Jeûne 2 – l’exercice spirituel

De comment jeûner nous devons poser la question pourquoi jeûner ? Il y a bien une dimension spirituelle dans la grâce du jeûne. Elle est d’abord de l’ordre du combat spirituel comme nous le rappelle le Christ « Mais cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne. »[1]. Elle est également de l’ordre de la purification personnelle à travers l’apprentissage de la maitrise de soi pour la vie du royaume. Avec la prière et le partage, le jeûne forge notre vie de foi dans la confiance en Dieu et une vraie fraternité.

 

Trois piliers pour une même conversion

L’attitude chrétienne face au jeûne est d’abord une cohérence de démarche à travers la dimension spirituelle du jeûne, du partage et de la prière. Trois piliers d’une même action de conversion. « Le jeûne est l’âme de la prière, la miséricorde est la vie du jeûne. Que personne ne les divise »[2]  Trois espaces de rencontre où nous sommes appelés à laisser la lumière du Christ briller dans notre vie. Dieu est toujours premier dans la grâce, mais nous demande une participation active et non le nomadisme spirituel ou l’indolence sentimentale ou pire encore la paresse pleine d’acédie. A travers le jeûne et la prière nous prenons conscience de ce qui vient de Dieu et de comment réjouir notre cœur de la grâce de sa présence. La charité devenant le signe de notre conversion envers tous.

 

Trop souvent le combat spirituel est vu comme une attaque du démon avec l’impossibilité de s’améliorer dans le dynamisme de vie qui nous habite. Or l’écharde dans notre chair[3] est là pour nous rappeler que l’humilité est la meilleure relation à Dieu et la prise de conscience de notre vulnérabilité face aux attaques de l’ennemi. Ainsi le combat spirituel n’est pas une possession et ne demande pas d’exorcisme, mais une participation de tout notre être dans un cheminement vers l’acceptation de la grâce à travers la purification des sens. « Celui qui prie et qui jeûne comme nous disons, n’a plus besoin de tous les faux biens de la terre, et celui qui n’a plus besoin de ces biens en est d’ordinaire fort détaché, et est toujours prêt à faire l’aumône. Celui qui jeûne a l’esprit fervent, toujours élevé au ciel. Il prie avec application. Il éteint en lui les mauvais désirs. …. Il humilie son âme et réprime son orgueil. »[4] Le travail de conversion demande une cohérence de notre vie de foi dans l’espérance du salut avec une charité inventive. C’est une invitation à la conversion intégrale.

 

Aucune action n’a de sens isolée, ni le jeûne pour soi-même, ni la prière comme une espèce de mantra, qui d’ailleurs peut exclure le frère, ni le partage sans responsabilité de la vérité de l’amour. Si nous pouvons être tentés par le monde ou par le tentateur des origines, le pire ennemi se trouve en nous-même et le combat spirituel peut être éprouvant tant il faut remettre de l’ordre dans la maison. « Le diable, rôde comme un lion rugissant »[5].pour trouver nos failles et s’y engouffrer. Le jeûne nous permet de refuser tout ce qui dévoie le sens, le partage ce qui détourne nos yeux des vraies valeurs, et la prière pour lutter contre l’orgueil et accueillir la Parole de Dieu qui nous réunifie. Dans cette démarche de carême, qui se prolonge lors des périodes de discernement pour faire des choix de vie, c’est tout notre être qui est appelé à une communion avec Dieu signifiée dans la relation ajustée à nos frères.

 

Le combat spirituel

L’annonce de la Bonne nouvelle nous livre deux aspects importants. Jésus guérit les malades et chasse les démons. En écho à la parole du prophète Isaie : « N’est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que je préfère:   défaire les chaînes injustes,   délier les liens du joug;   renvoyer libres les opprimés,   et briser tous les jougs?  N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé,   héberger chez toi les pauvres sans abri,   si tu vois un homme nu, le vêtir,   ne pas te dérober devant celui qui est ta propre   chair?  »[6] L’attention à la personne humaine comme œuvre de Dieu a guidé l’action du Christ vers l’annonce de la Bonne Nouvelle du salut. La guérison des malades participe à l’édification du peuple de Dieu qui voit les merveilles de Dieu, et à l’édification de la personne qui devient apte à rendre pleinement gloire à Dieu pour les bienfaits. La libération du mal participe à ce rétablissement de tout l’être pour accueillir la grâce de la présence de Dieu dans l’histoire de chacun.

