« Dieu est Lumière, en lui point de ténèbres. » 3/3

L’amour dans l’humilité du cœur

La joie de la rencontre se vit dans la solidarité fraternelle et le partage de l’amour par un témoignage probant. Le devoir de la foi est devoir de charité envers Dieu et toute sa création. Mais nous avons à réapprendre dans la sainteté de l’amour à retrouver l’exigence du sacrifice afin d’accueillir la joie pascale comme une réalité d’imitation pour notre propre vie. L’humilité du Christ qui passe par notre humanité jusqu’à la folie de la croix éprouve notre foi, mais nous conduit à comprendre la résurrection comme un compagnonnage des Ecritures pour conduire l’humanité vers les réalités du ciel. C’est une purification de tout notre être afin de vivre cette joie de Dieu en annonçant la Bonne Nouvelle, en commençant par Marie Madeleine, celle-ci doit aller voir les apôtres pour témoigner, et dans la révélation du Sauveur qui donne la saveur du salut sur nos chemins d’Emmaüs, tous évangélisateurs au nom de la grâce baptismale. Répétons-le : pas de joie spirituelle sans une joie humaine de la fraternité, dans l’humilité du cœur. La dimension du sacrifice et bien cette réalité de la souffrance qu’Il nous faut accueillir dans la vulnérabilité de l’homme. La joie de la résurrection n’efface pas la réalité du mal mais la dépasse en montrant la victoire de la vie malgré toutes les vicissitudes, les tristesses, les angoisses. Que nous demandions que la coupe s’éloigne de nous, ne doit pas empêcher de nous rendre disponible à la grâce dans l’obéissance aux commandements de Dieu et des réalités d’un mauvais usage de la liberté de la part de nos frères. L’humilité se trouve justement dans l’acceptation des situations, et non dans l’orgueil d’une toute puissance ou nous ferions à la place de Dieu pour justifier nos chemins d’égarements.

 

Le chemin de disciple du Christ est un appel à la communion afin de retrouver ce qui fait sens dans notre vie et reprendre notre vocation d’image de Dieu appelé à la ressemblance. « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en Toi »?[1]   Le Christ nous montre le chemin de vie, et dans la vérité de l’amour. Il nous faut continuer notre parcours de foi. L’humilité est le plus sûr chemin de la relation ajustée au frère. Une purification de tout engagement qui se vit dans le service et non la domination ou l’autorité perverse. « En obéissant à la vérité, vous avez purifié vos âmes pour vous aimer sincèrement comme des frères »[2] Ce chemin de sainteté, nous avons à le vivre comme une expérience personnelle avec sa dimension communautaire, assidus à l’enseignement des apôtres et à la fraction du pain. Christ nous faut marcher sur ce chemin de vie qui nous ouvre à la grâce de la Personne Don (l’Esprit Saint) pour entrer dans l’intelligence des Ecritures et entendre le Seigneur continuer de nous parler.

 

Une lumière qui chasse toute peur pour l’introduction à la vie éternelle

Dans une perspective eschatologique le chemin d’Emmaüs nous fait explorer l’alliance et la signification de la révélation. Les Ecritures parlent du salut de l’homme par l’envoi du Messie pour que s’accomplisse la promesse de Dieu. L’amour œuvre pour notre salut et nous introduit dans l’intelligence du dessein de Dieu pour toute la création. Nous en sommes témoins. « La foi pascale qui nous unit à Jésus nous est présentée… comme un passage, passage de l’ignorance inquiète à la reconnaissance des merveilles du Christ dans la gloire du Père et la communauté des frères[3], passage de la peur qui se ferme en elle aux dons de l’Esprit qui ouvrent sur le monde[4], passage enfin du refus de croire à l’adoration et à la foi de l’Eglise[5] . … Cette connaissance dans la foi du Ressuscité inaugure une immense aventure, celle de la connaissance de Dieu qui n’est saisi qu’en le cherchant davantage. L’Eglise, … n’a jamais fini de poursuivre son Epoux »[6] Libérés de toute peur, nous voici dans la joie pascale à accueillir la présence du ressuscité. Il suffit de regarder Jésus pour nous rappeler son amour pour le Père et sa volonté de communion avec l’homme en envoyant l’Esprit Saint. Toute sa vie l’obéissance à la volonté du Père a été un chemin de sanctification pour tout homme. La manifestation de l’Esprit Saint est pour l’Eglise l’expression de cet amour qui continue de pousser à croire et à vivre en Dieu. A la lumière de l’Evangile et conduit par l’Esprit Saint, ce temps de résurrection est un temps de conversion complète (de retournement – de remodelage pourrions-nous dire) de tout notre être à la grâce du Seigneur et d’une prise de conscience que Dieu doit être l’axe central de notre vie. Délivrés de toute peur, nous aussi nous avons à traverser la mer rouge de la promesse pour gouter à la joie de la résurrection. Tout au long de notre vie, nous avons à reposer cette confiance en Dieu à chaque instant et dans l’humilité du cœur le laisser nous renouveler de ‘l’intérieur pour aimer en esprit et en vérité.

