Dieu pour toujours, et que nous puissions en témoigner en persévérant dans la prière et la méditation des Ecritures, et en agissant en fils de Dieu à l’image de son amour.
[1] Catéchèse de Saint cyrille de Jérusalem sur le Saint Esprit
[2] Traité de Saint Basile sur le Saint ESprit
[3] Lumen Gentium – Vatican II
[4] 1 Co 13, 1
[5] Commentaire de Saint Cyrille d’Alexandrie sur l’Evangile de Jean
[6] Homélie africaine du VIème siècle pour la pentecote
Janvier 2022

Lettre des fiancés
Fraternité renouvelée
Rivalité et scandale
Ecoute Israël
Elle a pris sur son indigence
Jésus parlait à ses disciples
Parrain sous X
Parrain sous X
EDITO 1 SEPTEMBRE 2021

