Source et sommet de la vie chrétienne

La vocation de tout homme ordonné prêtre est de sanctifier sa vie à travers la vie sacramentelle qu’il donne et qu’il reçoit. Au cœur même de la vie de l’Esprit, tout chrétien doit redécouvrir le mystère de l’eucharistie que nous fêtons le deuxième dimanche après la pentecôte. La vie des prêtres doit être une vie eucharistique. Ils en sont les ministres. « Participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, ils offrent à Dieu la victime divine et s’offrent eux-mêmes avec elle »[1] Mais la vocation baptismale est une vie ancrée dans la grâce de Dieu et dans l’espérance du salut puisant dans les sacrements les ressources à une vie de sainteté. Or le sacrement de la charité, l’eucharistie, se vit dans la beauté de la liturgie com-munautaire et la piété rayonnée par tout baptisé. Jumelé au sacrement de réconciliation pour sans cesse dialoguer avec Dieu et Lui demander la grâce d’une sainte communion, le baptisé est appelé à s’élever au sommet de la joie de Dieu. Il ne s’agit pas de faire nombre, ou de question d’ambiance, mais bien d’un rassemblement d’un peuple qui fait Eglise et trouve en Jésus la récapitulation de toute chose. L’eucharistie est donc la joie du partage, un repas de fête où nous célébrons la mort et la résurrection du Christ jusqu’à ce qu’Il revienne[2]. Participer à la messe tous les dimanches est donc nécessairement vital à toute vie spirituelle comme témoin du Christ.

 

        Une vie de transformation en Dieu qui se réalise tous les jours

La vie de foi se nourrit de l’eucharistie comme une grâce en déploiement en chaque instant de notre quotidien. Dieu est présent. Ne le rendons pas étranger par indifférence ou perversité. Le pape Léon XIV dans l’appel à la simplicité de vie nous rappelle l’importance d’être à l’écoute du souffle de l’Esprit pour entrer dans l’intelligence des Ecritures et vivre la communion. « Je souhaite vous proposer un itinéraire de vie chrétienne sobre et exigeant pour vivre ce changement d’époque à la lumière de l’Évangile. C’est un chemin qui naît de la contemplation du dessein de Dieu, vit l’unité ecclésiale en se nourrissant de la Parole et de l’Eucharistie, construit le monde dans le sens du bien et prie avec la Vierge Marie. »[3] Nous ne pouvons vivre un vagabondage spirituel faisant de l’eucharistie un banc de passage pour d’autres expériences. C’est pure folie ! Au contraire il faut recentrer toute son existence autour de l’adoration eucharistique comme prière par excellence de la manifestation de Dieu dans notre aujourd’hui. Chaque prière a son importance, et nous pouvons également vivre des combats spirituels, ou des expériences de louange. Néanmoins, rien ne remplacera l’adoration eucharistique comme révélation du mystère pascal et du don précieux du Fils à toute l’humanité. Et tous peuvent y participer quel que soit leur état de vie. L’adoration est bien ce dialogue de Dieu avec nous dans l’offrande de son corps et l’appel à une disponibilité de notre part pour y répondre et l’entendre nous appeler à Lui dans une vie réconciliée. A partir de l’adoration je comprends que le service de la charité demande de rechercher la communion comme lieu de vraie fraternité, et de vocation baptismale. Le Christ nous rend frères.

 

La transformation que nous avons à vivre à la lumière de l’Evangile passe par des actes concrets pour dire la vérité de notre foi. Ce n’est pas une idéologie mais une rencontre avec Dieu qui se vit, se témoigne et se partage. Comme une saine contagion de la charité afin de construire la civilisation de l’amour où nous sommes tous acteurs, et tous attendus. La transformation communautaire est d’abord un chemin personnel. « pour que la charité, comme un bon grain, croisse dans l’âme et fructifie, chaque fidèle doit s’ouvrir volontiers à la Parole de Dieu et, avec l’aide de sa grâce, mettre en œuvre sa volonté, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions sacrées, s’appliquer avec persévérance à la prière, à l’abnégation de soi-même, au service actif de ses frères et à l’exercice de toutes les vertus »[4] Il y a bien un chemin d’abnégation et de pénitence pour nous défaire de nous-mêmes et des brèches fragiles pour les tentations. La confession est nécessaire pour s’approcher de la table du Seigneur. Mais c’est un chemin de la recherche du meilleur bien où nous travaillons à une vie vertueuse et demandons la grâce au Seigneur de progresser sous son regard pour un témoignage riche d’espérance. L’engagement dans les vocations tournées vers Dieu n’est pas une annexe du mariage mais fait partie d’une vraie proposition. La vie religieuse et la vie sacerdotale sont des trésors de l’Eglise qu’Il ne faut pas négliger, et dont chacun doit sérieusement discerner l’appel dans la vérité de sa vocation propre. Tout baptisé est appelé à une vie de prière ancrée dans assemblée ecclésiale. Alors la joie de l’eucharistie est la joie de ma présence devant Dieu. Ce témoignage se réalise pleinement dans l’humilité du cœur et la simplicité de vie à la suite du Christ Rédempteur. La volonté de Dieu rayonne dans les béatitudes et l’appel à se laisser guider par le bonheur. Il y a un renversement des valeurs de ce monde afin de s’enraciner dans la volonté de Dieu et laisser la grâce nous habiter pour répondre à cet appel à la sainteté afin de nous rapprocher de Lui sans cesse.  C’est une vie de transformation en Dieu où nous nous laissons modeler par sa présence pour travailler au meilleur bien dans une recherche de communion.

