« Je sais seulement que l’Esprit Saint témoigne, »

La foi est une relation avec une personne. Dans le dynamisme de l’amour trinitaire, l’Esprit Saint procède du Père et du Fils (filioque) pour souffler dans nos vies la grâce de la rencontre. Il nous abreuve de la vie de Dieu par pure grâce et nous rend pleinement libres pour choisir l’amour. La Personne Don nous introduit à l’amour de Dieu dans la réalité de notre histoire. Au quotidien, Il nous accompagne pour ajuster notre vie à la volonté du Père et nous fait entrer dans l’intelligence des Ecritures pour imiter le Fils. Ainsi dans une proximité agissante, Il nous accompagne pour faire la vérité dans notre vie et Il nous donne une mission nouvelle dans la grâce baptismale. Ce n’est donc pas seulement une expérience personnelle mais aussi une expérience communautaire dont le signe est la capacité de vivre en communion. La diversité des dons et des charismes est pour construire le peuple de Dieu dans son ensemble.

 

Un changement de regard

C’est pourquoi, l’expérience d’une vie dans l’Esprit se vérifie dans le changement du cœur et la capacité à être attentif aux réalités de chacun. Il y a bien une recherche d’humilité dans l’expérience spirituelle pour ne pas s’accaparer les dons, et s’octroyer des positions, mais en toute chose rester à sa juste place dans le souffle prophétique. La charité en sera le curseur. L’Esprit Saint nous conduit vers la connaissance de Dieu par grâce. Nous entrons dans la joie de Dieu à travers sa présence et nous profitons ainsi d’une paix indicible et pourtant si tangible…. « Son entrée en nous se fait avec douceur, on l’accueille avec joie, son joug est facile à porter. Son arrivée est annoncée par des rayons de lumière et de science. Il vient avec la tendresse d’un défenseur véritable, car il vient pour sauver, guérir, enseigner, conseiller, fortifier, réconforter, éclairer l’esprit : chez celui qui le reçoit, tout d’abord ; et ensuite, par celui-ci, chez les autres. »[1] Trop souvent promis aux grands saints et à ceux qui connaissent une expérience forte spécifique, le courant du renouveau charismatique a permis de mettre en lumière que l’expérience de la pentecôte est promise à tous dans la pauvreté de nos vies, pour un retournement complet, c’est-à-dire une conversion qui nous fait voir les choses autrement car Dieu est présent. Un changement du regard qui est un changement de retard dû au péché pour accueillir la grâce de la croissance. « Source de sanctification, lumière intelligible, il fournit par lui-même comme une sorte de clarté à toute puissance rationnelle qui veut découvrir la vérité. »[2] La vie dans l’Esprit est une expérience donc à acquérir d’une part, mais aussi à laisser croître dans la vie de prière, la communion ecclésiale (notamment à travers les sacrements) et le service de la charité auprès des frères les plus vulnérables.

 

Un Esprit de sanctification et de communion

Trop souvent, lorsque nous parlons de l’expérience de l’Esprit saint nous sommes dans l’imprécatoire et parfois distants dans le discernement fraternel et l’attention au souffle de vie. Aujourd’hui, dans des groupes souvent issus du milieu évangélique, nous observons une certaine hystérie dans l’appel de l’Esprit, avec une manipulation des émotions pour donner du spectacle dans l’appauvrissement de la vie intérieure. Néanmoins l’Esprit Saint est d’abord une relation de sanctification, et un appel à une conversion intérieure qui ne se vit pas une fois pour toutes, mais demande dans un humble cheminement une écoute à la réalité du quotidien pour laisser Dieu grandir dans notre vie et dans les choix que nous faisons afin de laisser s’épanouir les talents déposés. « L’Esprit Saint ne se borne pas à sanctifier et à conduire le peuple de Dieu par les sacrements et les ministères, ni à l’orner de vertus. En outre, il distribue à chacun ses dons selon sa volonté ; c’est-à-dire que, parmi les fidèles de toute catégorie, il répartit aussi des grâces particulières qui rendent capable et disponible pour assumer des entreprises et des fonctions diverses »[3] Il est vrai que dans nos communautés, nous n’avons pas toujours été attentifs au souffle prophétique. La marginalisation des charismes des uns, et l’indifférence aux dons des autres sont des péchés contre l’œuvre de Dieu. Par notre baptême, nous avons tous à participer à la vie de Dieu et à discerner ensemble ce que nous avons à vivre dans la réalité de notre quotidien là où nous sommes. Ne rêvons pas les oignons d’Egypte, ni les lendemains enchanteurs, mais soyons ancrés dans la foi à répondre par le témoignage de notre vie des dons qu’Il nous donne pour construire la civilisation de l’amour. La sanctification de chacun passe par la communion du corps de l’Eglise et la recherche de faire ensemble l’épouse du Christ. Nous avons une vraie responsabilité à vivre l’unité et à vouloir témoigner de notre joie de marcher ensemble. L’authenticité de nos charismes passera donc dans notre capacité à rendre compte de notre communion. Tout le reste n’est que bruit stérile, « cuivre qui résonne, cymbale retentissante »[4] Point de fanfaronnade dans la vie de l’Esprit, ni même de gestion parcimonieuse des activités pour finalement mettre la main sur Dieu, mais une recherche de faire ensemble une vraie fraternité dans la capacité à accueillir l’autre dans toutes ses réalités. On découvre alors que l’autorité dans l’Eglise est d’abord un service de la charité pour que chacun puisse exprimer sa vie en Dieu dans la juste place au frère.

