Puisque nous en sommes aux bons mots latins, peut être pourrions-nous aborder le Sensus Fidei que l’on traduit par le « bon sens des fidèles » 1 . La commission théologique internationale a produit en 2014 un document rappelant « que les fidèles ont un instinct pour la vérité de l’Evangile, qui leur permet de reconnaître quelles sont la doctrine et la pratique chrétiennes authentiques et d’y adhérer. Cet instinct surnaturel… est appelé le sensus fidei » 2 Un instinct que tout image de Dieu est appelé à comprendre par le cœur la vérité de la Parole, et de la faire sienne, et d’y reconnaitre naturellement, dans un discernement de sagesse, ce qui est conforme à la volonté du Seigneur. C’est là la traduction de l’onction prophétique du baptême qui rappelle ce qui forme sens et pousse à la communion fraternelle dans la même recherche de la Révélation et l’attention particulière à la grande espérance du Salut : un discernement baptismal dans la rencontre personnelle avec le Christ, et la recherche de communion fraternelle. Une sagesse venue de l’Esprit Saint pour discerner avec justesse ce qui nourrit la foi, et éclaire nos pas dans l’intelligence des Écritures.

La difficulté de traduire le latin vient d’une compréhension sur deux définitions : « D’une part, le sensus fidei fait référence à l’aptitude personnelle qu’a le croyant, au sein de la communion de l’Église, de discerner la vérité de la foi. D’autre part, le sensus fidei fait référence à une réalité communautaire et ecclésiale : l’instinct de la foi de l’Église elle-même, par lequel elle reconnaît son Seigneur et proclame Sa Parole. » 3 Il y a donc une recherche personnelle de la rencontre avec son Seigneur et son Dieu, et la réalité de la communauté, dans les signes qu’elle traduit, pour comprendre la volonté du Seigneur. L’une et l’autre sont l’expression d’un même don de l’Esprit Saint. Il nous faut rappeler que chaque baptisé accomplit sa mission de disciple, dans l’accueil de l’Esprit Saint, et le discernement à vivre dans la réalité du quotidien. Il peut y avoir des tensions entre l’enseignement du Magistère et la perception du Peuple de Dieu, néanmoins l’Esprit Saint souffle dans une même direction ; c’est pourquoi nous devons rechercher, dans la communion, l’espace de la rencontre dans la vérité de l’amour. Et le premier critère est d’entrer dans l’intelligence des Écritures sans les instrumentaliser. La prière commune, et un dialogue sincère et bienveillant, permettront d’avancer dans une compréhension commune qui garde sauve la foi véritable, pour mieux entrer dans cette révélation de l’amour et accueillir la promesse du Salut.

1 « le terme de sensus fidei fidelis pour faire référence à l’aptitude personnelle du croyant à
effectuer un juste discernement en matière de foi, et celui de sensus fidei fidelium pour faire
référence à l’instinct de la foi de l’Église elle-même. »&3 Sensus Fidei
2 &2 Sensus Fidei 2014
3 &3 Sensus Fidei 2014

Encore nous faut-il rappeler que nous sommes guidés par la présence du Christ dans notre vie et que la foi est cette confiance en la volonté de Dieu pour être fidèle, et le reconnaitre comme notre Sauveur. À l’image de Dieu, nous voici invités à la louange de notre Créateur pour tous ses bienfaits dans la liberté de l’amour, et à un oui sans cesse répété pour la vie d’éternité. Certes, nous avons à vivre des conversions et, dans l’humilité de notre être, à avancer avec audace dans la vérité de la Parole. C’est vrai, il nous faut aussi nous engager dans une prière fervente et approfondir notre relation à Dieu à travers l’adoration. Nous reconnaitrons alors les pas du Ressuscité qui marche à coté de nous, et qui dans chaque assemblée de prière est au milieu de nous. « On n’évaluera jamais comme il le faudrait l’importance de ce dialogue intime de l’homme avec lui-même. Mais, en réalité, il s’agit du dialogue de l’homme avec Dieu, auteur de la Loi, modèle premier et fin ultime de l’homme. » 4 Une expérience de Dieu où nous confessons notre amour pour Lui, et demandons à l’Esprit Saint de continuer de nous embraser de Sa grâce pour conformer notre intelligence au dessein de Dieu. Ainsi nous pourrons nous mettre au service des uns et des autres, pour une fraternité à renouveler sans cesse dans l’amour de Dieu et la réalité du prochain.

Le sensus fidei, c’est donc ce chemin de croissance du fils d’Adam, où il prend conscience, dans un jugement pratique, d’une découverte de la vérité de l’amour de Dieu, et c’est, par voie de conséquence, la relation intime de ce fils d’Adam avec son Créateur, où la raison critique se vit à l’aune d’une parole qui s’est fait un chemin d’amour et donne la conviction d’un discernement pour la recherche du meilleur bien. « L’homme doit chercher la vérité et juger selon cette vérité. Comme le dit l’Apôtre Paul, la conscience doit être éclairée par l’Esprit Saint 5 ; elle doit être « pure » 6 ; elle ne doit pas falsifier avec astuce la parole de Dieu, mais manifester clairement la vérité 7 . » 8 La reconnaissance de la foi se vit dans une expérience pratique de la Parole de Dieu, et de la communion en Église, pour discerner ce que l’Esprit Saint nous appelle à vivre. Alors nous pourrons saisir que la dimension personnelle de la rencontre avec le Christ pousse à vivre une communion ecclésiale, et demander ainsi de discerner le même esprit dans une recherche du meilleur bien par un dialogue bienveillant. Il suffit de se laisser guider par l’Esprit Saint avec une volonté d’avancer ensemble.

4 &58 Veritatis Splendor – JP II
5 cf. Rm. 9, 1
6 2 Tm. 1, 3

Père Gregoire BELLUT -Curé – Doyen