 

La vocation de l’homme ? Ressembler à Dieu !

A la lumière de la résurrection la vocation de l’homme est éclairée d’un jour nouveau ; Le huitième ; Celui de l’accomplissement de l’alliance. Le Christ éclaire le mystère de l’homme et fait de nous des témoins de son amour dans l’expérience de sa présence et répondre dans cette liberté interrelationnelle d’une responsabilité pleine de notre vocation propre. « La lumière du Christ, image du Dieu invisible »[7] rayonne en son image dans tout notre être et à l’aube de Pâques, l’obscurité de notre être est transformée en lumière divine, et la gloire de Dieu nous habite lorsque nous marchons dans ces pas sous la grâce des sacrements et la communion des frères. Le salut annoncé par les témoins, vivant le changement de conduite et faisant des choix dans l’exigence des fruits du royaume, montre par l’engagement la richesse de la relation à Dieu et le manifeste pleinement en devenant des lumières pour ce monde en perdition. Ils redonnent le sens d’une part, mais surtout reflète le mystère divin par les œuvres de charité et de piété d’autre part. Le Christ est notre lumière, et nous la partageons à tous à travers cette imitation de sa vie et des choix responsable de l’annonce de la Bonne Nouvelle. La vocation de l’homme est bien de rappeler cette union à Dieu, l’éblouissante manifestation de sa présence à travers le rayonnement d’amour de l’alliance, puisant dans l’amour la raison de la révélation.

 

La ressemblance à Dieu est d’être « assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières »[8] c’est-à-dire vivre sa foi dans la relation à Dieu et au frères dans le partage du pain et au service de la charité, dans une recherche de communion qui demande l’obéissance dans la foi et l’humilité pour continuer d’avancer ensemble plus loin dans l’unité et manifester ainsi la gloire de Dieu à travers la grâce qu’Il nous octroie. Dans les réalités qui sont les nôtres à travers nos rapports familiaux et sociaux, et le développement des techniques, notamment des réseaux sociaux, il nous faut sans cesse trouver les modes d’annonce pertinent avec un discernement prudentiel pour ne pas se laisser manger par l’ogre de l’information tout azimut, tout en assurant une présence discrète et profonde. L’unité dans le Christ est notre vocation de fraternité universelle qui demande sans cesse un ajustement de notre part pour quitter nos propres forteresses d’un moi tout-puissant et reconnaitre les conversions à vivre sans cesse. Même dans nos approches des mass médias et des aspects d’une culture souvent négative sur la foi, le Christ qui nous habite doit nous aider à proposer des changements de regards pour devenir bienveillant et dans une recherche de communion fraternelle offrir la responsabilité de liberté de chacun à travers la recherche d’une équité véritable. Ressembler à Dieu c’est reconnaitre en chaque homme un frère à faire grandir dans la relation à Dieu et l’apprentissage d’une vie pleine de sens, puisque Dieu y est présent.

[1] S. Augustin, Confessions.

[2] 1 P 1,22

[3] Jn 20,11-18

[4] Jn 20, 19-23

[5] Jn 20, 24-29

[6] P 251 De la lumière à l’amour – Jean Laplace

[7] &10 Gaudium et spes – Vatican II

[8] Ac 2