« Dieu a tellement aimé le monde »
Reconnaissons-le, parler du mystère de la Trinité n’est jamais très facile et rarement abordé. D’ailleurs même le dimanche de la Trinité, c’est souvent par des analogies, ou une perception théologique forte parlant d’une même substance plutôt que de nature, pour rappeler le principe d’un seul et même Dieu en trois personnes qui font l’objet d’une réflexion nous paraissant lointaine. La complexité de notre foi dans le mystère trinitaire affirmée à chaque signe de croix demande ainsi une expérience pratique de l’amour de Dieu. La croix est le signe de rédemption de l’homme par le Christ. Elle nous ouvre les portes du salut. Or, par le signe de croix j’invoque le Père, et le Fils et le Saint Esprit comme puissance de restauration de l’homme dans sa vocation d’image de Dieu, et je reçois l’appel à Lui ressembler dans la familiarité de la rencontre obtenue d’abord par la prière et le dialogue de louange avec confiance en son œuvre aujourd’hui. Point de prière qui ne soit pas une action de grâce trinitaire, d’ailleurs à la fin de tous les psaumes, et des oraisons liturgiques, ne rendons-nous pas gloire à Dieu, le Père, et Le Fils et le Saint Esprit ?
Notre foi s’exprime certes de manière pratique par le signe de croix dans l’affirmation du mystère trinitaire mais elle se prolonge dans la capacité à prier chacune des trois personnes divines pour me laisser embraser par la manifestation d’un seul et même Dieu. Au cœur de la foi le Christ nous révèle la paternité de Dieu et nous envoie l’autre défenseur, l’Esprit Saint, la Personne don. Ce même Esprit qui prodigue la joie de l’amour dans l’expression d’une liberté de la création. Il nous demande aussi une réponse où chacun est amené à la vérité des choix et aux conséquences pour grandir en Dieu ou bien s’en éloigner. Ce même Esprit encore qui dans le sacrement de réconciliation nous redonne la communion avec Dieu Un et Trine.
Ensemble, il nous faut retrouver « Le mystère du Dieu vivant, révélé en Jésus-Christ comme communion de Personnes, Père, Fils et Saint-Esprit, amour en relation qui se donne réciproquement et se communique au monde.[1] » L’amour est donc l’expression d’une liberté interrelationnelle où Dieu s’exprime et attend une réponse de notre part. Ce qui est vrai tant dans la vie de l’Esprit, que dans notre cheminement spirituel. Elle l’est aussi dans nos relations fraternelles par la recherche de communion pour porter témoignage de la grâce baptismale. L’appel à la sainteté est donc une lumière à rayonner personnellement et à éclairer dans sa dimension communautaire notamment par l’appel à développer les charismes pour manifester au monde l’amour de Dieu. La révélation du Dieu Trinitaire est donc un rayonnement d’amour à exprimer dans tous nos choix de vie. Mais elle est aussi un éclairage de la dignité humaine.
La foi chrétienne comprend pleinement l’amour dans le mystère de la Trinité. Nul ne peut se dire chrétien s’il ne croit pas en cette révélation d’un seul Dieu en trois personnes En effet, l’amour de Dieu s’exprime dans l’autorité du Père et son accompagnement dans notre vie de croissance. La fraternité du Christ nous invite au service de la charité à l’imiter pour être pleinement disciple. Quant à la grâce de l’Esprit elle nous fait gouter la joie de Dieu dans l’aujourd’hui de notre histoire et expérimenter par sa présence l’amour de Dieu personnel qui me transforme en débordement de joie. La grâce, dans une conversion du cœur, nous donne d’agir en conséquence. L’amour de Dieu se vit dans les trois personnes distinctes entre elles mais de même substance divine. Une seule volonté, une seule manifestation que nous voyons à travers diverses expressions dans notre histoire : un seul Dieu et pourtant trois personnes distinctes. En effet, « par leurs relations d’origine. C’est le Père qui engendre, le Fils qui est engendré, le Saint Esprit qui procède »[2] En fait le Fils révèle le Père comme la grâce ultime de la rencontre avec Dieu, et l’Esprit Saint comme procession de l’amour de Dieu dans le don. Dieu Un et Trine comme le dit l’expression la plus juste.