 

Une vie nouvelle dans l’accueil de l’Esprit

L’une des grâces d’une vie ancrée dans l’Esprit Saint est le changement de regard qui est opéré pour servir Dieu et ne se tourner vers les mystères qui nous tournent vers les réalités célestes. Le changement n’est pas tant sur la capacité du langage que par les actes de liberté commandés par la foi. « Les hommes en qui l’Esprit est venu et a fait sa demeure sont transformés ; ils reçoivent de lui une vie nouvelle …Vous voyez comment l’Esprit transforme… Il fait passer facilement de la considération des choses terrestres à un regard exclusivement dirigé vers les réalités célestes ; d’une lâcheté honteuse à des projets héroïques. Nous constatons que ce changement s’est produit chez les disciples …ils se sont attachés au Christ par un amour invincible. »[5] L’engagement en Dieu ne se fait pas sur la pointe des pieds mais demande une implication de tout notre être en tout temps dans la disponibilité du cœur. La conversion du cœur opère une vie nouvelle car il y a des choses que nous ne faisons plus, puisque nous sommes habités par l’Esprit de Dieu, et d’autres choses que nous recherchons pour témoigner davantage de sa grâce en nos vies. La vie nouvelle se voit dans les changements que nous opérons et qui en même temps est prophétique. Etre chrétien signifie que nous ne nous conduisons pas en païens. Les commandements du Seigneur nous aident à progresser dans la foi, comme l’appel des béatitudes à réorienter notre vie dans la vraie joie qui ne se trouve qu’en Dieu que nous pourrons voir pleinement au ciel. Rechercher les réalités célestes c’est aller à l’essentiel et de fuir tout ce qui ne fait pas sens. En d’autres termes, refuser une vie superficielle, ou portée sur l’utilitarisme et rechercher la volonté de Dieu et ce qui nous fait grandir en humanité sous le regard de Dieu. Souvent dans l’errance humaine, face à l’absurde, certains se souviennent qu’ils sont baptisés et reviennent à l’Eglise, d’autres frappent à la porte lorsqu’ils sentent la splendeur de la vérité les atteindre. A nous, par notre vie renouvelée d’en être les témoins !

 

La charité comme source d’action de Dieu en nous

Le témoignage de notre vie dans l’Esprit est d’abord l’orientation à la vie intérieure plus profonde et à rechercher dans la fraternité à construire cette civilisation de l’amour en commençant par la sanctification de notre vie et la recherche de communion. « Ainsi Dieu a voulu manifester la présence du Saint-Esprit en faisant parler toutes les langues à ceux qui l’avaient reçu. Il faut comprendre en effet, frères très chers, qu’il s’agit bien du Saint-Esprit par qui l’amour est répandu dans nos cœurs »[6] L’Esprit Saint est promis à tous ceux qui le cherchent dans une expérience qui dépasse ce que l’on peut imaginer mais demande aussi à reconnaitre les fruits de sa présence par les réalités que nous vivons dans le quotidien. L’Esprit Saint est présent au monde, et se manifeste pour nous amener à la vie divine et gouter ainsi à l’amour véritable produit dans la gratuité du don. Que ce temps de pentecôte soit un temps de vie en Dieu pour toujours, et que nous puissions en témoigner en persévérant dans la prière et la méditation des Ecritures, et en agissant en fils de Dieu à l’image de son amour.

[1] Catéchèse de Saint cyrille de Jérusalem sur le Saint Esprit

[2] Traité de Saint Basile sur le Saint ESprit

[3] Lumen Gentium – Vatican II

[4] 1 Co 13, 1

[5] Commentaire de Saint Cyrille d’Alexandrie sur l’Evangile de Jean

[6] Homélie africaine du VIème siècle pour la pentecote