 

Tout au long des Evangiles les deux aspects d’un rétablissement de l’homme tant extérieur par son corps qu’intérieur par la délivrance des emprises du démon nous ramènent à vivre une communion avec Dieu qui est réunification de tout notre être. La lutte de l’adversaire contre le Royaume de Dieu, pour nous détourner de la Parole de Vie entraine à regarder comment purifier le cœur pour être agréable au Seigneur. Le Christ nous libère du péché, et nous sauve en nous faisant entrer avec Lui au Paradis, mais il nous libère des chaines du tentateur pour faire de nous des hommes et des femmes vraiment libre, et capable d’aimer en vérité dans tous les choix que nous posons. Or nous avons un effort personnel à vivre pour marcher à la suite du Christ. « Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. »[7] nous dit Saint Paul. Partir au combat est donc de mettre sa confiance en Dieu, de pratiquer une vie vertueuse en recherchant le meilleur bien et de résister à tout ce qui nous conduit au mal : si facile à écrire et si difficile à vivre dans la réalité du quotidien ! Le baptême nous fait entrer dans la lumière du Christ et ouvre nos yeux au discernement à vivre pour lutter contre le mal. Mais la vie sacramentelle, notamment à travers les sacrements de réconciliation et l’eucharistie nous aide à continuer d’avancer dans l’accueil de la grâce. Comme le dit si bien le bon sens populaire devant le péché « courage, fuyons »

 

La mission du Christ commence par la traversée du désert poussé par l’Esprit et le combat avec le Tentateur des origines. La première étape dans la vie de disciple du Christ est donc d’aller puiser dans la prière la force du combat, par le jeûne montrer le signe de notre attachement à Dieu, et dans le partage l’appel à se donner entièrement pour la joie du Royaume. D’ailleurs les tentations proposent des possessions alors que la grâce est partage de la joie de Dieu pour chacun. Le jeûne a donc une dimension spirituelle forte, et le premier péché vient aussi de cet aspect de la concupiscence. « Adam trompé par la nourriture, dut demeurer hors du paradis »[8] L’impératif de prendre de la distance face à nos passions pour discerner ce qui nous fait grandir en Dieu et ce qui nous éloigne est primordial dans le discernement. Le combat spirituel est une réalité difficile à affronter, mais qui est également une école de la grâce dans la capacité à dire non au tentateur, et d’être disponible à la grâce. Toute vie spirituelle commence par cet exercice de conversion pour reconnaitre les bienfaits du Seigneur. Allié à la prière et au partage, le jeûne nous fait entrer dans une école de purification. « Celui qui joint la prière au jeûne, se fait comme deux ailes pour aller à Dieu, qui sont plus légères et plus vites que les vents. Il ne prie point avec tiédeur; il ne baille point, il ne s’étend point, il ne sommeille point en priant. Il est plus ardent que le feu; il s’élève au-dessus de toute la terre. »[9] L’attention à Dieu se vit à travers notre participation active à faire la volonté de Dieu en toute chose et à nous détacher de tout ce qui nous en éloigne. (… suite)

[1] Mt 17,21

[2] Homélie de St Pierre Chrysologue OL Mardi II

[3] 2 Co 12,7

[4] St Jean Chrysostome in Saint Matthieu XVII,21

[5] 1 ¨P 5,8

[6] Is 58,6-7

[7] Eph 6

[8] Apophtegmes des pères &23 la maitrise de soi

[9] St Jean Chrysostome in Saint Matthieu XVII,21