L’accueil d’une foi trinitaire oriente ma vie spirituelle de manière très pratique ; notamment par l’accueil du service de l’autorité comme lieu de croissance. Je découvre la paternité de Dieu et ma propre paternité humaine et spirituelle dans l’exercice de mon baptême et l’appel à la sainteté passe par un service du frère pour la croissance avec humilité et douceur. Tous, nous sommes concernés par cette liberté qui ouvre à la croissance que l’on peut vivre dans la maternité et la paternité, dans la relation d’un don de Dieu qui ouvre à une autonomie pour un meilleur bien. L’accueil de la foi trinitaire se vit à travers la révélation du salut comme une libération de l’esclavage du péché et me fait habiter ce lieu de rédemption dans la joie d’être sauvé. La joie retrouvée en Dieu par la présence de l’Esprit Saint est pure grâce de communion et le lieu de relation comme un espace de partage, je deviens artisan de paix. L’amour d’un Dieu Un et Trine m’entraine personnellement à redécouvrir dans mon quotidien de tous les jours les implications concrètes. Ma vie prend sa source dans l’amour trinitaire.
Nous ne sommes pas dans une construction théorique, ou la définition d’une notion pour élite intellectuelle. Mais l’affirmation de notre foi trinitaire irrigue toute notre vie comme nous le rappelle Saint Jean « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. » La foi trinitaire est l’accueil de l’amour personnel d’un seul et même Dieu qui s’exprime à travers les trois personnes d’une manière singulière tout en manifestant pleinement la substance divine. Nous avons à explorer dans notre vie l’orientation trinitaire de l’amour dans l’expression de chaque personne divine. C’est de l’ordre d’une expérience intime dans la relation avec le Père et redécouvrir cette paternité comme lieu d’enracinement et de refuge en toute occasion. Avec le Christ nous avons à retrouver cette liberté de la grâce qui s’exprime dans la méditation des Ecritures et le service de la charité. Par grâce de l’Esprit Saint nous sommes habités de Dieu et retrouvons l’intelligence des Ecritures pour demeurer dans la joie de la relation et la partager à tous dans le souffle de vie.
Ainsi, retrouver le sens de l’homme demande à redécouvrir le mystère trinitaire. Dans des sujets de sociétés actuelles développés par une culture de mort, il nous faut, comme citoyens de la civilisation de l’amour, rappeler avec force et véhémence dans la radicalité de la vérité et la rectitude de notre foi le don de la vie qui vient de Dieu source d’un bonheur promis pour l’éternité. « Je peux réagir à partir de la foi et de la charité, et reconnaître en elle un être humain doté de la même dignité que moi, une créature infiniment aimée par le Père, une image de Dieu, un frère racheté par Jésus-Christ. C’est cela être chrétien ! »[3] nous rappelle le Pape. Retrouver le sens de l’homme c’est redécouvrir dans la dimension trinitaire la pluralité de l’expression de l’amour dans la relation aux personnes. L’homme dans la découverte d’une liberté interrelationnelle reconnait son frère dans toutes ses dimensions, même celle de la souffrance ou celle de son péché, mais pour toujours l’aider à se relever et à retrouver cette liberté intérieure de choisir Dieu pour l’éternité. « La libération des prisonniers est une expression de l’amour trinitaire : un Dieu qui libère non seulement de l’esclavage spirituel, mais aussi de l’oppression concrète. »[4] Cet exemple nous aide à comprendre que la dimension trinitaire a un impact spirituel certain dans nos manières d’être et d’agir.
Finalement, la vie spirituelle baignée dans le mystère trinitaire nous fait grandir dans des relations où nous devons nous mettre au service de la communion pour révéler l’amour de Dieu qui a été déposé dans notre vie et témoigner à nos frères de la joie de la vie dans l’Esprit. La Parole de Dieu est un lieu de croissance et j’y redécouvre l’appel à un bien commun dont le Seigneur est à l’origine. La vie sacramentelle m’aide à grandir dans cet appel à la sainteté promis à tous et que nous devons poursuivre malgré nos vulnérabilités. Toute la révélation est une progression de la vie intérieure pour nous ouvrir au mystère de Dieu et au monde. Soyons en les témoins !
[1] &48 Magnifica humanitas – Léon XIV Cf. Conseil pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, Cité du Vatican 2004, n. 32.
[2] &CEC &254
[3] &106 EA Delexi Te
[4] &60 Dilexi Te Léon XIV