 

        Une vie de communion entre témoin du Christ

La foi catholique (comme orthodoxe d’ailleurs) se vit dans la tradition apostolique. Depuis les douze apôtres nous pouvons remonter notre histoire spirituelle dans le temps et le sacrement de l’ordre. Le baptême reçu par chaque catholique puise dans l’eucharistie une source de joie ineffable et nous pouvons en faire mémoire depuis l’origine. Mais plus nous la vivons, plus nous témoignons de cet amour jour après jour. Or cela nous demande de rechercher l’unité. « . La spiritualité dont nous avons besoin est une spiritualité eucharistique, c’est-à-dire une spiritualité de l’unité ecclésiale dans l’amour. »[5] L’engagement baptismal est donc un engagement de l’action de grâce à travers le temps que nous passons ensemble pour célébrer le Seigneur et vivre la fraternité par les liens tissés. On se rend vite compte que ce n’est pas une heure dans la semaine, ou un rendez-vous dans un agenda blindé qui fera l’affaire. C’est l’occasion de vivre la relation à travers la recherche de paix entre nous et de communion en faisant les choses ensemble, chacun selon son charisme. D’ailleurs cette complémentarité de la grâce reçue et partagée se vit avec Dieu qui donne, mais avec nos frères dans un juste partage des sacrements. « Les sacrements, surtout la sainte Eucharistie, communiquent et entretiennent cette charité envers Dieu et les hommes, qui est l’âme de tout l’apostolat. »[6] Nous ne parlons plus d’une communion des deux espèces, mais d’une communion du corps entier de l’Eglise. Employer le même mot pour signifier le corps du Christ sous l’une des deux espèces et le corps du Christ qu’est l’Eglise nous ramène à cet appel du Christ « Que tous soient un » La vie de communion est une exigence de l’Evangile et doit se voir dans une fraternité renouvelée. Ce n’est pas évident, et parfois il peut y avoir des combats terribles, certes, mais c’est un appel à être fidèle à la Passion du Christ pour vivre la résurrection. La fraction du pain dans l’amour fraternel est la première marque de l’Eglise naissante. « Ce don reste présent et agissant dans l’Eucharistie où le Seigneur se communique et rassemble l’Église, afin que son offrande devienne principe d’unité et source de vie nouvelle. »[7] Trop souvent nous faisons de la foi une affaire personnelle et privée au lieu d’en témoigner autour de nous dans l’audace d’une joie intérieure à partager sans modération. Témoin du Christ dans le rayonnement du mystère eucharistique est une belle vocation.

 

Nous faut-il insister sur l’aspect de la communion fraternelle pour rappeler aussi que nous parlons dans le credo de la communion des saints. Or chaque messe est l’occasion d’une véritable union avec le ciel. « La célébration du sacrifice eucharistique est le moyen suprême de notre union au culte de l’Église du ciel, tandis que, « unis dans une même communion, nous vénérons d’abord la mémoire de la glorieuse Marie toujours vierge, de saint Joseph, des bienheureux Apôtres et martyrs, et de tous les saints »[8]. Vivre en communion fraternelle est donc le reflet de ce que nous serons appelés à vivre au ciel sous le regard de Dieu notre Père, dans la bienveillance du Christ notre frère et dociles au souffle de l’Esprit Saint. Le culte eucharistique nous rapproche de la communion des saints et nous aide par grâce à une vie prière et de charité active.

 

La fête Dieu est donc l’occasion pour nous de rappeler l’importance de vivre l’eucharistie comme source et sommet de notre vie baptismale, parce qu’elle nous entraine à nous laisser sanctifier par la présence du Christ et dans l’écoute de la Parole à opérer les changements nécessaires à offrir notre vie en réponse à l’amour de Dieu qui se donne. « L’Eucharistie, sacrement de l’unité, nourrit notre appartenance au Corps du Christ et nous éduque au partage. Les différentes sensibilités présentes dans l’Église, les convictions fortes qui animent chacun, sont une richesse si elles restent ancrées dans la certitude de l’unité comme don reçu et tâche à assumer. »[9] Cela ne peut demeurer sans fruit, et cette transformation progressive de notre vie nous pousse dans l’adoration et la vie sacramentelle à faire un seul corps dans le service de la charité. Que nous en soyons les témoins crédibles !

[1] &11 Lumen Gentium – Vatican II

[2] Annonce kerygmatique

[3] &229 Magnifica humanitas – Léon XIV

[4] &42 Lumen Gentium – Vatican II

[5] &234 Magnifica Humanitas Léon XIV

[6] &33 Lumen Gentium – Vatican II

[7] 234 Magnifica Humanitas Léon XIV

[8] &50 Lumen Gentium – Vatican II – Canon de la messe romaine.

[9][9] &88 Magnifica Humanitas